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  • Pearl Buck, infatigable romancière de la Chine

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    Pearl Buck (en 1932)

     

    Pearl Buck voit le jour aux États-Unis, à Hillsboro (Virginie) en 1892. Ses parents, Carie et Absalom Sydenstricker, missionnaires, partent en Chine avec leur enfant de trois mois. Ils vivent à Zhenjiang, dans la province du Jiangsu, au sud du fleuve Yangzi Jiang, où ils côtoient quotidiennement la population la plus humble de la Chine. Pearl apprend le chinois avant sa langue maternelle.

    Une société secrète chinoise, dont les membres sont les Boxers, anime à partir de 1895 un mouvement xénophobe qui culmine en 1900, contraignant toute la famille à retourner temporairement aux États-Unis. En 1909, Pearl commence des études littéraires au Randolph Macon Women's College de Lynchburg en Virginie. Ses études universitaires terminées et diplômée en 1914, Pearl retourne en Chine.

     

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    Le Yangzi Jiang (Chine)

     

    En 1917, elle épouse le missionnaire américain John Lossing Buck, ingénieur agronome, et part avec lui pour la Chine du Nord, où ils vivent pendant trois années dans l'une des plus pauvres bourgades, Nanhsuchou, dans la province d'Anhwei. Cette période de sa vie lui offrira un important enseignement pour ses romans sur la vie des paysans chinois. Pearl Buck et son mari vivent ensuite dans la province d'Anhéleux. Elle enseigne l'anglais à l'Université de Nankin.

    En 1921, Pearl et John Buck ont une fille qui naît avec une maladie mentale, inspirant à Pearl Buck un roman : L'Enfant qui ne devait jamais grandir (1950). Le couple adopte une petite fille en 1925.

    En mars 1927, lors des incidents de Nankin provoqués par les nationalistes de Tchang Kaï-chek, les communistes et plusieurs seigneurs de guerre locaux, des Occidentaux sont tués. Pearl et John Buck s'enfuient avec leurs enfants et sont secourus par un navire de guerre américain. Ils restent jusqu'à la fin de l'année au Japon, puis retournent à Nankin.

    En 1934, Pearl Buck quitte la Chine et revient aux États-Unis afin d'offrir de meilleures conditions de vie à sa fille handicapée. Elle ne retournera jamais en Chine.

    "L'amical pays de Chine, terre de mon enfance et de ma jeunesse, m'est désormais un pays proscrit. Je refuse de l'appeler un pays ennemi. Mes souvenirs de son peuple sont trop doux, et ceux de sa terre trop beaux."

    Un divorce met fin à son mariage en 1935. Pearl Buck épouse son éditeur, Richard Walsh, directeur des éditions John Day. Ils s'installent dans une vieille ferme, Green Hills Farm, en Pennsylvanie, et adoptent six enfants.

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    Green Hills Farm en Pennsylvanie

     

    En 1923, Pearl Buck commence à écrire des nouvelles qu'elle envoie à des revues américaines. Elle relate la vie quotidienne des paysans chinois, mêlant à ses récits des scènes de sa propre existence.

    En 1929 paraît son premier roman inspiré par la Chine : Vent d'Est, Vent d'Ouest. Le Prix Pulitzer (1932) couronne un autre de ses ouvrages, La Terre chinoise (1931), et la Médaille de l'Académie des arts et des lettres lui est décernée la même année. La Terre chinoise est le premier livre d'une trilogie complétée par Les Fils de Wang Lung (1932) et La Famille dispersée (1935).

    Pearl Buck est lauréate du Prix Nobel de Littérature en 1938 pour ses "descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d'œuvre biographiques".

    De 1934 à 1946, dans le magazine Asia, édité par Richard Walsh, figurent de nombreuses contributions de Pearl Buck, experte renommée en matière d'affaires de l'Extrême-Orient.

     

    Elle crée en Pennsylvanie une fondation pour l'adoption d'enfants eurasiens abandonnés, la Pearl S. Buck Foundation, à laquelle elle consacre une grande part de son temps et des revenus provenant de ses ouvrages tout en continuant son œuvre littéraire. Grande voyageuse, elle publie notamment, après la Seconde Guerre mondiale, Les Mondes que j'ai connus, La Lettre de Pékin, Terre coréenne...

    Bien que fille de missionnaires, Pearl Buck garde ses distances avec la religion. En 1939 elle écrit : 

    "Je ne ressens aucun besoin d'avoir foi en quoi que ce soit d'autre que les êtres humains. Tout comme Confucius jadis, je suis bien trop occupée à observer les beautés de la nature et la vie sur terre pour avoir le temps de penser au Paradis et aux anges... S'il n'y a pas d'autre vie après la mort, [...] celle-ci aura au moins eu le mérite de me permettre de naître en tant qu'être humain." 

     

    Elle milite pour les droits civiques et pour les droits des femmes. Avec son mari, Richard Walsh, elle fonde, en 1942, l'Association Est-Ouest pour les échanges culturels entre l'Asie et l'Occident. En 1949, elle crée la première institution internationale interraciale pour l'adoption, The Welcome House Adoption Agency.

    Pearl Buck est l'auteur de plus de quatre-vingts ouvrages rédigés dans un style d'écriture agréable, aisé, toujours passionné avec des descriptions magiques, enchanteresses : romans, récits historiques, pièces de théâtre, scénarios, recueils de poésie, biographies, autobiographie, livres pour enfants... Elle signe quelques-uns de ses livres d'un pseudonyme : "John Sedges", principalement de 1947 à 1959 ; ils sont traduits en français entre 1951 et 1962.

    Cette militante de l'égalité des races, humaniste infatigable, meurt en 1973 à Danby (Vermont), aux États-Unis, à l'âge de quatre-vingts ans.

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    Pearl Buck (en 1972)

     Sources : Éditions Stock

                       http://www.aufeminin.com/

                       http://www.fichesdelecture.com

                       L'Express

     

     

    Œuvres :

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    1931. La Terre chinoise (roman, titre original : The Good Earth. Traduction de l'anglais par Théo Varlet, Payot). Prix Pulitzer, 1932. Médaille de l'Académie des arts et des lettres, 1932. Film : Visages d'Orient ou La Terre chinoise (The Good Earth en 1937)

    1932. Les Fils de Wang Lung (roman, titre original : Sons. Traduction par Théo Varlet, Payot) 

    1935. La Famille dispersée (roman, titre original : A House Divided. Traduction par Suzanne Campaux, Payot).

     

    Romans, récits historiques, recueils de nouvelles, biographies, autobiographie, littérature enfance et jeunesse, essais, scénarios :

    1929. Vent d'Est, Vent d'Ouest (roman, titre original : East Wind, West Wind. Traduction par Germaine Delamain. Préface de Marc Chadourne, Stock)

    1934. La Mère (roman, The Mother. Traduction par Germaine Delamain, Stock)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1935. La Première Femme de Yann (recueil de nouvelles, The First Wife and Other Stories. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1937. L'Exilée (récit biographique, The Exile. Traduction par Germaine Delamain, Delamain et Boutelleau)

    1937. L'Ange combattant (récit biographique, Fighting Angel. Traduction par Jeanne Fournier-Pargoire, Delamain et Boutelleau)

    1938. Un Cœur fier (roman, This Proud Heart. Traduction par Germaine Delamain, Stock) 

    1938. Le Patriote (roman, The Patriot. Traduction par Germaine Delamain, éditions Delamain et Boutelleau)

    1943. Fils de dragon (roman, Dragon Seed. Traduction par Jane Filion, Jeheber). Film : Les Fils du dragon (Dragon Seed en 1944)

