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Caspar David Friedrich, peintre solitaire face aux forces de la Nature

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Portrait de Caspar David Friedrich (vers 1810-1820)

par Gerhard von Kügelgen

(Source : Wikimedia Commons) 

 

Caspar David Friedrich (Greifswald, près de Stralsund, en Poméranie (Allemagne), 1774 - Dresde, Allemagne, 1840) est un peintre paysagiste. Son père était fondeur de savon et de cire.

À quatorze ans, l'existence de Caspar David Friedrich fut à jamais bouleversée par la mort de son frère. Lors d'une partie de patinage, la glace se rompit. Son frère le sauva de la noyade mais perdit lui-même la vie.

C. D. Friedrich suivit pendant plusieurs années, à Greifswald, des cours chez le maître dessinateur et ingénieur civil Johann Gottfried Quistorp, où il reçut un enseignement préparatoire à l'exercice d'une profession. Il dessinait aussi des objets artisanaux en les enrichissant de son art.   

Caspar David Friedrich acquit, pendant une formation de quatre ans à l'Académie royale des Beaux-Arts du Danemark, à Copenhague, de solides connaissances techniques en dessin qui lui assurèrent une base sérieuse et stable pour le développement de ses activités artistiques ultérieures. Un de ses professeurs, Nicolai Abraham Abildgaard (1743-1809), peintre paysagiste, dessinateur et architecte danois, l'influença par son goût pour la mythologie nordique.  

En 1798, Friedrich s'établit en tant qu'artiste peintre à Dresde, en Allemagne. Sous son impulsion et celle du peintre, dessinateur, écrivain et théoricien de l'art allemand Philipp Otto Runge (1777-1810), la peinture romantique primitive naquit à Dresde vers 1802. "Les problèmes historiques et culturels constituaient leur base de travail, car, à leurs yeux, l'art devait participer à l'évolution positive de l'histoire de l'humanité. Ces deux artistes étaient des individualistes géniaux [...]". (Horst Koch)

Johann Christian Dahl était lié à Friedrich par une solide amitié. Les toiles de la période de Dresde de Dahl furent peintes en contact étroit avec Friedrich, chacun des deux amis prouvant qu'il était attentif à l'expérience de l'autre.  

Caspar David Friedrich entretint une correspondance abondante avec l'écrivain allemand Goethe (1749-1832) qui l'inspira grâce à son ouvrage La Théorie des couleurs, publié en 1810.

Carl Gustav Carus (1789-1869), biologiste goethéen, médecin et peintre allemand, fut un des amis intimes de Friedrich et édita de nombreuses notes et conversations qui permirent de mieux le connaître.

En 1818, Caspar David Friedrich épouse Christiane Caroline Bommer. 

 

"Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui." (Caspar David Friedrich)

 

De l'œuvre terminée Caspar David Friedrich attendait la perfection tout comme l'attendaient les peintres du Classicisme. En revanche, la voie suivie pour arriver à cette image parfaite lui était incontestablement plus importante. Friedrich prenait la Nature terrestre, l'emplissait de forces spirituelles et mystiques, en créait des images, des portraits, des paysages. Il reliait entre eux des thèmes de différents sites et époques, transposant ruines, montagnes et paysages, révélant la Nature telle qu'il la voyait, telle qu'il la ressentait en lui. 

Il concevait des paysages romantiques empreints de spiritualité, sans référence à l'art antique ou à l'art italien. Contrairement à beaucoup de peintres du XIXe siècle, il ne se rendit pas à Rome car il craignait que les sites méditerranéens ne détruisissent son esthétisme qui se complaisait dans la peinture des paysages nordiques. 

"L'art se présente comme médiateur entre la nature et l'homme. Le modèle primitif est trop grand, trop sublime pour pouvoir être saisi." (Caspar David Friedrich) 

Il vécut sans exercer aucune influence sur ses contemporains et n'eut pas le bonheur de transmettre valablement ses connaissances à des élèves. Sa conception symbolique de l'art ne pouvait s'accorder avec le prosaïsme de l'époque Biedermeier, nom donné au style de la peinture et des arts décoratifs des années 1815-1848, s'adressant aux classes moyennes, en Allemagne et en Autriche.

