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écrivain français

  • Christian Bobin, l'auteur d'une oeuvre lumineuse

     

     

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    Christian Bobin, en 2011

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Ji-Elle)

     

    Christian Bobin, écrivain et poète français, est né en 1951 au Creusot, en Saône-et-Loire. Son père enseignait le dessin technique à l'usine Schneider et sa mère était calqueuse.

    Christian Bobin, enfant, recherche déjà la solitude et s'isole avec ses compagnons de prédilection, les livres.

    Professeur de philosophie, puis infirmier psychiatrique, il est aussi rédacteur à la revue Milieux

    Christian Bobin ne quitte guère sa région natale. Il "fuit les mondanités et préfère explorer le silence. Il y consacre sa vie et son œuvre". Lors d'un entretien avec Marie de Solemne paru dans Psychologies, il différencie deux sortes de solitude :

    "Il y a deux solitudes [...] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d'abandon [...] Cette solitude-là n'est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n'est pas celle que j'habite, et ce n'est pas dans celle-là que j'aime aller [...] C'est l'autre solitude que j'aime. C'est l'autre solitude que je fréquente, et c'est de cette autre dont je parle presque en amoureux." 

    Dans ce même article de Psychologies, le philosophe et écrivain français André Comte-Sponville déclare qu'il considère Christian Bobin comme l'écrivain "le plus doué, le plus original, le plus libre -à l'écart de tout-, mais aussi le plus émouvant [...]" de sa génération, "l'un des rares qui nous éclairent, qui nous élèvent, et parmi ceux-là sans doute le plus purement poète." 

    (Source : http://www.psychologies.com/

    Le poète et écrivain belge Guy Goffette écrit que Christian Bobin "fait entrer une sorte d'innocence et de candeur dans un monde où le cynisme a du succès".

    Christian Bobin, à la recherche de la plus grande simplicité, élague avec soin ses textes. À ses débuts, il écrit : 

    "Croître en clarté, voilà le but." (Source : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/)

    "Je pense que l'écriture est un travail de guérison [...]. Pas uniquement ma propre guérison mais une guérison (...] de la vie souffrante. De la vie mise à mal par les conditions modernes." (Christian Bobin).  Propos recueillis par François Busnel (L'Express, 11 février 2013).

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/christian-bobin)

    "Christian Bobin est un colporteur de magies quotidiennes. Dès la publication de ses premières plaquettes poétiques, il est apparu comme une voix évidente. Pourtant, il venait sans escorte, sans blindage théorique, sans corset rhétorique, sans aucun formalisme cousu de fil barbelé. Le scandale voulait qu'il ait précisément quelque chose à dire et que sa parole ait un goût de source, un goût de rosée, un goût de matin du monde." (Source : https://www.franceculture.fr/)

    Christian Bobin est un "écrivain solitaire à la pureté franciscaine".

    "Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul."  (Christian Bobin)

    (Source : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/)

    "Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit, c'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour." (Christian Bobin)

    Christian Bobin cultive souvent le fragment, une forme littéraire en prose d'une grande brièveté. Ses livres dépeignent la gaieté et l'émerveillement, mais la mélancolie, l'absence et la mort y mêlent leur souffle mystérieux. Son style d'écriture est musical, ses mots coulent tantôt d'une source paisible, tantôt d'une cascade bondissante. Ses écrits, empreints de bonté, de douceur, de lumière, de douleurs aussi, se lisent dans la paix du cœur et de l'âme.

     

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    Christian Bobin (Prix des Deux Magots, 1993)

    (Source photographique : http://www.babelio.com/)

     

     

     

    Œuvres :

     

    1977. Lettre pourpre, Éditions Brandes

    1978. Le Feu des chambres, Brandeschristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1984. Le Baiser de marbre noir, Brandes

    1985. Souveraineté du vide, Éditions Fata Morgana

    1986. L'Homme du désastre, Fata Morgana

    1986. Le Huitième Jour de la semaine, Éditions Lettres Vives

    1986. Ce que disait l'Homme qui n'aimait pas les oiseaux, Brandes

    1987. Dame, roi, valet, Brandes

    1987. Lettres d'or, Fata Morganachristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1989. L'Enchantement simple, Lettres Vives

    1989. La Part manquante, Éditions Gallimard

    1990. Éloge du rien, Fata Morgana

    1990. Le Colporteur, Fata Morgana

    1990. La Vie passante, Fata Morgana

    1990. La Femme à venir, Gallimard

    1991. L'Autre Visage, Lettres Vives

    1991. La Merveille et l'Obscur, Éditions Parole d'Aubechristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1991. Une Petite Robe de fête, Gallimard

    1992. Le Très-Bas, Gallimard, collection Folio (Prix des Deux Magots, 1993. Grand Prix catholique de littérature, 1993)

    1992. Un Livre inutile, Fata Morgana

    1992. Isabelle Bruges, Éditions Le Temps qu'il fait

    1993. Cœur de neige, Éditions Théodore Balmoralchristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1993. L'Éloignement du monde, Lettres Vives

    1994. L'Inespérée, Gallimard

    1994. L'Épuisement, Le Temps qu'il fait

    1994. Quelques Jours avec elles, Le Temps qu'il fait

    1995. L'Homme qui marche, Le Temps qu'il fait

    1995. La Folle Allure, Gallimard

    1995. Bon à rien, comme sa mère, Lettres Viveschristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1996. La Plus que vive, Gallimard

    1996. Clémence Grenouille. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Une Conférence d'Hélène Cassicadou. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Gaël Premier, roi d'Abîmmmmmmme et de Mornelonge. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Le Jour où Franklin mangea le soleil, Le Temps qu'il fait

    1996. Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, en collaboration avec Édouard Boubat,                          Gallimard (réédition en 2010)

    1997. Autoportrait au radiateur, Gallimard

    1997. Mozart et la pluie suivi de Un Désordre de pétales rouges, Lettres Vives

    1998. Geai, Gallimard

    1998. L'Équilibriste, Le Temps qu'il fait

    1998. La Grâce de solitude. Dialogues avec Christian Bobin, Jean-Michel Besnier, Jean-Yves                          Leloup et Théodore Monod, Éditions Dervychristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1999. La Présence pure, Le Temps qu'il fait

    1999. Tout le Monde est occupé. Roman, Mercure de France

    2001. Ressusciter, Gallimard

    2001. La Lumière du monde, Gallimard

    2001. L'Enchantement simple et autres textes, Gallimard (collection Poésie)christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    2001. Paroles pour un adieu, Éditions Albin Michel

    2002. Le Christ aux coquelicots, Lettres Vives

    2004. Louise Amour, Gallimard

    2005. Prisonnier au berceau, Mercure de France

    2006. Une Bibliothèque de nuages, Lettres Vives

    2007. La Dame blanche, Gallimard

    2009. Les Ruines du ciel, Gallimard (Prix du Livre de spiritualité Panorama La                             Procure, 2010)christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    2011. Carnet du soleil, Lettres Vives

    2011. Un Assassin blanc comme neige, Gallimard

    2011. Éclat du Solitaire, Fata Morgana

    2012. L'Homme-joie, Éditions L'Iconoclaste

    2013. La Chair et le Souffle, "Le bouclier" (volume 8, n° 2, pp. 48-56)

    2014. La Grande Vie, Gallimard

    2015. Noireclaire, Gallimard

    2015. La Prière silencieuse, photographies de Frédéric Dupont, Gallimard.

     

    Le Prix d'Académie 2016 a été décerné à Christian Bobin pour l'ensemble de son œuvre.  

     

    (Source bibliographique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Bobin)

    Prix littéraires : 

    1993. Prix des Deux Magots décerné à Christian Bobin pour Le Très-Bas.

    1993. Grand Prix catholique de littérature pour Le Très-Bas.

    2010. Prix du Livre de spiritualité Panorama - La Procure pour Les Ruines du Ciel.

    2016. Prix d'Académie décerné à Christian Bobin pour l'ensemble de son œuvre.

    Dans mes Carnets de Lecture :

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    Une Petite Robe de fête par Christian Bobin (Gallimard, collection Folio, 1991)

     

    "Celle qu'on aime, on la voit s'avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue - comme une étoile au point du jour. À vous voir, une clairière s'ouvrait dans mes yeux. À voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu.

    Avec le regard simple, revient la force pure." (Christian Bobin. Quatrième de couverture)

     

    Ce livre comprend neuf textes courts. Voici un extrait du premier récit intitulé : Une histoire dont personne ne voulait.

    "Le manuscrit est défraîchi. Il y a une date à la dernière page. Cinq ans. Il vous arrive par la poste. Vous le laissez sur un coin de table, vous n'y pensez plus. Arrive le samedi. Le samedi est un jour où vous êtes très occupé : vous faites le chauffeur de maître pour une poignée d'enfants. On veut aller ici, on veut que tu nous emmènes à la fête, on veut ceci, on veut cela, on veut tout. Vous obéissez avec ravissement, faisant le désespoir des parents qui mettent des heures à contredire cet air d'insouciance que vous amenez avec vous. La vie passe si vite, les jours s'éteignent si tôt. [...]

    Christian Bobin conte l'histoire d'un manuscrit dont personne ne voulait, l'histoire d'un suicide manqué, l'histoire d'une "jeune femme qui tombe sur le carrelage et son âme qui tombe à ses côtés, son âme lourde, plus lourde qu'un oiseau mort, la blanche colombe gazée [...]". La jeune femme qui n'a plus d'âme un jour lit une page de Rilke...  

