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daniel pennac

  • Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://smallthings.fr/lespetitslivres/

     

    Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni), né à Casablanca, au Maroc, en 1944, est un écrivain français. Professeur de lettres, il connaît le succès avec une série de romans rocambolesques et ses livres pour la jeunesse.

     

    Daniel Pennac est le dernier enfant d'une fratrie de quatre garçons. Son père est militaire et toute sa famille l'accompagne dans ses déplacements en Afrique, en Asie et en Europe. 

    Daniel Pennac effectue une partie de sa scolarité dans un internat, où l'on ne permet pas aux élèves de lire d'autres ouvrages que leurs livres de classe.

    Professeur de lettres de 1969 à 1995, il enseigne à Soissons et à Paris. En 1973, après son service militaire, il écrit son premier livre, Le Service militaire, au service de qui ?, un pamphlet s'attaquant aux principes du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il choisit comme nom d'écrivain Daniel Pennac afin de ne pas faire de tort à son père.

    En 1979, Daniel Pennac part au Brésil où il reste deux années. Deux décennies plus tard, il publie un roman prenant sa source au Brésil, Le Dictateur et le hamac. 

    Entre-temps, Daniel Pennac écrit la saga de l'attachante et... surprenante famille Malaussène*, puis une tétralogie pour les enfants où, préoccupé par l'école et l'amitié, il met en scène des héros proches de l'univers enfantin : Kamo.

    En 1995, il met fin à son métier d'enseignant pour se consacrer à la littérature, cependant il va régulièrement à la rencontre des élèves dans leurs classes.

    Du 4 au 6 novembre 2016, Daniel Pennac présidera la 35ème édition de la Foire du livre de Brive.

    (Source : http://www.lefigaro.fr/).

     

    * Voir l'article : Daniel Pennac (1) La famille Malaussène.     

     

    Prix et distinctions :

    La Fée Carabine (roman, Gallimard, 1987) : Prix Mystère de la critique 1988.

    La Petite marchande de prose (roman, Gallimard, 1989) : Prix du Livre Inter 1990.

    Chagrin d'école (récit autobiographique, Gallimard, 2007) : Prix Renaudot 2007.

    Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, 2012. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent) : nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    Le Prix Ulysse a été décerné à Daniel Pennac, en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand Prix Metropolis bleu en 2008.

    (Source biographique : http://www.gallimard)

     

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://www.babelio.com/auteur/Daniel-Pennac)

     

     

    Œuvres :

    1973. Le Service militaire au service de qui ? (essai. Seuil)

    1978. Les Enfants de Yalta, en collaboration avec Eliad Tudor (roman. Grasset)

    1979. Père Noël, en collaboration avec Eliad Tudor (biographie romancée. Grasset)

    1980. Le Grand Rex (livre illustré. Centurion-Jeunesse)          

    1982. Cabot-Caboche (livre Jeunesse. Nathan ; Pocket Jeunesse)

    1984. L'Œil du loup (livre Jeunesse. Nathan). Court-métrage d'animation L'Œil  du loup (1998) de Hoël Caouissin, sur un scénario de René Laloux, d'après le livre de Daniel Pennac.

    1985. Au Bonheur des ogres (roman. Gallimard). Au Bonheur des ogres (2013) de Nicolas Bary, scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary d'après le roman Au Bonheur des ogres.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1987. La Fée Carabine (roman. Gallimard) Prix Mystère de la critique 1988

    1988. La Fée Carabine (scénario, épisode de la série télévisée Série noire d'Yves Boisset, d'après le roman La Fée Carabine de Daniel Pennac)

    1989. La Petite marchande de prose (roman. Gallimard) Prix du Livre Inter 1990

    1991. Le Sens de la houppelande, illustrations de Jacques Tardi (roman graphique. Futuropolis ; Gallimard)

    1991. Les Grandes Vacances, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke)

    1992. Comme un roman (essai. Gallimard)daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac,journal d'un corps par daniel pennac

    1992. Kamo. L'agence Babel, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lcture Junior, Gallimard Jeunesse). Lu par Daniel Pennac (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1992. L'Évasion de Kamo, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 1997)

    1992. Kamo et moi, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2007)

    1993. Kamo. L'idée du siècle, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1994. Le Tour du ciel (Peintures de Miro. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux) 

    1995. Monsieur Malaussène (roman. Gallimard). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac.daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac,journal d'un corps par daniel pennac

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (roman. Gallimard)

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (pièce de théâtre. Gallimard) 

    1997. Messieurs les enfants (roman. Gallimard)

    1997. Messieurs les enfants (scénario coécrit avec Pierre Boutron, d'après le roman de Daniel Pennac, Messieurs les enfants, avec une apparition de Daniel Pennac jouant l'homme dans la voiture).

    1997. Qu'est-ce que tu attends, Marie ? (peintures de Monet. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux)

    1999. Des Chrétiens et des Maures (roman. Gallimard)

    1999. Aux Fruits de la passion (roman. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1999. Sahara, illustrations d'Antonin Louchard (album pour enfants. Thierry Magnier Eds)

    1999. Vercors d'en haut : la Réserve naturelle des hauts-plateaux (livre illustré. Milan)

    2000. Gardiens et Passeurs (essai. Fondation Banques CIC pour le livre)

    2000. La Débauche, dessins de Tardi (bande dessinée. Futuropolis ; Gallimard)

    2000. Bartleby le scribe de Herman Melville dans la traduction de Pierre Leyris (CD audio, collection À voix haute. Gallimard)  

    2001. Bon Bain les bambins, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2001. Le Crocodile à roulettes, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard) 

    2001. Le Serpent électrique, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2003. Le Dictateur et le hamac (roman. Gallimard)

    2004. Merci (roman. Gallimard). Grazie, téléfilm italien (2004) d'après le roman Merci.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2004. Merci, lu par Claude Piéplu, illustrations de Quentin Blake (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard)

    2004. Merci, mise en scène et réalisation de Jean-Michel Ribes. Musique "Jeux pour deux", 1975, de François Vercken (DVD, conception graphique d'Étienne Théry. Gallimard)

    2006. Merci suivi de Mes Italiennes (chronique d'une aventure théâtrale et de Merci, adaptation théâtrale. Gallimard)

    2006. La Lunga Notte del dottor Galvan (téléfilm italien) 

    2006. Némo (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007. Écrire (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007.  La Vie de famille, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke) 

    2007. Chagrin d'école (récit autobiographique. Gallimard) Prix Renaudot 2007daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2009. Histoires comme ça (série télévisée d'animation de Jean-Jacques Prunès, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Bartleby le scribe (téléfilm de Jérémie Carboni, adaptation de la nouvelle Bartleby d'Herman Melville, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Lucky Luke contre Pinkerton en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Cavalier seul en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Le Roman d'Ernest et Célestine (roman pour la Jeunesse. Casterman - Gallimard Jeunesse)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2012. Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent). Nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    2012. Le 6e Continent (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)

    2012. L'Œil du loup, lu par Daniel Pennac, illustrations de Catherine Reisser. Mis en musique par Karol Beffa. Avec l'Orchestre de chambre de Paris. (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard Jeunesse)

    2012. Ancien Malade des hôpitaux de Paris (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)  

    2012. Journal d'un corps (roman. Gallimard). Prix des lecteurs de l'Express 2012. daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac

    2012. Les Dix Droits du lecteur, animé par Gérard Lo Monaco (livre pop-up. Gallimard Jeunesse)

    2013. Journal d'un corps (album illustré, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis)

    2015. Un Amour exemplaire, dessins de Florence Cestac (bande dessinée. Dargaud)

    2015. Eux, c'est nous. Livre collectif : L'instinct, le cœur et la raison par Daniel Pennac, suivi de Réfugiés en 8 lettres par Jessie Magana et Carole Saturno, illustrations de Serge Bloch (livre jeunesse. Gallimard Jeunesse. Publication par 40 éditeurs jeunesse)

    2017. Le Cas Malaussène. I - Ils m'ont menti (Gallimard)

    2018. Mon frère (Gallimard, Collection Blanche)

     

    (Source bibliographique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Pennac

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Messieurs les enfants par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1997).

