Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain flamboyant de l'imaginaire

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    Jean-Marie Blas de Roblès

    (Source photographique : http://blasderobles.fr/)

     

    Jean-Marie Blas de Roblès est un écrivain, philosophe et archéologue français.

    Né en 1954 à Sidi Bel Abbès, en Algérie, et rapatrié en France avec ses parents après l'accession à l'indépendance de l'Algérie, il passe son adolescence dans le Var.

    Il étudie la philosophie à la Sorbonne et l'histoire au Collège de France. Diplômé, il part au Brésil enseigner la littérature française, en 1981-1982. Il est nommé à la direction de la Maison de la Culture Française à Fortaleza, la capitale de l'État du Cearà, au Brésil.

    Il part en Chine Populaire, en 1983-1984, et enseigne à l'Université de Tianjin, où il donne les premiers cours sur l'écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) et sur l'écrivain et critique français Roland Barthes (1915-1980). Il enseigne également à Taïwan.

    Il se rend en Italie où il enseigne à Palerme.

    À partir de 1986, il devient membre de la Mission Archéologique Française en Libye et participe, chaque été, aux fouilles sous-marines d'Apollonia de Cyrénaïque (Apollonie de Cyrène), de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine (Libye).

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    Apollonia de Cyrénaïque en Libye. Rempart du côté est de l'acropole.

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : David Stanley, from Nanaimo, Canada)

     

    Le Courrier de l'UNESCO, n° 1, en 2009, présente ainsi un texte de Jean-Marie Blas de Roblès, "Le syndrome du scaphandrier" :

    "Aux antipodes de la chasse aux trésors, un chasseur de rêves nous fait part de l'émotion qui l'envahit lorsqu'il "ramène des profondeurs de l'oubli des fragments de beauté nue". [...] l'écrivain français Jean-Marie Blas de Roblès a participé à des fouilles sous-marines au large de la côte libyenne, explorant ainsi cette "part invisible de nous-mêmes" qui doit être protégée avec soin et respect." (Extrait)

     

    En 1985, Claude Sintes, Directeur du Musée de l'Arles antique, propose à Jean-Marie Blas de Roblès de participer à une campagne d'archéologie sous-marine dans le port d'Apollonia, en Libye, pendant l'été 1986.

    "D'un seul coup d'un seul j'avais été transporté dans un monde où Jules Verne le disputait à H. G. Wells ; Vingt mille lieues sous les mers et La Machine à explorer le temps confondus en une même jouissance : la sensation aiguë, la certitude de survoler une Atlantide désertée !" [...] Partout, avec chaque pierre, chaque structure plus ou moins discernable sous sa fourrure d'algues, il y avait, visibles, saisissables sur un simple mouvement du bras, des dizaines, des centaines d'objets qui auraient mérité de se trouver dans les musées [...]

    Il m’est arrivé de trouver un solidus d’or rarissime, mais l’émotion qui m’a coupé le souffle en cet instant ne devait rien à la valeur monétaire de l’objet. Elle tenait à l’éclat de ce petit soleil virevoltant dans le bleu comme un miroir, à l’indicible joie d’avoir ramené des profondeurs de l’oubli un fragment de beauté nue. Un processus très proche, finalement, de ce qui est à l’œuvre dans l’écriture et dont Le Syndrome du scaphandrier, du romancier français Serge Brussolo, constitue à mes yeux l’une des plus justes métaphores : un chasseur de rêves s’enfonce jour après jour dans les ténèbres du sommeil ; de cet univers parallèle, il remonte des sortes d’ectoplasmes, d’étranges fictions qui s’incrustent dans le réel et parviennent à y exister." (Jean-Marie Blas de Roblès) (Extrait)

    (Site : http://unesdoc.unesco.org/) 

     

    Depuis 1996, Jean-Marie Blas de Roblès se consacre exclusivement à l'écriture.

     

    Sources biographiques :

    . Site officiel de Jean-Marie Blas de Roblès http://blasderobles.fr/

    . Wikipédia. 

     

     

    Œuvres :

     

    1982. La Mémoire de riz et autres contes. Nouvelles (Seuil). Prix de la Nouvelle de l'Académie française, 1982.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès

    1983. D'un Almageste les fragments : Périhélie. Poésie. Dans ouvrage collectif : L'Alphée, n° 10

    1983. Le repos précieux des monstres désirables. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Obsidiane, n° 23

    1984. Del Baño. Nouvelle. Dans ouvrage collectif Europe, juin-juillet 1984 : Mémoires imaginaires

    1985. Alluvions. Poésie. Dans ouvrage collectif : Mots de passe 1945-1985. Petit abécédaire des modes de vie, sous la direction de Pascal Ory (Autrement)

    1986. D'un Almageste les fragments : Sur des ruines. Poésie. Le Chat bleu, cahier n° 3

    1987. L'Impudeur des choses. Roman (Seuil)

    1989. Le Rituel des dunes. Roman (Seuil)

    1990. Et puis l'énigme sur nos paumes... Poésie. Dans ouvrage collectif : Poésies aujourd'hui par Bruno Grégoire (Seghers)

    1991. Une certaine façon de se taire. Hybride. Dans ouvrage collectif : Quai Voltaire, n° 3

    1998. What is means to be in the forest. Hybride. Dans ouvrage collectif : Zingmagazine, volume 2, New York

    1999 et 2005. Libye grecque, romaine et byzantine. Essai (Édisud, collection Archéologie)

    2003. Sites et monuments antiques de l'Algérie en collaboration avec Claude Sintes. Essai (Édisud, collection Archéologie) 

    2004. Vestiges archéologiques du Liban en collaboration avec Dominique Pieri et Jean-Baptiste Yon. Essai (Édisud, collection Archéologie - Librairie Antoine)

    2006. Alerte et Catacombes. Poésie. Dans ouvrage collectif : Le Mâche-Laurier, n° 24 (Obsidiane)

    2008 et 2016. Là où les tigres sont chez eux. Roman (Zulma). Prix Médicis 2008. Prix du Roman FNAC 2008. Prix du Jury Jean Giono 2008.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès

    2008. Méduse en son miroir et autres textes. Nouvelles (Mare Nostrum)

    2009. La loi Cioran. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Décapage, n° 38 (La Table Ronde)

    2009. Le Secutor de Glanum. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : 100 Monuments, 100 Écrivains (Éditions du Patrimoine)

