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Yann Queffélec, l'écrivain d'un sombre univers

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Yann Queffélec (en 2013)

(source photographique : Wikimedia Commons)

 

Yann Queffélec (né à Paris en 1949), fils de l'écrivain breton Henri Queffélec (Brest, 1910 - Maisons-Laffitte, 1992), est un écrivain français, auteur de nombreux romans et essais ainsi que d'un recueil de poèmes. Il a écrit les textes des chansons du dixième album de l'auteur-compositeur-interprète français Pierre Bachelet : La Ville ainsi soit-il (1995). 

Yann Queffélec est diplômé de l'ICART (Institut supérieur des Carrières Artistiques) à Paris. Très attaché à la Bretagne, et plus particulièrement à l'Aber-Ildut dans le Finistère,  fervent amoureux de la mer, il a été moniteur à l'école de voile "Jeunesse et Marine" et a navigué avec Éric Tabarly (1931-1998). Il en a écrit la biographie : Tabarly (Fayard l'Archipel, 2008).

 

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L'Aber-Ildut

(source photographique : Wikimedia Commons)

 

Les romans de Yann Queffélec s'inspirent d'un univers sombre. Ses héros sont écorchés vifs, souvent victimes de relations familiales d'une extrême dureté, et se débattent au sein de la violence sociale.   

Yann Queffélec est critique littéraire au Nouvel Observateur. Il a reçu le Prix Goncourt 1985 pour son deuxième roman, Les Noces barbares. Il a obtenu pour La Femme sous l'horizon le Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988, et le Prix Relay 1994 pour Disparue dans la nuit

 

 

Œuvres : 

Romans, essais, biographies, livres pour enfants :yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

 

1981. Béla Bartók (biographie. Mazarine. 1993, Stock)

1983. Le Charme noir (roman. Gallimard)

1985. Les Noces barbares (roman. Gallimard) Prix Goncourt 1985

1988. La Femme sous l'horizon (roman. Julliard) Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988

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1990. Le Maître des Chimères (roman. Julliard)

1992. Prends garde au loup (roman. Julliard)

1994. Disparue dans la nuit (roman. Grasset) Prix Relay 1994

1994. Le Soleil se lève à l'ouest (photographies de Jean-Marc Durou. Récit. Laffont)

1994. Le Poisson qui renifle (livre pour enfants. Nathan)

1994. Le Pingouin mégamélomane (livre pour enfants. Nathan)

1995. La Menace ou Noir Animal (roman. Christian de Bartillat)

1996. Et la Force d'aimer (roman. Grasset)

1996. Horizons (photographies de Philip Plisson. Le Chêne)

1998. La Boîte à joujoux (avec Hervé Blondon. Conte musical sur la musique de La Boîte à joujoux, ballet pour enfants de Claude Debussy. Livre K7. Nathan)