     

    Et qu'on le laisse en paix : "Au douzième siècle Chrétien de Troyes crée Perceval le Gallois [...], enveloppé de lumière [...]", et qui "va de château en château, de tournois en tournois...". Christian Bobin relate l'immense fatigue de Perceval qui ne sait pas vraiment ce qu'il cherche, sinon qu'il s'agit du Graal dont il ne connaît presque rien, et entraîne le lecteur dans une émouvante contemplation poétique.

     

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      Perceval à la Recluserie 

    (Source illustration : Wikimedia Commons)

     

    La faiblesse des anges offre un éblouissement au lecteur : Racine et son Iphigénie sous la plume de Christian Bobin. La pièce est une "soie de ciel pur [...]. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître. Donc cela au départ. Avant le livre, avant l'écriture. Donc cette ombre planante du père, cette nuit fauve dans la tête de Racine, dans son attente du premier vers [...]". 

    Soudain, se déverse "la pluie d'encre sur les nerfs", s'ouvre un "abîme ouvert par ces phrases, par leur résonance en vous, comme une pierre dans le puits d'âme [...]".

     

      

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    Tout le Monde est occupé par Christian Bobin. Roman (Mercure de France, 1999 - Gallimard, collection Folio)

     

    "Je m'appelle Manège, j'ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d'une part, les coccinelles n'ont pas bon goût. D'autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d'ordinaire. Il n'y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c'est pareil : il n'y a que des miracles dans ce monde." (Quatrième de couverture)

     

    "Ariane buvait, dansait, riait. Robe bleue, cœur rouge. Un beau mariage. Boissons, danses et confidences. Un château avait été loué pour l'occasion. Château, c'était beaucoup dire - plutôt une grosse ferme avec des salles immenses, des murs épais et des plafonds bas. Ariane buvait, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n'avait jamais réussi à l'éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n'était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n'importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j'aime. Je n'aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t'ont appris tes maîtres, oublie ce qu'il est convenable de faire. Telle était la magie d'Ariane : une rare plénitude d'être là, fraîche, simplifiée, simplifiante." (Extrait)

     

    Ariane, fraîche, rieuse, vit avec enthousiasme, plane "endormie, autour du laurier rose ou du tilleul dans le jardin", se marie, se remarie, met au monde après un simple baiser des enfants aux dons exceptionnels...

    "Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève." (Extrait) 

    Dans la maison d'Ariane, Rembrandt, le chat intellectuel, rôde autour de Van Gogh, le canari inculte qui tourne autour d'un rayon de soleil.

    Ariane a un nouvel amour. "L'amour est une guerre et un repos, une science et un artisanat. L'amour est tout, et même rien avec le tout. Innocence et ruse, innocence avec ruse. Apparaître et disparaître." (Extrait)

    J'ai dévoré ce livre frais, original, délicieux, lumineux...

     

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poèteLouise Amour par Christian Bobin. Roman (Gallimard, 2004)

    "Nous étions dans la ville des rois et dans la maison de Dieu. Je tenais par la main celle qui, sans avoir besoin de rien faire, les surclassait tous." (Quatrième de couverture) 

     

    "J'étais tombé amoureux de Louise Amour avant de la connaître : son nom, plus aveuglant pour moi que la clarté laiteuse des roses trémières ou que la pellicule d'or dont les moines recouvraient le bois de leurs icônes, était apparu à côté du mien sous la rubrique "Senteurs" du magazine Rosiers de France, revue confidentielle à laquelle m'avait abonné ma passion pour cette fleur. Nos deux noms, séparés par une simple virgule, s'avançaient vers le lecteur comme deux mariés sous une voûte de papier glacé. Il était écrit que Louise Amour, créatrice de parfums aussi renommés que Jamais ou Absente, venait d'en inventer un nouveau nommé Madone, en s'inspirant d'un de mes livres. J'étais présenté comme un jeune penseur plein d'avenir. Il n'y avait pas de photographie de Louise Amour dans ce journal, mais l'éclat discrètement ensauvagé de son nom me fascina plus qu'une image." (Extrait)

     

    Un homme de trente ans, solitaire, vit entouré de livres qu'il parcourt avec avidité entre des études de théologie poursuivies en autodidacte et, jusque tard dans la nuit, ses travaux d'écrivain où il rédige des phrases "sur Dieu, le ciel et le vide".

    Un article, paru dans une revue de théologie et consacré à ses deux livres publiés, fait basculer sa vie en une seconde dans un univers aux antipodes du sien, un univers de luxe, une exposition sans fin d'apparences trompeuses. Pour ce penseur, "triompher dans le monde, c'est avoir tout perdu".

    Une carte d'invitation de Louise Amour, créatrice de parfums, le précipite hors d'un nid qui, jusqu'alors, protégeait son "cœur du froid du monde".

    Avec sa prose poétique enchanteresse, Christian Bobin décrit le cheminement du héros vers un amour platonique, une union improbable, et la folie qui l'envahit, folie dont personne ne peut s'apercevoir tant l'homme reste discret, effacé.

    Louise Amour lui propose un rendez-vous à l'ombre de la basilique de Vézelay, "nuage de pierre gris orangé, flottant depuis plus de huit siècles sur un village fortifié, au-dessus d'une colline blonde."

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    La basilique de Vézelay (Yonne)

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur photographie : Desiderius Severus)

     

    "J'étais devenu incapable de lire, d'écrire, de dormir, incapable de toute autre occupation que celle de penser à Louise Amour, aux accroches de la lumière sur ses cheveux, aux petites nuances paradisiaques de sa voix [...]" 

    Des retours à l'enfance du héros, dans un milieu modeste, parsèment ce récit de souvenirs émouvants : "Je n'avais rien oublié du décor dans lequel j'avais joué mon rôle d'enfant sauvage, petit page taciturne de sa mère [...]. La pauvreté qui était entrée comme un ange dans la ville, baisant chaque porte de chaque rue, avait empêché la prétention des temps modernes d'entrer ici. C'était dans les fastes de cette pauvreté que j'avais grandi et c'était de son royaume que je m'apprêtais insensiblement à sortir."

    Louise Amour est une véritable ode à la beauté parfaite d'une femme dont le souci majeur, jalousement entretenu, est de "plaire", plaire jusqu'à l'épuisement...

     

     

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    L'Homme-joie par Christian Bobin (Éditions L'Iconoclaste, 2012).

    "J'ai rêvé d'un livre qu'on ouvrirait comme on pousse la grille d'un jardin abandonné.

    Christian Bobin, renouant avec sa fibre narrative, construit son livre en [...] récits : des portraits d'êtres chers (son père), des rencontres (Maria, l'enfant gitane), des figures emblématiques (Soulages, Glenn Gould), des visions, puis une longue lettre à la femme aimée et perdue, "la plus que vive". Entre ces récits viennent des paragraphes courts, parfois écrits à la main, condensés sur une pensée, fulgurants de profondeur et d'humanité.

    Un même fil rouge unifie ces textes, c'est la voix de Bobin à nulle autre pareille, et son regard de poète qui transfigure le quotidien." (Quatrième de couverture)

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    Statue de Glenn Gould, pianiste, compositeur et écrivain canadien (1932-1982)

    à Toronto (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    "Partons de ce bleu, si vous voulez bien. Partons de ce bleu dans le matin fraîchi d'avril. Il avait la douceur du velours et l'éclat d'une larme. J'aimerais vous écrire une lettre où il n'y aurait que ce bleu. Elle serait semblable à ce papier plié en quatre qui enveloppe les diamants dans le quartier des joailliers à Anvers, ou Rotterdam, un papier blanc comme une chemise de mariage, avec à l'intérieur des grains de sel angéliques, une fortune de Petit Poucet, des diamants comme des larmes de nouveau-né.

    Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait  aujourd'hui et je n'ai rien pensé. Le ciel est venu manger dans ma main." (Extrait)

     

    L'Homme-joie comporte dix-sept textes de prose poétique, dont l'un, intitulé Un Carnet bleu, est une lettre manuscrite adressée par Christian Bobin à "la plus que vive" en 1980, "celle qu'il a aimée et continue d'aimer". L'écrivain révèle au lecteur que l'homme-joie est un "Roi-Soleil" abrité par chaque être humain dans "la grande salle de son cœur". Parfois, "ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue."

    L'homme-joie regarde le monde, ce champ de bataille, ses cavaliers noirs avec un "bruit d'épée au fond des âmes." Ce n'est pas important. Ses yeux se posent sur un oiseau "vêtu d'or comme un poème." Cela est important.

    Dans un texte dédié au peintre français Pierre Soulages, Christian Bobin écrit : "La vision de Soulages est plus puissante que la mort, elle l'arrête comme jadis on arrêtait un vampire avec une croix. Ce noir charpente mon cerveau, y tend ses poutres maîtresses dont le deuil n'est qu'apparent; le noir est l'éclair d'un sabre de cérémonie, une décapitation qui ouvre le bal des lumières. Ces œuvres appellent le grand air, leurs falaises réclament un vent furieux." 

     

    Lors d'un entretien avec Catherine Barry (article du 24 novembre 2012 pour Le Point, intitulé "Christian Bobin : La mort est peut-être la carte la plus belle", l'écrivain dit : "Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m'auront ému, troublé, éclairé. Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre l'illumine, le rend vivant." 

    (Source : http://www.lepoint.fr/culture/christian-bobin-la-mort-est-peut-etre-la-carte-la-plus-belle)  

     

    Dans chacune des pages de L'Homme-joie s'inscrivent beauté, musique, poésie, pureté, bonheur et souffrance mêlés, vie et mort entrelacées...