     

     

    "- L'imagination, ce n'est pas le mensonge.

    Crastaing hurlait ça sans élever la voix.

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !

    Son cartable vomissait nos copies sur son bureau.

    - Vous le faites exprès ?

    Personne ne le faisait exprès. Il aurait fallu être cinglé pour le faire exprès.

    - Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ?

    Trente ans plus tard, il le répétait encore :

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" (Extrait)

     

    M. Crastaing est le type du professeur inoxydable, sans âge. Il transforme ses élèves en "statues de sel" avant même son entrée dans la classe. Depuis trente années, il clame de sa voix de craie : "L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" 

    Mais quel est ce dessin que tentent de s'arracher trois lascars : Igor Laforgue, Joseph Pritsky et Nourdine Kader ? D'innombrables petits bonshommes, certains lourdement armés, pourchassent un individu, qui est probablement leur professeur car une immense banderole portant une formule vengeresse et outrageuse se déploie, bien en évidence, sur la feuille. Les trois garnements revendiquant cette œuvre géniale, la même sanction leur est attribuée, une rédaction.

    "Sujet :

    Vous vous réveillez un matin et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants.

    Racontez la suite."

    Qui sont ces adultes dont les enfants vont devoir prendre l'âge, la taille et les responsabilités ?

    Le père d'Igor Laforgue est mort à trente-huit ans, après avoir franchi "à peu près sain les portes d'un hôpital" et en être ressorti "contaminé jusqu'à l'os par ceux-là mêmes qui devaient se contenter de lui ôter les amygdales". Devenu fantôme grâce à l'insistance d'Igor qui s'obstine à s'entretenir avec lui au cimetière du Père-Lachaise, il est le narrateur de ce récit.

    Tatiana Laforgue, la mère d'Igor, conseillère conjugale pour magazines féminins, "maigrichonne et fébrile qui clope comme un cendrier et regarde, avec une tristesse d'outre-tombe, son enfant jouer les grands", tente vainement de trouver le digne remplaçant de son défunt mari.

    Le père de Joseph, Pope Pritsky, "le sourire plein d'épingles", tient une boutique de tailleur pour "Personnalités vraiment exceptionnelles".

    Derrière le comptoir de la boutique, se trouve la femme de Pope, la jolie Moune Pritsky, à la "voix délicieuse et stratège" ainsi qu'aux charmes physiques très convaincants.

    Le père de Nourdine, Ismaël Kader, ancien chauffeur de taxi, dont la femme s'est enfuie avec un postier, peint dans son garage. "C'est beaucoup plus que la prière, la peinture d'Ismaël. Ça ne demande rien à Dieu ni à personne. [...] Six mois qu'Ismaël a vendu le taxi pour s'enterrer dans le garage, avec ses pinceaux, sous le niveau des hommes, et il n'y a pas d'endroit où la lumière soit plus paisible qu'entre les murs peints du garage d'Ismaël ; la soie de ses pinceaux met le soleil au mur..."

    Joseph, Nourdine puis Igor s'attellent à leur rédaction punitive... et le lecteur savoure un roman philosophique de fiction !

     

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    Chagrin d'école par Daniel Pennac. Récit autobiographique (Éditions Gallimard, 2007). Prix Renaudot 2007. 

     

    "Commençons par l'épilogue : Maman, quasi centenaire, regardant un film sur un auteur qu'elle connaît bien. On voit l'auteur chez lui, à Paris, entouré de ses livres, dans sa bibliothèque qui est aussi son bureau. La fenêtre ouvre sur une cour d'école. Raffut de récré. On apprend que pendant un quart de siècle l'auteur exerça le métier de professeur et que s'il a choisi cet appartement donnant sur deux cours de récréation, c'est à la façon d'un cheminot qui prendrait sa retraite au-dessus d'une gare de triage. Puis on voit l'auteur en Espagne, en Italie, discutant avec ses traducteurs, blaguant avec ses amis vénitiens, et sur le plateau du Vercors, marchant, solitaire, dans la brume des altitudes, parlant métier, langue, style, structure romanesque, personnages..." (Extrait)

     

    "Chagrin d’école [...] aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur". (Gallimard)

     

    À la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Daniel Pennac, reçu par Olivier Barrot dans l'émission "Un Livre, un jour", en décembre 2007, se souvient de sa scolarité d'ancien cancre et évoque le cas d'enfants submergés par les problèmes familiaux.

    (Source : http://www.ina.fr/video)

     

    "J'étais un cancre gai. C'est ce qui m'a sauvé." (Daniel Pennac)

    "Daniel Pennac fend l'armure. Chagrin d'école est un superbe texte autobiographique dans lequel l'auteur des Malaussène dévoile pour la première fois son passé de cancre." (François Busnel - L'Express)

    Lors d'un entretien, le 1er octobre 2007, pour L'Express :

    François Busnel : "Pourquoi ce livre sur les cancres alors que la figure du cancre, loin de faire honte, devient au contraire un statut ou une frime ?" 

    Daniel Pennac : "Oui, c'est devenu une façon de se mettre en valeur, surtout chez les gens qui ont réussi. En société, on avoue sa cancrerie pour la vanter. On se flatte d'avoir été un enfant rétif au système scolaire. Mais je n'y crois pas trop. En vérité, ce type d'aveu trahit souvent un écho de la douleur passée. C'est un martyre de ne rien comprendre à rien dès le début de l'apprentissage de l'alphabet. On peut compenser par le chahut, par l'opposition systématique à l'adulte ou à l'institution. Mais le fond demeure. Je ne crois guère les gens qui posent la cancrerie comme une décoration."

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/) 

     

    J'ai tout d'abord pensé que Chagrin d'école était destiné aux enseignants et aux parents dont les enfants éprouvaient des difficultés scolaires. Puis, de très belles pages ont retenu mon attention : elles s'adressaient à tous, à moi aussi, elles contenaient de profondes réflexions, et tant de vérités, tant d'enseignement !

    "Une constatation préalable : adultes et enfants, on le sait, n'ont pas la même perception du temps. Dix ans ne sont rien aux yeux de l'adulte qui calcule par décennies la durée de son existence. C'est si vite passé, dix ans, quand on en a cinquante ! Sensation de rapidité qui, d'ailleurs, aiguise l'inquiétude des mères pour l'avenir de leur fils. Le bac dans cinq ans, déjà, mais c'est tout de suite ! Comment le petit peut-il changer si radicalement en si peu de temps ? Or, pour le petit, chacune de ces années-là vaut un millénaire ; à ses yeux, son futur tient tout entier dans les quelques jours qui viennent. Lui parler de l'avenir c'est lui demander de mesurer l'infini avec un décimètre. Si le verbe "devenir" le paralyse, c'est surtout parce qu'il exprime l'inquiétude ou la réprobation des adultes. L'avenir, c'est moi en pire, voilà en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m'affirmaient que je ne deviendrais rien." (Extrait)

     

    Combien j'ai aimé lire que la "mémoire était une bibliothèque à enrichir" plus qu'un "muscle à entraîner" !