1998. Happy Birthday Sara (roman. Grasset)

1999. Toi, l'Horizon (Cercle d'art)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

2000. Osmose (roman. Laffont)

2002. Boris après l'amour (roman.Fayard) Prix Breizh 2003

2002. Idoles (peintures de Jeanne Champion. Cercle d'art)

2002. La Mer (photographies de Philip Plisson. Éditions de la Martinière)

2002. Tendre est la Mer (photographies de Philip Plisson. Récit. Éditions de la Martinière)

2003. Vert cruel (roman. Bartillat)

2004. Moi et Toi (roman. Fayard)

2004. Les Affamés (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

2004. Les Soleils de la nuit (roman. Le Livre de Poche)

2005. La Dégustation (roman. Fayard)

2005. Ma Première Femme (roman. Fayard)

2006. L'Amante (roman. Fayard)

2006. Mineure (roman. Lafon)

2007. Le Plus heureux des Hommes (roman. Fayard)

2007. L'Amour est fou (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

2008. Passions criminelles (écrit avec Mireille Dumas. Témoignages romancés. Fayard)

2008. Barbaque (roman. Fayard)

2008. Tabarly (biographie. Fayard - L'Archipel)

2009. Adieu Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher)

2009. La Puissance des corps (roman. Fayard)

2009. Le Piano de ma mère (récit. L'Archipel)

2009. Bretagne horizons. Carnet de bord d'un pêcheur d'images (Photographies de Philip Plisson. Éditions du Chêne)

2010. Les Oubliés du vent (nouvelles. Éditions du Rocher)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

2010. Les Sables du Jubaland (roman. Plon)

2011. Beau Parleur (roman. L'Archipel)

2012. The Savage Wedding (roman. Traduit de l'anglais par Linda Coverdale. Capuchin Classics) 

2013. Dictionnaire amoureux de la Bretagne ("dictionnaire-roman". Plon)

2013. La Traversée du Petit Poucet (Recueil de chroniques littéraires. Éditions du Rocher)

2014. Chaque jour est une finyann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

2014. Désirable (Roman. Cherche-Midi)

2014. On l'appelait Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher - L'Archipel)

2014. Ma Nuit d'Armor (autobiographie. Seuil)

2015. L'Homme de ma vie (récit. Guérin  - Paulsen) Prix des Hussards 2016

2016. L'Ennemie dans la peau (roman. Archipel)

 

Plusieurs livres de Yann Queffélec ont été réédités par les Éditions Le Livre de Poche.

 

 

Dans mes Carnets de Lecture : 

 


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de Yann Queffélec. Roman. Éditions Gallimard. 1985. Prix Goncourt 1985.

 

"La fatalité d'un mal-aimé par Yann Queffélec

Le roman donne à l'écrivain tous les pouvoirs. Inventer ses contraires, brosser les situations les plus inouïes comme s'il en avait forcément l'expérience, annexer des lieux où il n'a jamais mis les pieds, tuer ses congénères, déployer à sa convenance un réalisme si dur soit-il, pourvu qu'il soit tonifié par l'écriture, innocenté, détourner le lecteur de ses goûts et préjugés le temps d'une histoire si bien mise en scène qu'il ne peut s'en arracher. [...] 

L'imagination, dans mon cas, naît la plume à la main. C'est une électricité qu'engendre avec plus ou moins d'intensité le contact de la feuille et du stylo. Autrement dit, j'ai commencé Les Noces barbares avec un minimum d'intentions, de préméditation, et c'est à force de gratter des pages que j'ai fini par rencontrer mes personnages et mon sujet. Il s'agirait d'un enfant rejeté par son milieu familial, et notamment par sa mère, pour des mobiles dont je n'avais pas encore le détail. La solitude et le dénuement affectif le rendraient sinon fou, du moins bizarre, inapte aux comportements dits normaux. Et ce serait la conscience tranquille, avec le prétexte en or de la débilité, que sa mère le ferait un jour enfermer dans un institut spécialisé. Le lecteur - et même l'auteur - devrait à la fin se poser au moins deux questions : Ludovic était-il ou non faible d'esprit ? Être un enfant mal aimé peut-il réduire quiconque à la folie ? [...]" (Yann Queffélec)

 

Critiques littéraires :

"Un livre très beau

Sur un sujet terrible, Yann Queffélec a écrit un roman poignant et sombre qui tirerait des larmes à une montagne de glace. Son style, plus sobre, plus lisse que dans Le Charme noir, peint à merveille l'innocence et la démence de Ludo. Les dialogues sonnent aussi juste dans le cancan du boulanger, la méchanceté de l'infirmière, ou les chagrins du mécano, que dans les répliques adorables du pauvre Ludo. [...]" (Dominique Bona, Le Quotidien de Paris, extrait)

 

"Une écriture efficace

Avec son deuxième roman, Les Noces barbares, Yann Queffélec joue les premiers de la classe. Son livre possède la force, le souffle poétique sans lequel tout récit s'encalmine misérablement, une écriture efficace dans tous les registres des personnages de chair et d'os, de ceux qui peuplent la mémoire. (...) Queffélec est un "hyperréaliste" de l'écriture. À traquer le vrai dans le vrai, il transgresse les limites du regard et passe de l'autre côté. Univers sans ombre, éclairé au scialytique, insoutenable. (...) On s'en veut de résumer si mal un livre qui, de toutes parts, déchire, exalte, enfièvre le lecteur. Il vaut mieux qu'un prix littéraire et poser des lauriers là-dessus serait dérisoire. Mais puisque ce dérisoire-là est le moyen de vivre des écrivains, il serait inconvenant de ne pas le faire..." (Jean David, V.S.D.) 