"Les possibilités d'un tel dialogue spirituel avec les gens intéressés par les œuvres d'art étaient extrêmement réduites, du moins dans la première moitié du XIXe siècle, avec comme conséquence des conditions économiques de base foncièrement négatives pour les artistes romantiques. C'est ainsi par exemple que C.D. Friedrich a passé sa vie dans la misère tandis que pas mal de ses collègues se voyaient acculés à d'autres activités entravant leur progression artistique... mais qu'ils devaient accepter pour tout simplement survivre. Au-delà de la misère économique, l'exemple de Friedrich prouve également que l'absence d'un public accentuait chez les artistes un sentiment d'abandon, de ne travailler que dans le vide." (Horst Koch)

Des périodes de plus en plus fréquentes de mélancolie et de timidité en public l'isolèrent progressivement. Il semblait subir les affres d'une inapaisable nostalgie et tomba malade à cinquante ans. En 1826, il commença à souffrir d'un délire de persécution. En 1835, une paralysie due à une congestion cérébrale assombrit encore ses dernières années au point qu'il mourut, à Dresde, quasi oublié. Il fallut attendre le XXe siècle pour qu'il soit reconnu.

"Esprit tourmenté, Caspar David Friedrich s'astreint à la solitude jusqu'à la mélancolie afin d'imprimer l'angoisse dans ses paysages de ruines gothiques, de cimetières et de contrées glacées." (Patricia Fride-Carrassat)

 

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Caspar David Friedrich dans son atelier (1819)

par Georg Friedrich Kersting

 

Bibliographie :

. La Peinture Romantique par Horst Koch (Texte français : Pierre Crévecœur. Éditions Berghaus Verlag, Allemagne, 1985).

. Les Mouvements dans la Peinture par Patricia Fride-Carrassat et Isabelle Marcadé (Éditions Larousse, 2005).

 

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Dans mes Albums d'Arts :

 

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L'Abbaye dans une forêt de chênes (1809)

par Caspar David Friedrich

 

L'Abbaye dans une forêt de chênes représente une procession de moines accompagnant un cercueil et se dirigeant vers une abbaye en ruine. Le premier plan est envahi par les ténèbres tandis que le soleil couchant éclaire d'une lueur blafarde la partie haute de l'abbaye et des arbres.

Parfois, Caspar David Friedrich introduisait des symboles du christianisme dans la nature. Pour ce tableau, il s'inspira de ses études des ruines de l'Abbaye d'Eldena, dans le Land de Meeklembourg-Poméranie antérieure (Allemagne). L'Abbaye dans une forêt de chênes symbolise la mélancolie, la tristesse, la détresse, avec ses arbres aux branches dénudées s'étirant dramatiquement vers le ciel dans une prière désespérée. L'abbaye, réduite à deux pans de mur et un portail en fer forgé, reste l'élément central de cette vision de désolation et de mysticisme.

"La parfaite concordance des états internes de l'être humain et de la nature externe [...] constitue la quintessence  de l'œuvre de C. D. Friedrich. Il lui semblait aller de soi d'insérer dans des paysages soigneusement composés des motifs méditatifs et visionnaires. "Le sentiment de l'artiste est sa loi", écrivait-il, "la perception pure ne peut pas s'opposer à la nature [...]". Les toiles de Friedrich contiennent tout un univers ; la nature et l'homme, le temporel et le spirituel sont des éléments d'importance égale dans sa peinture. [...] le moine est symbole de ces forces spirituelles entre-temps perdues par l'humanité." (Horst Koch)  

 

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Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages (1818)

par Caspar David Friedrich

 

Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages représente un homme vu de dos, vêtu d'une tenue de ville et tenant une canne, debout sur une crête montagneuse, dans un paysage s'inspirant du massif Elbsandsteinbirge, sur les rives de l'Elbe, en Suisse saxonne (Allemagne).

L'homme solitaire contemple les massifs rocheux émergeant, dans un paysage brumeux, d'une multitude de nuages. L'horizon se confond avec les montagnes, avec la nappe nuageuse et le ciel aux nuances pâles s'opposant aux couleurs sombres des vêtements de l'homme et de la crête montagneuse où il s'est réfugié.

Caspar David Friedrich a une quarantaine d'années lorsqu'il peint Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages ; peut-être entrevoit-il sa future solitude, ou bien, dans sa recherche mystique perpétuelle, veut-il se rapprocher d'un monde idéal de pureté et d'infini ? Peut-être encore, est-ce une sorte d'autoportrait...