    1944. China Sky (Ciel de Chine, nouvelle et scénario) 

    1945. Promesse (roman, The Promise. Traduction par Jane Filion, Jeheber)

    1947. Histoire d'un mariage (roman, Portrait of a Marriage. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1947. Pavillon de femmes (roman, Pavilion of Women. Traduction par Germaine Delamain, Stock). Film : Pavilion of Women en 2001)

    1948. Pivoine (roman, Peony. Walsh, 1975. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

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    1949. Les Nouveaux Dieux (roman, Other Gods. Traduction par Mme Pierre Jeanneret, Delamain et Boutelleau)

    1950. Liens de sang (roman, Kinfolk. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1950. L'Enfant qui ne devait jamais grandir (roman, The Child who never grew. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1951. Un Long Amour (roman signé John Sedges, A Long Love. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1951. D'ici et d'ailleurs (recueil de nouvelles, Far and Near. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1952. Le Pain des Hommes (roman, God's Men. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1953. La Fleur cachée (roman, The Hidden Flower. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1953. La Belle Procession (roman signé John Sedges, Bright Procession. Traduction par Denise Niard, Delamain et Boutelleau)

    1954. Viens, mon bien-aimé (roman, Come, My Beloved. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1954. Le Dragon magique et autres contes (recueil de nouvelles, The Dragon Fish. Traduction par Léo Lack, Stock)

    1955. Les Mondes que j'ai connus (autobiographie, My Several Words. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1956. Impératrice de Chine (récit historique romancé, biographie, Imperial Woman. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1956. Les Voix dans la maison (roman signé John Sedges, Voices in the House. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1958. La Lettre de Pékin (roman, Letter from Peking. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1959. La Grande Aventure (roman signé John Sedges, The Townsman. Traduction par Colette-Marie Huet, Stock)

    1960. Es-tu le Maître de l'aube ? (roman, Command the Morning. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1961. Le Vieux Hêtre suivi du Fantôme de Noël et de La Nuit merveilleuse (littérature jeunesse, The Beech Tree. Traduction par Marcelle Vérité, Casterman)

    1961. La Grande Vague (The Big Wave, roman et scénario. L'histoire de ce film est relatée dans l'ouvrage Je n'oublierai jamais, 1963)

    1962. Une Histoire de Chine (roman, Satan never sleeps. Traduction par Lola Tranec, Stock). Film : Une Histoire de Chine (Satan never sleeps en 1962)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1962. L'Épouse en colère (roman signé John Sedges, The Angry Wife. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1963. Une Certaine Étoile (recueil de nouvelles, Fourteen Stories. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1963. Je n'oublierai jamais (autobiographie, A Bridge for Passing. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1964. Terre coréenne (roman, The Living Reed. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1965. Le Roi fantôme (roman, Death in the Castle. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1965. The Guide (scénario de Pearl Buck et Tad Danielewski d'après une nouvelle de R. K. Narayan)

    1966. Contes d'Orient (recueil de nouvelles, Fairy Tales of the Orient. Traduction par Élisabeth Gille, Stock)

    1966. Les Enfants abandonnés (essai, Children for Adoption. Traduction par Lola Tranec, Stock) 

    1967. La Vie n'attend pas (roman, The Time is Noon. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1967. Les Grands Amis (littérature jeunesse, Matthew, Mark, Luke and John and The Big Fight. Traduction par Lola Tranec, Stock)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1967. Le Peuple du Japon (essai, The People of Japon. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1968. Pour un Ciel plus bleu (autobiographie, For Spacious Skies. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. L'Histoire de Kim Christopher (roman, The New Year. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. Le Sari vert (recueil de nouvelles, The Good Deed and Other Stories. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. À mes Filles (essai, To my Daughters with Love. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1970. Les Trois Filles de Madame Liang (roman, The Three Daughters of Madame Liang. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1970. Les Femmes Kennedy (récit historique, The Kennedy Women. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1971. Mandala (roman, Mandala, a Novel of India. Traduction par Lola Tranec, Stock)

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    1971. La Chine comme je la vois (essai, Chine as I see it. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1972. L'Amour demeure (roman, The Goddess Abides. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1972. La Bible racontée (essai, The Story Bible. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1973. Sous le même Ciel (recueil de nouvelles, All Under Heaven. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1973. Hommes et Femmes (essai, Of Men and Women. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1974. Noëls (littérature jeunesse, Once upon a Christmas. Traduction par Lola Tranec, Stock) 

    1975. L'Arc-en-ciel (roman, The Rainbow. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

    1976. La Coupe dorée (recueil de nouvelles, East and West Stories. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock) 

    1977. Les Secrets du Cœur (recueil de nouvelles, Secrets of the Heart. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

    1978. Les Amoureux (recueil de nouvelles, The Lover, and Other Stories. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

     

    De nombreux livres de Pearl Buck sont réédités en collection "Livre de Poche".

     

    Sources bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pearl_Buck

                                                 Éditions Stock

     

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Pivoine (roman. 1948, Peony. 1975, Walsh. Traduit de l'anglais par Germaine Delamain, Stock)

     

    "Pivoine, la petite esclave chinoise, est au centre de ce roman qui évoque avec un talent admirable la vie quotidienne d'une famille dans la Chine d'avant Mao. Pivoine possède toutes les qualité des grands livres de Pearl Buck et surtout cette chaleur humaine, cet amour de la vie, ce désir d'un monde meilleur qui ont fait l'immense succès de la grande romancière américaine."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "Dans les cours de la maison d'Ezra ben Israël, des branches avaient été coupées plusieurs jours à l'avance, ce qui permettait aux boutons de fleurir pour la fête. Chaque printemps, Pivoine, la petite esclave chinoise, tapissait de ces rameaux fleuris les murs du grand hall. Et, chaque année, Ezra, son maître, et Mme Ezra, sa maîtresse, ne manquaient pas de prêter attention à ce qu'elle avait fait. Ce jour-là, songeant au printemps si froid et aux vents poussiéreux du nord qui avaient soufflé sur la ville, ils félicitèrent tout spécialement la jeune fille."

     

    Pivoine, "une année de famine, lorsque le fleuve Jaune avait rompu ses digues et inondé les terres basses", a été achetée pour être esclave dans une "bonne maison juive" et tenir compagnie à David, fils unique d'Ezra ben Israël. Pivoine, qui veille au bien-être de tous, est traitée affectueusement et bénéficie du même enseignement que David.

     

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    Le fleuve Jaune (Chine)

    (source photographique : André Holdrinet de en.wikipedia.org)

     

    Les ancêtres d'Ezra ainsi que ceux de sa femme ont traversé la Perse et l'Inde, par terre et par mer. Ils ont "émigré, chargés de cotonnades, véritable trésor pour les Chinois qui ne connaissaient que la fabrication de la soie." Si Mme Ezra souhaite mourir en Palestine, son mari, dont la mère était la concubine chinoise d'un Juif, ne veut pas quitter la Chine.

      

    "Mme Ezra, [...], veillait à ce que chaque rite du sabbat et des jours de fête fut observé. Lorsque David se trouvait avec le rabbin, elle venait s'informer si tout se passait selon les prescriptions de la Torah, car, disait-elle, après tant d'années, tant de générations passées dans ce pays païen, elle-même devenait ignorante. C'est ainsi que les rites de la pâque et du Pourim se mêlaient au Festival chinois du printemps ; la fête des Premiers Fruits se confondait avec celle de la Lune d'Été, et les six jours sacrés de la Pénitence avant Yom Kippur concordaient souvent avec la fête de l'Année de la Nouvelle Lune, si bien que David allait trop aisément de la pénitence au plaisir."