 

"Bourré de talent

On défie quiconque de ne pas être bouleversé à chaque page. Queffélec est un romancier, au pur sens du terme, qui sait raconter une histoire et se mettre à la place de tous les protagonistes et nous faire partager la détresse de Ludovic. On avait un peu perdu l'habitude de rencontrer une telle puissance, une pareille invention. Bourré de talent, il réussit à se tirer de toutes les situations. Il a choisi l'économie des moyens. On chercherait en vain un reproche à lui adresser. Il y a des jours où la critique devient quelque chose d'assez dérisoire, des jours où l'on a envie de prononcer ce seul mot : lisez !" (Éric Neuhoff, Madame Figaro)

 

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(Source photographique : http://fr.123rf.com/)

 "Une réussite entière

Enfin un roman, un vrai ! (...) La réussite est entière parce que l'auteur allie deux dons rares : celui des petits faits vrais et celui des grandes perspectives.

Les destins des personnages sont cernés avec un sens aigu de l'observation ; leurs propos, notamment, annoncent un grand dialoguiste de l'âpreté à la Pialat. Queffélec se tire parfaitement de la difficulté majeure qu'il y a à faire parler naturellement des êtres frustes et frustrés, des enfants, des malades. Les reparties et les monologues intérieurs de Ludo suggèrent tout à fait le non-sens des phrases apprises, aussi longtemps qu'un manque affectif empêche l'enfant de s'approprier la parole. Avec ce réalisme mordant coexiste un talent descriptif qui n'exclut pas l'image de poète et qui se déploie particulièrement dans la dernière partie, aux accents de légende." (Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde

  

"Un roman fascinant

Les Noces barbares est un roman fascinant et fasciné. Yann Queffélec se promène dans ce monde de chimères avec une présicion, une sûreté rares. Certaines séquences - celle du viol de Nicole, le passage chez les dingues - sont époustouflantes. (...) Le roman de Queffélec est un livre superbement accompli, dans sa violence et sa poésie. Mais ce qu'il y a de plus beau et surtout de plus émouvant en fin de compte dans ce texte, c'est ce qui touche le plus au cœur de l'auteur : la mer." (Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur

 

"Un vrai grand livre

Un vrai grand livre. À propos de ces Noces barbares de Yann Queffélec, que le Prix Goncourt vient de couronner, on serait même tenté d'écrire : un chef-d'œuvre, si le mot n'était aussi galvaudé. En tout cas, un roman magnifiquement conduit qui est, à coup sûr, le plus poignant de tous ceux de cette abondante rentrée. (...) Mais ce qui  rend ce roman tellement unique, c'est l'art, l'émotion, la mesure, le lyrisme maîtrisé avec lesquels Yann Queffélec (trente-six ans) reconstruit de l'intérieur cette lente agonie d'une âme - et son dérisoire combat pour survivre." (Jacques Prezelin, France-Soir Magazine

 

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Voilà quelques mois, j'ouvris Les Noces barbares et, terrifiée, immergée dans une sensation d'horreur indescriptible, ressentant la souffrance de cette fillette de treize ans, Nicole, imaginant l'atrocité du drame qui la détruisait à tout jamais, je fus incapable, dans un premier temps, de poursuivre ma lecture. Puis, je décidai, ce difficile cap franchi, de plonger toujours plus profondément dans la découverte d'une vie meurtrie si cruellement dès l'adolescence.

