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Louis Joullié - Gamineries (6)

 

JOYEUSES FÊTES DE NOËL !

 

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Louis Joullié (1919-1994), enseignant et écrivain, naquit à Pézenas et vécut toute son enfance dans cette attachante cité héraultaise.

J'ai cherché vainement une photographie de cet enseignant exceptionnel, homme de théâtre à ses heures, de cet écrivain qui s'enfuyait lorsque des éloges, ô combien mérités ! lui étaient prodigués par ses lecteurs tant sa modestie coutumière était peu encline à les accepter. 

Dans les villes et villages languedociens où il enseignait avec sa charmante femme, il apportait à son métier sa chaleur communicative et captivait l'auditoire par son immense érudition et une tournure d'esprit empreinte de fantaisie.

Louis Joullié mourut à Sète, en 1994, laissant de purs joyaux de littérature.

 

Poursuivons, si vous le voulez bien, chers Visiteurs, la lecture des aventures de Louis Joullié, adolescent imaginatif et parfois rebelle aux interdits... de la bienséance.

 

 

Dans mes Carnets de Lecture :

Par les Sentiers de naguère par Louis Joullié (1994 - épuisé)

"Gamineries

Nous avions treize ou quatorze ans. À soixante années de distance, le lecteur voudra bien excuser l'imprécision de ma mémoire. Nous n'éprouvions pas alors cette soif d'indépendance dont semblent souffrir les générations d'aujourd'hui, paradoxalement pressées de s'affranchir de leur jeunesse, mais il nous arrivait d'enfreindre les interdits paternels tout en reconnaissant qu'ils étaient légitimes.

L'emploi de nos heures de liberté devait, en effet, recevoir l'approbation parentale. Pour l'obtenir, ne pas s'éloigner de la maison était la première exigence, mais cet "éloignement" variait suivant les familles.  Pour les unes, il commençait sitôt franchie l'enceinte de la cité ; pour d'autres, la gare de l'Intérêt local en marquait au nord les extrêmes limites -c'était alors, il est vrai, la banlieue de la ville-, les plus favorisés avaient le droit d'explorer les Ruffes et même d'escalader Saint-Siméon. Mais, pour tous, le sud de Pézenas était zone interdite car c'était là que l'Hérault roulait ses eaux perfides. 

 

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Chapelle Saint-Siméon à Pézenas (Hérault)

(Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Fagairolles 34)

 

Dans la pratique, bien souvent, ces frontières s'ouvraient devant l'insouciance de nos jeunes années. Pour empêcher ce genre d'évasion, les parents d'un de mes camarades jugeant insuffisantes leurs défenses verbales y ajoutèrent une mesure qu'ils croyaient infaillible. Ils demandèrent à l'intéressé de se présenter toutes les heures à son domicile. Cette obligation donna lieu à un cocasse scénario.

Le moment venu, notre ami prenait subitement congé de nous pour se rendre chez lui, en toute hâte. Dès son arrivée, du bas de l'escalier il signalait sa présence par "Hé ho, je suis là", information rassurante d'une indiscutable vérité mais dont ceux qui la percevaient ignoraient le caractère éphémère. Comment auraient-ils pu imaginer qu'à peine formulée cette déclaration allait devenir de plus en plus mensongère au fil du chemin que notre messager, d'une pédale agile, parcourait aussitôt pour venir nous rejoindre ? La famille vivait ainsi en paix pendant une heure à l'issue de laquelle un nouveau "je suis là", redevenu vrai, apportait un regain de quiétude. 

Un été, par une journée d'accablante canicule comme en connaît souvent notre Languedoc, la tentation devint trop fort de résister à l'envie de braver la consigne la plus absolue en parcourant les sentiers secrets bordant l'Hérault.

