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  • René Douzal, écrivain et professeur "pigeon voyageur"

     

    René Douzal (1928-2000) est né en Agde, sur le Jeu de Ballon.

    Licencié en droit, licencié ès lettres, il s'envole outre-mer où son professorat d'espagnol le conduit au Congo, au Maroc, en Martinique à Fort-de-France. Il enseigne aussi en France, à Vannes (Morbihan), Perpignan (Pyrénées-Orientales), Sète (Hérault) enfin.

    Un style étincelant, un déferlement d'observations malicieuses, caustiques, des gerbes de phrases éblouissantes où l'humour, la provocation, l'ironie fusent à tour de rôle, sans voiler la nostalgie de l'auteur, tout au long de ce cheminement sous les yeux de la déesse d'Agde.

    René Douzal, en écrivant "le Nombril d'Agathé", retrouve ses chers parents, fait revivre l'amour du père pour son métier de menuisier qu'il accomplit en artiste laborieux, la tendresse perpétuellement angoissée de la mère, l'enfance dans l'atelier, "centre de gravité" de la famille, les maîtres tant respectés et maintenant disparus, les amis dispersés, une jeunesse enfuie.

    Et, pour masquer la profonde sensibilité de l'enfant, puis de l'adolescent, ses effrois face aux souffrances qu'il découvre et auxquelles il ne peut échapper, l'auteur provoque... sans jamais indigner.

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    Agathé, la Belle Agathoise, sur l'Esplanade d'Agde

    (Source illustration : Wikimedia Commons, auteur Fagairolles 34)

     

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    Dans mes Carnets de Lecture :

    Le Nombril d'Agathé par René Douzal (1996 - épuisé)

     

    "Une petite Promenade

    Le poumon, l'épine dorsale, le nombril de ma petite ville au milieu des vignes, c'était la Promenade, avant le progrès.

    Trois rangées de gros platanes aux troncs noueux, couverts de cœurs, de prénoms, d'initiales et de flèches, dispensaient leur ombre solide à la belle saison, et montraient tragiquement leurs moignons torturés par la coupe quand la bise s'installait.

    Spectacle envoûtant, acrobates qui volent d'arbre en arbre, sciant sans pitié ces grosses branches qui semblaient ne pouvoir jamais repousser et qui pourtant inventaient chaque année le printemps. Gestes précis, musclés, ils faisaient dégringoler de gigantesques paquets de bois, scies magiques accrochées à la ceinture, cordes compliquées, qui déclenchaient les craquements, les gémissements végétaux, les cris des badauds bouches ouvertes et cous douloureux.

    Le bruit de la tronçonneuse n'était pas encore inventé.

    Le sol, d'argile tassée, permettait tous les jeux de sphère, depuis les billes jusqu'au ballon, en passant par la pétanque. Nous, c'étaient les billes qu'on faisait voyager dans le serpent, ou qu'il fallait sortir du triangle, ou introduire dans les trous du "boulingue". Billes de pauvres, en terre cuite, qui se cassaient net, parfois, après un "carreau sur place", billes de verre qui déployaient leurs couleurs dans une course étudiée. L'une d'elles, qu'on réchauffait devant la bouche avant de l'utiliser, c'était la "veinarde", celle qui portait chance. Chacun avait la sienne et ne s'en serait séparé pour rien au monde. Certaines étaient redoutées pour leur pouvoir magique, les enfants les regardaient avec un respect superstitieux, et leur propriétaire, sûr de lui, attendait les prochaines victimes.

    La Promenade, pour les grands, c'était la pétanque, qui va monter à l'assaut de la France, prendre sa revanche sur la langue d'oïl et franchir les mers sur sa lancée.