     

    Pivoine, passionnée, exclusive, dévouée, prompte à prendre les décisions les plus difficiles, devient celle sur qui tous s'appuient... 

     

     


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    de Chine 
    : récit historique romancé, biographie. Titre original : Imperial Woman. Traduit de l'anglais par Lola Tranec (Éditions Stock, 1956. Livre de Poche, 1984).

     

    "De 1875 au début de notre siècle [XXe siècle], l'Empire chinois connaît une histoire agitée : rivalité avec le Japon, menées coloniales des pays occidentaux, révolte des Boxers.

    Durant tout ce temps, il est dirigé par une femme : Tzu-Hsi, régente à la mort de son mari Hsien Feng, puis impératrice douairière avant de céder la place à Pu Yi, le dernier empereur.

    En 1852 elle n'était pourtant qu'une jeune fille parmi soixante, proposées comme épouses au jeune monarque. Seule serait impératrice celle qui lui donnerait un fils. Tzu-Hsi [...] (Yehonala), a dû déployer des trésors de ruse et de séduction pour être celle-là...

    C'est cette vie exceptionnelle que raconte [Pearl Buck], prix Nobel de littérature 1938, dans ce roman biographique où revit toute une civilisation à son déclin.

    (Quatrième de couverture d'Impératrice de Chine)

     

    "Au mois d'avril 1852, soixante jeunes filles appartenant aux meilleures familles mandchoues sont convoquées au palais de l'empereur de Chine, Hsien Feng [...]. Mais il ne suffit pas d'être élue, encore faut-il ne pas se laisser oublier...

    Yehonala ne l'ignore pas. Elle a rusé pour se faire distinguer par l'empereur, mais se souviendra-t-il encore d'elle demain ? Ambitieuse et intelligente, elle prépare avec soin les voies de son succès [...](Le Livre de Poche, extrait).

     

    "C'était au mois d'avril, à Pékin, le quatrième mois de l'année solaire 1852, soit le troisième mois de l'année lunaire de la deux cent-huitième année de la dynastie mandchoue, la grande dynastie des Ch'ing. Le printemps se faisait attendre et les vents du nord, chargés de l'impalpable sable jaune du désert de Gobi, soufflaient sur les maisons comme en hiver. Le sable s'engouffrait dans les rues, s'envolait en tourbillons et s'infiltrait sous les portes et les fenêtres. Il s'accumulait dans les coins, s'amoncelait sur les tables et les chaises, ainsi que dans les plis des vêtements. Il séchait sur les joues des enfants en larmes et s'incrustait dans les rides des vieilles gens.

    Allée des Étains, dans la demeure du porte-étendard mandchou Muyanga, le sable se faisait plus importun qu'ailleurs, car les fenêtres joignaient mal et les portes jouaient sur leurs gonds de bois."

     

    Nous pénétrons, avec ces lignes aux termes imagés chers à Pearl Buck, dans l'humble demeure où vit Orchidée, "une bien jolie fille", qui doit être présentée à l'empereur de Chine sous le nom de Yehonala afin de devenir, si l'impératrice douairière la choisit, l'une des concubines de l'empereur Hsien Feng. Orchidée est pratiquement fiancée depuis l'enfance à son cousin au troisième degré, Jung Lu, garde aux portes de la "Ville interdite". Jung Lu a déjà parlé de mariage à Orchidée "le jour de la fête chinoise du Début du Printemps".

     

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    Portrait officiel de Hsien Feng (Xianfeng), empereur de Chine

     

    Choisie pour être l'une des concubines de l'empereur, Yehonala attend, au Palais, qu'il la fasse appeler, certaine de son destin d'impératrice.

     

    "Ici, dans la bibliothèque, elle passait chaque jour cinq heures à étudier avec son précepteur, cet eunuque qui possédait les titres universitaires les plus élevés. Autrefois, quand il était encore un homme, il était connu pour ses essais en vers octosyllabiques et ses poésies dans le style T'ang. À cause de sa célébrité, il avait reçu l'ordre de se faire eunuque pour devenir le précepteur du jeune prince, maintenant empereur, et s'occuper de la formation intellectuelle de ses concubines."

     

    Yehonala met au monde "l'héritier". Désormais, elle s'appelle Tzu-Hsi et sa nouvelle ambition est de "préserver l'Empire du démembrement pour son fils". Chaque matin, dès le petit jour, dans la salle des audiences, cachée par un écran en bois sculpté placé derrière le "trône du Dragon", elle assiste à l'audience impériale. Ce jour-là, Yeh, le vice-roi de la province Kwang, se tient debout devant l'empereur. Sa requête concerne ses démêlés avec l'Anglais John Bowring, attaché commercial à Canton.

     

    "Ce qu'il veut, ce sont des troubles qui lui fournissent une excuse pour livrer une autre guerre et dévorer encore un peu plus notre pays et nos trésors. Cet Anglais envenime toutes les querelles. Ainsi, bien qu'il soit contraire à la loi d'introduire de l'opium des Indes, il encourage cette contrebande, prétextant que du moment que les commerçants chinois la pratiquent, les Anglais, les Indiens et même les Américains peuvent également vendre à notre peuple cette drogue néfaste qui le démoralise et l'affaiblit. Mieux encore : la contrebande procure également des armes aux rebelles chinois du Sud ; et enfin, lorsque les Blancs du Portugal ont enlevé des Chinois pour les vendre comme coolies, Bowring a soutenu les Portugais. [...] Très-Haut, ces Anglais ne prétendent-ils pas que nous leur ouvrirons les portes mêmes de Canton, afin qu'eux et leur famille puissent déambuler dans nos rues et se mêler à notre peuple ? On verrait alors les hommes blancs regarder nos femmes, et les femmes blanches, qui n'ont pas de pudeur, aller et venir aussi librement que les hommes. Et naturellement, si l'on accorde des avantages à une tribu blanche, les autres exigeront les mêmes, comme par le passé. Cela ne risque-t-il pas de détruire nos traditions et de corrompre notre peuple ?"   

      

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    Portrait officiel de l'impératrice douairière Tzu-Hsi (Cixi)

     

     

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  • Henri Gougaud, écrivain aux multiples talents

    "L'importance d'une parole se mesure à la place

    qu'elle prend durablement en chacun de nous,

    à ce qu'elle fait bouger en nous, à la terre intime

    qu'elle remue et fertilise." (Henri Gougaud)

     

    Quelques phrases seulement, lues dans le premier livre que je découvris d'Henri Gougaud, suffirent à m'insuffler le sentiment qu'à partir de ce moment-là mes réflexions prendraient un chemin qui m'était inconnu, une voie insoupçonnée hier encore.

     

    Henri Gougaud (né en 1936 à Carcassonne, dans l'Aude, en France) est un écrivain, poète et conteur. Il est l'auteur de romans, récits, contes, nouvelles, essais divers et recueils. Il dirige les collections La mémoire des sources et Contes des sages aux Éditions du Seuil. 

    Il crée des spectacles et anime des ateliers autour du conte. 

     

    À Paris, à la fin des années 1950, Henri Gougaud découvre la Rive gauche et les cabarets situés sur la rive sud de la Seine. Léo Noël, chanteur et musicien, cofondateur et animateur du Cabaret L'Écluse, alors en vogue au Quartier latin, cabaret qui se trouvait 15, quai des Grands Augustins dans le Ve arrondissement, l'engage.