    2009. Guérilla. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Décapage, n° 4 (Table Ronde)

    2009. Athanase Kircher. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 30

    2009. Métaphysique de l'infime. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 31

    2009. Posture du vide. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 32

    2009. Une Minute vingt secondes de silence. Hybride. Dans ouvrage collectif : Revue Giono, n° 3 

    2010. La Montagne de minuit. Roman (Zulma). Grand Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres 2010.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    2010. Quatre nouvelles : Contrôle d'identité. Comme on se voue. Bandits manchot. Un petit 38. Dans ouvrage collectif : Revue Inculte, n° 19

    2010. Lady be good. Théâtre. Dans ouvrage collectif : La Revue Littéraire, n° 47 (Léo Scheer) 

    2010. L'Idéalisme brûlé. Entretien avec Pierre Michon et Anne-Marie garrat. Dans ouvrage collectif : Pour Lowry (MEET)

    2010. Qu'est-ce qu'un Romain ? Hybride. Dans ouvrage collectif : Je est un autre (Gallimard)

    2011. La Mémoire de riz. Nouvelles (Zulma)

    2011. Sicile antique, en collaboration avec Bernard Birrer et Hervé Danesi. Préface par Juliette de La Genière. Essai (Édisud, collection Archéologie)

    2011. Ignorer le ciel. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Ciel vu de la Terre (Inculte)

    2011. Rempart du rouge. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : L'Éloge des cent papiers (Association Verbes) 

    2011. Quéquette bicot. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Villa Europa n° 2 (Villa Europa n° 2, Sarrebruck)

    2012. Les Greniers de Babel. Nouvelle (Invenit)

    2013. La Secte des badasses. Nouvelle. Dans ouvrage collectif Brèves, n° 102 : Le Rêve sans fin

    2014. L'Île du point Némo. Roman (Zulma)

    2015. Hautes Lassitudes. Poésie (Dumerchez)

    2017. Dans l'Épaisseur de la chair. Roman  (Zulma)

     

    Source bibliographique :

    Site officiel de Jean-Marie Blas de Roblèshttp://blasderobles.fr/

     

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographieLa Mémoire de riz par Jean-Marie Blas de Roblès. Nouvelles (Éditions Zulma, 2011)

    "On a envie de dire : Entrez, entrez vite dans la baraque enchantée du conteur ! Machineries diaboliques, pantins articulés, leurres et aberrations piègent chaque récit, et le lecteur, littéralement sous le charme, découvre tour à tour de fabuleux paysages marins, des personnages éternels, des univers hantés. Depuis les grands mythes affolants de l'humanité jusqu'à la plus brûlante actualité qui secoue Maghreb et Machreck, maintes époques sont brassées, maintes civilisations, avec une prédilection pour l'Orient des Mille et Une Nuits.

    Forgées par une science quasi picturale de la description et conduites tambour battant par le bonheur de raconter, ces vingt-deux fictions - autant que d'arcanes majeurs dans le tarot - sont un moment de grande littérature, sur le versant flamboyant de l'imaginaire. Elles ont valu à son auteur le Prix de la nouvelle de l'Académie française." (Deuxième de couverture)

    "Rompu aux jongleries savantes de l'imaginaire, Jean-Marie Blas de Roblès nous entraîne, par la grâce de son écriture, dans les mondes gigognes de l'esprit aux prises avec les mystères ultimes, sans perdre jamais le fil du labyrinthe charnel du désir et de la folie de vivre." (Extrait troisième de couverture)

     

    "L'Échiquier de Saint-Louis

    Une grosse flambée de bois sec ronflait dans la vieille cheminée du manoir, et les lueurs d'incendie qu'elle projetait sur les murs - multipliées à l'infini par les surfaces lustrées des miroirs, des cadres dorés et de ce globe de verre sous lequel un petit lutin, sculpté dans la cire, narguait les flammes qui jouaient sur son vêtement de perles - donnaient à la pièce où je me trouvais la chaleur, l'intimité vacillante et mystérieuse d'une église baroque. La mer, au loin, s'enfournait avec fracas dans les grottes à vif de la côte rocheuse ; ogresse du Nord, elle mangeait les falaises d'Yport en laissant sur le silex écorché les traces de ses dents. Sa respiration de fauve se confondait avec le grognement opiniâtre du brasier.

    - Tu ne veux toujours pas apprendre à jouer ? Il fait un temps à pousser du bois toute la nuit, si seulement tu voulais te donner la peine...

    Mon ami Roetgen, chez qui je vivais déjà depuis quelques jours, venait de rompre le silence avec ce ton gentiment acerbe qui lui était particulier. Je connaissais sa folle passion pour le jeu d'échecs, mais j'avais toujours refusé d'apprendre à "pousser du bois", pour employer son expression. Au début de mes rencontres avec lui, je n'avais pourtant guère de raison pour expliquer mon refus des échecs et, d'ailleurs, de tout jeu en général. Les heures que Roetgen passait devant son échiquier, l'extrême jouissance qu'il semblait en tirer, son insistance, enfin, à vouloir m'inoculer son vice, avaient fini cependant par asseoir mon aversion." (Extrait)

     

    Ibn ruh Al Jahim, "roi de la montagne et prince des Bédouins", offre à Saint Louis un échiquier "rutilant, scintillant de mille feux, un merveilleux échiquier de cristal, de nacre et d'argent. Le tout, comme Joinville l'écrivit par la suite, le tout fait à belles fleurettes d'ambre, liées à belles vignettes de fin or. Un parfum exquis, où le jasmin jouait sa note fraîche et entêtante, commençait à envahir la pièce."

    Les deux souverains s'apprêtent à se mesurer aux échecs. Les personnages ornant le pourtour de l'échiquier représentent des scènes d'un réalisme tel - "l'armée chrétienne avec des chevaliers en armure [...] et son cortège de fantassins déguenillés" - que Saint Louis vit à nouveau les années de guerre en Égypte, "sa capture, l'humiliation et les tortures de l'exil..." et joue presque machinalement. L'enjeu est pourtant très grave...

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès

    Le Joueur d'échecs par Honoré Daumier (1863)

     

    Franchi le cap, ô combien délicat ! de la première des nouvelles intitulée L'Illusionniste, le lecteur, peut-être doté d'une âme sensible, s'étant répété : "Fiction, ce n'est que fiction...", maintenant avide de plonger avec témérité dans les profondeurs abyssales de ce recueil, poursuit avec curiosité, et parfois avec crainte, son voyage imaginaire au fil des récits de Jean-Marie Blas de Roblès.

    Ce lecteur découvre, ou redécouvre, un écrivain passionnant dont l'immense érudition va l'entraîner toujours plus loin.