     

     

     

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    La Grande Vie par Christian Bobin (Éditions Gallimard, collection Folio, 2014)

    "Les palais de la grande vie se dressent près de nous. Ils sont habités ici par des rois, là par des mendiants. Thérèse de Lisieux et Marilyn Monroe, Marceline Desbordes-Valmore et Kierkegaard. Un merle, un geai et quelques accidents lumineux. La grande vie prend soin de nous quand nous ne savons plus rien. Elle nous écrit des lettres." (Christian Bobin)

    (Quatrième de couverture)

     

     

    "Les anges en robes rouges

    Elles sont arrivées à deux. C'était un vendredi matin en face de la poste du Creusot, dans la caverne en papier du bureau de tabac. L'une est restée dehors. L'autre a jailli d'une revue d'art que je feuilletais. Elles étaient de la même famille. La pluie acharnée et cette femme en bleu lisant une lettre, peinte par Vermeer, étaient de même race, même souche. Deux contemplatives qui s'associaient pour m'aérer le cœur." (Extrait)

    Par la grâce de la forme littéraire qu'il affectionne, le fragment, par la grâce de ses rêveries, Christian Bobin partage avec le lecteur des interprétations très personnelles telles que sa description de La Femme en bleu lisant une lettre par le peintre néerlandais Johannes Vermeer : "La bouche de la lectrice est entrouverte. Elle boit le petit-lait du ciel. Les hommes regardent les femmes et ils en perdent la vue. Les femmes regardent les mots d'amour et elles y trouvent leur âme."    

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    La Femme en bleu lisant une lettre par Johannes Vermeer

    (vers 1662 - 1665)

     

    Christian Bobin, pensant à la vie venue prendre un enfant à Mallarmé, met ces mots dans la bouche de la vie : "[...] maintenant chante, si tu peux. Chante avec ce trou que j'ai fait dans ta gorge. La disparition en plein vol d'un enfant, c'est Dieu qui jette notre cœur aux bêtes."

    Un cheminement ébloui au fil des pages de La Grande Vie m'entraîne de découverte en découverte, de réflexion en réflexion. Dites-moi, est-il possible de trouver une seule phrase de Christian Bobin qui ne soit pas digne de figurer dans un volume de citations ? "L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit." Ou encore : "Des nomades campent dans mes yeux. Les feux qu'ils allument, ce sont les livres que je lis."...

     

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  • Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://smallthings.fr/lespetitslivres/

     

    Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni), né à Casablanca, au Maroc, en 1944, est un écrivain français. Professeur de lettres, il connaît le succès avec une série de romans rocambolesques et ses livres pour la jeunesse.

     

    Daniel Pennac est le dernier enfant d'une fratrie de quatre garçons. Son père est militaire et toute sa famille l'accompagne dans ses déplacements en Afrique, en Asie et en Europe. 

    Daniel Pennac effectue une partie de sa scolarité dans un internat, où l'on ne permet pas aux élèves de lire d'autres ouvrages que leurs livres de classe.

    Professeur de lettres de 1969 à 1995, il enseigne à Soissons et à Paris. En 1973, après son service militaire, il écrit son premier livre, Le Service militaire, au service de qui ?, un pamphlet s'attaquant aux principes du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il choisit comme nom d'écrivain Daniel Pennac afin de ne pas faire de tort à son père.

    En 1979, Daniel Pennac part au Brésil où il reste deux années. Deux décennies plus tard, il publie un roman prenant sa source au Brésil, Le Dictateur et le hamac. 

    Entre-temps, Daniel Pennac écrit la saga de l'attachante et... surprenante famille Malaussène*, puis une tétralogie pour les enfants où, préoccupé par l'école et l'amitié, il met en scène des héros proches de l'univers enfantin : Kamo.

    En 1995, il met fin à son métier d'enseignant pour se consacrer à la littérature, cependant il va régulièrement à la rencontre des élèves dans leurs classes.

    Du 4 au 6 novembre 2016, Daniel Pennac présidera la 35ème édition de la Foire du livre de Brive.

    (Source : http://www.lefigaro.fr/).

     

    * Voir l'article : Daniel Pennac (1) La famille Malaussène.     

     

    Prix et distinctions :

    La Fée Carabine (roman, Gallimard, 1987) : Prix Mystère de la critique 1988.

    La Petite marchande de prose (roman, Gallimard, 1989) : Prix du Livre Inter 1990.

    Chagrin d'école (récit autobiographique, Gallimard, 2007) : Prix Renaudot 2007.

    Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, 2012. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent) : nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    Le Prix Ulysse a été décerné à Daniel Pennac, en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand Prix Metropolis bleu en 2008.

    (Source biographique : http://www.gallimard)

     

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://www.babelio.com/auteur/Daniel-Pennac)

     

     

    Œuvres :

    1973. Le Service militaire au service de qui ? (essai. Seuil)

    1978. Les Enfants de Yalta, en collaboration avec Eliad Tudor (roman. Grasset)

    1979. Père Noël, en collaboration avec Eliad Tudor (biographie romancée. Grasset)

    1980. Le Grand Rex (livre illustré. Centurion-Jeunesse)          

    1982. Cabot-Caboche (livre Jeunesse. Nathan ; Pocket Jeunesse)

    1984. L'Œil du loup (livre Jeunesse. Nathan). Court-métrage d'animation L'Œil  du loup (1998) de Hoël Caouissin, sur un scénario de René Laloux, d'après le livre de Daniel Pennac.

    1985. Au Bonheur des ogres (roman. Gallimard). Au Bonheur des ogres (2013) de Nicolas Bary, scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary d'après le roman Au Bonheur des ogres.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1987. La Fée Carabine (roman. Gallimard) Prix Mystère de la critique 1988

    1988. La Fée Carabine (scénario, épisode de la série télévisée Série noire d'Yves Boisset, d'après le roman La Fée Carabine de Daniel Pennac)

    1989. La Petite marchande de prose (roman. Gallimard) Prix du Livre Inter 1990

    1991. Le Sens de la houppelande, illustrations de Jacques Tardi (roman graphique. Futuropolis ; Gallimard)

    1991. Les Grandes Vacances, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke)

    1992. Comme un roman (essai. Gallimard)daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac,journal d'un corps par daniel pennac

    1992. Kamo. L'agence Babel, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lcture Junior, Gallimard Jeunesse). Lu par Daniel Pennac (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1992. L'Évasion de Kamo, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 1997)

    1992. Kamo et moi, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2007)

    1993. Kamo. L'idée du siècle, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1994. Le Tour du ciel (Peintures de Miro. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux) 

    1995. Monsieur Malaussène (roman. Gallimard). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac.daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac,journal d'un corps par daniel pennac

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (roman. Gallimard)

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (pièce de théâtre. Gallimard) 

    1997. Messieurs les enfants (roman. Gallimard)

    1997. Messieurs les enfants (scénario coécrit avec Pierre Boutron, d'après le roman de Daniel Pennac, Messieurs les enfants, avec une apparition de Daniel Pennac jouant l'homme dans la voiture).

    1997. Qu'est-ce que tu attends, Marie ? (peintures de Monet. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux)

    1999. Des Chrétiens et des Maures (roman. Gallimard)

    1999. Aux Fruits de la passion (roman. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1999. Sahara, illustrations d'Antonin Louchard (album pour enfants. Thierry Magnier Eds)

    1999. Vercors d'en haut : la Réserve naturelle des hauts-plateaux (livre illustré. Milan)

    2000. Gardiens et Passeurs (essai. Fondation Banques CIC pour le livre)

    2000. La Débauche, dessins de Tardi (bande dessinée. Futuropolis ; Gallimard)

    2000. Bartleby le scribe de Herman Melville dans la traduction de Pierre Leyris (CD audio, collection À voix haute. Gallimard)  

    2001. Bon Bain les bambins, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2001. Le Crocodile à roulettes, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard) 

    2001. Le Serpent électrique, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2003. Le Dictateur et le hamac (roman. Gallimard)

    2004. Merci (roman. Gallimard). Grazie, téléfilm italien (2004) d'après le roman Merci.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2004. Merci, lu par Claude Piéplu, illustrations de Quentin Blake (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard)

    2004. Merci, mise en scène et réalisation de Jean-Michel Ribes. Musique "Jeux pour deux", 1975, de François Vercken (DVD, conception graphique d'Étienne Théry. Gallimard)

    2006. Merci suivi de Mes Italiennes (chronique d'une aventure théâtrale et de Merci, adaptation théâtrale. Gallimard)

    2006. La Lunga Notte del dottor Galvan (téléfilm italien) 

    2006. Némo (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007. Écrire (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007.  La Vie de famille, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke) 

    2007. Chagrin d'école (récit autobiographique. Gallimard) Prix Renaudot 2007daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2009. Histoires comme ça (série télévisée d'animation de Jean-Jacques Prunès, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Bartleby le scribe (téléfilm de Jérémie Carboni, adaptation de la nouvelle Bartleby d'Herman Melville, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Lucky Luke contre Pinkerton en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Cavalier seul en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Le Roman d'Ernest et Célestine (roman pour la Jeunesse. Casterman - Gallimard Jeunesse)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2012. Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent). Nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    2012. Le 6e Continent (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)

    2012. L'Œil du loup, lu par Daniel Pennac, illustrations de Catherine Reisser. Mis en musique par Karol Beffa. Avec l'Orchestre de chambre de Paris. (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard Jeunesse)

    2012. Ancien Malade des hôpitaux de Paris (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)  

    2012. Journal d'un corps (roman. Gallimard). Prix des lecteurs de l'Express 2012. daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac

    2012. Les Dix Droits du lecteur, animé par Gérard Lo Monaco (livre pop-up. Gallimard Jeunesse)

    2013. Journal d'un corps (album illustré, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis)

    2015. Un Amour exemplaire, dessins de Florence Cestac (bande dessinée. Dargaud)

    2015. Eux, c'est nous. Livre collectif : L'instinct, le cœur et la raison par Daniel Pennac, suivi de Réfugiés en 8 lettres par Jessie Magana et Carole Saturno, illustrations de Serge Bloch (livre jeunesse. Gallimard Jeunesse. Publication par 40 éditeurs jeunesse)

    2017. Le Cas Malaussène. I - Ils m'ont menti (Gallimard)

    2018. Mon frère (Gallimard, Collection Blanche)

     

    (Source bibliographique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Pennac

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Messieurs les enfants par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1997).