Stupéfaite,  bouleversée, je vis que Nicole était bien loin d'être le personnage principal de ce livre. Ludovic, l'enfant de l'injustice, l'enfant émouvant, le gamin étrange, assoiffé de l'amour de sa mère, le garçonnet que la privation de soins et d'affection risquait de transformer en enfant débile, Ludovic était le véritable héros des Noces barbares.

 

"Des pas et des voix résonnaient au loin. L'enfant prêta l'oreille et reposa la tête de poisson qu'il finissait de polir avec l'ongle du pouce, le seul qu'il ne rongeât pas. Il se mit aux aguets. De sa cabane aérienne, on pouvait surveiller l'entrée du grenier par les judas ménagés dans la toile à sac. La clé tourna. Nicole apparut la première, devançant Nanette qui pendit au perroquet sa pèlerine mouillée.

"C'est pas de la pluie, c'est de la soupe !... Alors, où c'est qu'il a bien pu se fourrer encore ?

- Là-haut, comme d'habitude, soupira Nicole d'un ton blasé.

- C'est un vrai singe, s'émerveilla Nanette à voix basse. Tout comme Brieuc. Fallait toujours jouer à le retrouver."

Puis à la cantonade et la tête levée : "C'est trop dur pour son âge de grimper. Faut déjà être agile, et drôlement costaud."

Ludo laissa tomber par une fente une tête de mulet raclée jusqu'à l'os. Il en avait une dizaine ainsi qu'il conservait dans son mirador, jouant à se mordre les doigts avec les minuscules dents acérées.

"Tiens ! une gueule de poisson, lança Nanette en la ramassant. Voilà qu'il pleut du poisson maintenant. Mais moi, c'est Ludo que je viens voir. À moins qu'une vilaine sorcière ait changé mon Ludovic en mulet. On ne sait...

- ... À quoi ça sert, trancha Nicole aigrement. Tu sais très bien qu'il est là."

Et prenant un balai contre l'armoire, elle vint aiguillonner la toile où se découpait l'ombre d'un corps tapi. [...]

 

Il ne se souvenait pas d'avoir habité d'abord l'étage au-dessous, d'avoir eu mal entre sa mère et sa grand-mère qui lui faisait avaler des biberons trop chauds ou trop froids - s'il en crevait ce serait parfait. Ni d'avoir été battu, trimballé, bâillonné dans son berceau - "comme ça on a la paix". Ni d'avoir entendu cauchemarder Nicole au souvenir du viol, voulant la mettre au feu, cette plaie ! Ni cette nuit-là d'avoir frôlé la mort au fournil : il avait fallu que Monsieur Blanchard ceinturât sa fille et lui arrachât l'enfant, pour l'empêcher d'ouvrir le four où lui-même avait incinéré toutes ses poupées, tous ses baigneurs en apprenant sa grossesse - "ah catin ! tu vas pouvoir y jouer, maintenant ! et pour de bon, à la maman !" (Extrait)

 

Je n'ai jamais regretté d'avoir enfin dévoré ce livre jusqu'à l'ultime page. Un livre que l'on ne peut oublier...


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Disparue dans la Nuit de Yann Queffélec. Roman. Grasset, 1994. Prix Relay 1994.

 

 "Dans la nuit, deux adolescents roulent à tombeau ouvert. Un cargo les attend au port. Momo, quatorze ans, l'enfant des cités Nord de Marseille, conduit la voiture volée. À son côté, Léna, la lycéenne blonde et fugueuse qu'il veut emmener au Maroc.

"Tu te rends compte que tu couches avec la fille d'un flic, toi qui n'as pas de papelards, pas de boulot, rien qu'une petite gueule d'Arabe en fuite ? Et en plus, je suis mineure. Mineure et foutue."

À quoi Momo veut-il échapper ? Est-ce Léna qui l'obsède ou la vengeance de Karim, son frère aîné, le puissant dealer qu'il a dénoncé à la police ? Est-ce par amour qu'il se sacrifie, ou par peur ?