    Tous les cafés, qui étalent leurs terrasses sous les arbres, possèdent, dans un coin près du comptoir, des dizaines de boules, en vrac, et les amateurs se servent, choisissant des paires si possible identiques en poids, en dessins, en grosseur. Le patron n'a pas besoin de faire payer, il sait que les tournées de pastis compenseront largement la petite location qu'il aurait pu demander. La plupart des joueurs ont leurs propres instruments d'artiste, boules brillantes prisonnières dans des filets de cuir souple.

    Et le jeu commence, défis singuliers, triplettes, ou combinaisons plus complexes, pour des parties interminables, jusqu'à la "belle" qui décide du vainqueur, et elles sont variées, grâce aux incidents et accidents du terrain, trous, bosses, cailloux, crachats, merdes de chien de tous calibres.

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    Les joueurs de boules (à Beuzec-Conq) par Théophile Deyrolle (1887)

    (Source illustration : Wikimedia Commons. Auteur photographie : Moreau.henri) 

     

    Du jour au lendemain, comme si tous les enfants s'étaient donné le mot, plus une bille sur la Promenade, et les jeux de noyaux commençaient, battaient leur plein, et disparaissaient à leur tour d'un seul coup, en pleine gloire. Noyaux d'abricots qu'on frottait et usait pour en faire des sifflets, noyaux de cerises qu'on trimbalait par centaines dans des petits sacs que cousaient nos mères. Trempés dans l'encre violette, rouge, bleue, noire, c'était une fête de la couleur et de l'adresse. Des tas de plus en plus gros, l'enjeu augmentait, il fallait en toucher un, de loin, de derrière la raie, avec un noyau comme projectile, triangles remplis jusqu'aux limites qui vous faisaient mesurer l'ampleur de la catastrophe imminente, de la défaite à plate couture, noyau qu'on laissait tomber du haut d'un banc, à la verticale, pour toucher et rafler celui de l'adversaire...

    Nous mangions des cerises jusqu'aux maux de ventre pour avoir des munitions.

    Du haut en bas de la Promenade, c'étaient aussi les cow-boys, bons et mauvais, chacun son tour. En principe, du moins, car les costauds voulaient toujours être les meilleurs, et nous, les petits, on se contentait des rôles mineurs, les bandits, quoi, ceux qui perdaient.

    Certains avaient dégoté de vraies ceintures et y fourraient des pétards à bouchon, dangereux, disait papa, et je m'en fabriquais en bois, à l'atelier. Le moindre chapeau de paille trafiqué devenait un véritable sombrero, et l'imagination faisait le reste. Le jeudi, sur le marché, ou quand les forains installaient leurs baraques, on jouait du matin au soir, on s'épiait, se rencontrait, se battait, et tout le monde devait crier : "Haut les mains !". Les plus lents à hurler lâchaient leur arme et levaient les bras. Le scénario était inventé au fur et à mesure : la prison, les liens, l'évasion, la bagarre, la mort. Tous, nous étions cavaliers, avec des bêtes blanches à longue queue et crinière au vent.

    Et quand la mode changeait, on était mousquetaires ou corsaires, et mon père se rongeait, car "jeux de main, jeux de vilain", les assauts se succédaient, on montait à l'abordage en gueulant, et on croisait le roseau, au risque de s'éborgner. L'un de nous s'éraflait, perdait trois gouttes de sang, partait en pleurant, et la consternation terminait la bataille.

    Mon père regardait toujours à ce moment-là, et me faisait rentrer d'un signe soulagé.

    Les filles, un monde à part avec ses jupes, ses nœuds dans les cheveux, son école, ses illustrés, ses jeux. On jetait un œil sur elles, mais on était sûrs qu'elles allaient jouer au "palet" ou sauter à la corde. La moindre récréation, la plus courte promenade, et les cordes sifflaient.