    "On laisserait s'envoler des pages pareilles comme des feuilles mortes, parce que ce n'est plus de saison ? Ne pas retenir de telles rencontres, est-ce envisageable ? Si ces textes étaient des êtres, si ces pages exceptionnelles avaient des visages, des mensurations, une voix, un sourire, un parfum, ne passerions-nous pas le reste de notre vie à nous mordre le poing de les avoir laissé filer ? Pourquoi se condamner à n'en conserver qu'une trace qui s'estompera jusqu'à n'être plus que le souvenir d'une trace...[...] Au nom de quel principe, ce gâchis ? " (Extrait) 

     

     

     

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    Comme un Roman par Daniel Pennac. Essai (Éditions Gallimard, 1992)

     

    "Les droits imprescriptibles du lecteur

    1. Le droit de ne pas lire.

    2. Le droit de sauter des pages.

    3. Le droit de ne pas finir un livre.

    4. Le droit de relire.

    5. Le droit de lire n'importe quoi.

    6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

    7. Le droit de lire n'importe où.

    8. Le droit de grappiller.

    9. Le droit de lire à haute voix.

    10. Le droit de nous taire." 

    (Quatrième de couverture)

     

    Critique littéraire :

    "Le plus admirable, c'est que Daniel Pennac, lui l'écrivain, le professeur de lettres, le lecteur insatiable de romans, n'en veut aucunement à cette jeunesse fâchée avec le livre. Inquiet de voir la désaffection à l'égard des grands écrivains se généraliser, il ne cède pas pour autant au pessimisme. Bien au contraire ! Pour en avoir fait, comme le poète Georges Perros, l'expérience, il sait qu'il suffirait de mettre en place une pédagogie fondée sur la contagion de l'enthousiasme. En un mot, de tout reprendre dès le début. Fichez-leur la paix avec vos fiches infernales ! Faites-leur la lecture à voix haute, comme autrefois !" (L'Express - extrait)

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/1992)

     

    "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres : le verbe "aimer"... le verbe "rêver"...

    On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : "Aime-moi !" "Rêve !" "Lis !" "Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t'ordonne de lire !"

    - Monte dans ta chambre et lis !

    Résultat ?

    Néant.

    Il s'est endormi sur son livre. La fenêtre, tout à coup, lui a paru immensément ouverte sur quelque chose d'enviable. C'est par là qu'il s'est envolé. Pour échapper au livre. Mais c'est un sommeil vigilant : le livre reste ouvert devant lui." (Daniel Pennac. Extrait de Comme un Roman)

     

    Le narrateur pourrait être l'un des parents de l'enfant qui, sachant depuis peu aligner les mots, se trouve désormais dans l'obligation de lire tout en rêvant de refermer son livre, de s'envoler par la fenêtre. Mais comment avouer son aversion pour la lecture à ses parents, comment éviter cette déception à ceux qui, voilà peu de temps, ravis par son éclosion au langage, étaient devenus ces merveilleux conteurs ? "C'était une aptitude que nous ne nous connaissions pas. Son plaisir nous inspirait. Son bonheur nous donnait du souffle. Pour lui, nous avons multiplié les personnages, enchaîné les épisodes..."

    L'enfant éprouvait un véritable chagrin de ne pouvoir donner satisfaction à ses parents. Il ne jouait pas la comédie, sa souffrance était bien réelle. Les inévitables questions sont alors posées : "Était-il sourd ? Dyslexique, peut-être [...] ? Paresseux ? [...] 

    Non, il allait à son rythme, voilà tout, et qui n'est pas nécessairement celui d'un autre, et qui n'est pas nécessairement le rythme uniforme d'une vie, son rythme d'apprenti lecteur, qui connaît ses accélérations et ses brusques régressions, ses périodes de boulimie et ses longues siestes digestives, sa soif de progresser et sa peur de décevoir..."

     

    Comme un Roman est un hymne à la lecture, et plus précisément un hymne à la liberté de lire, lire uniquement selon ses désirs, ses goûts, en ne se laissant jamais imposer le conformisme édicté par la société. Mais, avant tout, cet essai de Daniel Pennac, dont les généreux conseils pédagogiques sont si précieux et convaincants, enseigne comment offrir à l'enfant l'enthousiasme contagieux de l'amour de la lecture...

     

     


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    par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 2012). Prix des lecteurs de l'Express 2012.

     

    "13 ans, 1 mois, 8 jours       Mercredi 18 novembre 1936

    Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.

    30 ans et 3 mois       Jeudi 10 janvier 1974

    Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe.

    86 ans, 9 mois, 16 jours       Lundi 26 juillet 2010

    Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.

     

    De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire."

    (Quatrième de couverture)

     

    "64 ans, 2 mois, 18 jours       Lundi 28 décembre 1987

    Une blague stupide faite par Grégoire et son copain Philippe à la petite Fanny m'a rappelé la scène originelle de ce journal, la trame qui l'a fait naître.

    Mona, qui aime faire le vide, a ordonné un grand feu de vieilleries dont la plupart dataient du temps de Manès : chaises bancales, sommiers moisis, une charrette vermoulue, des pneus hors d'usage, autant dire un autodafé gigantesque et pestilentiel. (Ce qui, à tout prendre, est moins sinistre qu'un vide-greniers.) Elle en a chargé les garçons qui ont décidé de rejouer le procès de Jeanne d'Arc. J'ai été tiré de mon travail par les hurlements de la petite Fanny, recrutée pour tenir le rôle de la sainte. Pendant toute la journée, Grégoire et Philippe lui ont vanté les mérites de Jeanne dont Fanny, du haut de ses six ans, n'avait jamais entendu parler. Ils lui ont tant fait miroiter les avantages du paradis qu'elle battait des mains en sautant de joie à l'approche du sacrifice. Mais quand elle a vu le brasier dans lequel on se proposait de la jeter toute vivante, elle s'est précipitée chez moi en hurlant. (Mona, Lison et Marguerite étaient en ville.) Ses petites mains m'ont agrippé avec une terreur de serres. Grand-père ! Grand-père ! J'ai tenté de la consoler avec des "là, là", des "c'est fini", des "ce n'est rien" (ce n'était pas rien, c'était même assez grave, mais je n'étais pas au courant de ce projet de canonisation). Je l'ai prise sur mes genoux et j'ai senti qu'elle était humide. Plus que cela, même, elle avait fait dans sa culotte, elle s'était souillée de terreur. Son cœur battait à un rythme effrayant, elle respirait à coups minuscules. Ses mâchoires étaient à ce point soudées que j'ai craint une crise de tétanie. Je l'ai plongée dans un bain chaud. C'est là qu'elle m'a raconté, par bribes, entre deux restes de sanglot, le destin que ces deux abrutis lui avaient réservé.

    Et me voilà renvoyé à la création de ce journal." (Extrait)

     

    Daniel Pennac, par l'intermédiaire d'un narrateur dont le corps est le véritable "héros" de ce livre, narrateur qui lègue à sa fille Lison une pile de cahiers décrivant, de ses douze ans jusqu'à ses quatre-vingt-sept ans, les transformations de son corps, ses maux, ses peurs et ses victoires, compose un journal original, étrange, dont les premières pages naissent sous la plume d'un enfant qui met en œuvre son mental et son corps pour ressembler à l'écorché du dictionnaire Larousse. Il y parvient.