     

    Mais revenons vers L'Illusionniste : le lecteur pénètre dans un effrayant espace de manipulation où règne Eléazard, "cet esprit d'encyclopédie, d'investigation débridée qui reste la plus grande gloire de la Renaissance", expert en "genèses, cosmogonies", le "mécréant irrémédiable", expert en "religions de tous ordres". Le lecteur se trouve confronté à la réalité : sa propre destinée est l'œuvre qu'il a lui-même conçue...

     

    Et vingt autres nouvelles étranges, surprenantes, fascinantes...   

     

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblèsLà où les tigres sont chez eux par Jean-Marie Blas de Roblès. Roman (Éditions Zulma, 2008). Prix Médicis 2008. Prix du Roman FNAC 2008. Prix du Jury Jean Giono 2008.

    "Eléazard von Wogau, héros inquiet de cette incroyable forêt d'histoires, est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui adresse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d'un célèbre jésuite de l'époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n'est pas sans incidence sur sa vie privée.

    Comme si l'extraordinaire plongée dans l'univers d'Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d'autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle du Mato Grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambú qui hume le plomb fondu de la vengeance.

    Nous sommes au Brésil, dans le pays des démesures. Nous sommes aussi dans la terra incognita d'un roman monstre, dont chaque partie s'ouvre sur un chapitre de la biographie de Kircher, "le maître des cent arts", ancêtre de l'égyptologie et de la volcanologie, inventeur du microscope ou de la lanterne magique.

    On songe au réalisme magique des Borges et Cortazar, à Italo Calvino ou Umberto Eco, ou encore à Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires." (Deuxième de couverture)

     

    "Lui-même globe-trotter et polyglotte, spécialiste de l'archéologie sous-marine, habitué des déserts africains, Jean-Marie-Blas de Roblès nous offre, autour de la révélation du génie baroque d'Athanase Kircher, une Kyrielle extravagante de portraits contemporains en lice pour la conquête du sens dans un monde forcené et pathétique.

    Là où les tigres sont chez eux est le fruit de dix ans de travail, roman somme qui interroge le genre avec une formidable érudition mise au service d'un merveilleux sens de la narration." (Troisième de couverture)

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès

    Athanasius Kircher (1602-1680)

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    "... Eléazard laissa errer son regard à travers la grande fenêtre qui lui faisait face. Elle s'ouvrait directement sur la jungle, ou plus exactement sur la mata, cette luxuriance de grands arbres, de lianes torses et de feuillages qui avait repris possession de la ville sans que nul n'y trouve à redire. De son premier étage, Eléazard avait le sentiment de plonger au cœur même de l'organique, un peu comme un chirurgien surplombe un ventre offert à sa seule curiosité. Lorsqu'il s'était décidé à quitter São Luís pour acheter une maison à Alcântara, il n'avait eu que l'embarras du choix. Cette ancienne ville baroque, le fleuron de l'architecture du XVIIIe siècle au Brésil, tombait en ruine. Abandonnée par l'histoire depuis la chute du marquis de Pombal, phagocytée par la forêt, les insectes et l'humidité, elle n'était plus habitée que par une infime population de pêcheurs, trop pauvres pour vivre ailleurs que dans des cabanes de tôles, d'argile et de bidons, ou des taudis à moitié écroulés. On y voyait paraître de temps à autre quelque cultivateur, hagard d'avoir si brusquement quitté l'obscurité de la grande forêt pour vendre sa production de mangues ou de papayes aux courtiers faisant la navette avec São Luís." (Extrait)

     

    Eléazard note, dans ses carnets, de judicieuses pensées, dont celle-ci que j'aime particulièrement : 

    "LA VÉRITÉ n'est ni un chemin de traverse ni même cette clairière où la lumière se confond avec l'obscurité. Elle est la jungle même et son foisonnement trouble, son impénétrabilité. Voici longtemps qu'il ne s'agit plus pour moi de chercher une issue quelconque dans la forêt, mais bien de m'y perdre au plus profond." (Extrait)

     

    Dans chacun des chapitres du roman Là où les tigres sont chez eux se déroule une partie de la biographie d'Athanase Kircher, célèbre jésuite de l'époque baroque, tout d'abord étudiant en philosophie, poursuivant des études personnelles de physique, de langues et de mathématiques, puis pratiquant l'astronomie à laquelle il ajoute la physiologie et l'alchimie tout en approfondissant sa connaissance des langues. "À l'âge de vingt-trois ans, Kircher éclipsait sans peine ses collègues, lesquels s'accordaient à lui reconnaître d'incroyables dons de mémoire en sus d'un génie inventif  & d'une habileté mécanique hors du commun." 

    En parallèle, le lecteur fait la connaissance des nombreux personnages qui gravitent autour d'Eléazard von Wogau, correspondant de presse chargé "de l'établissement du texte" de la biographie d'Athanase Kircher, "et de son commentaire". Parmi ces héros, voici Soledade, la jeune domestique d'Eléazard, métissée de Noir et d'Indien, Elaine, professora von Wogau, géologue et ex-femme d'Eléazard, Moéma, fille d'Eléazard et d'Elaine, étudiante, et son amie Thaïs, toutes deux consommatrices de coke. Et bien d'autres...

    Dans ce roman aux étranges et passionnantes sinuosités, passant sans heurt de l'époque baroque du XVIIe siècle à l'époque contemporaine, croisant les destins de personnages si différents, aux recherches et intérêts extrêmement éloignés, d'un continent à l'autre, par-delà les pays, par-delà les siècles, Jean-Marie Blas de Roblès dévoile, à chaque page, un savoir encyclopédique, une érudition éblouissante.

     

    Critiques littéraires :

    "Ce roman encyclopédique et mystificateur, truffé d'élucubrations picaresques, réjouit et fascine. [...] Umberto Eco revu par Indiana Jones chez Malcolm Lowry, avec un zest d'African Queen et de Lévy-Strauss chez les Nambikwara. [...] Une merveilleuse, une vertigineuse galaxie de cette rentrée romanesque." (Patrick Grainville. Le Figaro littéraire)

    "Jean-Marie Blas de Roblès joue avec les illustres références, malmène le réalisme magique, pour un livre en forme d'irrévérence. Là où les tigres sont chez eux est un chahut érudit, d'une grande ambition, un palimpseste qui s'amuse." (Clara Dupont-Monod. Marianne) 

    (Source : http://www.zulma.fr/)

     

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès

    La Montagne de minuit par Jean-Marie Blas de Roblès. Roman (Éditions Zulma, 2010). Grand Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres, 2010.