     

     

    "- L'imagination, ce n'est pas le mensonge.

    Crastaing hurlait ça sans élever la voix.

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !

    Son cartable vomissait nos copies sur son bureau.

    - Vous le faites exprès ?

    Personne ne le faisait exprès. Il aurait fallu être cinglé pour le faire exprès.

    - Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ?

    Trente ans plus tard, il le répétait encore :

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" (Extrait)

     

    M. Crastaing est le type du professeur inoxydable, sans âge. Il transforme ses élèves en "statues de sel" avant même son entrée dans la classe. Depuis trente années, il clame de sa voix de craie : "L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" 

    Mais quel est ce dessin que tentent de s'arracher trois lascars : Igor Laforgue, Joseph Pritsky et Nourdine Kader ? D'innombrables petits bonshommes, certains lourdement armés, pourchassent un individu, qui est probablement leur professeur car une immense banderole portant une formule vengeresse et outrageuse se déploie, bien en évidence, sur la feuille. Les trois garnements revendiquant cette œuvre géniale, la même sanction leur est attribuée, une rédaction.

    "Sujet :

    Vous vous réveillez un matin et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants.

    Racontez la suite."

    Qui sont ces adultes dont les enfants vont devoir prendre l'âge, la taille et les responsabilités ?

    Le père d'Igor Laforgue est mort à trente-huit ans, après avoir franchi "à peu près sain les portes d'un hôpital" et en être ressorti "contaminé jusqu'à l'os par ceux-là mêmes qui devaient se contenter de lui ôter les amygdales". Devenu fantôme grâce à l'insistance d'Igor qui s'obstine à s'entretenir avec lui au cimetière du Père-Lachaise, il est le narrateur de ce récit.

    Tatiana Laforgue, la mère d'Igor, conseillère conjugale pour magazines féminins, "maigrichonne et fébrile qui clope comme un cendrier et regarde, avec une tristesse d'outre-tombe, son enfant jouer les grands", tente vainement de trouver le digne remplaçant de son défunt mari.

    Le père de Joseph, Pope Pritsky, "le sourire plein d'épingles", tient une boutique de tailleur pour "Personnalités vraiment exceptionnelles".

    Derrière le comptoir de la boutique, se trouve la femme de Pope, la jolie Moune Pritsky, à la "voix délicieuse et stratège" ainsi qu'aux charmes physiques très convaincants.

    Le père de Nourdine, Ismaël Kader, ancien chauffeur de taxi, dont la femme s'est enfuie avec un postier, peint dans son garage. "C'est beaucoup plus que la prière, la peinture d'Ismaël. Ça ne demande rien à Dieu ni à personne. [...] Six mois qu'Ismaël a vendu le taxi pour s'enterrer dans le garage, avec ses pinceaux, sous le niveau des hommes, et il n'y a pas d'endroit où la lumière soit plus paisible qu'entre les murs peints du garage d'Ismaël ; la soie de ses pinceaux met le soleil au mur..."

    Joseph, Nourdine puis Igor s'attellent à leur rédaction punitive... et le lecteur savoure un roman philosophique de fiction !

     

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    Chagrin d'école par Daniel Pennac. Récit autobiographique (Éditions Gallimard, 2007). Prix Renaudot 2007. 

     

    "Commençons par l'épilogue : Maman, quasi centenaire, regardant un film sur un auteur qu'elle connaît bien. On voit l'auteur chez lui, à Paris, entouré de ses livres, dans sa bibliothèque qui est aussi son bureau. La fenêtre ouvre sur une cour d'école. Raffut de récré. On apprend que pendant un quart de siècle l'auteur exerça le métier de professeur et que s'il a choisi cet appartement donnant sur deux cours de récréation, c'est à la façon d'un cheminot qui prendrait sa retraite au-dessus d'une gare de triage. Puis on voit l'auteur en Espagne, en Italie, discutant avec ses traducteurs, blaguant avec ses amis vénitiens, et sur le plateau du Vercors, marchant, solitaire, dans la brume des altitudes, parlant métier, langue, style, structure romanesque, personnages..." (Extrait)

     

    "Chagrin d’école [...] aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur". (Gallimard)

     

    À la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Daniel Pennac, reçu par Olivier Barrot dans l'émission "Un Livre, un jour", en décembre 2007, se souvient de sa scolarité d'ancien cancre et évoque le cas d'enfants submergés par les problèmes familiaux.

    (Source : http://www.ina.fr/video)

     

    "J'étais un cancre gai. C'est ce qui m'a sauvé." (Daniel Pennac)

    "Daniel Pennac fend l'armure. Chagrin d'école est un superbe texte autobiographique dans lequel l'auteur des Malaussène dévoile pour la première fois son passé de cancre." (François Busnel - L'Express)

    Lors d'un entretien, le 1er octobre 2007, pour L'Express :

    François Busnel : "Pourquoi ce livre sur les cancres alors que la figure du cancre, loin de faire honte, devient au contraire un statut ou une frime ?" 

    Daniel Pennac : "Oui, c'est devenu une façon de se mettre en valeur, surtout chez les gens qui ont réussi. En société, on avoue sa cancrerie pour la vanter. On se flatte d'avoir été un enfant rétif au système scolaire. Mais je n'y crois pas trop. En vérité, ce type d'aveu trahit souvent un écho de la douleur passée. C'est un martyre de ne rien comprendre à rien dès le début de l'apprentissage de l'alphabet. On peut compenser par le chahut, par l'opposition systématique à l'adulte ou à l'institution. Mais le fond demeure. Je ne crois guère les gens qui posent la cancrerie comme une décoration."

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/) 

     

    J'ai tout d'abord pensé que Chagrin d'école était destiné aux enseignants et aux parents dont les enfants éprouvaient des difficultés scolaires. Puis, de très belles pages ont retenu mon attention : elles s'adressaient à tous, à moi aussi, elles contenaient de profondes réflexions, et tant de vérités, tant d'enseignement !

    "Une constatation préalable : adultes et enfants, on le sait, n'ont pas la même perception du temps. Dix ans ne sont rien aux yeux de l'adulte qui calcule par décennies la durée de son existence. C'est si vite passé, dix ans, quand on en a cinquante ! Sensation de rapidité qui, d'ailleurs, aiguise l'inquiétude des mères pour l'avenir de leur fils. Le bac dans cinq ans, déjà, mais c'est tout de suite ! Comment le petit peut-il changer si radicalement en si peu de temps ? Or, pour le petit, chacune de ces années-là vaut un millénaire ; à ses yeux, son futur tient tout entier dans les quelques jours qui viennent. Lui parler de l'avenir c'est lui demander de mesurer l'infini avec un décimètre. Si le verbe "devenir" le paralyse, c'est surtout parce qu'il exprime l'inquiétude ou la réprobation des adultes. L'avenir, c'est moi en pire, voilà en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m'affirmaient que je ne deviendrais rien." (Extrait)

     

    Combien j'ai aimé lire que la "mémoire était une bibliothèque à enrichir" plus qu'un "muscle à entraîner" !

    "On laisserait s'envoler des pages pareilles comme des feuilles mortes, parce que ce n'est plus de saison ? Ne pas retenir de telles rencontres, est-ce envisageable ? Si ces textes étaient des êtres, si ces pages exceptionnelles avaient des visages, des mensurations, une voix, un sourire, un parfum, ne passerions-nous pas le reste de notre vie à nous mordre le poing de les avoir laissé filer ? Pourquoi se condamner à n'en conserver qu'une trace qui s'estompera jusqu'à n'être plus que le souvenir d'une trace...[...] Au nom de quel principe, ce gâchis ? " (Extrait) 

     

     

     

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    Comme un Roman par Daniel Pennac. Essai (Éditions Gallimard, 1992)

     

    "Les droits imprescriptibles du lecteur

    1. Le droit de ne pas lire.

    2. Le droit de sauter des pages.

    3. Le droit de ne pas finir un livre.

    4. Le droit de relire.

    5. Le droit de lire n'importe quoi.

    6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

    7. Le droit de lire n'importe où.

    8. Le droit de grappiller.

    9. Le droit de lire à haute voix.

    10. Le droit de nous taire." 

    (Quatrième de couverture)

     

    Critique littéraire :

    "Le plus admirable, c'est que Daniel Pennac, lui l'écrivain, le professeur de lettres, le lecteur insatiable de romans, n'en veut aucunement à cette jeunesse fâchée avec le livre. Inquiet de voir la désaffection à l'égard des grands écrivains se généraliser, il ne cède pas pour autant au pessimisme. Bien au contraire ! Pour en avoir fait, comme le poète Georges Perros, l'expérience, il sait qu'il suffirait de mettre en place une pédagogie fondée sur la contagion de l'enthousiasme. En un mot, de tout reprendre dès le début. Fichez-leur la paix avec vos fiches infernales ! Faites-leur la lecture à voix haute, comme autrefois !" (L'Express - extrait)

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/1992)

     

    "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres : le verbe "aimer"... le verbe "rêver"...