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                                                                          Henri Gougaud

                                                              (http://www.henrigougaud.info/)

     

    Auteur de chansons, interprète, Henri Gougaud se dit "homme qui chante" plutôt que chanteur. Il partage la scène du Cabaret de L'Écluse avec Barbara, Gribouille (Marie-France Gaite) et le duo de chanteurs Marc et André (Marc Chevalier et André Schlesser). Serge Reggiani choisit une chanson d'Henri Gougaud afin de l'interpréter lui-même : Paris ma rose. À leur tour, Juliette Gréco, Jean Ferrat,  Marc Ogeret, et bien d'autres artistes, chantent ses textes. Il décide d'arrêter de se produire sur scène pour se consacrer à l'écriture.

     

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    Cabaret L'Écluse à Paris

    (Source : France Musique)

     

    Il crée avec des amis les Éditions Bélibaste en 1969. 

    Il traduit de l'ancien occitan de nombreux poèmes, les adapte et les met en chansons, dont entre autres :

    Chante les troubadours - Chants d'amour et de colère occitans (1972). 

    Il chante aussi en occitan : 

    Lo Pastre de paraules  (Le Berger des mots) (1974).

     

    En 1974, sur la station de radio France Inter, avec le journaliste, homme de radio, de télévision et écrivain Claude Villers, il présente une chronique de science-fiction : "Pas de panique". Puis il conte des histoires dans les émissions : "Marche ou rêve", "Le grand parler", "Ici l'ombre", "Contes des origines", etc.

     

    La Chambre des Théâtres pour l'Enfance et la Jeunesse, à Bruxelles, association rassemblant quatre-vingt-dix compagnies professionnelles de Théâtre/Danse jeune public, qui a pour objectif principal de favoriser le développement et la reconnaissance du Théâtre jeune public de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en Belgique et dans divers pays, référence les livres d'Henri Gougaud dans : Les Carnets de la CTEJ 3 : écrire pour le théâtre jeune public (II)  (rubrique : Quelques ouvrages sur le conte), aux Éditions Lansman (1996).

     

    "Le conte est plus un art de la relation qu'un art du spectacle. [...] Les contes font partie de ces arts premiers comme patrimoine de l'humanité. [...] Le conte fait toujours appel à quelque chose d'autre que nos mécanismes intimes. Il est cohérent sans jamais épuiser le mystère. C'est une porte ouverte sur l'infini qui permet de respirer." (Henri Gougaud, entretien avec François Devinat, Libération, 1999).

     

    Sources : http://www.henrigougaud.info/ 

                    http://www.franceinter.fr/personne-henri-gougaud

                    https://www.youtube.com/watch?v=HIR_IHDOxJ8  

     

     

    Les romans, légendes et contes d'Henri Gougaud capturent les rythmes et les parfums du monde entier. Son style d'écriture, à la musicalité profonde, recèle des saveurs pétillantes et perlées d'humour, mais aussi une immense sagesse ancestrale.

     

    Œuvres :  

    1968. Contes du vieux moulin (Casterman)

    1969. Chansons pour les enfants, avec Georges Brassens, illustrations de Philippe Lorin (R.S.T.)

    1969. Montségur, photographies de Guy Caujolle, reportage (Bélibaste)

    1969. Poèmes politiques des troubadours, traduction (Bélibaste)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1971. Nous voulons vivre en communauté (Bélibaste)

    1973. Les Animaux magiques de notre univers, essai (Solar)

    1973. Contes de la Huchette (Casterman) 

    1973. Voir le Maroc, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités)

    1974. Démons et merveilles de la science-fiction, essai (Julliard)

    1976. Voir l'Égypte, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités)

    1976. Voir la France, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités) 

    1977. Départements et territoires d'outre-mort, recueil de nouvelles fantastiques (Julliard). Prix Goncourt de la Nouvelle.

    1977. Souvenirs invivables, poèmes, chansons, textes en prose (Ipomée)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1978. Le Grand Partir, roman (Seuil). Grand Prix de l'humour noir.

    1979. L'Arbre à soleils, légendes du monde entier (Seuil)

    1980. Le Trouveur de feu, roman (Seuil). Prix Jouvenel 1981 de l'Académie française.

    1982. Bélibaste, roman (Seuil)

    1984. L'Inquisiteur, roman (Seuil)

    1986. Le Fils de l'ogre, roman (Seuil)

    1987. L'Arbre aux trésors, légendes du monde entier (Seuil) 

    1989. L'Homme à la vie inexplicable, roman (Seuil). Prix Relay des voyageurs.

    1989. La Chanson de la croisade albigeoise, traduction (Livre de Poche)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1991. L'Expédition, roman (Seuil)

    1991. Nouvelle édition : Départements et territoires d'outre-mort, recueil de nouvelles fantastiques (Seuil)

    1991. Apprenez à rêver en 10 leçons faciles (Syros-Alternatives)

    1992. L'Arbre d'amour et de sagesse, contes du monde entier (Seuil)

    1992. Vivre le pays cathare, photographies de Gérard Siöen (Mengès)

    1993. La Bible du hibou, contes fantastiques (Seuil) 

    1995. Les Sept Plumes de l'aigle, récit (Seuil). (Existe lu par Henri Gougaud en format CD et CD MP3, éditions Livraphone)

    1996. Le Livre des amours, contes de l'envie d'elle et du désir de lui (Seuil)

    1997. Les Cathares et l'éternité, essai (Bartillat)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1997. Les Dits de Maître Shonglang (Seuil)

    1997. Paroles de chamans, citations (Albin Michel)

    1998. Paramour, roman (Seuil)

    1999. Contes d'Afrique, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2000. Le Rire de l'ange, roman (Seuil)

    2000. La Conférence des oiseaux, adaptation du texte de Farid-ud-Din Attar, d'après la traduction du persan par Manijek Nouri-Ortega (Seuil)

    2000. Le Secret de l'aigle, en collaboration avec Luis Ansa (Albin Michel)

    2000. Contes du Pacifique, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2001. Contes d'Asie, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2002. Le Murmure des Contes, entretiens avec Bruno de la Salle et Isabelle Sauvage (Desclée de Brouwer)

    2003. L'Amour foudre, contes de la folie d'aimer (Seuil)

    2005. Le Voyage d'Anna, roman (Seuil). Prix Jackie Bouquin. (Existe lu par Henri Gougaud en CD MP3, Livraphone)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    2005. Contes des sages soufis, contes (Seuil)

    2006. L'Almanach (Panama) 

    2007. Jusqu'à Tombouctou. Desert Blues, en collaboration avec Michel Jaffrenou, contes, dessins, photographies (Éditions !)