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    L'Écorché par Léonard de Vinci

     

    Maquisard, le narrateur constate la suprématie de l'esprit sur le corps : "Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades." (Extrait)

     

    Le narrateur qui n'a jamais parlé de sa prime jeunesse à sa progéniture décide de lever le voile sur les débuts de son existence : "Vois-tu, je suis né d'une agonie. Mon père était un de ces innombrables morts vivants rendus par la Grande Guerre à la vie civile. L'esprit saturé d'horreurs, les poumons détruits par les gaz allemands, il tenta vainement de survivre. Ses dernières années (1919-1933) furent le combat le plus héroïque de sa vie. Je suis né de cette tentative de résurrection. Ma mère avait entrepris de sauver son mari en me concevant. Un enfant lui ferait le plus grand bien, un enfant c'est la vie ! J'imagine qu'il n'eut d'abord ni force ni appétit pour ce projet, mais ma mère le requinqua suffisamment pour que je fasse mon apparition le 10 octobre 1923. En pure perte ; le lendemain de ma naissance mon père retombait en agonie. Ma mère ne nous pardonna pas cet échec, ni à lui ni à moi. (Extrait)

     

    Critiques littéraires :

    "L'auteur nous plonge dans le journal intime d'un homme dont le corps a connu mille morts et autant de résurrections.

    Ce journal d'un corps n'est pas autobiographique puisque son auteur est né en 1923 et meurt en 2010 ! Mais ce détour par l'imaginaire est fécond, il nous évite ces journaux qui prétendent à l'authenticité en sacrifiant la littérature. Or c'est elle qui atteint la vérité profonde. Les fantasmes en disent plus long sur nous-mêmes que la recension du vrai factuel dont on rebat les oreilles. Le récit commence avec une histoire de peur, d'enfant ligoté dans une forêt par ses petits camarades au cours d'un jeu guerrier. Une colonie de fourmis menace de le dévorer. L'angoisse originelle par excellence, celle de l'ogre. Et des peurs, ces pages en regorgent." (Patrick Granville - Le Figaro, 15 février 2012.) (Extrait)

    Site : http://www.lefigaro.fr/livres/

     

    Journal d'un corps, de Daniel Pennac (Prix des lecteurs de L'Express), est une réelle performance littéraire.

    "Daniel Pennac prouve encore avec son [...] roman qu'il fait partie des meilleurs écrivains français - et inutile d'ajouter "de sa génération" -. L'écriture est travaillée, belle et efficace. [...] 

    On pourrait y voir [...] un texte "exhibitionniste". Mais, pas de doute, l'objectif de Daniel Pennac est de toucher le lecteur dans ce qu'il a de plus intime [...]. Cette intimité narrée fait écho chez soi, on la penserait unique, privée, impossible à partager, et la voilà étalée dans un roman !" (Amélie Grossmann-Etoh, 23 avril 2012 - L'Express)  (Extrait)

    Site : http://www.lexpress.fr/culture/livre/

     

    Daniel Pennac au Théâtre du Rond-Point à Paris.

    "[...] le "Journal d'un corps" de Daniel Pennac a touché le cœur de la metteuse en scène Clara Bauer. Elle a choisi l'auteur lui-même pour vivre les mots de son roman en clôture de la saison du Théâtre du Rond-Point à Paris. Une belle aventure partagée avec les spectateurs."

    Seul sur scène, Daniel Pennac lit, pendant une heure et demie, Journal d'un corps. "Le plaisir des mots se trouve ici décuplé par l'interprétation candide de Daniel Pennac."  (Odile Morain, franceinfo, 8 juillet 2014) . (Extrait)

    Site : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/theatre/

      

    À voir aussi : https://www.youtube.com/watch 

     

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  • Daniel Pennac (1) La famille Malaussène

     

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    Daniel Pennac  

     

    Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni), né à Casablanca, au Maroc, en 1944, est un écrivain français. Professeur de lettres, il connaît le succès avec une série de romans rocambolesques et ses livres pour la jeunesse.

     

    Daniel Pennac est le dernier enfant d'une fratrie de quatre garçons. Son père est militaire et toute sa famille l'accompagne dans ses déplacements en Afrique, en Asie et en Europe. Daniel Pennac évoque ainsi son père qu'il assimile au plaisir de la lecture :

    "Pour moi, le plaisir de la lecture est lié au rideau de fumée dont mon père s'entourait pour lire ses livres. Et il n'attendait qu'une chose, c'est qu'on vienne autour de lui, qu'on s'installe et qu'on lise avec lui, et c'est ce que nous faisions."

    Daniel Pennac effectue une partie de sa scolarité dans un internat, où l'on ne permet pas aux élèves de lire d'autres ouvrages que leurs livres de classe :

    "En sorte que lire était un acte subversif. À la découverte du roman s'ajoutait l'excitation de la désobéissance..." (Daniel Pennac)

    Professeur de lettres de 1969 à 1995, il enseigne à Soissons et à Paris. En 1973, après son service militaire, il écrit son premier livre, Le Service militaire, au service de qui ?, un pamphlet s'attaquant aux principes du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il choisit comme nom d'écrivain Daniel Pennac afin de ne pas faire de tort à son père.

    En 1979, Daniel Pennac part au Brésil où il reste deux années. Deux décennies plus tard, il publie un roman prenant sa source au Brésil, Le Dictateur et le hamac. 

    Entre-temps, Daniel Pennac écrit la saga de l'attachante et... surprenante famille Malaussène, puis une tétralogie pour les enfants où, préoccupé par l'école et l'amitié, il met en scène des héros proches de l'univers enfantin : Kamo.

    "Kamo, c'est l'école métamorphosée en rêve d'école, ou en école de rêve, au choix." (Daniel Pennac) 

    En 1995, il met fin à son métier d'enseignant pour se consacrer à la littérature, cependant il va régulièrement à la rencontre des élèves dans leurs classes.

    Du 4 au 6 novembre 2016, Daniel Pennac présidera la 35ème édition de la Foire du livre de Brive.

    (Source : http://www.lefigaro.fr/).

     

    "L'homme se construit des maisons parce qu'il sait qu'il est vivant, mais il écrit des livres parce qu'il sait qu'il est mortel. Il habite en bande parce qu'il est grégaire, mais il lit parce qu'il est seul. Cette lecture est pour lui une compagnie qui ne prend la place d'aucune autre, mais qu'aucune autre compagnie ne saurait remplacer. Elle ne lui offre aucune explication définitive sur son destin mais tisse un réseau de connivences entre la vie et lui. Infimes et secrètes connivences qui disent le paradoxal bonheur de vivre alors même qu'elles éclairent l'absurdité tragique de la vie. En sorte que nos raisons de lire sont aussi étranges que nos raisons de vivre. Et nul n'est mandaté pour nous réclamer des comptes sur cette intimité-là." (Daniel Pennac. Extrait de Comme un Roman).      

     

    Prix et distinctions :

    La Fée Carabine (roman, Gallimard, 1987) : Prix Mystère de la critique 1988.

    La Petite marchande de prose (roman, Gallimard, 1989) : Prix du Livre Inter 1990.

    Chagrin d'école (récit autobiographique, Gallimard, 2007) : Prix Renaudot 2007.

    Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, 2012. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent) : nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    Le Prix Ulysse a été décerné à Daniel Pennac, en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand Prix Metropolis bleu en 2008.

    (Source biographique : http://www.gallimard)

     

    Voir l'article : Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques

     

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

     

    Œuvres :

    1973. Le Service militaire au service de qui ? (essai. Seuil)

    1978. Les Enfants de Yalta, en collaboration avec Eliad Tudor (roman. Grasset)

    1979. Père Noël, en collaboration avec Eliad Tudor (biographie romancée. Grasset)

    1980. Le Grand Rex (livre illustré. Centurion-Jeunesse)          

    1982. Cabot-Caboche (livre Jeunesse. Nathan ; Pocket Jeunesse)

    1984. L'Œil du loup (livre Jeunesse. Nathan). Court-métrage d'animation L'Œil  du loup (1998) de Hoël Caouissin, sur un scénario de René Laloux, d'après le livre de Daniel Pennac.