C'est ainsi qu'au hasard d'une de nos escapades nous découvrîmes, un jeudi, ce qui de prime abord nous apparut comme un vulgaire chiffon de couleur rouge échoué dans l'enchevêtrement des branches. Nous recueillîmes ce rescapé qui, tiré de sa léthargie, avoua sa véritable identité : c'était un maillot de bain. Son vagabondage sur les berges l'avait meurtri au point que ses bretelles n'étaient plus que deux cordons effilochés dont, pour des raisons d'esthétique, nous procédâmes à l'ablation. Le corps lui-même présentait çà et là de fines déchirures mais elles étaient si judicieusement réparties qu'elles n'affectaient en aucune façon ce que la moralité de l'époque ordonnait impérativement de dissimuler. Comme, justement, à cet endroit précis nos mensurations s'avérèrent sensiblement les mêmes que celles du précédent propriétaire, il s'adapta à chacune de nos anatomies avec l'aide, il est vrai, d'une ficelle qui, faisant office de ceinture, permit d'en parfaire l'ajustement. Il s'agissait maintenant de le mettre en lieu sûr. Il fut décidé qu'entre deux usages j'en assurerais la clandestinité. Ce bien commun trouva une cachette confortable dans le placard de mon garage sous une pile de vieux chapeaux.

Cette découverte, en nous amenant à rester sourds à toutes les mises en garde, nous conduisit à faire un pas décisif dans la voie de la désobéissance. Nous allions oser l'impensable : nous baigner dans l'Hérault !

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Le fleuve Hérault

(Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Isasza)

L'endroit choisi pour cet exploit fut un vieux moulin dont il ne restait plus que les murs. Ils subsistent encore de nos jours, plongeant dans le fleuve leurs robustes assises, des dalles cimentées les bordent en aval tandis qu'un barrage le relie à l'autre rive. Cet ensemble baptisé "Le Tampot"* -un nom emprunté au vocabulaire viticole- provoque une retenue d'eau dont la surface plane et dangereusement rassurante cache des trous profonds, véritables gouffres. Ces lieux pleins d'attraits, mais aussi pleins de périls, justifiaient amplement les inquiétudes de nos parents et les recommandations dont ils nous accablaient.

Mais nous n'avions cure de ces appréhensions qui, à notre âge, nous paraissaient excessives. Notre unique souci était de garder nos familles dans l'ignorance la plus totale de notre inavouable équipée. Nous avions aussi une autre préoccupation, certes d'une nature différente mais qui exigeait une réponse immédiate, celle de trouver de quelle manière trois usagers pourraient au même instant utiliser le même maillot par essence indivisible. Après réflexion, la solution suivante nous séduisit. Le premier à le revêtir devrait s'en défaire dès que son immersion lui assurerait une occultation suffisante, puis le lancer à son successeur. Ce dernier agirait de même à l'égard du troisième candidat. À l'issue du bain, les mêmes opérations se répéteraient mais en sens inverse. Cette manœuvre d'une apparente simplicité allait pourtant se révéler d'une exécution difficile.

La mise à l'eau du premier plongeur s'effectua comme prévu ; les ennuis commencèrent quand, la tête seule émergeant du trou où il n'avait pas pied, il lui fut malaisé d'exécuter la manœuvre convenue. Le maillot paraissait avoir rétréci, il adhérait à la peau, se cramponnait aux protubérances des hanches d'où il refusait de se décrocher. L'infortuné nageur en était réduit, il est vrai, à n'utiliser qu'une seule main, les mouvements de l'autre lui étant indispensables pour maintenir son nez hors de l'eau. C'est pourtant, en désespoir de cause, ce qu'il dut faire plusieurs fois afin de repousser son récalcitrant compagnon. Mais c'était au prix d'une noyade temporaire qui l'obligeait à faire rapidement surface et du coup à interrompre son déshabillage.

 

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"La mise à l'eau du premier plongeur s'effectua comme prévu..."

(Source photographique : fr.123rf.com)

  

Il réussit néanmoins à décrocher l'étoffe des deux caps où elle s'agrippait et s'appliqua alors à libérer la partie encore prisonnière. Cette seconde tentative l'obligea à se livrer à des gigotements subaquatiques car le maillot collait à ses jambes avec autant d'opiniâtreté, profitant du moindre repli pour s'ancrer davantage. Il ne parvint à s'en délivrer entièrement qu'en prenant pied sur les bords du gouffre au détriment d'une émersion qui, à sa grande honte, le fit apparaître entièrement nu.