    2008. Nouvelle édition : Le Secret de l'aigle (Albin Michel, collection Espaces libres)

    2008. L'Homme qui voulait voir Mahona, roman (Albin Michel)

    2008. Le Rire de la grenouille. Renaître par les contes, petit traité de philosophie artisanale (Carnets Nord)

    2009. Le Livre des chemins. Contes de bon conseil pour questions secrètes, contes (Albin Michel)

    2009. Poésie des troubadours, anthologie (Seuil)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    2010. L'Abécédaire amoureux, abécédaire coquin (Albin Michel)

    2011. L'Enfant de la neige, roman (Albin Michel) 

    2012. Au Bon Bec, bréviaire du bien vivre et du bien manger (Albin Michel)

    2012. Je n'éteins jamais la lumière, chansons 1960-1975 (Silène) 

    2013. Petits Contes de sagesse pour temps turbulents, contes (Albin Michel)

    2013. Devine ! Énigmes, rébus et devinettes pour tous les âges de la vie (Silène)

    2014. Le Roman de Louise, roman (Albin Michel). Grand Prix de l'héroïne Madame Figaro.

    2015. Les Voyageurs de l'aube, roman (Albin Michel)

    2015. Nouvelle édition : Renaître par les contes, avec un CD de contes dits par Henri Gougaud (Éditions du Relié)

     

     

     CD : 

    "La voix d'Henri Gougaud a la chaleur des vins de son Languedoc natal, mais aussi la profonde résonance des mystères cathares." (Audiolib).

     

    1992. Le Langage obscur (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    1995. Le Grand Parler (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    1999. Beau Désir (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    2003. Les Sept Plumes de l'aigle, récit lu par Henri Gougaud (Livraphone)

    2005. Le Voyage d'Anna, roman lu par Henri Gougaud (Livraphone)

    2011. Contes de bon conseil, CD de contes issus du Livre des chemins, lus par Henri Gougaud (Audiolib)

    2013. Le Livre des amours. Contes de l'envie d'elle et du désir de lui, lus par Henri Gougaud (Frémeaux & Associés)

    2015. Renaître par les contes, avec un CD de contes dits par Henri Gougaud  (Nouvelle édition du Rire de la Grenouille) (Éditions du Relié) 

     

    DVD :

    2005. Coffret de quatre DVD :

                . Beau Désir

                . Le Grand Parler

                . Contes des origines

                . Bonus : L'Abécédaire

    (Production Les Films ingénus et Astérios production)

     

    K7 :

    Les Plus anciennes Légendes de l'humanité (Éditeur : Radio France. Durée : 1 h)

    (Source : Bibliothèques de Cergy-Pontoise)

     

    Film :

    1997. Parfums de sens, film de Jean-Jacques Roudière (Production : Antenne offerte à la conscience)

    (http://www.filmsdocumentaires.com/films/859-henri-gougaud)

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

    L'Arbre aux trésors. Légendes du monde entier (Éditions du Seuil, 1987)

     

    henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai"Les mythes, les contes, les légendes du monde sont au fond de nous comme les trésors d'une caverne prodigieuse. Il serait déraisonnable de prendre à la légère ces divertissements apparemment sans poids. Certains sages d'Orient pensent que l'histoire, juste dite au bon moment à la personne qu'il faut, est capable d'illuminer qui l'entend, c'est-à-dire de lui apprendre (lui faire goûter) ce qu'aucune explication, aussi intelligente soit-elle, ne saurait dire.

    Il est de fait que dans les contes et les légendes est un savoir inexplicable et pourtant nourrissant, un savoir que je ne peux comparer  qu'à la saveur du fruit en bouche. Les contes et les légendes sont exactement comme des fruits, tout aussi innocents, tout aussi nécessaires. En voici une nouvelle récolte. Ils viennent de toutes les terres du monde. Ils ont été choisis non pas au hasard mais pour leur poids de sagesse, leur parfum de miracle, le plaisir simple ou la peur délicieuse que parfois ils m'ont inspiré. Ils m'ont nourri et ils m'ont fait du bien. [...] (Henri Gougaud)

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    "En tant qu'écrivain, je peux tout me permettre, sauf de désespérer les gens ; un artiste qui ne nourrit pas la vie est un traître." (Henri Gougaud)  

     

    L'Arbre aux trésors est composé de soixante-dix-neuf contes et légendes d'Afrique Noire, du Monde Arabe, du Turkestan, de l'Inde, du Tibet, de Chine, du Vietnam, du Cambodge, de Thaïlande, du Japon, de Polynésie, du Far West, d'Amérique du Nord, d'Amérique Centrale, de Grèce, du Luxembourg, de France, du Pays de Galles, d'Écosse, de Scandinavie, d'Europe Centrale et du Caucase.

     

    Délicieusement submergée par ces souffles, ces respirations de la Terre, des mers, des océans et des astres, j'avance lentement dans les légendes et les mythes revisités par Henri Gougaud. Me voici en Grèce où Prométhée, solitaire, erre "tristement sur la terre défaite, cherchant des créatures semblables à lui", et défiant Zeus...

     

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    Le Châtiment de Prométhée (1640) par Jacob Jordaens

     

    Je prolonge avec Déméter et Perséphone mon voyage en Grèce où "Aux premiers âges du monde, les dieux vivaient, forts et charnus, parmi les hommes."  Je me promène avec Déméter, la déesse des cultures, "la mère aux hanches fortes, aux seins gonflés de lait",  identifiée avec la Cérès romaine, et "sa fille adolescente, fragile mais belle, vive, joyeuse, inépuisablement assoiffée de vie", la future reine des enfers, Perséphone, ou Proserpine chez les Romains...

     

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    Cérès et les quatre Éléments (1604) par Jan Ier Bruegel de Velours

     

    Un besoin irrépressible de musique me saisit et je m'envole vers le Luxembourg à la recherche du Violoneux, "si grand qu'il paraissait fragile et sans cesse menacé de se briser au moindre vent [...], sa figure était belle [...] et illuminée par un regard d'une infinie douceur." J'écoute avec passion "une cascade de musique grêle, mais allègre, entraînante, pareille aux scintillements d'un ruisseau"... 

     

    En Afrique Noire, émerveillée, j'écoute Mamourou et le djinn, "une histoire de bons voisins", où Mamourou apprend qu'une famille pauvre et digne de djinns, vivant principalement du lait d'une chèvre, habite dans son baobab...

     

    En Amérique Centrale, accompagnant Celle qui ne meurt pas, je parviens chez "les Esprits de l'air, de l'eau et du feu que l'on nomme Wayantekob." Avec eux, je pose "sur une fleur d'orchidée" l'âme d'un homme qui "a décidé de mourir"... 

     

    Parmi les critiques qui ont accueilli L'Arbre aux trésors, voici, respectivement, celles de L'Événement du Jeudi et du Figaro

    "Des brassées de légendes du monde entier... Ce sont des dizaines de contes du Cambodge, de Polynésie, du Far West, de Scandinavie, d'Afrique Noire qui déferlent au rythme des baobabs, des araignées, des vizirs, des fileuses d'orties, des tâches blanches du soleil. Un régal oral de mythes illuminants et d'anecdotes insolites." (L'Événement du Jeudi). 

     

    "Au Tibet, on raconte que le roi du Haut-Pays gagna un improbable pari : celui de faire mentir Ring Paï, "le garçon qui ne pouvait pas mentir". En Scandinavie, on prétend que Luonnotar, la "géante laiteuse" dont le corps creusa l'océan, présida à la naissance du monde. Mythes et légendes des quatre coins de la planète ont inspiré ce recueil précieux, tout serti de miracles et de rêves lumineux. [...] (Le Figaro).

      

     

    Les Sept Plumes de l'aigle, récit (Éditions du Seuil, 1995)

     


    henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai"Luis A. n'est pas un personnage de roman mais un homme bien vivant, même s'il tient à rester anonyme. Ce livre raconte son histoire, de sa lointaine enfance argentine aux événements qui l'ont conduit aux portes de la France, où il demeure aujourd'hui. Il a quitté très tôt la maison de son père, à Córdoba, au pied de la Sierra Grande. Sa mère venait de mourir, loin de lui, une nuit d'orage. C'était une Indienne Quechua, et le seul être aimé de sa jeune existence. Il a refusé l'insupportable. Il a préféré imaginer qu'elle avait fui la ville, qu'elle était allée rejoindre son peuple, dans la montagne. Il est donc parti à sa recherche. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé sur le chemin de l'impossible, le seul qui vaille aux yeux des fous de vie. 