    1985. Au Bonheur des ogres (roman. Gallimard). Au Bonheur des ogres (2013) de Nicolas Bary, scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary d'après le roman Au Bonheur des ogres.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1987. La Fée Carabine (roman. Gallimard) Prix Mystère de la critique 1988

    1988. La Fée Carabine (scénario, épisode de la série télévisée Série noire d'Yves Boisset, d'après le roman La Fée Carabine de Daniel Pennac)

    1989. La Petite marchande de prose (roman. Gallimard) Prix du Livre Inter 1990

    1991. Le Sens de la houppelande, illustrations de Jacques Tardi (roman graphique. Futuropolis ; Gallimard)

    1991. Les Grandes Vacances, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke)

    1992. Comme un roman (essai. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français,daniel pennacchioni,la petite marchande de prose par daniel pennac,monsieur malaussène par daniel pennac,le zèbre belleville paris,salle de spectacles le zèbre belleville paris,aux fruits de la passion par daniel pennac,au bonheur des ogres par daniel pennac

    1992. Kamo. L'agence Babel, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse). Lu par Daniel Pennac (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1992. L'Évasion de Kamo, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 1997)

    1992. Kamo et moi, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2007)

    1993. Kamo. L'idée du siècle, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1994. Le Tour du ciel (Peintures de Miro. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux) 

    1995. Monsieur Malaussène (roman. Gallimard). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac.daniel pennac,daniel pennac écrivain français,daniel pennacchioni,la petite marchande de prose par daniel pennac,monsieur malaussène par daniel pennac,le zèbre belleville paris,salle de spectacles le zèbre belleville paris,aux fruits de la passion par daniel pennac,au bonheur des ogres par daniel pennac

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (roman. Gallimard)

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (pièce de théâtre. Gallimard) 

    1997. Messieurs les enfants (roman. Gallimard)

    1997. Messieurs les enfants (scénario coécrit avec Pierre Boutron, d'après le roman de Daniel Pennac, Messieurs les enfants, avec une apparition de Daniel Pennac jouant l'homme dans la voiture).

    1997. Qu'est-ce que tu attends, Marie ? (peintures de Monet. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux)

    1999. Des Chrétiens et des Maures (roman. Gallimard)

    1999. Aux Fruits de la passion (roman. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1999. Sahara, illustrations d'Antonin Louchard (album pour enfants. Thierry Magnier Eds)

    1999. Vercors d'en haut : la Réserve naturelle des hauts-plateaux (livre illustré. Milan)

    2000. Gardiens et Passeurs (essai. Fondation Banques CIC pour le livre)

    2000. La Débauche, dessins de Tardi (bande dessinée. Futuropolis ; Gallimard)

    2000. Bartleby le scribe de Herman Melville dans la traduction de Pierre Leyris (CD audio, collection À voix haute. Gallimard)  

    2001. Bon Bain les bambins, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2001. Le Crocodile à roulettes, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard) 

    2001. Le Serpent électrique, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2003. Le Dictateur et le hamac (roman. Gallimard)

    2004. Merci (roman. Gallimard). Grazie, téléfilm italien (2004) d'après le roman Merci.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2004. Merci, lu par Claude Piéplu, illustrations de Quentin Blake (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard)

    2004. Merci, mise en scène et réalisation de Jean-Michel Ribes. Musique "Jeux pour deux", 1975, de François Vercken (DVD, conception graphique d'Étienne Théry. Gallimard)

    2006. Merci suivi de Mes Italiennes (chronique d'une aventure théâtrale et de Merci, adaptation théâtrale. Gallimard)

    2006. La Lunga Notte del dottor Galvan (téléfilm italien) 

    2006. Némo (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007. Écrire (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007.  La Vie de famille, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke) 

    2007. Chagrin d'école (récit autobiographique. Gallimard) Prix Renaudot 2007daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2009. Histoires comme ça (série télévisée d'animation de Jean-Jacques Prunès, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Bartleby le scribe (téléfilm de Jérémie Carboni, adaptation de la nouvelle Bartleby d'Herman Melville, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Lucky Luke contre Pinkerton en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Cavalier seul en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Le Roman d'Ernest et Célestine (roman pour la Jeunesse. Casterman - Gallimard Jeunesse)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2012. Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent). Nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    2012. Le 6e Continent (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)

    2012. L'Œil du loup, lu par Daniel Pennac, illustrations de Catherine Reisser. Mis en musique par Karol Beffa. Avec l'Orchestre de chambre de Paris. (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard Jeunesse)

    2012. Ancien Malade des hôpitaux de Paris (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)  

    2012. Journal d'un corps (roman. Gallimard)

    2012. Les Dix Droits du lecteur, animé par Gérard Lo Monaco (livre pop-up. Gallimard Jeunesse)

    2013. Journal d'un corps (album illustré, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis)

    2015. Un Amour exemplaire, dessins de Florence Cestac (bande dessinée. Dargaud)

    2015. Eux, c'est nous. Livre collectif : L'instinct, le cœur et la raison par Daniel Pennac, suivi de Réfugiés en 8 lettres par Jessie Magana et Carole Saturno, illustrations de Serge Bloch (livre jeunesse. Gallimard Jeunesse. Publication par 40 éditeurs jeunesse)

    2017. Le Cas Malaussène. I - Ils m'ont menti (Gallimard)

    2018. Mon frère (Gallimard, Collection Blanche)

     

    (Source bibliographique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Pennac)

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Au Bonheur des ogres par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1985).

     

    "Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les  mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.

    Côté cœur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).

    Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.

    Pourquoi moi ?

    Je dois avoir un don..."

    (Quatrième de couverture)

     

    "La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.

    - Monsieur Malaussène est demandé au bureau des Réclamations.

    Une voix de brume, tout à fait comme si les photos de Hamilton se mettaient à parler. Pourtant, je perçois un léger sourire derrière le brouillard de Miss Hamilton. Pas tendre du tout, le sourire. Bon, j'y vais. J'arriverai peut-être la semaine prochaine. Nous sommes un 24 décembre, il est seize heures quinze, le Magasin est bourré. Une foule épaisse de clients écrasés de cadeaux obstrue les allées. Un glacier qui s'écoule imperceptiblement, dans une sombre nervosité. Sourires crispés, sueur luisante, injures sourdes, regards haineux, hurlements terrifiés des enfants happés par des pères Noël hydrophiles." (Extrait)

     

    Le Bonheur des ogres est le premier roman de la saga Malaussène. Benjamin Malaussène doit remplir l'ingrate fonction de "bouc émissaire du Magasin" : dans la cage en verre des Réclamations, avec la complicité de son collègue Lehmann, il s'accuse de toutes les incompétences du monde et assume la responsabilité de la totalité des défaillances des appareils électro-ménagers vendus à une clientèle mécontente, hargneuse, colérique.

    Les rôles du duo, Lehmann le venimeux, Malaussène le lamentable, fonctionnent à merveille. Le client devenu éponge de compassion, repart avec un nouveau bon de commande sans déposer la plainte promise à son arrivée afin de ne pas avoir le suicide du pitoyable Malaussène sur la conscience.

    Outre cette fonction de bouc émissaire, Benjamin, le grand "frère de famille", veille sur tous ses demi-frères et sœurs semés par une mère volage et insouciante.

    Voici le Petit qui dessine des ogres Noël anthropophages, Jérémy qui ne surveille pas toujours son langage mais a la capacité "de retrouver le sourire de ses cinq ans, en cas d'urgence", la douce Clara à la voix de "velours bien vert", passionnée de photographie, Thérèse l'astrologue au "regard fixe de nonne anorexique", et Louna en instance de maternité, peut-être de... célibat.

     

    Soudain, une explosion... la première bombe déposée dans le Magasin, bien d'autres suivront, toujours lors de la présence de Benjamin... 