Contrairement à notre attente, cette exhibition fut loin d'avoir les conséquences redoutées. Les quelques baigneurs qui en furent les témoins l'accueillirent avec un sourire entendu. Cette attitude enhardit celui d'entre nous qui, devant les difficultés éprouvées par son prédécesseur, s'apprêtait avec réticences à prendre le relais. Il se contenta de placer le maillot sur le devant de sa personne à la manière d'un pagne puis, le maintenant plaqué au corps, il plongea ainsi sobrement costumé. Le dernier postulant fut plus expéditif encore. Assuré de la complaisance de l'entourage, il se déshabilla à la hâte et se jeta à l'eau dans le plus simple appareil.

Ce premier essai dévalorisa notre "trouvaille" dont la nécessité ne parut plus s'imposer. Pour autant il ne nous vint pas à l'idée de l'abandonner. C'était grâce à sa complicité que nous avions eu l'audace de nous lancer dans cette inimaginable et périlleuse aventure. Nous convînmes seulement qu'à tour de rôle chacun d'entre nous l'utiliserait. Ainsi sur trois candidats à la baignade, un au moins serait en règle avec les exigences de la morale. Nous décidâmes seulement de le laisser sur les lieux de nos exploits. Une cavité du mur fermée par un couvercle de pierre fut son nouveau domicile. Par ailleurs nous avions tellement apprécié le bien-être procuré par cette communion plus intime avec l'onde que l'un de nous nous qualifia de "tritons". Cet animal nous était inconnu mais cette appellation nous plut, sans doute à cause de son étrangeté et de sa consonance. Sur-le-champ, nous l'adoptâmes. Désormais l'envie de faire les "tritons" eut, pour nous, une signification bien précise.

À dater de ce jour le Tampot compta trois recrues supplémentaires dans sa clientèle. Cette dernière était en général fidèle et assidue mais il nous arriva, pendant la semaine, de nous trouver seuls à profiter des commodités qu'il nous offrait. Alors, après le bain, tout en exposant notre corps au soleil, nous pratiquions des jeux qu'une présence étrangère eût interdits.

En bonne position face aux murs du Tampot, nous nous efforcions de profaner du plus loin possible ses vénérables pierres dont l'arbitrage indiscuté et d'ailleurs incontestable permettait de classer les concurrents. L'heureux gagnant, qui était, bien sûr, celui qui avait mis entre lui et l'objectif la plus grande distance, en tirait une légitime fierté. Il voyait même dans cette victoire les heureux prémices annonciateurs d'une virilité qu'en ces temps-là il était encore loin de pouvoir mettre à l'épreuve. Cependant les capacités des candidats variant avec le moment où avait lieu la compétition, les résultats s'en trouvaient modifiés au point de promouvoir à la première place, tour à tour, chacun d'entre eux. Ainsi pouvions-nous, l'un après l'autre, augurer un avenir plein de promesses dans nos futures prestations amoureuses.

Une variante à cet exercice permettait d'en renouveler l'intérêt. Ce n'était plus la longueur du trait qui servait de critère mais sa hauteur. Au coude à coude, dans la posture de la célèbre statuette bruxelloise, Manneken Pis-cénois, nous nous efforcions d'émerger au-dessus de la mêlée. La désignation du lauréat s'avérait cette fois fort malaisée en raison des fluctuations incessantes des forces propulsives qui tantôt assuraient une ascension rapide grâce à un débit soutenu, tantôt laissaient s'effondrer le jet qui s'éparpillait alors en décevantes gouttelettes. Parfois un coup de vent indiscret venait fausser les règles du jeu. Plusieurs tentatives de ce genre nous amenèrent finalement à décréter que, dans cette discipline, nos forces étaient d'égales valeurs. Cette conclusion égalitaire et euphorisante nous avait remplis d'un enthousiasme qui se manifesta par des cris de joie bientôt étouffés par un plongeon dans le fleuve. 

Quand j'imagine ce que seraient aujourd'hui les résultats qu'obtiendraient les membres de la même équipe se mesurant dans une compétition analogue, je me sens, soudain, envahi par une insoutenable nostalgie...