    "Au cœur de ce roman, un personnage hors du commun : Bastien, gardien d'un collège jésuite et secrètement passionné par tout ce qui concerne le Tibet et le lamaïsme. Tenu à l'écart de son voisinage pour d'obscurs motifs, le vieil homme vit plus solitaire qu'un moine bouddhiste. 

    L'aventure commence à Lyon, par la rencontre entre le vieux sage et Rose, nouvellement emménagée avec son petit Paul. Séduite par l'étrangeté du personnage, cette dernière s'attache à lui au point de lui permettre d'accomplir le voyage de sa vie...

    Vérités et mensonges, fautes et rédemption s'enlacent et se provoquent dans ce roman qui interroge avec une désinvolture calculée les "machines à déraisonner" de l'Histoire contemporaine. Roman à thèse si l'on veut, sous les bonheurs du romanesque pur, la Montagne de minuit se lit comme une exploration intrépide des savoirs et des illusions. " (Deuxième de couverture)

     

    "C'était un vieux jeune monsieur, le gardien du lycée Saint-Luc, l'un de ces faux vieillards à visage d'enfant affublé d'une perruque et de trois ou quatre rides grossièrement maquillées autour des yeux. Les élèves l'appelaient Belette, les professeurs monsieur Lhermine. Un Lyonnais faisant partie des meubles, un pauvre type dont nul n'aurait imaginé qu'il mourrait à Berlin, au plus près du scandale qui avait bouleversé son existence." (Extrait)

     

    Bastien Lhermine, homme effacé et solitaire, passionné par le Tibet et l'élaboration de son mandala de sable, rêvant de voir le Palais du Potala, est le gardien du lycée jésuite Saint-Luc à Lyon. L'arrivée d'un nouveau proviseur porte le coup de grâce à sa vie professionnelle. 

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès,la montagne de minuit par jean-marie blas de roblès

    Mandala de sable tibétain

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Bastien Lhermine croise dans son immeuble Rose et son petit garçon, Paul. La jeune femme découvre dans les yeux de cet homme discret "quelque chose d'incomparable, une mansuétude, une douceur... Le cœur authentique de la détresse." 

    "[...] on a de tels préjugés sur les gens, on les enferme dans des cages si exiguës, qu'on reste ahuri lorsqu'ils en débordent subitement de tous côtés. Je me suis trouvée bête, dirait-elle [...], je m'en suis voulue de constater combien ma perception de cet homme avait changé, à quel point il était remonté dans mon estime par la seule magie de ses compétences en langues orientales. J'étais vexée de mon étroitesse d'esprit [...]". (Extrait)

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès,la montagne de minuit par jean-marie blas de roblès

    Le Palais du Potala construit au XVIIe siècle

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Antoine Taveneaux)

     

    Critiques littéraires :

    « Blas de Roblès excelle, chemin faisant, dans ses impressions de voyage, vivantes, colorées et terribles, sur le Tibet opprimé [...]. Rien n'est unilatéral dans ce roman délicat comme un effeuillement, grâce à sa composition tressée à plusieurs voix. » (David Fontaine. Le Canard enchaîné)

    (Source : http://www.zulma.fr/livre-la-montagne-de-minuit)

     

    Dans son article intitulé "La Montagne de minuit, de Jean-Marie Blas de Roblès, un Tibet de fantasmes", Benjamin Fau écrit : "L'une des grandes forces de La Montagne de minuit est de poser plus de questions qu'elle n'offre de réponses - car la plupart d'entre elles, préparées et prémâchées par la pensée d'autrui, seraient trop aisées, tronquées et forcément trompeuses. Avec une élégance et une sorte d'évidence émouvante qui parle au coeur autant qu'à la raison, elle se révèle un formidable appel aux pouvoirs de la connaissance face aux dangers de l'obscurantisme. En peu de pages, Blas de Roblès parvient à ouvrir tellement de portes dans l'esprit de son lecteur que son roman, s'échappant de son cadre et de ses circonstances, se fait merveilleuse matière à réflexion et à apprentissage." (Le Monde, 9 septembre 2010)

    (Source : http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/09/09/la-montagne-de-minuit)

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher

    L'Île du Point Némo par Jean-Marie Blas de Roblès. Roman (Éditions Zulma, 2014) 

    "Incroyable machinerie de l'imaginaire, l'Île du Point Némo est un roman d'aventures total, conquérant, tourbillonnaire. Un fabuleux diamant vient d'être dérobé à Lady MacRae. Nous voilà donc embarqués à la poursuite de l'insaisissable Enjambeur Nô. Avec Martial Canterel, richissime dandy opiomane, son vieil ami Holmes (John Shylock), mais aussi Grimod de La Reynière en majordome ou la très inventive Miss Sherrington.

    Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s'inscrire dans les aléas d'une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture à voix haute. Bientôt reconvertie en usine de liseuses électroniques par Monsieur Wang, voyeur high-tech et directeur de B@bil Books...

    Avec une ironie abrasive, Jean-Marie Blas de Roblès ouvre d'extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi une critique radicale des idéologies et des gouvernances anonymes, tentaculaires, doublée d'une piquante réflexion sur l'art littéraire." (Deuxième de couverture)

     

    "En baroque inventif, Jean-Marie Blas de Roblès fait feu de tout bois dans ce roman des romans : Vingt Mille Lieues sous les mers, l'Île mystérieuse et toute la littérature populaire du siècle romantique alimentent un brasier d'histoires dont la structure d'ensemble relève de factures ultra-contemporaines héritées diversement des Joyce, Bradbury, ou Philip K. Dick. À cet égard comme à tant d'autres, l'Île du Point Némo est un chef-d'œuvre." (Extrait de la troisième de couverture)

     

    "Les Immortels ont beau ressusciter, ils ne se renouvellent pas assez vite pour étaler la vague macédonienne. Et soudain, voici qu'ils se débandent, le centre perse est enfoncé, Darius fuit. C'est au moment où Alexandre voit son char bariolé disparaître dans la poussière qu'un messager réussit à l'atteindre : sur l'aile gauche, Parménion et ses cavaliers thessaliens faiblissent devant les Perses ; sans renfort ils ne tiendront plus longtemps.

    Ce fut l'instant choisi par Miss Sherrington pour secouer l'épaule du maître de maison :

    - Monsieur, s'il vous plaît, Monsieur Canterel...