    On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : "Aime-moi !" "Rêve !" "Lis !" "Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t'ordonne de lire !"

    - Monte dans ta chambre et lis !

    Résultat ?

    Néant.

    Il s'est endormi sur son livre. La fenêtre, tout à coup, lui a paru immensément ouverte sur quelque chose d'enviable. C'est par là qu'il s'est envolé. Pour échapper au livre. Mais c'est un sommeil vigilant : le livre reste ouvert devant lui." (Daniel Pennac. Extrait de Comme un Roman)

     

    Le narrateur pourrait être l'un des parents de l'enfant qui, sachant depuis peu aligner les mots, se trouve désormais dans l'obligation de lire tout en rêvant de refermer son livre, de s'envoler par la fenêtre. Mais comment avouer son aversion pour la lecture à ses parents, comment éviter cette déception à ceux qui, voilà peu de temps, ravis par son éclosion au langage, étaient devenus ces merveilleux conteurs ? "C'était une aptitude que nous ne nous connaissions pas. Son plaisir nous inspirait. Son bonheur nous donnait du souffle. Pour lui, nous avons multiplié les personnages, enchaîné les épisodes..."

    L'enfant éprouvait un véritable chagrin de ne pouvoir donner satisfaction à ses parents. Il ne jouait pas la comédie, sa souffrance était bien réelle. Les inévitables questions sont alors posées : "Était-il sourd ? Dyslexique, peut-être [...] ? Paresseux ? [...] 

    Non, il allait à son rythme, voilà tout, et qui n'est pas nécessairement celui d'un autre, et qui n'est pas nécessairement le rythme uniforme d'une vie, son rythme d'apprenti lecteur, qui connaît ses accélérations et ses brusques régressions, ses périodes de boulimie et ses longues siestes digestives, sa soif de progresser et sa peur de décevoir..."

     

    Comme un Roman est un hymne à la lecture, et plus précisément un hymne à la liberté de lire, lire uniquement selon ses désirs, ses goûts, en ne se laissant jamais imposer le conformisme édicté par la société. Mais, avant tout, cet essai de Daniel Pennac, dont les généreux conseils pédagogiques sont si précieux et convaincants, enseigne comment offrir à l'enfant l'enthousiasme contagieux de l'amour de la lecture...

     

     


    daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac,journal d'un corps par daniel pennacJournal d'un corps
    par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 2012). Prix des lecteurs de l'Express 2012.

     

    "13 ans, 1 mois, 8 jours       Mercredi 18 novembre 1936

    Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.

    30 ans et 3 mois       Jeudi 10 janvier 1974

    Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe.

    86 ans, 9 mois, 16 jours       Lundi 26 juillet 2010

    Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.

     

    De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire."

    (Quatrième de couverture)

     

    "64 ans, 2 mois, 18 jours       Lundi 28 décembre 1987

    Une blague stupide faite par Grégoire et son copain Philippe à la petite Fanny m'a rappelé la scène originelle de ce journal, la trame qui l'a fait naître.

    Mona, qui aime faire le vide, a ordonné un grand feu de vieilleries dont la plupart dataient du temps de Manès : chaises bancales, sommiers moisis, une charrette vermoulue, des pneus hors d'usage, autant dire un autodafé gigantesque et pestilentiel. (Ce qui, à tout prendre, est moins sinistre qu'un vide-greniers.) Elle en a chargé les garçons qui ont décidé de rejouer le procès de Jeanne d'Arc. J'ai été tiré de mon travail par les hurlements de la petite Fanny, recrutée pour tenir le rôle de la sainte. Pendant toute la journée, Grégoire et Philippe lui ont vanté les mérites de Jeanne dont Fanny, du haut de ses six ans, n'avait jamais entendu parler. Ils lui ont tant fait miroiter les avantages du paradis qu'elle battait des mains en sautant de joie à l'approche du sacrifice. Mais quand elle a vu le brasier dans lequel on se proposait de la jeter toute vivante, elle s'est précipitée chez moi en hurlant. (Mona, Lison et Marguerite étaient en ville.) Ses petites mains m'ont agrippé avec une terreur de serres. Grand-père ! Grand-père ! J'ai tenté de la consoler avec des "là, là", des "c'est fini", des "ce n'est rien" (ce n'était pas rien, c'était même assez grave, mais je n'étais pas au courant de ce projet de canonisation). Je l'ai prise sur mes genoux et j'ai senti qu'elle était humide. Plus que cela, même, elle avait fait dans sa culotte, elle s'était souillée de terreur. Son cœur battait à un rythme effrayant, elle respirait à coups minuscules. Ses mâchoires étaient à ce point soudées que j'ai craint une crise de tétanie. Je l'ai plongée dans un bain chaud. C'est là qu'elle m'a raconté, par bribes, entre deux restes de sanglot, le destin que ces deux abrutis lui avaient réservé.

    Et me voilà renvoyé à la création de ce journal." (Extrait)

     

    Daniel Pennac, par l'intermédiaire d'un narrateur dont le corps est le véritable "héros" de ce livre, narrateur qui lègue à sa fille Lison une pile de cahiers décrivant, de ses douze ans jusqu'à ses quatre-vingt-sept ans, les transformations de son corps, ses maux, ses peurs et ses victoires, compose un journal original, étrange, dont les premières pages naissent sous la plume d'un enfant qui met en œuvre son mental et son corps pour ressembler à l'écorché du dictionnaire Larousse. Il y parvient.

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    L'Écorché par Léonard de Vinci

     

    Maquisard, le narrateur constate la suprématie de l'esprit sur le corps : "Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades." (Extrait)

     

    Le narrateur qui n'a jamais parlé de sa prime jeunesse à sa progéniture décide de lever le voile sur les débuts de son existence : "Vois-tu, je suis né d'une agonie. Mon père était un de ces innombrables morts vivants rendus par la Grande Guerre à la vie civile. L'esprit saturé d'horreurs, les poumons détruits par les gaz allemands, il tenta vainement de survivre. Ses dernières années (1919-1933) furent le combat le plus héroïque de sa vie. Je suis né de cette tentative de résurrection. Ma mère avait entrepris de sauver son mari en me concevant. Un enfant lui ferait le plus grand bien, un enfant c'est la vie ! J'imagine qu'il n'eut d'abord ni force ni appétit pour ce projet, mais ma mère le requinqua suffisamment pour que je fasse mon apparition le 10 octobre 1923. En pure perte ; le lendemain de ma naissance mon père retombait en agonie. Ma mère ne nous pardonna pas cet échec, ni à lui ni à moi. (Extrait)

     

    Critiques littéraires :

    "L'auteur nous plonge dans le journal intime d'un homme dont le corps a connu mille morts et autant de résurrections.

    Ce journal d'un corps n'est pas autobiographique puisque son auteur est né en 1923 et meurt en 2010 ! Mais ce détour par l'imaginaire est fécond, il nous évite ces journaux qui prétendent à l'authenticité en sacrifiant la littérature. Or c'est elle qui atteint la vérité profonde. Les fantasmes en disent plus long sur nous-mêmes que la recension du vrai factuel dont on rebat les oreilles. Le récit commence avec une histoire de peur, d'enfant ligoté dans une forêt par ses petits camarades au cours d'un jeu guerrier. Une colonie de fourmis menace de le dévorer. L'angoisse originelle par excellence, celle de l'ogre. Et des peurs, ces pages en regorgent." (Patrick Granville - Le Figaro, 15 février 2012.) (Extrait)

    Site : http://www.lefigaro.fr/livres/

     

    Journal d'un corps, de Daniel Pennac (Prix des lecteurs de L'Express), est une réelle performance littéraire.

    "Daniel Pennac prouve encore avec son [...] roman qu'il fait partie des meilleurs écrivains français - et inutile d'ajouter "de sa génération" -. L'écriture est travaillée, belle et efficace. [...] 

    On pourrait y voir [...] un texte "exhibitionniste". Mais, pas de doute, l'objectif de Daniel Pennac est de toucher le lecteur dans ce qu'il a de plus intime [...]. Cette intimité narrée fait écho chez soi, on la penserait unique, privée, impossible à partager, et la voilà étalée dans un roman !" (Amélie Grossmann-Etoh, 23 avril 2012 - L'Express)  (Extrait)

    Site : http://www.lexpress.fr/culture/livre/

     

    Daniel Pennac au Théâtre du Rond-Point à Paris.

    "[...] le "Journal d'un corps" de Daniel Pennac a touché le cœur de la metteuse en scène Clara Bauer. Elle a choisi l'auteur lui-même pour vivre les mots de son roman en clôture de la saison du Théâtre du Rond-Point à Paris. Une belle aventure partagée avec les spectateurs."

    Seul sur scène, Daniel Pennac lit, pendant une heure et demie, Journal d'un corps. "Le plaisir des mots se trouve ici décuplé par l'interprétation candide de Daniel Pennac."  (Odile Morain, franceinfo, 8 juillet 2014) . (Extrait)

    Site : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/theatre/

      

    À voir aussi : https://www.youtube.com/watch 

     

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  • Yann Queffélec, l'écrivain d'un sombre univers

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    Yann Queffélec (en 2013)

    (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Yann Queffélec (né à Paris en 1949), fils de l'écrivain breton Henri Queffélec (Brest, 1910 - Maisons-Laffitte, 1992), est un écrivain français, auteur de nombreux romans et essais ainsi que d'un recueil de poèmes. Il a écrit les textes des chansons du dixième album de l'auteur-compositeur-interprète français Pierre Bachelet : La Ville ainsi soit-il (1995). 