Quant à Léna, c'est bien l'amour qui la mène où qu'elle aille. L'amour sans espoir des interdits et des libertés volées. Elle a épuisé tous les chantages pour décider son père à revivre sous le toit familial, et à l'aimer. Trahie, rejetée, fautive, elle erre dans la nuit, elle hante la zone, à corps perdu pour sauver son âme." (Quatrième de couverture)

 

"Il a dit d'avancer alors elle avance. Il y a si longtemps qu'elle n'a pas marché dehors. Elle reconnaît la nuit qui vient par vagues, l'ombre, les étoiles, le vent, le silence, et par vagues aussi la rumeur de l'autoroute au bas des collines. La mer et la nuit se mélangent comme une chanson. Elle suit Momo qui se retourne sans cesse et crie : "Magne-toi, Léna. Qu'est-ce que tu fous ?" Ses baskets lui font mal. Elle a coupé les bouts, supprimé les lacets. Il dit qu'il lui paiera des baskets neuves et des fringues. Ils ont vendu ses boucles d'oreilles et mis l'argent de côté. Il dit qu'il la protégera. On verra bien. Il dit qu'il n'est pas méchant. Si les gens savaient, il n'aurait plus qu'à leur donner ses yeux pour pleurer. [...]" (Extrait)

 

Momo drogue Léna depuis un an et la séquestre. Sans elle, il est perdu. Sans les comprimés de pâte à mâcher euphorisante qu'il lui fournit, elle est perdue. Il porte le blouson de cuir volé à son frère Karim contenant de l'héroïne pure, des pilules d'Ecstasy, du chanvre indien et trois cent mille nouveaux francs répartis sous la doublure. Il veut aller au Maroc pour devenir berger et garagiste, mais pas sans Léna. "Elle pourrait vraiment lui faire avaler la lune. Elle aime quand il souffre et quand il a peur. Chaque fois elle trouve un nouveau truc pour le foutre en l'air et ne l'en aimer que plus. L'intox du dealer qui s'envoie la fille d'un flic, c'est un vrai tube, elle en chialerait d'attendrissement. On dirait qu'il est déjà sur la chaise électrique."

David, le père de Léna est policier, "pas un flic de terrain. Il enseigne. C'est beau le devoir civique." Il ne peut oublier un amour d'enfance, Muriel, mais il épouse Fabienne. Délaissant sa femme et sa fille, il s'accorde souvent des congés intempestifs. Léna lui glisse des mots dans ses poches : "Je t'en supplie, papa, ne pars plus."

Provocations, tenues vestimentaires extravagantes, insolences, innombrables messages, errances dans les quartiers "où la police ne s'aventure pas" et fugues, Léna tente douloureusement d'attirer le regard de son père, de le contraindre à s'évader de son égoïsme... 

  

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Osmose de Yann Queffélec. Roman. Éditions Robert Laffont, 2000.

"Sur une plage au crépuscule, des adolescents écoutent l'un d'entre eux raconter une histoire. Belle histoire ? Un crime.

Désertas est un îlot pénitentiaire, nul ne sait où. Pierre vient d'arriver. Soumis à la loi des jeunes criminels, il doit avouer.

Il raconte les riches heures où ses parents s'aimaient, où son père, un embobineur, croyait tirer les ficelles et répartir les rôles, où les secrets restaient secrets. Jusqu'au soir où sa mère disparaît. J'allais avoir six ans, les Delfonics tournaient, le vent secouait les rideaux, la nuit menaçait de tout emporter, je me réveillais dans un livre habité par des bûcherons réduits à manger leurs enfants, un rêve où mon père se profile à la manière d'un voleur, arrivant chez lui débraillé, pâle, sa veste noire parsemée de flocons : il referme à clé, il va boire à l'évier avec le bruit d'un animal en train de mourir, pendant que moi je vois ses mocassins enneigés et son pantalon trempé. De nous deux lequel est le plus effrayé quand nos regards se croisent ?