Cependant pour être assurés d'une totale liberté d'actions, nous nous rendions parfois près du Pont romain de Montagnac aux abords d'un autre vieux moulin.

 

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Pont de Montagnac (Hérault)

(Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Serge Panabière)

 

Cette berge parsemée de galets n'avait pas l'estime des connaisseurs. L'eau de faible profondeur, aux fonds caillouteux, interdisait tout plongeon. En revanche, ce site nous offrait une plage privée où nous pouvions à loisir et en toute quiétude poursuivre nos évolutions et donner libre cours à nos fantaisies.

Hélas ! cette confiance dans la totale discrétion des lieux fut victime d'une trahison. Un après-midi où, plus "tritons" que jamais, nous nous abandonnions à nos ébats nautiques, nous nous vîmes soudain devenus la cible non d'un œil qui vous regarde à la dérobée mais d'une bonne douzaine de paires d'yeux. De la rive opposée, venue de l'école d'Aumes, petit village qui surplombe la vallée, une classe entière de garçons et de filles à l'unisson nous détaillait avec des rires, des exclamations, et même des bravos ! La déesse Artémis prenant son bain, nue avec ses nymphes, et subitement exposée au regard d'Actéon ne fut pas mise en plus cruel embarras. Le Maître prit heureusement assez vite l'initiative de venir à notre secours en détournant l'attention de sa troupe vers le véritable centre d'intérêt de cette promenade campagnarde dont le but était loin d'être aussi attrayant que le spectacle offert au milieu des eaux.

 

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Fontaine de Diane (Artémis) et d'Actéon dans le parc du Palais de Caserte en Italie

(Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Twice 25)

 

Toute honte bue, cet intermède ne tempéra en aucune façon nos juvéniles ardeurs. Peut-être avions-nous confusément le pressentiment d'être les initiateurs d'une philosophie d'avant-garde. Nous étions loin cependant d'imaginer que, sous le vocable de naturistes, des milliers d'adeptes allaient assurer la prolifération de l'espèce, lui donner ses lettres de noblesse et obtenir droit de cité. Sans nous en rendre compte, aurions-nous été des apprentis sorciers ?

Nos rendez-vous avec l'Hérault reprirent avant la rentrée des classes dans ces derniers jours de septembre que réchauffe souvent un soleil encore estival. C'est aussi la saison des colères du fleuve quand les Cévennes en proie à des orages subits s'épanchent vers la mer et que la Lergue charrie les boues rougeâtres des terres lodévoises. Alors l'Hérault, retrouvant ses origines, redevient torrent et inonde la plaine. Sous un de ces déluges notre maillot fut arraché à sa cachette et rendu à sa vie nomade.

Je n'ai gardé aucune souvenance de tous ceux qui, en lui succédant, ont prétendu prendre sa place. 

 

* Un "tampot" est un trou rectangulaire cimenté et destiné à être rempli du jus de raisins soutiré des cuves. Ce jus est ensuite filtré puis pompé et amené dans une nouvelle cuve où la fermentation se poursuit.

Notre moulin présentait en son milieu une cavité où l'eau s'engouffrait assurant ainsi la marche des différents rouages. Il faut peut-être voir là l'analogie avec un "tampot" ?

  

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Prochainement, chers Lectrices et Lecteurs, si vous le voulez bien, nous retrouverons Louis Joullié observant son père dispensant mille soins à sa Peugeot torpédo décapotable...

 

Commentaires

  • J’ai vainement cherché, comme vous, toute trace photographique de cet écrivain que vous semblez avoir connu. Je n’ai pu découvrir toute autre trace écrite à son sujet sur Internet. Je comprends, à la lecture de tous ces extraits des « Sentiers de naguère », qu’il puisse avoir été tant apprécié par ceux qui l’ont côtoyé et admiré…

    Comme celles de Jean d’Ormesson qui vient de disparaître, et qu’hier soir on a eu l’occasion de (re)découvrir à l’occasion de cette belle émission d’Hommage que François Busnel lui a consacrée dans sa « Grande Librairie », ses phrases sont merveilleusement belles, incitent à la lecture, donnent libre cours à l'imagination...