    Yann Queffélec est diplômé de l'ICART (Institut supérieur des Carrières Artistiques) à Paris. Très attaché à la Bretagne, et plus particulièrement à l'Aber-Ildut dans le Finistère,  fervent amoureux de la mer, il a été moniteur à l'école de voile "Jeunesse et Marine" et a navigué avec Éric Tabarly (1931-1998). Il en a écrit la biographie : Tabarly (Fayard l'Archipel, 2008).

     

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    L'Aber-Ildut

    (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Les romans de Yann Queffélec s'inspirent d'un univers sombre. Ses héros sont écorchés vifs, souvent victimes de relations familiales d'une extrême dureté, et se débattent au sein de la violence sociale.   

    Yann Queffélec est critique littéraire au Nouvel Observateur. Il a reçu le Prix Goncourt 1985 pour son deuxième roman, Les Noces barbares. Il a obtenu pour La Femme sous l'horizon le Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988, et le Prix Relay 1994 pour Disparue dans la nuit

     

     

    Œuvres : 

    Romans, essais, biographies, livres pour enfants :yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

     

    1981. Béla Bartók (biographie. Mazarine. 1993, Stock)

    1983. Le Charme noir (roman. Gallimard)

    1985. Les Noces barbares (roman. Gallimard) Prix Goncourt 1985

    1988. La Femme sous l'horizon (roman. Julliard) Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988

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    1990. Le Maître des Chimères (roman. Julliard)

    1992. Prends garde au loup (roman. Julliard)

    1994. Disparue dans la nuit (roman. Grasset) Prix Relay 1994

    1994. Le Soleil se lève à l'ouest (photographies de Jean-Marc Durou. Récit. Laffont)

    1994. Le Poisson qui renifle (livre pour enfants. Nathan)

    1994. Le Pingouin mégamélomane (livre pour enfants. Nathan)

    1995. La Menace ou Noir Animal (roman. Christian de Bartillat)

    1996. Et la Force d'aimer (roman. Grasset)

    1996. Horizons (photographies de Philip Plisson. Le Chêne)

    1998. La Boîte à joujoux (avec Hervé Blondon. Conte musical sur la musique de La Boîte à joujoux, ballet pour enfants de Claude Debussy. Livre K7. Nathan)

    1998. Happy Birthday Sara (roman. Grasset)

    1999. Toi, l'Horizon (Cercle d'art)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2000. Osmose (roman. Laffont)

    2002. Boris après l'amour (roman.Fayard) Prix Breizh 2003

    2002. Idoles (peintures de Jeanne Champion. Cercle d'art)

    2002. La Mer (photographies de Philip Plisson. Éditions de la Martinière)

    2002. Tendre est la Mer (photographies de Philip Plisson. Récit. Éditions de la Martinière)

    2003. Vert cruel (roman. Bartillat)

    2004. Moi et Toi (roman. Fayard)

    2004. Les Affamés (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2004. Les Soleils de la nuit (roman. Le Livre de Poche)

    2005. La Dégustation (roman. Fayard)

    2005. Ma Première Femme (roman. Fayard)

    2006. L'Amante (roman. Fayard)

    2006. Mineure (roman. Lafon)

    2007. Le Plus heureux des Hommes (roman. Fayard)

    2007. L'Amour est fou (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

    2008. Passions criminelles (écrit avec Mireille Dumas. Témoignages romancés. Fayard)

    2008. Barbaque (roman. Fayard)

    2008. Tabarly (biographie. Fayard - L'Archipel)

    2009. Adieu Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher)

    2009. La Puissance des corps (roman. Fayard)

    2009. Le Piano de ma mère (récit. L'Archipel)

    2009. Bretagne horizons. Carnet de bord d'un pêcheur d'images (Photographies de Philip Plisson. Éditions du Chêne)

    2010. Les Oubliés du vent (nouvelles. Éditions du Rocher)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

    2010. Les Sables du Jubaland (roman. Plon)

    2011. Beau Parleur (roman. L'Archipel)

    2012. The Savage Wedding (roman. Traduit de l'anglais par Linda Coverdale. Capuchin Classics) 

    2013. Dictionnaire amoureux de la Bretagne ("dictionnaire-roman". Plon)

    2013. La Traversée du Petit Poucet (Recueil de chroniques littéraires. Éditions du Rocher)

    2014. Chaque jour est une finyann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2014. Désirable (Roman. Cherche-Midi)

    2014. On l'appelait Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher - L'Archipel)

    2014. Ma Nuit d'Armor (autobiographie. Seuil)

    2015. L'Homme de ma vie (récit. Guérin  - Paulsen) Prix des Hussards 2016

    2016. L'Ennemie dans la peau (roman. Archipel)

     

    Plusieurs livres de Yann Queffélec ont été réédités par les Éditions Le Livre de Poche.

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture : 

     


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    de Yann Queffélec. Roman. Éditions Gallimard. 1985. Prix Goncourt 1985.

     

    "La fatalité d'un mal-aimé par Yann Queffélec

    Le roman donne à l'écrivain tous les pouvoirs. Inventer ses contraires, brosser les situations les plus inouïes comme s'il en avait forcément l'expérience, annexer des lieux où il n'a jamais mis les pieds, tuer ses congénères, déployer à sa convenance un réalisme si dur soit-il, pourvu qu'il soit tonifié par l'écriture, innocenté, détourner le lecteur de ses goûts et préjugés le temps d'une histoire si bien mise en scène qu'il ne peut s'en arracher. [...] 

    L'imagination, dans mon cas, naît la plume à la main. C'est une électricité qu'engendre avec plus ou moins d'intensité le contact de la feuille et du stylo. Autrement dit, j'ai commencé Les Noces barbares avec un minimum d'intentions, de préméditation, et c'est à force de gratter des pages que j'ai fini par rencontrer mes personnages et mon sujet. Il s'agirait d'un enfant rejeté par son milieu familial, et notamment par sa mère, pour des mobiles dont je n'avais pas encore le détail. La solitude et le dénuement affectif le rendraient sinon fou, du moins bizarre, inapte aux comportements dits normaux. Et ce serait la conscience tranquille, avec le prétexte en or de la débilité, que sa mère le ferait un jour enfermer dans un institut spécialisé. Le lecteur - et même l'auteur - devrait à la fin se poser au moins deux questions : Ludovic était-il ou non faible d'esprit ? Être un enfant mal aimé peut-il réduire quiconque à la folie ? [...]" (Yann Queffélec)

     

    Critiques littéraires :

    "Un livre très beau

    Sur un sujet terrible, Yann Queffélec a écrit un roman poignant et sombre qui tirerait des larmes à une montagne de glace. Son style, plus sobre, plus lisse que dans Le Charme noir, peint à merveille l'innocence et la démence de Ludo. Les dialogues sonnent aussi juste dans le cancan du boulanger, la méchanceté de l'infirmière, ou les chagrins du mécano, que dans les répliques adorables du pauvre Ludo. [...]" (Dominique Bona, Le Quotidien de Paris, extrait)

     

    "Une écriture efficace

    Avec son deuxième roman, Les Noces barbares, Yann Queffélec joue les premiers de la classe. Son livre possède la force, le souffle poétique sans lequel tout récit s'encalmine misérablement, une écriture efficace dans tous les registres des personnages de chair et d'os, de ceux qui peuplent la mémoire. (...) Queffélec est un "hyperréaliste" de l'écriture. À traquer le vrai dans le vrai, il transgresse les limites du regard et passe de l'autre côté. Univers sans ombre, éclairé au scialytique, insoutenable. (...) On s'en veut de résumer si mal un livre qui, de toutes parts, déchire, exalte, enfièvre le lecteur. Il vaut mieux qu'un prix littéraire et poser des lauriers là-dessus serait dérisoire. Mais puisque ce dérisoire-là est le moyen de vivre des écrivains, il serait inconvenant de ne pas le faire..." (Jean David, V.S.D.) 

     

    "Bourré de talent

    On défie quiconque de ne pas être bouleversé à chaque page. Queffélec est un romancier, au pur sens du terme, qui sait raconter une histoire et se mettre à la place de tous les protagonistes et nous faire partager la détresse de Ludovic. On avait un peu perdu l'habitude de rencontrer une telle puissance, une pareille invention. Bourré de talent, il réussit à se tirer de toutes les situations. Il a choisi l'économie des moyens. On chercherait en vain un reproche à lui adresser. Il y a des jours où la critique devient quelque chose d'assez dérisoire, des jours où l'on a envie de prononcer ce seul mot : lisez !" (Éric Neuhoff, Madame Figaro)

     

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    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     "Une réussite entière

    Enfin un roman, un vrai ! (...) La réussite est entière parce que l'auteur allie deux dons rares : celui des petits faits vrais et celui des grandes perspectives.