    "Un amas de corps hérissés de bras et de jambes obstrue l'escalier roulant. Les clients remontent quatre à quatre l'escalier qui descend, mais refluent sous la poussée d'une vague venue d'en haut. Le temps de s'expliquer, tout le monde arrive au pied de l'escalator et bascule sur le bouchon humain. Ça grouille et ça hurle."

     

    Ce premier livre de la saga Malaussène est, lui, annonciateur d'explosions de joie et de rires à la découverte de toujours plus de trouvailles "pennaciennes" désopilantes !

     

    Le film Au Bonheur des ogres, réalisé par Nicolas Bary, d'après le roman de Daniel Pennac, est sorti en 2013 (scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary).

    À voir aussi le site : http://www.ina.fr/video avec une présentation d'Olivier Barrot. 

     

     

      

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    La Petite Marchande de prose par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1989). Prix du Livre Inter 1990.

    " - L'amour, Malaussène, je vous propose l'amour !

    L'amour ? J'ai Julie, j'ai Louna, j'ai Thérèse, j'ai Clara, Verdun, le Petit et Jérémy. J'ai Julius et j'ai Belleville...

    - Entendons-nous bien, mon petit, je ne vous propose pas la botte ; c'est l'amour avec un grand A que je vous offre : tout l'amour du monde ! 

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai accepté. J'ai eu tort."

    Transformé en objet d'adoration universelle par la reine Zabo, éditeur de génie, Benjamin Malaussène va payer au prix fort toutes les passions déchaînées par la parution d'un best-seller dont il est censé être l'auteur.

    Vol de manuscrit, vengeance, passion de l'écriture, frénésie des lecteurs, ébullition éditoriale, délires publicitaires, La petite marchande de prose est un feu d'artifice tiré à la gloire du roman. De tous les romans." (Quatrième de couverture)

     

    "C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : "La mort est un processus rectiligne." Le genre de déclaration à l'emporte-pièce qu'on s'attend plutôt à trouver en anglais : "Death is a straight on process"... quelque chose comme ça.

    J'étais en train de me demander où j'avais lu ça quand le géant a fait irruption dans mon bureau. La porte n'avait pas encore claqué derrière lui qu'il était déjà penché sur moi :

    - C'est vous, Malaussène ?

    Un squelette immense avec une forme approximative autour. Des os comme des massues et le taillis des cheveux planté au ras du pif.

    - Benjamin Malaussène, c'est vous ?

    Courbé comme un arc par-dessus ma table de travail, il me maintenait prisonnier dans mon fauteuil, ses mains énormes étranglant les accoudoirs. La préhistoire en personne. J'étais plaqué à mon dossier, ma tête s'enlisait dans mes épaules et j'étais incapable de dire si j'étais moi. [...]"

    C'est alors qu'il a décidé de nous mettre à niveau : d'un  coup de reins, il nous a arrachés au sol, mon fauteuil et moi, pour nous poser en face de lui, sur le bureau. Même dans cette position, il continuait à dominer la situation d'une bonne tête. [...]" (Extrait)

     

    Benjamin Malaussène occupe la fonction de "bouc émissaire" aux Éditions du Talion, dirigées par la reine Zabo. Son rôle consiste à se déclarer responsable de tous les refus de manuscrits, de la mise au chômage des imprimeurs livrant les ouvrages avec une semaine de retard, de recevoir tous les insatisfaits, les briseurs de mobilier, sous l'œil de Julius le Chien, impassible, "gueule tordue et langue pendante," qui regarde "passer la Seine, ses péniches, ses cageots, ses godasses, ses amours..."

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    "la Seine, ses péniches..."

    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     

    Lassé, Malaussène rend son tablier de bouc. Mais le véritable motif de sa démission est le futur mariage de sa sœur Clara. Benjamin Malaussène a toujours veillé sur ses frères et sœurs, tous de pères différents, mis au monde par une mère plus soucieuse de ses aventures amoureuses que de ses enfants.

    Parmi les enfants Malaussène, outre Benjamin, "le frère de famille", qui a élevé tous ses frères et sœurs, voici : 

    Louna, infirmière, mariée à un médecin, Laurent. Louna est la seule à ne plus vivre sous l'aile de Benjamin.

    Thérèse, "susceptible comme un fil dénudé", qui "même fringuée de paillettes à la proue d'une école de samba, garderait cette raideur inoxydable que lui confère l'intimité des astres".

    Clara "et son inséparable appareil photo", Clara, le "duvet d'âme", qui s'interpose toujours entre les querelleurs "à l'heure de l'engueulade quotidienne". 

    Jérémy, très inventif et turbulent, c'est lui qui imagine les noms ou surnoms des membres de la tribu.

    le Petit, qui n'a peur de rien sauf de ses cauchemars, qui ne peuvent être calmés qu'en lui posant ses lunettes rouges sur le nez.

    Verdun, née furieuse, "avec ses six mois d'existence et de colère, Verdun et ses petits poings serrés face au monde", est toujours prête à exploser.

    Dans La Petite Marchande de prose, naît C'est Un Ange, fils de Clara Malaussène et de Clarence de Saint-Hiver. C'est Un Ange, neveu de Benjamin Malaussène, ne connaîtra pas son père. 

    Partie intégrante de la famille, Julius le Chien, à l'odeur épouvantable, dont les crises d'épilepsie annoncent immanquablement un drame.

     

    Autour de la tribu Malaussène gravitent d'étonnants personnages :

    Julie Corrençon, fille d'un gouverneur colonial opiomane, belle et indépendante journaliste d'investigation, le grand amour de Benjamin.

    Loussa de Casamance, "ami en édition", ex-tirailleur sénégalais, qui rêve de traduire le Code civil en chinois.

    Hadouch Ben Tayeb, petit truand, ami d'enfance de Benjamin.

    Amar, le père de Hadouch Ben Tayeb, un restaurateur de Belleville.

    Yasmina, la femme d'Amar, leur "maman à tous".

    Mo le Mossi et Simon le Kabyle, lieutenants de Hadouch.

    Thian, inspecteur de police franco-vietnamien, le porteur attitré de la petite Verdun.

    Stojilkovicz, un Yougoslave qui traduit, en prison, Virgile en serbo-croate, après avoir lâché dans les rues de Belleville de vieilles dames armées jusqu'aux dents grâce à "un vieux stock de pétoires" afin qu'elles puissent se défendre.  

    Cissou la Neige, amateur de cocaïne, serrurier pour un huissier. Il remplace avant la saisie les meubles en bon état par du mobilier à jeter afin que les personnes en difficulté puissent conserver leurs biens.

    Et bien d'autres personnages ahurissants...

     

    L'éditrice, la reine Zabo, propose à Benjamin d'endosser le personnage d'un écrivain à succès, mais anonyme, J.L.B. (J.L. Babel), la "machine à best-sellers, la poule aux encriers d'or". De péripéties rocambolesques en situations macabres toujours pimentées d'humour, le lecteur se mêle, sans jamais se lasser, à la tribu Malaussène et aux rebondissements incessants nés de l'imagination fertile de Daniel Pennac...

     

     

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    Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1995). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. 

    "- La suite ! réclamaient les enfants. La suite ! La suite !

    Ma suite à moi c'est l'autre petit moi-même qui prépare ma relève dans le giron de Julie. Comme une femme est belle en ces premiers mois où elle vous fait l'honneur d'être deux ! Mais, Julie, crois-tu que ce soit raisonnable ? Julie, le crois-tu ? Franchement... hein ? Et toi, petit con, penses-tu que ce soit le monde, la famille, l'époque où te poser ? Pas encore là et déjà de mauvaises fréquentations !