    Il a connu, bien sûr, l'omniprésente misère des enfants perdus. [...] Son errance fut longue, étrange, tourmentée. [...] Itinéraire où chaque rencontre, où chaque événement, même le plus trivial, fut un pas de plus vers l'"épice", vers "ce qui fait que la vie ne passe pas pour rien."

    J'ai écrit ce qu'il m'a confié de son aventureuse existence et de ses apprentissages.   À la fin, il m'a dit : "Maintenant, que le vent emporte nos paroles, comme il emporte tout, pollen, poussière, feuilles mortes. Si elles ne sont que poussière, qu'elles retournent à la poussière. Si elles sont vivantes, qu'elles nourrissent la vie." Et il est parti d'un grand rire.

    La route continue." (Henri Gougaud)

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Pendant son parcours initiatique, Luis A., qui a décidé de se consacrer à la peinture, rencontre en Bolivie El Chura, "l'homme au plumage de renard". C'est un Indien sans âge, un chaman gardien des ruines de Tiahuanaco, dont Luis découvre, à plus de quatre mille mètres au-dessus de la mer, "la terrible et pourtant émouvante beauté"

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                                              Ruines de Tiahuanaco (civilisation précolombienne)                          

                                                               (Source photographie : Wikipédia)

                                             

    Un matin, il se trouve en présence de l'homme de cuivre. "Et dans cette apparence d'homme qu'il m'était donné d'approcher, j'ai vu en un instant des siècles de vie, des tourbillons de nuits austères, de jours glorieux, d'oasis, de déserts, de guerres, de voyages. Ce ne fut que le temps d'un éclair silencieux."

    "Il [El Chura] l'a instruit, puis il l'a poussé vers d'autres lieux, à la poursuite des pierres vivantes et des sept plumes de l'aigle où sont les sept secrets de la vie. [...] D'autres maîtres l'ont recueilli et l'on guidé, don Benito, le vieux Chipès, le père Sebastián, des femmes aussi." (Henri Gougaud).

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Au Pérou, Luis, à dos de mulet, contemple avec effroi le sentier grimpant à flanc de falaise vers le Machu Picchu. Je ne me lasse pas du morceau d'anthologie décrivant cette périlleuse ascension : "Par malheur ce n'était pas un mulet que je montais, c'était le bâtard d'un démon et d'une acrobate de cirque. Ce pervers n'avait de goût que pour l'extrême bord de l'à-pic où il s'obstinait avec une vaillance telle que chaque coup de sabot décrochait des paquets de pierres aussitôt emportés, dans des cascades de ricanement diaboliques, vers des profondeurs de plus en plus lointaines. Les genoux tremblotants enfoncés dans sa panse, agrippé à la bride [...]".

     

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    Machu Picchu et ses environs

    (Source photographie : Wikipédia)

      

     Les Sept Plumes de l'aigle, livre de référence :

     

    . Dans l'ouvrage La Résistance culturelle (De Boeck Supérieur, 2002), Pierre Dupriez et Solange Simons citent ces lignes extraites des Sept Plumes de l'aigle d'Henri Gougaud :

    "Les Indiens distinguent deux sortes de souvenirs : les froids et les chauds qu'ils appellent mémoires. Les souvenirs froids sont faits d'informations. Ils disent ce qu'ils savent, rien de plus. Qui dit que deux et deux font quatre ? Un souvenir froid. Les civilisés ont la religion de ces sortes de souvenirs. Ils les cultivent. Ils les accumulent. Ils savent faire d'eux des outils redoutables. Les primitifs les utilisent volontiers, mais ne les estiment pas plus que des traces mortes. Ils préfèrent les mémoires chaudes, les instants survivants du passé qu'il nous arrive d'évoquer et qui viennent à nous comme ils sont, avec leur poids de douleurs ou leurs frémissements d'allégresse, avec leurs larmes, leurs parfums. La tête se souvient, les sens ont des mémoires." (Henri Gougaud). 

     

    Pierre Dupriez et Solange Simons écrivent : "Évoquées dans un ouvrage consacré au management interculturel, ces quelques lignes vont au-delà de la sagesse quechua qu'elles révèlent. Elles indiquent des voies possibles pour explorer la diversité culturelle et rappellent à quel point la réalité d'une personne peut être appréhendée de différentes manières : celles qui mesurent et calculent et celles qui tentent d'aller au cœur de la vie." 

     

    . Sylviane Cannio, dans son livre Communiquer avec authenticité et rester vrai (Éditions Eyrolles, 2011), écrit dans le chapitre "L'activation des cinq sens" :

    "Cette recherche de cessez-le-feu et d'écoute des besoins réels de la terre constitue justement la quête du chaman. Dans son merveilleux ouvrage Les Sept Plumes de l'aigle, Henri Gougaud décrit l'apprentissage de Luis [...]".

     

    Plusieurs fois, El Chura pose à Luis cette étrange question : "As-tu fait l'amour avec la nuit ?" Déconcerté, Luis répond toujours : "Non". Puis, une nuit...

    "Je suis resté les yeux fermés, j'ai respiré tranquillement. Pour la première fois de ma vie, j'ai goûté l'air. J'ai senti une force vivifiante pénétrer dans mon corps. C'était comme un baptême. Le baptême de la nuit. Et tandis que je respirais cet air froid, m'est venu un immense sentiment de reconnaissance. J'inspirais, l'air vivifiait mon corps. J'expirais, des millions de petits "moi", dans mon souffle, sortaient émerveillés. C'était comme une danse. Le monde venait à moi dans sa grandeur, et moi, tout ébloui, j'allais à sa rencontre. [...] puis j'ai ouvert les yeux et j'ai regardé la nuit. C'était un corps. Un corps prodigieux, scintillant. Je me suis levé, et je suis parti." (Henri Gougaud).

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    Paysage de nuit avec des chasseurs près d'un feu par Carl Ludwig Scheins

    (Source : Wikipédia)

      

     . Le Vivant comme modèle de Gauthier Chapelle et Michèle Decoust (Albin Michel, 2015) débute par un extrait des Sept Plumes de l'aigle :

    "Je connais des gens qui prennent la Vie en horreur sous l'étrange prétexte que le Monde leur déplaît. Comme si le Monde et la Vie étaient sortis jumeaux du même ventre ! Le Monde n'est que le lieu où la Vie s'aventure. Il est rarement accueillant. Il est même, parfois, abominable. Mais la Vie ! L'enfant qui apprend à marcher, c'est elle qui le tient debout. La femme qui apprend les gestes de l'amour, c'est elle qui l'inspire. Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l'inconnaissable, affamé d'apprendre encore, c'est elle qui tient ses yeux ouverts. Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans du cœur, nos poussées de sève, notre désir d'être et de créer, sans souci de l'impossible. "Impossible est impossible !" Voilà ce que dit la Vie. Avez-vous déjà vu une touffe d'herbe s'étonner de sortir d'une fente dans le bitume ?" (Henri Gougaud. Les Sept Plumes de l'aigle).