    Martial Canterel était allongé sur un lit importé à grands frais d'une fumerie de Hong Kong. Le champ de bataille s'étendait au sol, occupant presque toute la surface du parquet ; vingt-cinq mille soldats de plomb qu'il avait passé plusieurs jours à positionner pour reproduire ce moment crucial: Alexandre devait-il rattraper Darious ou secourir Parménion ?" (Extrait)

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblès,l'illusionniste par j.-m. blas de roblès,là où les tigres sont chez eux par j.-m. blas de roblès,athanase kircher,l'île du point némo par j.-m. blas de roblès

    Projection hémisphérique de la Terre, centrée sur le point Nemo,

    pôle maritime d'inaccessibilité (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Le richissime original Martial Canterel et son vieil ami Sir Shyrlock Holmes accompagné de son majordome, Grimod de La Reynière, déploient toute leur perspicacité afin de retrouver l'exceptionnel diamant de Lady MacRae. À Grimod, qui s'étonne de l'étrange logique déductive de Martial Canterel, ce dernier répond :

    "Si je ne craignais pas la contradiction des termes, je parlerais d'une logique de l'irrationnel, un processus mental dont je me suis aperçu qu'il tirait de la marge, des rencontres aléatoires, et en quelque sorte de la poésie pure, la magie de son fonctionnement. En y réfléchissant un peu, je dirais que je ne suis sans doute pas un si mauvais poète." (Extrait) 

    Au gré de la fantaisie des chapitres, le lecteur voyage, je dirais même qu'il est transporté, chahuté, bousculé, dans des aventures ahurissantes qui l'entraînent, sans le laisser reprendre son souffle un seul instant, de l'océan Pacifique... au Périgord noir.

    Une fois encore, l'érudition domine tout au long de ce roman et l'on déplore que le Temps ne puisse s'arrêter pour aller à la recherche soit d'un personnage, pourtant célèbre, dont la biographie mériterait toutefois d'être mieux connue, soit d'un pays dont le nom, presque familier, ne permet cependant pas de le situer avec précision. Comme chacun des livres de Jean-Marie Blas de Roblès, à lire, à relire et savoir s'arrêter pour améliorer encore et toujours ses connaissances... en oubliant le Temps.

     

    Critiques littéraires :

    "Jean-Marie Blas de Roblès conte la folle odyssées de trois hommes jusqu'à la mystérieuse île Nemo.

    [...] Certes, l'odyssée comporte des farcissures, des détours tirés par les cheveux, des arabesques érudites ou farfelues. Blas de Roblès est un baroque en zigzags auquel sa déontologie interdit le tracé orthogonal. Pages significatives sur les lectures pratiquées dans les fabriques de cigares à Cuba. Car ce roman est un hymne au livre, aux mille arborescences de la fiction.

    Ainsi, ce qui semblait, au début, un jeu, un pastiche étourdissant, révèle sa profondeur, sa nécessité vitale. Quel hydrogène, quel hélium que l'imagination de Blas de Roblès !" (Patrick Grainville. Le Figaro, 18 septembre 2014)

    (Source : http://www.lefigaro.fr/livres/)

     

    "Le Grand Huit de Blas de Roblès.

    Ce livre est un hold-up. Un roman d'aventures total, "tourbillonnaire", abrasif. Le genre qu'on ne lit pas souvent (surtout depuis la dictature planétaire de l'autofiction). [...] Quand il décolle, Blas de Roblès, c'est comme s'il restait bloqué sur l'accélérateur.[...] Plus de limites, pas de freins. Sa prodigieuse machine à fiction s'emballe, impossible de l'arrêter. Les paysages, les références, les époques, les rebondissements, les situations absurdes, les mises en abyme et les coups de théâtre défilent comme des fous furieux. [...] Quelle odyssée fascinante et bondissante en Fantaisie, cette ile imaginaire au milieu du tempsn, ce lieu de nulle part cher à Thomas More, cette "Utopie" où l'on ne fait que rêver, inventer, se tromper et dire la vérité : L'Île du point Nemo ! " (Marine de Tilly. Le Point, 26 juillet 2014).

    (Source : http://www.lepoint.fr/culture/)

           

    henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

     

     

  • Christian Bobin, l'auteur d'une oeuvre lumineuse

     

     

    christian bobin

    Christian Bobin, en 2011

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : Ji-Elle)

     

    Christian Bobin, écrivain et poète français, est né en 1951 au Creusot, en Saône-et-Loire. Son père enseignait le dessin technique à l'usine Schneider et sa mère était calqueuse.

    Christian Bobin, enfant, recherche déjà la solitude et s'isole avec ses compagnons de prédilection, les livres.

    Professeur de philosophie, puis infirmier psychiatrique, il est aussi rédacteur à la revue Milieux

    Christian Bobin ne quitte guère sa région natale. Il "fuit les mondanités et préfère explorer le silence. Il y consacre sa vie et son œuvre". Lors d'un entretien avec Marie de Solemne paru dans Psychologies, il différencie deux sortes de solitude :

    "Il y a deux solitudes [...] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d'abandon [...] Cette solitude-là n'est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n'est pas celle que j'habite, et ce n'est pas dans celle-là que j'aime aller [...] C'est l'autre solitude que j'aime. C'est l'autre solitude que je fréquente, et c'est de cette autre dont je parle presque en amoureux." 

    Dans ce même article de Psychologies, le philosophe et écrivain français André Comte-Sponville déclare qu'il considère Christian Bobin comme l'écrivain "le plus doué, le plus original, le plus libre -à l'écart de tout-, mais aussi le plus émouvant [...]" de sa génération, "l'un des rares qui nous éclairent, qui nous élèvent, et parmi ceux-là sans doute le plus purement poète." 

    (Source : http://www.psychologies.com/

    Le poète et écrivain belge Guy Goffette écrit que Christian Bobin "fait entrer une sorte d'innocence et de candeur dans un monde où le cynisme a du succès".

    Christian Bobin, à la recherche de la plus grande simplicité, élague avec soin ses textes. À ses débuts, il écrit : 

    "Croître en clarté, voilà le but." (Source : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/)

    "Je pense que l'écriture est un travail de guérison [...]. Pas uniquement ma propre guérison mais une guérison (...] de la vie souffrante. De la vie mise à mal par les conditions modernes." (Christian Bobin).  Propos recueillis par François Busnel (L'Express, 11 février 2013).

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/christian-bobin)

    "Christian Bobin est un colporteur de magies quotidiennes. Dès la publication de ses premières plaquettes poétiques, il est apparu comme une voix évidente. Pourtant, il venait sans escorte, sans blindage théorique, sans corset rhétorique, sans aucun formalisme cousu de fil barbelé. Le scandale voulait qu'il ait précisément quelque chose à dire et que sa parole ait un goût de source, un goût de rosée, un goût de matin du monde." (Source : https://www.franceculture.fr/)

    Christian Bobin est un "écrivain solitaire à la pureté franciscaine".