    - La suite ! La suite !

    Ils y tenaient tellement à leur suite que moi, Benjamin Malaussène, frère de famille hautement responsable, bouc ressuscité, père potentiel, j'ai fini par me retrouver en prison, accusé de vingt et un meurtres.

    Tout ça pour un sombre trafic d'images en ce siècle Lumière.

    Alors, vous tenez vraiment à ce que je vous la raconte, la suite ? " (Quatrième de couverture)

     

    "Et ta future grand-mère apparut sur le seuil. Celle-là aussi, il faut que je te la présente. Elle a le cœur immédiat et l'entraille généreuse, ta future grand-mère. Benjamin-moi-même, Louna, Thérèse, Clara, Jérémy, le Petit, Verdun, nous autres de la tribu Malaussène, sommes tous les fruits de ses entrailles. Même Julius le Chien a pour elle des regards de puîné.

    Qu'est-ce que tu dis de ça, toi qui es le produit d'une longue interrogation procréatoire : "Faut-il faire des enfants dans le monde où nous sommes ? Le Divin Parano mérite-t-il qu'on ajoute à son œuvre ? Ai-je le droit d'enclencher un destin ? Ne sais-je point que mettre une vie en marche c'est lancer la mort à ses trousses ? [...] Tu crois qu'elle s'est posé ce genre de question, ta grand-mère ? Rien du tout ! Un enfant par coup de cœur, telle est sa loi. L'essai chaque fois transformé et le souvenir du papa aussitôt évacué. [...] Mais tu ne peux pas juger, toi, dans ton petit habitacle opalin... Il paraît que vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez, là-dedans, et que tout y baigne dans une lueur bleutée. Veinard... La seule chose que je t'envierai jamais : un bail de neuf mois dans le ventre de Julie." (Extraits pp. 27-28)

     

    Critique littéraire :

    "Sauver le Zèbre, le dernier cinéma de Belleville, que pouvait-il [...] arriver de pire [à Benjamin Malaussène] ? Monsieur Malaussène, bouquet final de la série, est un véritable feu d'artifice. Malaussène est impliqué simultanément dans deux affaires criminelles : l'assassinat en série de putes repenties qui ont la particularité d'avoir l'épiderme tatoué de tableaux de maîtres, et la quête sanglante d'un film extraordinaire qui doit être l'événement du Centenaire du cinéma. Dans le même temps, il se bat toujours contre les promoteurs qui font main basse sur Belleville et se débat dans les angoisses de la paternité. La grossesse de Julie, le combat pour sauver le Zèbre [...], l'héritage cinématographique du vieux Job et de Liesl (la nièce de Karl Craus), la maison piégée dans le Vercors, la grossesse de Gervaise, nonne, vierge et inspecteur de police, tout cela paraît sans rapport et finit pourtant par constituer un canevas presque logique." (Gérard Meudal, Libération, 1995. "L'Évangile selon Pennac : Monsieur Malaussène").

     

    Monsieur Malaussène et quelques nouveaux personnages :

    Maître La Herse, huissier de Belleville.  

    Clément Clément, Graine d'Huissier, étudiant stagiaire de La Herse.

    Nourdine et Leila, enfants amis de la tribu Malaussène.

    Suzanne O' Zyeux bleus (ainsi baptisée par Jérémy), la tenancière du cinéma le Zèbre.

    Gervaise, la fille du vieux Thian, vierge enceinte et inspecteur de police.

    Titus et Silistri, inspecteurs de police au grand banditisme détachés à la protection de Gervaise, accusés d'avoir engrossé Gervaise, la protectrice virginale de prostituées artistiquement tatouées.

    Pescatore, "barbeau toscan tatoué aux armes de saint Michel", veille aussi, avec ses anges noirs, "maquereaux repentis", sur Gervaise. Pescatore et ses anges noirs sont eux aussi soupçonnés d'avoir violé Gervaise. 

    Théo, "qui n'a jamais aimé que les blonds".

    Berthold, chirurgien, le "génie de la plomberie humaine".

    Marty, le médecin de la famille, "qui les avait tous sauvés deux ou trois fois d'une mort certaine".

    Matthias Fraenkhel, le gynécologue de Julie, "l'accoucheur des stars et des monarques".

    Barnabé Fraenkhel, fils de Matthias. Il éprouve une hostilité de sauvage envers la photographie ; il est la négation absolue du cinématographe.  

    Job Fraenkhel et sa femme Liesl, les parents de Matthias, tournent en secret depuis soixante-quinze ans le "Film Unique" qu'ils lèguent à Julie. Liesl, quatre-vingt-quatorze ans, refuse la morphine afin d'enregistrer sur son magnéto sa lente agonie 

    et... Maman. "C'était maman et ce n'était pas maman. C'était maman sans son intérieur. D'habitude maman n'arrive jamais seule. Elle arrive précédée de son ventre, d'habitude... annoncée par l'ambassade de son imminente maternité. Là, point de ventre. [...] No future." 

    Enfin, Monsieur Malaussène Malaussène (prénom : Monsieur Malaussène), dont je ne puis rien dire de plus afin de ne pas déflorer ce roman.

     

    Et toujours Benjamin Malaussène, "frère de famille hautement responsable", Cissou la Neige, "le sésame de la saisie, le rossignol de l'expulsion, le passe-partout favori du cabinet La Herse", Yasmina, la reine Zabo, éditrice du Talion, et la propre tribu de Benjamin : Clara, Thérèse, Louna, Jérémy, le Petit, Verdun, C'Est Un Ange, "Julie ma Julie" et "Julius mon chien". "Sans oublier la smala Ben Tayeb au grand complet", et d'autres encore...

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    Mais... n'est-ce pas Julius le Chien ?

    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     

    Soudain, se profile la destruction du dernier cinéma de Belleville, le Zèbre, transformé provisoirement en théâtre... et en dortoir, avec l'assentiment de Suzanne O' Zyeux bleus, par le bouillonnant Jérémy -la reine Zabo a décidé qu'il serait un grand écrivain- et les enfants Malaussène, à l'exception de Benjamin qui loge toujours dans une ancienne quincaillerie :

    "Le plus impressionnant, c'était le silence. Même Jérémy se taisait. Rayure après rayure, le zèbre avait bel et bien disparu. Jusqu'à laisser un trou gris ciel dans le fronton du cinéma.

    Tout Belleville avait vu l'animal se dissoudre dans l'espace.

    Mais, après tout, le zèbre n'était qu'une effigie de bois, un dessin sans épaisseur. Quand ils s'attaqueraient à la pierre, ce serait autre chose. Ils ne pourraient tout de même pas faire disparaître un cinéma ! Un cinéma, c'est un immeuble ! Ce n'est pas seulement une façade, c'est un ventre, avec un hall, un balcon, une scène, des sièges, les meubles de Belleville dans ses coulisses... la tripaille des câbles et des tuyauteries, le volume de toute chose... Ça ne s'efface pas comme ça ! [...]

    Le silence de la foule s'alourdit.

    Voilà que le bleu du fronton commençait à pâlir ! La couleur se diluait ! [...] Tout fut emporté. [...] Le vide rongeait les affiches collées sur la façade du Zèbre, à présent. Le vide éteignait les affiches une à une et dissolvait les murs. Le vide rampait silencieusement le long du trottoir, effaçant chaque pierre, et il ne resta bientôt plus qu'une grille de fer noir dressée au pied de la façade disparue. [...] Il ne restait plus que le cadenas doré, flottant seul dans l'espace. [...]