    Elles jouaient par trois, deux qui tournent et une qui saute, après avoir balancé le corps pour entrer. Et je ne pouvais m'empêcher d'admirer la souplesse, les réflexes, la grâce de la danseuse, pendant que les autres chantaient :

              "Je suis la fille d'un capitaine,

              d'un capitaine à trois galons, un, deux, trois,

              je demandais la permission

              de pouvoir visiter Toulon, un, deux, trois"

    et la corde frôlait les pieds et la tête, à toute vitesse. Jamais de fille semblant esseulée : la solitaire sortait sa corde et sautait, dans son coin, avec du défi dans les yeux. Toutes avaient de belles jambes, elles perdaient la réserve que l'époque leur imposait, la performance encouragée par la chanson leur donnait de l'audace, et elles ne rougissaient pas de montrer leur culotte. C'est nous qui détournions nos regards en remontant sur les pur-sang.

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    Le Saut à la corde ou Sautant à la corde par Joaquín Sorolla (1907)

    (Source illustration : Wikimedia Commons)

     

    Tous les justiciers, masqués ou non, les cavaliers émérites, les rois de l'uppercut, l'homme-singe au milieu de sa jungle confortable, nous avions rendez-vous avec eux chaque jeudi, où les "illustrés" en couleurs nous les montraient sous toutes les latitudes, à travers mille situations fabuleuses qui inspiraient nos jeux dès le lendemain. Je me payais "Jumbo", mon seul luxe, ma merveille, ma passion, car il n'y a jamais eu le moindre livre à la maison. D'autres lisaient "Aventures", "Tarzan", "Hop-là", et les enfants de chœur préféraient "Cœurs Vaillants" qu'on vendait à la sortie de la messe. De temps en temps arrivaient des bandes dessinées -on disait des albums- qui sont restées gravées dans ma mémoire tellement je les ai lues et relues, avec en tête Zorro, l'homme au fouet, contre le fourbe El Lobo. J'ai bien cru qu'il était cuit la fois où le bandit l'assomma sur la voie ferrée et coinça son pied entre deux rails en actionnant l'aiguillage avec un  regard sadique. Mais le train siffle au loin, Zorro se secoue, retrouve ses esprits, et d'un coup de fouet déclenche le mécanisme. Le train était lancé, tel un bolide mortel, esclave de sa vitesse, et le mécanicien crie en passant : "Bravo Zorro!", plein d'admiration.

    À part Zorro, nous fréquentions le Fantôme du Bengale, qui avait juré sur le crâne de son père crispé entre ses doigts de se consacrer à la lutte contre le Mal. En habit collant, et masqué lui aussi, il venait à bout de tous les étrangleurs à turban d'un pays mystérieux, aidé par ses terribles alliés : les pygmées. Une belle Anglaise l'aimait, je crois qu'elle s'appelait Miss Palmer. Dans un moment d'intimité, elle a eu l'occasion de voir ses yeux, mais il a tourné le dos aux lecteurs, et je me souviens que Zorro avait agi de même.

    Mandrake le Magicien, en noir élégant, cape rouge qui flottait au vent, haut-de-forme, moustache fine, ne m'étonnait plus car il pouvait tout faire d'un geste et c'était vraiment trop facile, d'autant que, pour les bagarres, il avait son fidèle Lothar, un noir aux muscles énormes, en peau de léopard et chéchia, qui se serait fait tuer pour son maître.

    Et Alain la Foudre, et Guy l'Éclair, et le capitaine Coudray, et Jim-la-Jungle, et les cow-boys en pantalon serré, colts rapides et chapeau impeccable...

    Sur la Promenade passait d'un pas pressé celui qui vendait tous ces rêves en même temps que les journaux moins sérieux, ceux des adultes, un grand sac de cuir sur le ventre, une sacoche à la hanche, et une corne dans laquelle il soufflait. Il criait : "wénéwé, wénéwé !" comme un Indien, puis un jour j'ai compris qu'il disait : "les nouvelles !"... C'était le Messie, il apportait le Paradis pour la semaine, et il avait un nom qu'on aimait, Monsieur Caramel."

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    Tarzan the Untamed (Tarzan l'Indomptable). Roman d'Edgar Rice Burroughs, 1920.