    "Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul."  (Christian Bobin)

    (Source : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/)

    "Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit, c'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour." (Christian Bobin)

    Christian Bobin cultive souvent le fragment, une forme littéraire en prose d'une grande brièveté. Ses livres dépeignent la gaieté et l'émerveillement, mais la mélancolie, l'absence et la mort y mêlent leur souffle mystérieux. Son style d'écriture est musical, ses mots coulent tantôt d'une source paisible, tantôt d'une cascade bondissante. Ses écrits, empreints de bonté, de douceur, de lumière, de douleurs aussi, se lisent dans la paix du cœur et de l'âme.

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    Christian Bobin (Prix des Deux Magots, 1993)

    (Source photographique : http://www.babelio.com/)

     

     

     

    Œuvres :

     

    1977. Lettre pourpre, Éditions Brandes

    1978. Le Feu des chambres, Brandeschristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1984. Le Baiser de marbre noir, Brandes

    1985. Souveraineté du vide, Éditions Fata Morgana

    1986. L'Homme du désastre, Fata Morgana

    1986. Le Huitième Jour de la semaine, Éditions Lettres Vives

    1986. Ce que disait l'Homme qui n'aimait pas les oiseaux, Brandes

    1987. Dame, roi, valet, Brandes

    1987. Lettres d'or, Fata Morganachristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1989. L'Enchantement simple, Lettres Vives

    1989. La Part manquante, Éditions Gallimard

    1990. Éloge du rien, Fata Morgana

    1990. Le Colporteur, Fata Morgana

    1990. La Vie passante, Fata Morgana

    1990. La Femme à venir, Gallimard

    1991. L'Autre Visage, Lettres Vives

    1991. La Merveille et l'Obscur, Éditions Parole d'Aubechristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1991. Une Petite Robe de fête, Gallimard

    1992. Le Très-Bas, Gallimard, collection Folio (Prix des Deux Magots, 1993. Grand Prix catholique de littérature, 1993)

    1992. Un Livre inutile, Fata Morgana

    1992. Isabelle Bruges, Éditions Le Temps qu'il fait

    1993. Cœur de neige, Éditions Théodore Balmoralchristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1993. L'Éloignement du monde, Lettres Vives

    1994. L'Inespérée, Gallimard

    1994. L'Épuisement, Le Temps qu'il fait

    1994. Quelques Jours avec elles, Le Temps qu'il fait

    1995. L'Homme qui marche, Le Temps qu'il fait

    1995. La Folle Allure, Gallimard

    1995. Bon à rien, comme sa mère, Lettres Viveschristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1996. La Plus que vive, Gallimard

    1996. Clémence Grenouille. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Une Conférence d'Hélène Cassicadou. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Gaël Premier, roi d'Abîmmmmmmme et de Mornelonge. Livre pour enfants, Le Temps qu'il fait

    1996. Le Jour où Franklin mangea le soleil, Le Temps qu'il fait

    1996. Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, en collaboration avec Édouard Boubat,                          Gallimard (réédition en 2010)

    1997. Autoportrait au radiateur, Gallimard

    1997. Mozart et la pluie suivi de Un Désordre de pétales rouges, Lettres Vives

    1998. Geai, Gallimard

    1998. L'Équilibriste, Le Temps qu'il fait

    1998. La Grâce de solitude. Dialogues avec Christian Bobin, Jean-Michel Besnier, Jean-Yves                          Leloup et Théodore Monod, Éditions Dervychristian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    1999. La Présence pure, Le Temps qu'il fait

    1999. Tout le Monde est occupé. Roman, Mercure de France

    2001. Ressusciter, Gallimard

    2001. La Lumière du monde, Gallimard

    2001. L'Enchantement simple et autres textes, Gallimard (collection Poésie)christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    2001. Paroles pour un adieu, Éditions Albin Michel

    2002. Le Christ aux coquelicots, Lettres Vives

    2004. Louise Amour, Gallimard

    2005. Prisonnier au berceau, Mercure de France

    2006. Une Bibliothèque de nuages, Lettres Vives

    2007. La Dame blanche, Gallimard

    2009. Les Ruines du ciel, Gallimard (Prix du Livre de spiritualité Panorama La                             Procure, 2010)christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    2011. Carnet du soleil, Lettres Vives

    2011. Un Assassin blanc comme neige, Gallimard

    2011. Éclat du Solitaire, Fata Morgana

    2012. L'Homme-joie, Éditions L'Iconoclaste

    2013. La Chair et le Souffle, "Le bouclier" (volume 8, n° 2, pp. 48-56)

    2014. La Grande Vie, Gallimard

    2015. Noireclaire, Gallimard

    2015. La Prière silencieuse, photographies de Frédéric Dupont, Gallimard.

     

    Le Prix d'Académie 2016 a été décerné à Christian Bobin pour l'ensemble de son œuvre.  

     

    (Source bibliographique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Bobin)

    Prix littéraires : 

    1993. Prix des Deux Magots décerné à Christian Bobin pour Le Très-Bas.

    1993. Grand Prix catholique de littérature pour Le Très-Bas.

    2010. Prix du Livre de spiritualité Panorama - La Procure pour Les Ruines du Ciel.

    2016. Prix d'Académie décerné à Christian Bobin pour l'ensemble de son œuvre.

    Dans mes Carnets de Lecture :

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay

     

    Une Petite Robe de fête par Christian Bobin (Gallimard, collection Folio, 1991)

     

    "Celle qu'on aime, on la voit s'avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue - comme une étoile au point du jour. À vous voir, une clairière s'ouvrait dans mes yeux. À voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu.

    Avec le regard simple, revient la force pure." (Christian Bobin. Quatrième de couverture)

     

    Ce livre comprend neuf textes courts. Voici un extrait du premier récit intitulé : Une histoire dont personne ne voulait.

    "Le manuscrit est défraîchi. Il y a une date à la dernière page. Cinq ans. Il vous arrive par la poste. Vous le laissez sur un coin de table, vous n'y pensez plus. Arrive le samedi. Le samedi est un jour où vous êtes très occupé : vous faites le chauffeur de maître pour une poignée d'enfants. On veut aller ici, on veut que tu nous emmènes à la fête, on veut ceci, on veut cela, on veut tout. Vous obéissez avec ravissement, faisant le désespoir des parents qui mettent des heures à contredire cet air d'insouciance que vous amenez avec vous. La vie passe si vite, les jours s'éteignent si tôt. [...]