    Quelque chose d'inattendu était en train de se produire. Jérémy le comprit au regard furieux que le brigadier échangea avec le flic son voisin. Quelqu'un avait forcé le barrage. [...] Thérèse traversait le no man's land qui les séparait du cinéma, à grands pas, droite comme la justice, raide comme les matraques qui auraient dû l'en empêcher, seule au monde. Sa démarche avait l'autorité de celles qui ouvrent en deux la muraille des murs. Elle se dirigeait droit vers le cadenas flottant. [...]

    Là-bas, debout devant le vide, Thérèse sortit une clef de sa poche et ouvrit le cadenas. Puis on vit nettement l'effort de ses bras et chacun put entendre le grincement familier d'une grille invisible.

    Thérèse fit un pas en avant et disparut à son tour.

    Avalée par le néant."

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    Salle de spectacles Le Zèbre, quartier de Belleville, Paris

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Julie est à l'hôpital, "le ventre vide". Benjamin, fou de douleur, se lance dans une course insensée dont la description est un morceau d'anthologie !

    "J'ai avalé des couloirs et dévalé des escaliers, quelques flics se sont aplatis contre les murs, des dossiers se sont envolés, des têtes ont jailli, leurs portes ne s'étaient pas encore refermées que je sautais déjà par-dessus la Seine. Prenez un Malaussène, faites-lui mal, il court. Il pourrait réquisitionner un taxi, plonger dans le métro, s'accrocher à la queue d'un avion, non, il court ! Il met le trottoir en branle, engloutit l'asphalte, fait défiler les balcons au-dessus de sa tête. Les passants qui se retournent l'ont déjà perdu de vue, les marronniers n'ont pas le temps de se compter... il court, Malaussène, il court le plus droit possible et saute le plus haut qu'il peut, les chiens le sentent passer au-dessus de leurs truffes et les flics ne le voient pas traverser les carrefours, il développe sa foulée parmi les coups de gueule et de klaxon, le hurlement de la gomme et la stridulation des sifflets, l'envolée des pigeons et le coulé des chats au dos creux, il court, Malaussène, et on ne voit pas trop qui pourrait courir plus vite, faire ainsi tourner le monde sous ses pieds, si ce n'est un autre Malaussène peut-être, un autre malheur en mouvement, et tout compte fait ils doivent être nombreux ces coureurs affligés, si on en juge par la rotation de la terre, car elle tourne sous les pieds de l'homme qui court, la terre [...] "

     

     

     

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    Aux Fruits de la passion par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1999).

     

    "La tribu Malaussène et ses proches ont le regret de vous annoncer le mariage de Thérèse Malaussène avec le comte Marie-Colbert de Roberval, conseiller référendaire de première classe.

    Cet avis tient lieu d'invitation."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "On devrait vivre a posteriori. On décide tout trop tôt. Je n'aurais jamais dû inviter ce type à dîner. Une reddition hâtive, aux conséquences désastreuses. Il faut dire que la pression était énorme. Toute la tribu s'était acharnée à me convaincre, chacun dans son registre, une puissance de feu terrible :

    - Comment, gueulait Jérémy, Thérèse est amoureuse et tu ne veux pas voir son mec ?

    - Je n'ai jamais dit ça.

    Louna a pris le relais :

    - Thérèse trouve un monsieur qui s'intéresse à elle, un phénomène aussi improbable qu'une tulipe sur la planète Mars, et tu t'en fiches ?

    - Je n'ai pas dit que je m'en fichais.

    - Même pas un chouia de curiosité, Benjamin ?

    Ça, c'était Clara, sa voix de velours...

    - Tu sais ce qu'il fait au moins, dans la vie, l'ami de Thérèse ? a demandé le Petit, derrière ses lunettes roses.

    - Des contes !

    - Des contes ?

    - C'est ce qu'a dit Thérèse : il fait des contes !

    Interdire notre quincaillerie à un conteur, c'était anéantir le système de valeurs du Petit. De ma propre personne à Loussa de Casamance, en passant par l'ami Théo, le vieux Risson, Clément Clément, Thian, Yasmina ou Cissou la Neige, le Petit n'avait rien fréquenté d'autre depuis sa naissance.

    - C'est vrai, ai-je demandé un peu plus tard à Julie, ce thérèsophile est un conteur ?

    - Conteur ou garagiste, a répondu Julie, il faudra que tu y passes, autant céder tout de suite. Organise un dîner." (Extrait pp. 15-16)

     

    Dès les premières pages, le lecteur est remis en présence de certaines de ses anciennes connaissances appartenant à la tribu Malaussène et à ses satellites. Et voici Thérèse Malaussène amoureuse ! "Thérèse à la roideur si fragile !" Thérèse, la "spirite en verre de Murano. Tellement cassante..." . Voyant cette roseur soudaine sur les joues de Thérèse, Benjamin avait espéré une innocente tuberculose et placé tout son espoir dans le bacille de Koch. "On peut attraper la tuberculose par romantisme, Thérèse n'en manquait pas. Six mois d'antibiotiques et il n'y paraîtrait plus."

     

    Les nouveaux personnages : 

    Marie-Colbert de Roberval (MC2), conseiller à la Cour des comptes, époux de Thérèse.

    Charles-Henri de Roberval (CH2), frère de Marie-Colbert. Il s'est pendu.

    Le vieux Semelle, "dans l'emploi du grand-père-artisan-retraité-méritant [...] avec son couscous merguez, son costard-serpillière..."

    Rachida, la fille de Kader, le taxi.

    Mondine, une des protégées de Gervaise.

    Hervé, "l'amour momentané de la vie de Théo"

    Et... Maracuja Malaussène...

     

    Daniel Pennac, lors d'un entretien avec les Éditions Gallimard, évoque les contraintes d'écriture qu'il s'impose : "Il faut qu'il y ait une mort compensée par une naissance, une crise d'épilepsie de Julius le Chien, un cauchemar du Petit ou quelque chose d'équivalent. Et une conversion de stéréotypes. Ici, c'est ce procès bourgeois d'un mariage jugé inconvenant par une famille elle-même très inconvenante ! " 

    Source : http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/

    Benjamin consulte ses amis qui lui conseillent unanimement de laisser agir Thérèse. Il se rend à la crèche de Gervaise baptisée Aux fruits de la passion. Elle y emploie Clara qui arrive tous les matins avec Verdun, C'Est Un Ange et Monsieur Malaussène qui sont tous, eux aussi, des fruits de la passion.

    Voilà arrivé le soir de la présentation de Marie-Colbert de Roberval à la famille Malaussène. Ce n'était pas un conteur, mais un conseiller à la Cour des comptes. "Le Petit était encore à l'âge où on place ses espoirs dans l'homonymie ; il entendait ce qu'il voulait entendre."  Thérèse avait rencontré son futur époux à son travail : elle disait la bonne aventure dans une minuscule caravane tchèque posée sur quatre parpaings, boulevard de Ménilmontant, sous les murailles du Père-Lachaise, et MC2 était venu la consulter...

     

    Une version plus courte de ce roman a été publiée en feuilleton dans Le Nouvel Observateur, du 8 juillet au 27 août 1998, sous le titre La Passion selon Thérèse.

     

     

    Trois autres romans de Daniel Pennac complètent la saga Malaussène :

    . Au Bonheur des ogres (Gallimard, 1985)

    . La Fée Carabine (Gallimard, 1987)

    . Des Chrétiens et des Maures (Gallimard, 1999).

    Peut-être, un jour, poursuivrai-je cet article s'il a le bonheur de vous intéresser...

    Est-ce utile de préciser que j'ai beaucoup aimé cette famille fantasque, originale, dont chacun des membres est prêt aux actes les plus héroïques pour le sauvetage de l'un d'entre eux ?  

    Merci, Monsieur Daniel Pennac !

     

    Voir aussi, si vous le souhaitez, l'article : Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques.

     

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