À dire ce qu'il n'a jamais dit, à revivre ce que la veille encore il voulait oublier, Pierre entre pour la première fois en lui-même, il ose affronter son père et se résout à lui ressembler."

(Quatrième de couverture)

 

"Le cargo Désertas se traînait vers l'horizon. Pierre somnolait à l'avant, assis sur le treuil. Il aurait bien voulu s'allonger, mais la tôle était brûlante. Elle tiédissait dans la soirée, elle était gelée la nuit. Dès qu'il bougeait, les menottes tintaient. Il avait une main libre, l'autre reliée par un bracelet d'inox à la chaîne d'ancre. Elle vibrait, le bracelet vibrait, c'était douloureux. Pourvu qu'ils ne jettent pas l'ancre."

(Extrait)

 

Marc roulait vite pour retrouver, dans un "minable bled" où il ne se passait jamais rien, Nelly qu'il aimait d'un "amour à vif, étranglé". Il voulait lui faire payer, ce soir, cet amour qu'elle humiliait depuis des mois, "aux crochets duquel ils vivaient grassement, elle et son horrible gosse. Deux sangsues". Marc, qui ne connaît pas l'identité du père biologique de Pierre, lui a donné son nom.

Le repas préparé par Nelly n'était qu'un piège. Sans un mot, elle enfourcha sa vieille moto et s'enfuit. Marc, ivre, la suivit en voiture, revivant "chaque dispute où la jalousie l'avait fauché". Elle revint à sa rencontre, tenta encore de l'éviter...

"Elle est où maman ?" [...]

"Mais tant qu'il eut des anniversaires elle ne fut pas là ; le feu aurait pu s'éteindre sur toutes les bougies du monde et de tous les âges sans qu'elle revienne."

Des années de mensonges, de voyages à Paris pour rencontrer une improbable mère. L'osmose entre la mère et l'enfant s'était effondrée, comme celle entre Nelly et Marc auparavant. Le père s'est attaché à Pierre et, devenus inséparables, ils vivent en parfaite osmose dans un monde étouffant de mensonges quotidiens, de non-dit qui les oppressent.

 

   

 

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Moi et Toi de Yann Queffélec (roman. Éditions Fayard, 2004).

 

"Il est amoureux mais incapable d'aimer.

Elle fait monter la pression atmosphérique, elle rend l'air suffocant.

Ils connaissent tous les trucs du jeu mortel qui consiste, pour les époux, à se faire aussi mal qu'ils se font bien l'amour, jusqu'à ce que l'un des deux, touché, soit coulé.

Il revient de loin, ce couple modèle, et qui sait par quel aveuglement il se croit né sous le signe du grand amour."

(Quatrième de couverture) 

 

"Dominant les pointus provençaux, une vedette en bois bleue se dandine entre ses amarres. Elle est là depuis toujours, au-dessus d'un herbier. La peinture est fendillée, la flottaison tapissée d'une mousse verdâtre et les carreaux crasseux ; les vernis du rouf ont perdu leur brillant. Sur les joues de pitchpin vissées à l'étrave on peut lire un nom gravé :

SUDOUNOR

Selon la rumeur, les derniers à l'avoir fait sortir en mer sont les doryphores de la Kriegsmarine, en vue d'un déminage où elle aurait dû sauter. Après la guerre un Anglais l'a rachetée aux Domaines et voulait la rebaptiser YOU AND ME. Il est mort à Brisbane entre-temps."

(Extrait)

 

Michel, un Parisien chargé de mission à la mairie du XXe arrondissement, décide d'offrir, pour la fête des Mères, à sa femme Julia, juge d'application des peines, une vedette en bois avec moteur diesel d'origine, amarrée à Toulon. Leur fille Madeline (Mado ou Madi) sera heureuse de naviguer avec ses parents.

 

"Il dit qu'il va bientôt reprendre la mer et, de sa vieille hélice bipale en laiton forgée à La Spezia, se mettre à voir du pays, des îles. Ah ! les îles...