    Les destins des personnages sont cernés avec un sens aigu de l'observation ; leurs propos, notamment, annoncent un grand dialoguiste de l'âpreté à la Pialat. Queffélec se tire parfaitement de la difficulté majeure qu'il y a à faire parler naturellement des êtres frustes et frustrés, des enfants, des malades. Les reparties et les monologues intérieurs de Ludo suggèrent tout à fait le non-sens des phrases apprises, aussi longtemps qu'un manque affectif empêche l'enfant de s'approprier la parole. Avec ce réalisme mordant coexiste un talent descriptif qui n'exclut pas l'image de poète et qui se déploie particulièrement dans la dernière partie, aux accents de légende." (Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde

      

    "Un roman fascinant

    Les Noces barbares est un roman fascinant et fasciné. Yann Queffélec se promène dans ce monde de chimères avec une présicion, une sûreté rares. Certaines séquences - celle du viol de Nicole, le passage chez les dingues - sont époustouflantes. (...) Le roman de Queffélec est un livre superbement accompli, dans sa violence et sa poésie. Mais ce qu'il y a de plus beau et surtout de plus émouvant en fin de compte dans ce texte, c'est ce qui touche le plus au cœur de l'auteur : la mer." (Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur

     

    "Un vrai grand livre

    Un vrai grand livre. À propos de ces Noces barbares de Yann Queffélec, que le Prix Goncourt vient de couronner, on serait même tenté d'écrire : un chef-d'œuvre, si le mot n'était aussi galvaudé. En tout cas, un roman magnifiquement conduit qui est, à coup sûr, le plus poignant de tous ceux de cette abondante rentrée. (...) Mais ce qui  rend ce roman tellement unique, c'est l'art, l'émotion, la mesure, le lyrisme maîtrisé avec lesquels Yann Queffélec (trente-six ans) reconstruit de l'intérieur cette lente agonie d'une âme - et son dérisoire combat pour survivre." (Jacques Prezelin, France-Soir Magazine

     

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    Voilà quelques mois, j'ouvris Les Noces barbares et, terrifiée, immergée dans une sensation d'horreur indescriptible, ressentant la souffrance de cette fillette de treize ans, Nicole, imaginant l'atrocité du drame qui la détruisait à tout jamais, je fus incapable, dans un premier temps, de poursuivre ma lecture. Puis, je décidai, ce difficile cap franchi, de plonger toujours plus profondément dans la découverte d'une vie meurtrie si cruellement dès l'adolescence.

    Stupéfaite,  bouleversée, je vis que Nicole était bien loin d'être le personnage principal de ce livre. Ludovic, l'enfant de l'injustice, l'enfant émouvant, le gamin étrange, assoiffé de l'amour de sa mère, le garçonnet que la privation de soins et d'affection risquait de transformer en enfant débile, Ludovic était le véritable héros des Noces barbares.

     

    "Des pas et des voix résonnaient au loin. L'enfant prêta l'oreille et reposa la tête de poisson qu'il finissait de polir avec l'ongle du pouce, le seul qu'il ne rongeât pas. Il se mit aux aguets. De sa cabane aérienne, on pouvait surveiller l'entrée du grenier par les judas ménagés dans la toile à sac. La clé tourna. Nicole apparut la première, devançant Nanette qui pendit au perroquet sa pèlerine mouillée.

    "C'est pas de la pluie, c'est de la soupe !... Alors, où c'est qu'il a bien pu se fourrer encore ?

    - Là-haut, comme d'habitude, soupira Nicole d'un ton blasé.

    - C'est un vrai singe, s'émerveilla Nanette à voix basse. Tout comme Brieuc. Fallait toujours jouer à le retrouver."

    Puis à la cantonade et la tête levée : "C'est trop dur pour son âge de grimper. Faut déjà être agile, et drôlement costaud."

    Ludo laissa tomber par une fente une tête de mulet raclée jusqu'à l'os. Il en avait une dizaine ainsi qu'il conservait dans son mirador, jouant à se mordre les doigts avec les minuscules dents acérées.

    "Tiens ! une gueule de poisson, lança Nanette en la ramassant. Voilà qu'il pleut du poisson maintenant. Mais moi, c'est Ludo que je viens voir. À moins qu'une vilaine sorcière ait changé mon Ludovic en mulet. On ne sait...

    - ... À quoi ça sert, trancha Nicole aigrement. Tu sais très bien qu'il est là."

    Et prenant un balai contre l'armoire, elle vint aiguillonner la toile où se découpait l'ombre d'un corps tapi. [...]

     

    Il ne se souvenait pas d'avoir habité d'abord l'étage au-dessous, d'avoir eu mal entre sa mère et sa grand-mère qui lui faisait avaler des biberons trop chauds ou trop froids - s'il en crevait ce serait parfait. Ni d'avoir été battu, trimballé, bâillonné dans son berceau - "comme ça on a la paix". Ni d'avoir entendu cauchemarder Nicole au souvenir du viol, voulant la mettre au feu, cette plaie ! Ni cette nuit-là d'avoir frôlé la mort au fournil : il avait fallu que Monsieur Blanchard ceinturât sa fille et lui arrachât l'enfant, pour l'empêcher d'ouvrir le four où lui-même avait incinéré toutes ses poupées, tous ses baigneurs en apprenant sa grossesse - "ah catin ! tu vas pouvoir y jouer, maintenant ! et pour de bon, à la maman !" (Extrait)

     

    Je n'ai jamais regretté d'avoir enfin dévoré ce livre jusqu'à l'ultime page. Un livre que l'on ne peut oublier...


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    Disparue dans la Nuit de Yann Queffélec. Roman. Grasset, 1994. Prix Relay 1994.

     

     "Dans la nuit, deux adolescents roulent à tombeau ouvert. Un cargo les attend au port. Momo, quatorze ans, l'enfant des cités Nord de Marseille, conduit la voiture volée. À son côté, Léna, la lycéenne blonde et fugueuse qu'il veut emmener au Maroc.

    "Tu te rends compte que tu couches avec la fille d'un flic, toi qui n'as pas de papelards, pas de boulot, rien qu'une petite gueule d'Arabe en fuite ? Et en plus, je suis mineure. Mineure et foutue."

    À quoi Momo veut-il échapper ? Est-ce Léna qui l'obsède ou la vengeance de Karim, son frère aîné, le puissant dealer qu'il a dénoncé à la police ? Est-ce par amour qu'il se sacrifie, ou par peur ?

    Quant à Léna, c'est bien l'amour qui la mène où qu'elle aille. L'amour sans espoir des interdits et des libertés volées. Elle a épuisé tous les chantages pour décider son père à revivre sous le toit familial, et à l'aimer. Trahie, rejetée, fautive, elle erre dans la nuit, elle hante la zone, à corps perdu pour sauver son âme." (Quatrième de couverture)

     

    "Il a dit d'avancer alors elle avance. Il y a si longtemps qu'elle n'a pas marché dehors. Elle reconnaît la nuit qui vient par vagues, l'ombre, les étoiles, le vent, le silence, et par vagues aussi la rumeur de l'autoroute au bas des collines. La mer et la nuit se mélangent comme une chanson. Elle suit Momo qui se retourne sans cesse et crie : "Magne-toi, Léna. Qu'est-ce que tu fous ?" Ses baskets lui font mal. Elle a coupé les bouts, supprimé les lacets. Il dit qu'il lui paiera des baskets neuves et des fringues. Ils ont vendu ses boucles d'oreilles et mis l'argent de côté. Il dit qu'il la protégera. On verra bien. Il dit qu'il n'est pas méchant. Si les gens savaient, il n'aurait plus qu'à leur donner ses yeux pour pleurer. [...]" (Extrait)

     

    Momo drogue Léna depuis un an et la séquestre. Sans elle, il est perdu. Sans les comprimés de pâte à mâcher euphorisante qu'il lui fournit, elle est perdue. Il porte le blouson de cuir volé à son frère Karim contenant de l'héroïne pure, des pilules d'Ecstasy, du chanvre indien et trois cent mille nouveaux francs répartis sous la doublure. Il veut aller au Maroc pour devenir berger et garagiste, mais pas sans Léna. "Elle pourrait vraiment lui faire avaler la lune. Elle aime quand il souffre et quand il a peur. Chaque fois elle trouve un nouveau truc pour le foutre en l'air et ne l'en aimer que plus. L'intox du dealer qui s'envoie la fille d'un flic, c'est un vrai tube, elle en chialerait d'attendrissement. On dirait qu'il est déjà sur la chaise électrique."

    David, le père de Léna est policier, "pas un flic de terrain. Il enseigne. C'est beau le devoir civique." Il ne peut oublier un amour d'enfance, Muriel, mais il épouse Fabienne. Délaissant sa femme et sa fille, il s'accorde souvent des congés intempestifs. Léna lui glisse des mots dans ses poches : "Je t'en supplie, papa, ne pars plus."

    Provocations, tenues vestimentaires extravagantes, insolences, innombrables messages, errances dans les quartiers "où la police ne s'aventure pas" et fugues, Léna tente douloureusement d'attirer le regard de son père, de le contraindre à s'évader de son égoïsme... 

      

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    Osmose de Yann Queffélec. Roman. Éditions Robert Laffont, 2000.

    "Sur une plage au crépuscule, des adolescents écoutent l'un d'entre eux raconter une histoire. Belle histoire ? Un crime.

    Désertas est un îlot pénitentiaire, nul ne sait où. Pierre vient d'arriver. Soumis à la loi des jeunes criminels, il doit avouer.

    Il raconte les riches heures où ses parents s'aimaient, où son père, un embobineur, croyait tirer les ficelles et répartir les rôles, où les secrets restaient secrets. Jusqu'au soir où sa mère disparaît. J'allais avoir six ans, les Delfonics tournaient, le vent secouait les rideaux, la nuit menaçait de tout emporter, je me réveillais dans un livre habité par des bûcherons réduits à manger leurs enfants, un rêve où mon père se profile à la manière d'un voleur, arrivant chez lui débraillé, pâle, sa veste noire parsemée de flocons : il referme à clé, il va boire à l'évier avec le bruit d'un animal en train de mourir, pendant que moi je vois ses mocassins enneigés et son pantalon trempé. De nous deux lequel est le plus effrayé quand nos regards se croisent ?