    Christian Bobin conte l'histoire d'un manuscrit dont personne ne voulait, l'histoire d'un suicide manqué, l'histoire d'une "jeune femme qui tombe sur le carrelage et son âme qui tombe à ses côtés, son âme lourde, plus lourde qu'un oiseau mort, la blanche colombe gazée [...]". La jeune femme qui n'a plus d'âme un jour lit une page de Rilke...  

     

    Et qu'on le laisse en paix : "Au douzième siècle Chrétien de Troyes crée Perceval le Gallois [...], enveloppé de lumière [...]", et qui "va de château en château, de tournois en tournois...". Christian Bobin relate l'immense fatigue de Perceval qui ne sait pas vraiment ce qu'il cherche, sinon qu'il s'agit du Graal dont il ne connaît presque rien, et entraîne le lecteur dans une émouvante contemplation poétique.

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin

      Perceval à la Recluserie 

    (Source illustration : Wikimedia Commons)

     

    La faiblesse des anges offre un éblouissement au lecteur : Racine et son Iphigénie sous la plume de Christian Bobin. La pièce est une "soie de ciel pur [...]. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître. Donc cela au départ. Avant le livre, avant l'écriture. Donc cette ombre planante du père, cette nuit fauve dans la tête de Racine, dans son attente du premier vers [...]". 

    Soudain, se déverse "la pluie d'encre sur les nerfs", s'ouvre un "abîme ouvert par ces phrases, par leur résonance en vous, comme une pierre dans le puits d'âme [...]".

     

      

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète

    Tout le Monde est occupé par Christian Bobin. Roman (Mercure de France, 1999 - Gallimard, collection Folio)

     

    "Je m'appelle Manège, j'ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d'une part, les coccinelles n'ont pas bon goût. D'autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d'ordinaire. Il n'y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c'est pareil : il n'y a que des miracles dans ce monde." (Quatrième de couverture)

     

    "Ariane buvait, dansait, riait. Robe bleue, cœur rouge. Un beau mariage. Boissons, danses et confidences. Un château avait été loué pour l'occasion. Château, c'était beaucoup dire - plutôt une grosse ferme avec des salles immenses, des murs épais et des plafonds bas. Ariane buvait, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n'avait jamais réussi à l'éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n'était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n'importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j'aime. Je n'aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t'ont appris tes maîtres, oublie ce qu'il est convenable de faire. Telle était la magie d'Ariane : une rare plénitude d'être là, fraîche, simplifiée, simplifiante." (Extrait)

     

    Ariane, fraîche, rieuse, vit avec enthousiasme, plane "endormie, autour du laurier rose ou du tilleul dans le jardin", se marie, se remarie, met au monde après un simple baiser des enfants aux dons exceptionnels...

    "Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève." (Extrait) 

    Dans la maison d'Ariane, Rembrandt, le chat intellectuel, rôde autour de Van Gogh, le canari inculte qui tourne autour d'un rayon de soleil.

    Ariane a un nouvel amour. "L'amour est une guerre et un repos, une science et un artisanat. L'amour est tout, et même rien avec le tout. Innocence et ruse, innocence avec ruse. Apparaître et disparaître." (Extrait)

    J'ai dévoré ce livre frais, original, délicieux, lumineux...

     

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poèteLouise Amour par Christian Bobin. Roman (Gallimard, 2004)

    "Nous étions dans la ville des rois et dans la maison de Dieu. Je tenais par la main celle qui, sans avoir besoin de rien faire, les surclassait tous." (Quatrième de couverture) 

     

    "J'étais tombé amoureux de Louise Amour avant de la connaître : son nom, plus aveuglant pour moi que la clarté laiteuse des roses trémières ou que la pellicule d'or dont les moines recouvraient le bois de leurs icônes, était apparu à côté du mien sous la rubrique "Senteurs" du magazine Rosiers de France, revue confidentielle à laquelle m'avait abonné ma passion pour cette fleur. Nos deux noms, séparés par une simple virgule, s'avançaient vers le lecteur comme deux mariés sous une voûte de papier glacé. Il était écrit que Louise Amour, créatrice de parfums aussi renommés que Jamais ou Absente, venait d'en inventer un nouveau nommé Madone, en s'inspirant d'un de mes livres. J'étais présenté comme un jeune penseur plein d'avenir. Il n'y avait pas de photographie de Louise Amour dans ce journal, mais l'éclat discrètement ensauvagé de son nom me fascina plus qu'une image." (Extrait)

     

    Un homme de trente ans, solitaire, vit entouré de livres qu'il parcourt avec avidité entre des études de théologie poursuivies en autodidacte et, jusque tard dans la nuit, ses travaux d'écrivain où il rédige des phrases "sur Dieu, le ciel et le vide".

    Un article, paru dans une revue de théologie et consacré à ses deux livres publiés, fait basculer sa vie en une seconde dans un univers aux antipodes du sien, un univers de luxe, une exposition sans fin d'apparences trompeuses. Pour ce penseur, "triompher dans le monde, c'est avoir tout perdu".

    Une carte d'invitation de Louise Amour, créatrice de parfums, le précipite hors d'un nid qui, jusqu'alors, protégeait son "cœur du froid du monde".

    Avec sa prose poétique enchanteresse, Christian Bobin décrit le cheminement du héros vers un amour platonique, une union improbable, et la folie qui l'envahit, folie dont personne ne peut s'apercevoir tant l'homme reste discret, effacé.

    Louise Amour lui propose un rendez-vous à l'ombre de la basilique de Vézelay, "nuage de pierre gris orangé, flottant depuis plus de huit siècles sur un village fortifié, au-dessus d'une colline blonde."

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin

    La basilique de Vézelay (Yonne)

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur photographie : Desiderius Severus)

     

    "J'étais devenu incapable de lire, d'écrire, de dormir, incapable de toute autre occupation que celle de penser à Louise Amour, aux accroches de la lumière sur ses cheveux, aux petites nuances paradisiaques de sa voix [...]" 

    Des retours à l'enfance du héros, dans un milieu modeste, parsèment ce récit de souvenirs émouvants : "Je n'avais rien oublié du décor dans lequel j'avais joué mon rôle d'enfant sauvage, petit page taciturne de sa mère [...]. La pauvreté qui était entrée comme un ange dans la ville, baisant chaque porte de chaque rue, avait empêché la prétention des temps modernes d'entrer ici. C'était dans les fastes de cette pauvreté que j'avais grandi et c'était de son royaume que je m'apprêtais insensiblement à sortir."