  

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Falaises de craie sur l'île de Rügen (1818)

par Caspar David Friedrich

 

Le tableau Falaises de craie sur l'île de Rügen représente une vue depuis les falaises de Rügen, grande île allemande au large de la côte du land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, dans la mer Baltique.

Le premier plan est délimité par deux arbres semblant ouvrir une fenêtre sur la mer ; leurs feuillages occupent un tiers de la partie haute de la toile. Trois personnages, une femme et deux hommes, contemplent le paysage. La femme, vêtue d'une robe rouge, couleur représentant l'amour, est probablement Christiane Caroline, l'épouse du peintre. Assise près d'un arbre, d'une main elle désigne l'abîme, symbole de la mort. Un homme, accroupi sur le sol, son chapeau posé à terre, se penche vers l'abîme, tandis que le second homme, debout, bras croisés, appuyé contre une souche, autre symbole de la mort, regarde les voiliers au loin sur la mer, telles des âmes en partance vers l'éternité.

  

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La Mer de glace (1824) par Caspar David Friedrich

 

Le mysticisme de Caspar David Friedrich se révèle en partie dans La Mer de glace, composition dramatique de couleurs et de formes. Les blocs de glace brisés se dressent vers le ciel, probablement dans la recherche divine chère à ce peintre romantique, tandis que le bateau déchiqueté symbolise la fragilité de l'homme et de ce qu'il produit face aux éléments naturels.

La rencontre entre le réalisme, l'imagination et la poésie semble violemment participer à l'éclatement du sujet lui-même. 

Un navire qui fit naufrage lors d'une expédition dans l'Arctique (1819-1820) inspira le peintre. Observant en Allemagne l'Elbe gelé, Caspar David Friedrich dessina des croquis de blocs de glace isolés qu'il juxtaposa afin de parvenir à l'exécution de ce paysage dramatique que le sculpteur et graveur français Pierre-Jean David d'Angers (1788-1856) définit par l'expression : "la tragédie du paysage". 

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Commentaires

  • Votre Page consacrée à ce peintre romantique allemand (mort, comme vous l’expliquez, de problèmes de santé, trop jeune et méconnu de son vivant) m’a autant intéressé qu’impressionné, par toute sa richesse. Le portrait peint par Gerhard von Kügelgen, comme d’autres de l’artiste rencontrés sur Internet, montre la profondeur et l’acuité du regard perçant de l’artiste… autant que sa mélancolie et ses sombres pensées !

    De vos Albums, parmi les œuvres que vous avez sélectionnées, ma préférence va à "L'Abbaye dans une forêt de chênes" (le tableau "Falaises de craie sur l'île de Rügen" me plaît moins). La mort y est omniprésente : il s’en dégage une impression d’insécurité et de peur, de grande solitude et d’écrasement dans sa partie inférieure ; tous les arbres sont morts ; la terre est sombre en opposition au ciel clair ; le ciel est immobile sans soleil ou nuage ; l’on se sent très distant des personnages que l’on remarque à peine en-dessous…

    Merci : vous vous en doutez, en prolongement à vos superbes Albums d’Arts, votre Page m’a incité à me lancer dans quelques recherches afin de mieux le connaître. J’imagine que vous avez comme moi rencontré ce superbe "Cimetière d’un cloître sous la neige" ? Je l'admire… Ou encore "Le chêne dans la neige"… ou…

  • Merci, Jean-Claude, pour votre commentaire qui enrichit, une fois encore, un article par vos observations toujours si passionnantes et venant d'une âme d'Artiste à laquelle peu de détails, peu de sentiments, même parmi les plus complexes, n'échappent. Dans le portrait peint par Gerhard von Kügelgen, les yeux de Caspar David Friedrich, enfoncés sous des sourcils ombrageux, sont en effet impressionnants par leur magnétisme dont mon propre regard se détourne difficilement.

    Oui, j'ai rencontré le superbe "Cimetière d'un cloître sous la neige", tout en nuances bleutées, et cette page ne demande qu'à se prolonger... bientôt probablement. J'aime aussi le "Chêne sous la neige", symbole de force et de résistance.

    La toile "Falaises de craie sur l'île de Rügen" m'a plu par l'originalité du site, la pureté des falaises qui rappelle celle des blocs de glace et des nuages peints par Friedrich.

    Merci encore pour votre commentaire si intéressant.

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