    À dire ce qu'il n'a jamais dit, à revivre ce que la veille encore il voulait oublier, Pierre entre pour la première fois en lui-même, il ose affronter son père et se résout à lui ressembler."

    (Quatrième de couverture)

     

    "Le cargo Désertas se traînait vers l'horizon. Pierre somnolait à l'avant, assis sur le treuil. Il aurait bien voulu s'allonger, mais la tôle était brûlante. Elle tiédissait dans la soirée, elle était gelée la nuit. Dès qu'il bougeait, les menottes tintaient. Il avait une main libre, l'autre reliée par un bracelet d'inox à la chaîne d'ancre. Elle vibrait, le bracelet vibrait, c'était douloureux. Pourvu qu'ils ne jettent pas l'ancre."

    (Extrait)

     

    Marc roulait vite pour retrouver, dans un "minable bled" où il ne se passait jamais rien, Nelly qu'il aimait d'un "amour à vif, étranglé". Il voulait lui faire payer, ce soir, cet amour qu'elle humiliait depuis des mois, "aux crochets duquel ils vivaient grassement, elle et son horrible gosse. Deux sangsues". Marc, qui ne connaît pas l'identité du père biologique de Pierre, lui a donné son nom.

    Le repas préparé par Nelly n'était qu'un piège. Sans un mot, elle enfourcha sa vieille moto et s'enfuit. Marc, ivre, la suivit en voiture, revivant "chaque dispute où la jalousie l'avait fauché". Elle revint à sa rencontre, tenta encore de l'éviter...

    "Elle est où maman ?" [...]

    "Mais tant qu'il eut des anniversaires elle ne fut pas là ; le feu aurait pu s'éteindre sur toutes les bougies du monde et de tous les âges sans qu'elle revienne."

    Des années de mensonges, de voyages à Paris pour rencontrer une improbable mère. L'osmose entre la mère et l'enfant s'était effondrée, comme celle entre Nelly et Marc auparavant. Le père s'est attaché à Pierre et, devenus inséparables, ils vivent en parfaite osmose dans un monde étouffant de mensonges quotidiens, de non-dit qui les oppressent.

     

       

     

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    Moi et Toi de Yann Queffélec (roman. Éditions Fayard, 2004).

     

    "Il est amoureux mais incapable d'aimer.

    Elle fait monter la pression atmosphérique, elle rend l'air suffocant.

    Ils connaissent tous les trucs du jeu mortel qui consiste, pour les époux, à se faire aussi mal qu'ils se font bien l'amour, jusqu'à ce que l'un des deux, touché, soit coulé.

    Il revient de loin, ce couple modèle, et qui sait par quel aveuglement il se croit né sous le signe du grand amour."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "Dominant les pointus provençaux, une vedette en bois bleue se dandine entre ses amarres. Elle est là depuis toujours, au-dessus d'un herbier. La peinture est fendillée, la flottaison tapissée d'une mousse verdâtre et les carreaux crasseux ; les vernis du rouf ont perdu leur brillant. Sur les joues de pitchpin vissées à l'étrave on peut lire un nom gravé :

    SUDOUNOR

    Selon la rumeur, les derniers à l'avoir fait sortir en mer sont les doryphores de la Kriegsmarine, en vue d'un déminage où elle aurait dû sauter. Après la guerre un Anglais l'a rachetée aux Domaines et voulait la rebaptiser YOU AND ME. Il est mort à Brisbane entre-temps."

    (Extrait)

     

    Michel, un Parisien chargé de mission à la mairie du XXe arrondissement, décide d'offrir, pour la fête des Mères, à sa femme Julia, juge d'application des peines, une vedette en bois avec moteur diesel d'origine, amarrée à Toulon. Leur fille Madeline (Mado ou Madi) sera heureuse de naviguer avec ses parents.

     

    "Il dit qu'il va bientôt reprendre la mer et, de sa vieille hélice bipale en laiton forgée à La Spezia, se mettre à voir du pays, des îles. Ah ! les îles...

    Les mécanos sont d'un autre avis. L'affaire est entendue, ce doux baratineur est amoureux d'une épave. Ils attendent le moment où le bateau va rendre l'âme au port et se gaver en mourant de glouglous voluptueux. Chaque matin, se rendant au boulot, ils regardent où en est la flottaison. Ça tient, ouais, ça flotte. Il y en aurait pour cher de récupe, à bord, entre le matériel culinaire et les bois tropicaux."

     

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    (Source image : http://fr.123rf.com/images

     

    Michel est immature, rêveur, égoïste, distribue tout haut des mots caressants, tout bas des blasphèmes et des promesses de meurtre. Il a collectionné "les jolies mamans qu'il négligeait d'aimer, ou d'aimer sans partage". Julia, jalouse, râleuse, étouffante, destructrice, a "un physique rayonnant, mais l'air un tantinet accablé". Ils croient s'aimer... Madeline, leur fille, entend les cris et les coups échangés par ses parents. "Amour égale Violence égale Haine. Cela, un enfant ne le comprenait pas."

     

     

     

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    Prends garde au loup de Yann Queffélec (roman. Éditions Julliard, 1992)

    "Toni est un enfant dont le seul désir semble être l'amour qu'il porte à sa cousine Maï. Ils vivent aux Angéliques, une maison située dans les marais des Sphaignes et comme oubliée des temps.

    Maï est assez froide et secrète pour le hanter à chaque instant, assez orgueilleuse pour faire de lui, au fil des années, un être solitaire, écorché vif, jaloux, dissimulé.

    Il finit par inspirer la méfiance à tous. À son ami l'Antillais Julius, un manipulateur de charme. À ses parents. À Maï qu'il veut à lui sans partage. Est-ce l'amour frustré qui tue chez Toni l'innocence et la fantaisie ? Est-ce le clan familial replié sur des maux inavouables et qui craint de voir Toni lui échapper ? Si Maï l'aimait, Toni pourrait s'accepter lui-même, accepter les mystères et la honte. Comment savoir avec elle ? Et si jamais elle préférait Julius ?

    Drame de la solitude, de la jalousie qui rend fou, Prends garde au loup met en scène les jeux périlleux de l'amour et du désir. 

    (Deuxième de couverture)

     

    Critiques littéraires :

    "Queffélec use des mots et des rythmes avec une sorte de fureur sacrée. En France, la pulsion lyrique est en général fatale au romanesque. Je plains les cuistres et pisse-froid de tout acabit qui ne recevraient pas d'un cœur ému le souffle visionnaire de cette écriture. Un roman à l'état pur." (Jean David, V.S.D.)

    (Quatrième de couverture)

     

    Pierre Maury écrit dans Le Soir du 22 avril 1992 :

    "Si Prends garde au loup touche au ventre, là où ça fait mal, c'est parce que tout y est poussé jusqu'aux extrêmes. L'amour est trop fort, la haine est trop brutale, la déception est trop vive, le temps est trop long. Et, curieusement, jamais le roman ne verse dans l'invraisemblance ou dans l'incohérence. Tout y est tenu par la poigne d'un écrivain capable d'aborder, d'affronter faudrait-il dire, ce qu'il y a de plus difficile à vivre et à raconter. Oui, difficile à raconter alors que cela se résume en trois lignes. Il ne suffit pas de rendre la trame du récit, il faut aller jusqu'au plus intime des pensées de Toni, dans ces profondeurs sombres où il choisira de s'enfoncer [...]"

    (http://archives.lesoir.be/yann-queffelec)

     

    "Encore une île et Toni saurait. Encore une île et Clochy rendait son âme aux diables. Encore une île et Mamina guérissait, les salamoks retournaient en enfer : fini les esprits méchants qui tourmentent les vieillards et mordent au cou les enfants endormis.

    Toni ramait au crépuscule à travers les marais déserts et la rame grinçait. Pas une âme en vue. Le brouillard calfeutrait l'horizon, le chaland filait sur les joncs noyés. Jambes nues à l'arrière du bateau, les larmes aux yeux, il suppliait : s'il vous plaît, sauvez-la, s'il vous plaît. Lanciné par l'angoisse il voyait sa grand-mère à l'hôpital, le visage épuisé, les salamoks à l'affût près du lit, sauvez-la, sauvez-la."  (Extrait)

     

    Toni, un enfant des marais du pays de Sphaignes près de Niort, qui se nourrit de croyances ancestrales, luttant contre ses terreurs, contre l'esprit du mal jusqu'à la cruauté, enfant à l'imagination délirante, est obsédé par sa jolie cousine, Maï. Il est certain de l'épouser un jour dans "son" île perdue dans les marais, sous les ronces.

     

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    (Source image : http://fr.123rf.com)

     

    "Un ciel houleux se hâtait vers l'est, rasant la lande assombrie des Sphaignes, alternant à l'horizon les grains obliques et des traînées d'aube effilochées. Il aimait respirer sur les marais cette odeur d'océan, de chanvre et de miel, de vagues épuisées, cette odeur de crabes et de fleurs broyées, d'algues à la grève, et qui peut-être ignorait la mer, la mer était si loin des Sphaignes, un jour ils se marieraient là-bas." 

     

    Toni, l'enfant obsédé, Toni, l'adolescent trahi, Toni, l'homme fou...

    Une vidéo de l'INA : http://www.ina.fr/video/LXD09006073 

     

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