      

     

    Le Livre des amours, contes de l'envie d'elle et du désir de lui (Éditions du Seuil, 1996)

     

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    " À fréquenter les contes et les mythes des peuples primitifs, il apparaît que les mille jeux du sexe furent partout célébrés à l'égal des manifestations les plus sacrées du bonheur d'être. Notre Occident, aujourd'hui, ne les estime plus inspirés par le diable, mais il n'ose point encore penser qu'ils peuvent, ou ont pu un jour, plaire à Dieu. Pour nos ancêtres simples, il va de soi que la force d'aimer prend sa source dans le Maître de la Création, et qu'il n'est pas de plus joyeux devoirs que de célébrer ces outils qui nous furent donnés pour la servir.

    Les contes qui peuplent ce livre sont tous, évidemment de tradition orale. Quel que soit le pays de leur naissance ils disent le même étonnement de se voir au soleil après l'ombre insondable, le même émerveillement devant l'amour.

    Il m'a plu de servir ces œuvres qui ont tant à nous apprendre sur un bonheur à réinventer." (Henri Gougaud)

    (Quatrième de couverture du Livre des amours)

     

    Ce livre, composé de soixante et onze contes, est un véritable carrousel de paroles vagabondes et de contes facétieux recueillis en Afrique Noire, dans le Monde Arabe, en Turquie, en Inde, au Tibet, en Chine, au Japon, en Corée, Océanie, Amazonie, Amérique du Nord, Grèce, France, Allemagne, Russie et dans le Grand Nord.

     

    En lisant le conte d'Afrique Noire intitulé Le Sel, tout d'abord je n'en crus pas mes yeux. Comment pouvait-on parler à la fois si poétiquement et si crûment de choses... hum ! on ne peut plus anatomiques ? Puis, le rire m'envahit. En réalité, les héros de ce conte, un couple de "bons amis", bravement, œuvraient pour l'humanité !

     

    En Chine, Nuki "vendait de l'alcool sur le marché de Tchen. [...] Mais bien que désirable et attentive à tous, elle intimidait les hommes. Il leur suffisait de rencontrer la lumière vive et sans cesse amusée de son regard pour savoir qu'elle n'était pas femme à tolérer une main sale sur sa hanche." Un jour, un Immortel lui laissa un livre. "L'art des jouissances amoureuses y était abondamment commenté. Elle ignorait qu'on pût écrire sur de pareils sujets. Une sorte de honte émerveillée échauffa bientôt ses joues [...]. Lorsque l'Immortel revint, Nuki avait subi une étrange transformation physique... 

     

    En Grèce, voici Le Cordonnier au couvent. "C'était un cordonnier si joyeux et si naïf qu'il ignorait le mal. Il buvait sans vergogne" et jouissait de la vie sans trop se poser de questions. "Son grand-oncle curé en perdait le sommeil, le boire et le manger." Il entendit son neveu à confesse et, atterré, ne voulut pas l'absoudre. Il lui infligea une bien étrange pénitence : "Retire-toi trois ans au fin fond du désert. Prie. Ne consomme plus ni pain, ni vin, ni viande. Oublie surtout les femmes, et si l'on veut, Là-Haut, avoir pitié de toi, tu seras pardonné [...]. Le cordonnier trouva que Dieu dramatisait, mais puisqu'il le fallait il s'en alla planter sa tente dans le sable [...]" Un jour, il aperçut au loin un couvent. Il y parvint à la nuit. Une "jeune, belle et pourtant mère abbesse" l'accueillit. Trois cent cinquante-neuf autres nonnes y vivaient pieusement. Où naïveté et paillardise vont coquinement de pair... mais peut-être l'atmosphère du couvent environne-t-elle de musique divine des propos un brin salaces ?

     

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    Triptyque des ermites (1505) par Jérôme Bosch

          

    Critique du Magazine littéraire, dans la rubrique Le favori (1998) :

    "Moissonneur de légendes universel, Henri Gougaud les réinvente, les écrit et les publie en recueils."

     

    Contes de l'envie d'elle et du désir de lui (L'Aire Libre).

    3 CD + 1 livret (Frémeaux & Associés, 2013)

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    Source photographie : Frémeaux & Associés

     

    "Où vous seront servis, en cuisine nouvelle, aventures torrides de Dieu dans le Grand Nord, amours tendres et vertigineuses de maître Li, lettré chinois, paillardises, folies, caresses, œil du diable au trou de serrure, Princesse, rose bleue, amant, jeux extravagants d'une abbesse, de ses trois cent soixante nonnes et d'un pénitent cordonnier qui, cherchant Dieu, trouva leur lit.

    Pour vous tous, gourmets populaires, amoureux fous, dévergondés, et chercheurs de sens sous les couettes, beau plaisir et alléluia !" (Henri Gougaud)

      

     

    Le Rire de l'ange (Éditions du Seuil, 2000)

     

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    "C'était pourtant un ange, indiscutablement, bien que dépourvu de ces ailes démesurées qui encombrent, on ne sait pourquoi, les murailles des cathédrales. On ne lui voyait pas d'habit, et pourtant il n'était pas nu. Au regard aiguisé de Prude il parut plus garçon que fille, ce qui l'émut beaucoup, car si sa vie était à l'âge austère, les élans de son cœur ignoraient tout des rides et du blanc des sourcils. [...] Cet être-là qu'elle observait était à l'évidence plus gracieux que les feuilles virevoltantes dans l'air nuageux, mais ses épaules et sa taille semblaient d'une prometteuse vigueur, sa figure était d'un écuyer de bonne famille et son visage avait l'air heureusement surpris malgré l'embarras de son corps. Bref, quoique transparent, il était si beau que la vieille laissa aller entre ses lèvres fanées un doux gémissement d'action de grâces qui se perdit en sifflement émoustillé. L'ange n'entendit rien de cet appel timide. Il se dressa, rendit à son errance la guenille qui s'obstinait à flotter autour de sa jambe, observa un instant le ciel, parut chercher la trappe par laquelle il était tombé, puis il s'agenouilla, colla l'oreille au toit comme font les chasseurs sauvages et s'enfonça, au travers des ardoises moussues, dans l'obscur logis de Pico, le menuisier lettré." (Henri Gougaud)

    "Pico et Chaumet, deux gaillards fraternels, s'en vont sur les routes à la rencontre de leur destin. Maintes aventures et d'étranges personnages les attendent. Un ange les accompagne et, autant qu'il le peut, les protège. Figure inoubliable que cet ange, plein d'indulgence pour les faiblesses des hommes. Entre conte et roman, Henri Gougaud fait rêver, fait réfléchir et enchante." (Éditions du Seuil) 

    (Quatrième de couverture du Rire de l'ange)

     

    "Deux hardis gaillards, Pico le menuisier lettré et le pauvre Chaumet, dont la maison vient de brûler, s'en vont sur les routes avec leurs femmes. Dans un Moyen Âge peuplé de brigands, de vagabonds et de sorcières, nos héros affrontent d'innombrables embuscades. Un ange, arrivé par hasard au village, les accompagne, les protège et les mènera à la rencontre de leur destin." (Henri Gougaud)

     

    Le Rire de l'ange et son héros amoureux, sensuel, tendre, facétieux, doté d'une puissante empathie, enfin un ange séduit par les joies de la vie terrestre qu'il célèbre de façon jubilatoire, m'ont permis de découvrir Henri Gougaud et ses immenses talents de romancier et de conteur. J'ai plongé avidement dans chacune de ses phrases. Une cascade de perles pétillantes, rafraîchissantes, a dévalé sur moi du flanc d'un hameau de basse montagne appelé Ramonicheux-le-Bas. Tout au long de ce livre l'amour et l'humour sont des complices aussi inséparables que nos pèlerins et l'ange qui les accompagne.