Les mécanos sont d'un autre avis. L'affaire est entendue, ce doux baratineur est amoureux d'une épave. Ils attendent le moment où le bateau va rendre l'âme au port et se gaver en mourant de glouglous voluptueux. Chaque matin, se rendant au boulot, ils regardent où en est la flottaison. Ça tient, ouais, ça flotte. Il y en aurait pour cher de récupe, à bord, entre le matériel culinaire et les bois tropicaux."

 

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(Source image : http://fr.123rf.com/images

 

Michel est immature, rêveur, égoïste, distribue tout haut des mots caressants, tout bas des blasphèmes et des promesses de meurtre. Il a collectionné "les jolies mamans qu'il négligeait d'aimer, ou d'aimer sans partage". Julia, jalouse, râleuse, étouffante, destructrice, a "un physique rayonnant, mais l'air un tantinet accablé". Ils croient s'aimer... Madeline, leur fille, entend les cris et les coups échangés par ses parents. "Amour égale Violence égale Haine. Cela, un enfant ne le comprenait pas."

 

 

 

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Prends garde au loup de Yann Queffélec (roman. Éditions Julliard, 1992)

"Toni est un enfant dont le seul désir semble être l'amour qu'il porte à sa cousine Maï. Ils vivent aux Angéliques, une maison située dans les marais des Sphaignes et comme oubliée des temps.

Maï est assez froide et secrète pour le hanter à chaque instant, assez orgueilleuse pour faire de lui, au fil des années, un être solitaire, écorché vif, jaloux, dissimulé.

Il finit par inspirer la méfiance à tous. À son ami l'Antillais Julius, un manipulateur de charme. À ses parents. À Maï qu'il veut à lui sans partage. Est-ce l'amour frustré qui tue chez Toni l'innocence et la fantaisie ? Est-ce le clan familial replié sur des maux inavouables et qui craint de voir Toni lui échapper ? Si Maï l'aimait, Toni pourrait s'accepter lui-même, accepter les mystères et la honte. Comment savoir avec elle ? Et si jamais elle préférait Julius ?

Drame de la solitude, de la jalousie qui rend fou, Prends garde au loup met en scène les jeux périlleux de l'amour et du désir. 

(Deuxième de couverture)

 

Critiques littéraires :

"Queffélec use des mots et des rythmes avec une sorte de fureur sacrée. En France, la pulsion lyrique est en général fatale au romanesque. Je plains les cuistres et pisse-froid de tout acabit qui ne recevraient pas d'un cœur ému le souffle visionnaire de cette écriture. Un roman à l'état pur." (Jean David, V.S.D.)

(Quatrième de couverture)

 

Pierre Maury écrit dans Le Soir du 22 avril 1992 :

"Si Prends garde au loup touche au ventre, là où ça fait mal, c'est parce que tout y est poussé jusqu'aux extrêmes. L'amour est trop fort, la haine est trop brutale, la déception est trop vive, le temps est trop long. Et, curieusement, jamais le roman ne verse dans l'invraisemblance ou dans l'incohérence. Tout y est tenu par la poigne d'un écrivain capable d'aborder, d'affronter faudrait-il dire, ce qu'il y a de plus difficile à vivre et à raconter. Oui, difficile à raconter alors que cela se résume en trois lignes. Il ne suffit pas de rendre la trame du récit, il faut aller jusqu'au plus intime des pensées de Toni, dans ces profondeurs sombres où il choisira de s'enfoncer [...]"

(http://archives.lesoir.be/yann-queffelec)

 

"Encore une île et Toni saurait. Encore une île et Clochy rendait son âme aux diables. Encore une île et Mamina guérissait, les salamoks retournaient en enfer : fini les esprits méchants qui tourmentent les vieillards et mordent au cou les enfants endormis.