    Louise Amour est une véritable ode à la beauté parfaite d'une femme dont le souci majeur, jalousement entretenu, est de "plaire", plaire jusqu'à l'épuisement...

     

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin

     

    L'Homme-joie par Christian Bobin (Éditions L'Iconoclaste, 2012).

    "J'ai rêvé d'un livre qu'on ouvrirait comme on pousse la grille d'un jardin abandonné.

    Christian Bobin, renouant avec sa fibre narrative, construit son livre en [...] récits : des portraits d'êtres chers (son père), des rencontres (Maria, l'enfant gitane), des figures emblématiques (Soulages, Glenn Gould), des visions, puis une longue lettre à la femme aimée et perdue, "la plus que vive". Entre ces récits viennent des paragraphes courts, parfois écrits à la main, condensés sur une pensée, fulgurants de profondeur et d'humanité.

    Un même fil rouge unifie ces textes, c'est la voix de Bobin à nulle autre pareille, et son regard de poète qui transfigure le quotidien." (Quatrième de couverture)

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin,l'homme-joie par christian bobin,pierre soulages,la grande vie par christian bobin,la femme en bleu lisant une lettre par vermeer

    Statue de Glenn Gould, pianiste, compositeur et écrivain canadien (1932-1982)

    à Toronto (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    "Partons de ce bleu, si vous voulez bien. Partons de ce bleu dans le matin fraîchi d'avril. Il avait la douceur du velours et l'éclat d'une larme. J'aimerais vous écrire une lettre où il n'y aurait que ce bleu. Elle serait semblable à ce papier plié en quatre qui enveloppe les diamants dans le quartier des joailliers à Anvers, ou Rotterdam, un papier blanc comme une chemise de mariage, avec à l'intérieur des grains de sel angéliques, une fortune de Petit Poucet, des diamants comme des larmes de nouveau-né.

    Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait  aujourd'hui et je n'ai rien pensé. Le ciel est venu manger dans ma main." (Extrait)

     

    L'Homme-joie comporte dix-sept textes de prose poétique, dont l'un, intitulé Un Carnet bleu, est une lettre manuscrite adressée par Christian Bobin à "la plus que vive" en 1980, "celle qu'il a aimée et continue d'aimer". L'écrivain révèle au lecteur que l'homme-joie est un "Roi-Soleil" abrité par chaque être humain dans "la grande salle de son cœur". Parfois, "ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue."

    L'homme-joie regarde le monde, ce champ de bataille, ses cavaliers noirs avec un "bruit d'épée au fond des âmes." Ce n'est pas important. Ses yeux se posent sur un oiseau "vêtu d'or comme un poème." Cela est important.

    Dans un texte dédié au peintre français Pierre Soulages, Christian Bobin écrit : "La vision de Soulages est plus puissante que la mort, elle l'arrête comme jadis on arrêtait un vampire avec une croix. Ce noir charpente mon cerveau, y tend ses poutres maîtresses dont le deuil n'est qu'apparent; le noir est l'éclair d'un sabre de cérémonie, une décapitation qui ouvre le bal des lumières. Ces œuvres appellent le grand air, leurs falaises réclament un vent furieux." 

     

    Lors d'un entretien avec Catherine Barry (article du 24 novembre 2012 pour Le Point, intitulé "Christian Bobin : La mort est peut-être la carte la plus belle", l'écrivain dit : "Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m'auront ému, troublé, éclairé. Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre l'illumine, le rend vivant." 

    (Source : http://www.lepoint.fr/culture/christian-bobin-la-mort-est-peut-etre-la-carte-la-plus-belle)  

     

    Dans chacune des pages de L'Homme-joie s'inscrivent beauté, musique, poésie, pureté, bonheur et souffrance mêlés, vie et mort entrelacées...

     

     

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin,l'homme-joie par christian bobin,pierre soulages, la grande vie par christian bobin

    La Grande Vie par Christian Bobin (Éditions Gallimard, collection Folio, 2014)

    "Les palais de la grande vie se dressent près de nous. Ils sont habités ici par des rois, là par des mendiants. Thérèse de Lisieux et Marilyn Monroe, Marceline Desbordes-Valmore et Kierkegaard. Un merle, un geai et quelques accidents lumineux. La grande vie prend soin de nous quand nous ne savons plus rien. Elle nous écrit des lettres." (Christian Bobin)

    (Quatrième de couverture)

     

     

    "Les anges en robes rouges

    Elles sont arrivées à deux. C'était un vendredi matin en face de la poste du Creusot, dans la caverne en papier du bureau de tabac. L'une est restée dehors. L'autre a jailli d'une revue d'art que je feuilletais. Elles étaient de la même famille. La pluie acharnée et cette femme en bleu lisant une lettre, peinte par Vermeer, étaient de même race, même souche. Deux contemplatives qui s'associaient pour m'aérer le cœur." (Extrait)

    Par la grâce de la forme littéraire qu'il affectionne, le fragment, par la grâce de ses rêveries, Christian Bobin partage avec le lecteur des interprétations très personnelles telles que sa description de La Femme en bleu lisant une lettre par le peintre néerlandais Johannes Vermeer : "La bouche de la lectrice est entrouverte. Elle boit le petit-lait du ciel. Les hommes regardent les femmes et ils en perdent la vue. Les femmes regardent les mots d'amour et elles y trouvent leur âme."    

     christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin,l'homme-joie par christian bobin,pierre soulages,la grande vie par christian bobin,la lettre d'amour par vermeer

    La Femme en bleu lisant une lettre par Johannes Vermeer

    (vers 1662 - 1665)

     

    Christian Bobin, pensant à la vie venue prendre un enfant à Mallarmé, met ces mots dans la bouche de la vie : "[...] maintenant chante, si tu peux. Chante avec ce trou que j'ai fait dans ta gorge. La disparition en plein vol d'un enfant, c'est Dieu qui jette notre cœur aux bêtes."

    Un cheminement ébloui au fil des pages de La Grande Vie m'entraîne de découverte en découverte, de réflexion en réflexion. Dites-moi, est-il possible de trouver une seule phrase de Christian Bobin qui ne soit pas digne de figurer dans un volume de citations ? "L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit." Ou encore : "Des nomades campent dans mes yeux. Les feux qu'ils allument, ce sont les livres que je lis."...

     

    christian bobin,écrivain français,christian bobin écrivain et poète,tout le monde est occupé de christian bobin,louise amour de christian bobin,basilique de vezelay,une petite robe de fête par christian bobin,l'homme-joie par christian bobin,pierre soulages,la grande vie par christian bobin,la femme en bleu lisant une lettre par vermeer