    (Source illustration : Wikimedia Commons)

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    (René Douzal)

     

    (À suivre)

     

  • Joseph Vernet, peintre préromantique

     

     

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    Joseph Vernet par Élisabeth Vigée-Lebrun (1778)

    (Source : Wikimedia Commons)

     

    Joseph Vernet, né en Avignon en 1714, est un peintre, dessinateur et graveur français.

    Il est le fils d'Antoine Vernet et de Marie-Thérèse Granier, parents de six enfants. Son père est peintre décorateur de portes d'appartements, de carrosses et de chaises à porteur.

    Joseph Vernet dessine et peint dès sa plus tendre enfance. Il fait un apprentissage, à Aix-en-Provence, auprès du peintre Louis René Vialy (1680-1770), puis en Avignon, avec le peintre Philippe Sauvan (1697-1792), qui réalise des portraits et des toiles de sujets religieux. Joseph Vernet a aussi pour maître Adrien Manglard (1695-1760), peintre français spécialisé dans les paysages et les marines.

    En 1734, Joseph Vernet obtient une bourse pour un voyage en Italie et réside à Rome près d'une vingtaine d'années. 

    Il étudie les paysages et les marines de Claude Gellée, dit Le Lorrain (1600-1682), parti à Rome dès ses quatorze ans.

    Joseph Vernet fait parvenir en France des toiles de vues urbaines, paysages avec personnages, soleil couchant, clairs de lune, tempêtes et naufrages qui assurent sa célébrité dans son pays natal.

    En 1745, il épouse Virginia Parker, la fille de l'un de ses commanditaires anglais. Joseph et Virginia Vernet ont quatre enfants.

    De retour en France, il reçoit, en 1753, une commande royale de vingt vues des ports de France. Joseph Vernet a pour mission de représenter au premier plan de ces marines les activités spécifiques de chaque ville portuaire choisie. Il exécute quinze toiles d'un classicisme parfait dans lesquelles il accorde une large place aux ciels. La plupart de ces tableaux sont au Musée de la Marine, à Paris.

    Dès lors, il acquiert une prestigieuse célébrité internationale. Il devient membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture en France. Parmi ses commanditaires les plus importants, outre Louis XV, se trouvent Catherine II de Russie et le roi de Prusse, Frédéric II le Grand.

    Denis Diderot, écrivain et philosophe français (1713-1784), écrit dans Salon de 1767 -l'un des comptes rendus, intitulés Salons, des Expositions organisées par l'Académie royale de peinture et de sculpture au Louvre- la Promenade Vernet, où Diderot imagine être un personnage accompagné d'un abbé et de quelques élèves se promenant longuement dans la nature et s'attardant dans les paysages traversés, chacun étant en réalité un tableau de Joseph Vernet.

    Le peintre poursuit aussi son œuvre d'inspiration italienne avec d'autres tableaux où il dévoile sa vision préromantique de la Nature. 

    Il décède à Paris, en 1789, à l'âge de soixante-quinze ans. 

    (Sources : 

    . Wikipédia

    https://www.rivagedeboheme.fr/ )

     

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    Buste de Joseph Vernet (1783) par Louis Simon Boizot, sculpteur français

    (Source : Wikimedia Commons)

     

     (À suivre)

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    Vue du Golfe de Naples par Joseph Vernet (vers 1748)

    (Source : Wikimedia Commons)

    Le Golfe de Naples, en Italie, s'ouvre à l'ouest sur la mer Tyrrhénienne. À l'est, un volcan d'une altitude de 1281 mètres, le Vésuve, borde la baie de Naples.

     

    (À suivre)

     

    Chers Lectrices et Lecteurs, je reviendrai dans quelque temps poursuivre cet article. Mais j'ai promis à l'un de mes plus fidèles Lecteurs de vous conter, très prochainement, l'enfance dans une charmante ville du Midi de la France d'un professeur d'espagnol, écrivain à la plume provocante.

     

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