Toni ramait au crépuscule à travers les marais déserts et la rame grinçait. Pas une âme en vue. Le brouillard calfeutrait l'horizon, le chaland filait sur les joncs noyés. Jambes nues à l'arrière du bateau, les larmes aux yeux, il suppliait : s'il vous plaît, sauvez-la, s'il vous plaît. Lanciné par l'angoisse il voyait sa grand-mère à l'hôpital, le visage épuisé, les salamoks à l'affût près du lit, sauvez-la, sauvez-la."  (Extrait)

 

Toni, un enfant des marais du pays de Sphaignes près de Niort, qui se nourrit de croyances ancestrales, luttant contre ses terreurs, contre l'esprit du mal jusqu'à la cruauté, enfant à l'imagination délirante, est obsédé par sa jolie cousine, Maï. Il est certain de l'épouser un jour dans "son" île perdue dans les marais, sous les ronces.

 

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(Source image : http://fr.123rf.com)

 

"Un ciel houleux se hâtait vers l'est, rasant la lande assombrie des Sphaignes, alternant à l'horizon les grains obliques et des traînées d'aube effilochées. Il aimait respirer sur les marais cette odeur d'océan, de chanvre et de miel, de vagues épuisées, cette odeur de crabes et de fleurs broyées, d'algues à la grève, et qui peut-être ignorait la mer, la mer était si loin des Sphaignes, un jour ils se marieraient là-bas." 

 

Toni, l'enfant obsédé, Toni, l'adolescent trahi, Toni, l'homme fou...

Une vidéo de l'INA : http://www.ina.fr/video/LXD09006073 

 

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Commentaires

  • Votre Carnet de lecture présentant "Les Noces barbares", les critiques littéraires présentées puis votre avis et vos mots "terrifiée, immergée dans une sensation d'horreur indescriptible (…) je fus incapable, dans un premier temps, de poursuivre ma lecture. " m’ont incité à me procurer et ouvrir à mon tour ce livre dont je ne connaissais que le nom…

    J’ai partagé vos sentiments, je me suis révolté dès les premières pages et j’ai refermé ce livre si dur : peut-être à la même page que vous. Puis, profondément bouleversé, j’ai moi aussi poursuivi la lecture de ce roman dramatique, presque d’une seule traite… Je me suis plongé dans la tête de Ludo, brimé, détesté par sa maman qui ne peut l’aimer car elle lui rappelle l’horreur ; dans la tête de Ludo au caractère si fragile, mystérieux et imprévisible ; dans la tête de Ludo qui souffre d’un désastreux manque de tendresse…

    Ce livre éprouvant, sans espoir, est d’une écriture sublime, émaillé de tournures qui parviennent à décrire des sentiments qui pourtant, semblent indescriptibles…

    N’est-il pas terriblement dérangeant de constater que la mère, victime très jeune d’un horrible viol, brimée par ses parents à cause du "qu'en dira-t-on", devient à son tour bourreau ? On pleure pour elle, on la plaint… mais aussi, on la hait, on la déteste…

    Une bouleversante histoire de vies brisées, détruites : je ne suis pas prêt de l'oublier.

    Mon épouse, à son tour, en tourne les premières pages ....

  • Quand je fus enfin en mesure de surmonter l'horreur indicible provoquée par les premières pages des "Noces barbares", ma pitié, ma compassion pour la mère de Ludo se sont détournées, en effet, de ce personnage détruit et j'ai détesté, moi aussi, cette jeune femme qui ne pouvait parvenir à la résilience, chez qui tout sentiment proche d'un brin d'affection, d'un peu d'amour, était mort à tout jamais.

    L'assassinat de son innocence par ses bourreaux avinés lui donnait-il le droit de reporter sa haine sur l'enfant candide, bouleversant dans sa quête affamée d'amour, dans ses propos naïfs, sur cet enfant loin d'être débile, mais qui grandissait sans recevoir le moindre soin attentif, sans entendre un seul mot de tendresse ? Cet enfant ne pouvait qu'être différent des autres...

    Je suppose que votre épouse éprouvera, elle aussi, la multitude de sentiments contraires que déclenche ce livre bouleversant.

    Merci, Jean-Claude, pour votre commentaire.

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