    Louis Joullié raconte avec conviction, le sourire aux lèvres, toutes les péripéties vécues par lui et sa bande de copains, afin de braver les interdits parentaux et se plonger dans l’Hérault : sûr, à 13 ou 14 ans, j’ai moi-même vécu pareilles situations… ou pires… (mais il y a péremption, et si mon père n’a apparemment jamais été mis au courant de mes désobéissances à ses interdits, mes enfants devenus adultes ont de mon vivant déjà été informés des miennes… et, c’est amusant, me dévoilent déjà leurs propres secrets…).

    Certes, je ne me suis jamais agrippé à une locomotive en marche ; mais une locomotive semblable à celle de l’enfance de Louis Joullié passait chaque heure au fond de mon jardin, tirant puissamment un long convoi de wagons chargés d’immenses troncs coupés dans les Ardennes, ou remplis de palettes d’eau de Spa. Mes amis et moi, un jour, avions progressivement testé la résistance des matériaux au poids des roues de ce monstre d’acier posé sur les voies et lancé à toute allure dans des volutes de fumées blanchâtres ou noirâtres… Pièces d’argent tout d’abord, dont l’effigie disparaissait comme par miracle, morceaux de branches sectionnés, cailloux à chaque fois plus gros réduits en poussière, etc. Jusqu’à ce que le chauffeur, dans un nuage de vapeur, ne provoque notre effroi en actionnant un puissant sifflet et arrête son engin à la hauteur de notre cachette et en descende pour nous invectiver… Sans prendre le temps de nous concerter, nous avions pris nos jambes à notre cou, peu fiers, paniqués même, et comme nos mamans s’inquiétaient de cet arrêt de train intempestif dont nous avions apparemment été proches spectateurs, nous avions feint de ne pouvoir trouver d’explication à cet arrêt inhabituel du convoi que bien sûr, nous n’avions gêné en aucune manière…

    Mes parents ne roulaient pas en Amilcar ou Delage, mais à une époque ultérieure en puissante Ford Taunus : j’aurais aimé faire partie du convoi dans cette atmosphère blanchâtre et ce dense brouillard ! Mais pourtant des voyages tout aussi angoissants dans le brouillard ou sur des autoroutes dangereusement enneigées, j’en ai vécus souvent, lors de mes voyages familiaux puis en couple vers les montagnes autrichiennes de mon épouse…

    Je n’ai jamais connu de déménagement ; mais le « maître d’école » que je fus aurait-il pu s’adapter à cette nouvelle école du plateau du Larzac dénuée de tout confort et au froid rigoureux qui y sévissait en hiver ? Je ne sais… Pourquoi pas ? Je pense que j’aurais aimé vivre – oh, pas des décennies - une telle aventure de dépaysement total dans une région sauvage, bien qu’inhospitalière ! Situation appréciable dans une école où les enfants manifestent un immense intérêt pour les activités scolaires qu’il n’est nul besoin de punir ! Dans mon école heureusement, il faisait également tout aussi bon travailler !

    Et comme Louis Joullié, j’aurais été en mal s’il m’avait fallu attacher les harnais et boucler les sangles d’un attelage que tirait un mulet : sans doute, avec moi, aurait-il bien plus souffert encore de mon inexpérience !

    Belle découverte que ces extraits des « Sentiers de naguère » : je me réjouis d’observer le père de Louis Joullié dispensant mille soins à son bolide décapoté…

  • Je vous remercie infiniment pour votre commentaire prouvant si bien l'intérêt et l'attention que vous avez apportés à la lecture de ces nouvelles. Il est vrai que cet écrivain, si discret, n'a pas eu la reconnaissance que ces écrits méritent.

    J'apprécie grandement le récit de vos propres "gamineries" que Louis Joullié semble avoir ressuscitées par ses anecdotes !

    Je pense aussi que vous auriez aimé vivre, quelque temps, cet épisode d'enseignant sur le plateau du Larzac en compagnie d'élèves si dévoués et attentionnés...

    Merci encore d'avoir rappelé avec tant d'élégance et de gentillesse, en les intégrant à votre propre vécu, ces épisodes écrits avec l'aisance de style dont Louis Joullié a fait preuve tout au long de son existence.

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