     

    L'ange, se croyant visible aux yeux de tous, tente d'expliquer sa venue en ce monde : " [Il] leva timidement un doigt désincarné à hauteur de son œil joyeux comme un soleil [...]. 

    - Je me baignais, dit-il, dans le courant du vent.

    Il mima un instant une nage vivace puis il poursuivit, jubilant :

    - Plus que tout j'aime ressentir le ruissellement de l'air frais. C'est une volupté à laquelle vos âmes, à ce qu'il m'a semblé, sont elles aussi sensibles. Parfois, lorsque je les traverse, je les sens qui s'épanouissent et prennent ce même plaisir. D'ordinaire je vais, je plonge jusqu'à vous, je joue avec vos ombres, vos éclats de lumière, et je m'en retourne à ma rive. Cette fois, je ne sais comment un tourbillon m'a emporté, et me voilà tombé dans l'épaisseur des choses. 

    Il ouvrit largement les bras, partit d'un rire insouciant."

     

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    L'Ange devant le soleil (1846) par William Turner

     

    Critique de Paris Normandie :

    "Ce livre est un vrai bonheur. Une histoire merveilleuse, contée dans une langue merveilleuse et dont la lecture rend tout simplement heureux. Naturellement, encore faut-il croire aux anges. Henri Gougaud, lui, en est un assurément." (Paris Normandie)

     

     

    Le Livre des chemins. Contes de bon conseil pour questions secrètes (Éditions Albin Michel, 2009)

     

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    "Il est dit qu'un bon conteur doit être capable de répondre à n'importe quelle question par un conte. Je parle, bien sûr, de vraies questions, de celles qui s'obstinent, qui pèsent, et pour lesquelles on espère des réponses pareilles à des fenêtres ouvertes sur un air respirable, sur une lumière nouvelle. Car les contes, malgré les apparences et les idées reçues, ne se soucient pas d'enfantillages. Leur berceau ? La nuit des temps. Ils ont franchi les siècles, parfois les millénaires, infiniment fragiles, et pourtant aussi intrépides que des enfants errants.

    Combien de pestes, de révolutions, de guerres, de montagnes et de mers ont-ils traversé avant de nous parvenir ? Celui que tu vas lire, par exemple, livre ouvert au hasard, je l'ai écrit, certes, mais je ne l'ai pas inventé. Je ne suis que son dernier messager. En vérité, la voix qui te parvient est celle d'une source dont le chant, miraculeusement, après un chemin si long, si tourmenté, si hasardeux, ne s'est pas perdu [...]." (Henri Gougaud)

     (Extrait de la préface du Livre des chemins)

     

    Je suis sous le charme de ces cent vingt-trois contes. Trois aphorismes, maximes ou dictons, suivent chacun d'entre eux. Un conte, choisi au hasard, semble toujours répondre à l'un des questionnements du lecteur, à l'une de ses préoccupations actuelles, ou bien apporter un conseil d'une extrême sagesse à mille et un de ses soucis quotidiens, qu'ils soient détails infimes ou lourdes charges.

    L'univers des contes, "êtres vivants", recèle les connaissances ancestrales, collectives, du monde entier. Dans le Livre des chemins défile une farandole de sultans, de rois, de princes, de sorcières, d'anges, de démons, de dragons, d'oiseaux et de voleurs.

     

    Voici les trois casseurs de cailloux et un enseignement rare de vaillance et d'un certain regard, très personnel, illuminant les pénibles tâches à accomplir. "Un pèlerin, un soir d'été, parvint sur un chantier de ville peuplé d'ouvriers poussiéreux occupés à mille besognes de bois lourd, de forges sonnantes, de meules et de pierres taillées [...]". Un des casseurs de cailloux était un prodigieux visionnaire...

     

    Dans l'essentiel, un jeune roi apprit, auprès de grands savants et d'érudits, "que partout, dans le vaste monde, des gens, depuis la nuit des temps, pensaient, réfléchissaient, exploraient des mystères [...]. Il en fut si ému qu'il proclama ceci :

    - Qu'une armée pacifique à travers mers et terres aille recueillir ces savoirs. Je veux que vienne ici tout ce que l'homme sait."...

     

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    Un Philosophe lisant (vers 1769) par Jean Honoré Fragonard

     

    "Henri Gougaud invente ici le concept du livre de contes divinatoires." (Le Choix des libraires)

     

    À l'Opéra de Lyon, en 2013, des jeunes comédiens de l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) ont lu des contes du Livre des chemins lors du Prélude littéraire.

     

    Aussi : https://www.youtube.com/watch?v=8zhs2dEbXtQ

     

    À voir : Henri Gougaud, Le Livre des chemins : Corbeau

                    Site : Là où mes mines me mènent...

     

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    Henri Gougaud

    (Photographie : Valérie Menard/Albin Michel)

     

     

     

     

    Petits Contes de sagesse pour temps turbulents (Éditions Albin Michel, 2013)

     

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    "Ce livre n'est pas fait pour être lu mais pour être fréquenté comme un ami proche, secret. Vous pouvez lui demander de vous nourrir, il vous nourrira, de vous éclairer, il vous éclairera, de jouer, il jouera avec vous le jeu le plus mystérieux du monde, celui du hasard qui n'existe pas.

    Ouvrez-le simplement par curiosité. Quelqu'un est là qui vous parle. [...] Il répond à une question que vous n'avez même pas formulée à voix haute. Il y répond à sa manière, qui peut être déconcertante. [...] les contes sont des vieillards immémoriaux et bienveillants. Ils savent tout de la musique du cœur du monde. [...] Ils répondent toujours à nos questions pour peu qu'ils soient interrogés avec cette lumière simple dont ils sont eux-mêmes pétris, et que l'on appelle l'innocence." (Henri Gougaud).

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Composé de cent douze contes courts et de conseils intemporels d'une infinie sagesse, ce livre se savoure. Intriguée, j'ai souhaité l'interroger, mais il m'a devancée, voulant auparavant mieux ressentir lui-même quelle était ma quête, ma recherche, ce que j'étais prête à lire, à entendre, enfin à écouter profondément. Il ne m'a pas déçue. Sur le même diapason, pénétrant timidement dans la luminosité de ses contes, je me suis laissée bercer, envahir par la musicalité des mots. L'innocence de l'enfance peut-être retrouvée, j'ai étudié avec passion l'enseignement de ces "vieillards immémoriaux et bienveillants".

     

    Du Conteur, qui ouvre ce recueil, en passant par L'étoile, Le bonze du fond du jardin, L'Indien et le loup, Le maître serviteur, L'aiguille et le chameau, La femme au bord du torrent, Un grillon à New York, La fille du désert, et bien d'autres, jusqu'à Raconter, tous ces contes sont pur enchantement. Ils parlent à tous les sens du lecteur, puis se prélassent, confiants, dans sa mémoire.   

     

    Extrait du CD d'entretien avec Henri Gougaud par Marc de Smedt :

    https://www.youtube.com/watch?v=A5bxCJ03mDo

                                               

    Source photographie couverture livre : Editions Albin Michel

     

     

     

    Et, pour terminer cet article, voici en provenance des Archives de l'INA, sur le site des Bibliothèques et Médiathèques de Grasse, l'entretien d'Henri Gougaud avec Jacques Chancel au cours de l'émission Radioscopie, diffusée le 14 octobre 1980 (durée : 55 min. 32 s.) :

    Radioscopie  

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