Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Arnold Böcklin, peintre des ténèbres

 

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme

Arnold Böcklin

(Source photographique : Wikimedia Commons)

 

Arnold Böcklin, peintre suisse symboliste (Bâle, Suisse, 1827 - San Domenico di Fiesole, Italie, 1901) a la révélation de sa vocation à Rome, à l'âge de vingt-trois ans.

Il étudie la peinture à Bâle, puis à l'Académie de Düsseldorf, en Allemagne, où, de 1845 à 1847, il est l'élève du peintre paysagiste allemand Johann Wilhelm Schirmer (1807-1863), dont l'influence imprègne les paysages idéalisés qu'Arnold Böcklin peint dans sa jeunesse. En 1847, il effectue de courts séjours à Genève et à Zurich, en Suisse, puis à Bruxelles et Anvers, en Belgique, les peintres belges jouissant alors d'un grand renom en Allemagne. Il termine le périple de sa formation artistique à Paris, en 1848, où il admire particulièrement Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) et Thomas Couture (1815-1879). Il revient à Bâle où il reste deux ans.

De 1850 à 1857, il vit à Rome et il épouse une native de la capitale italienne, Angela Pascussi. À Munich, il est professeur de 1860 à 1862 à l'École des Beaux-Arts de Weimar. Il part à nouveau pour Rome où il reste quatre ans. L'Italie l'inspire et il choisit d'y vivre une partie de son existence. À Florence, où il reste de "1875 à 1885, ses compositions atteignent une plénitude sereine". Lors de ses retours en Allemagne, il réside surtout à Munich, ville qui a vu ses premiers succès, où un cercle d'artistes se forme autour de lui. Un mécène le sauve d'une situation financière dramatique due à ses nombreux achats d'œuvres d'art.  

Arnold Böcklin, considéré comme l'un des représentants du symbolisme allemand, conçoit ses visions mythologiques à l'aide d'une facture robuste, sensuelle, parfois naïve. Il s'interroge avec une profonde inquiétude sur les rapports de l'Homme et de la Nature. À ses paysages se mêlent une dimension profonde et méditative, un immense recueillement mystique et une atmosphère mystérieuse. Certaines de ses œuvres offrent des visions d'apocalypse comme si le peintre livrait un combat farouche à ses propres tourments. Son imagination crée des figures fantastiques à l'aspect monumental, au coloris puissant.

Giorgio De Chirico (1888-1978), peintre italien, découvre avec admiration chez Max Reger, le professeur d'harmonie de son frère Andrea, un album contenant des œuvres d'Arnold Böcklin. Giorgio De Chirico vante la puissance "d'apparition" des toiles d'Arnold Böcklin et lui dédie un texte soulignant l'immense "révélation" que représentent ces œuvres pour la formation d'un artiste.

Arnold Böcklin est à peu près inconnu en France. José Pierre, dans L'Univers surréaliste, écrit : 

"Il faut bien convenir que ce Courbet du symbolisme était encore moins bien fait que l'autre pour séduire les Français, aux yeux desquels il cumulait la sensualité passablement lourde du maître d'Ornans à l'ambition de faire servir les apparences quotidiennes à des fins allégoriques ! " (José Pierre).

"Dans un temps où les impressionnistes innovent en ouvrant la peinture à la lumière, Böcklin figure l'obscurité. L'Italie, où il s'installe définitivement en 1874, alimente une mythologie personnelle et lugubre." (Patricia Fride-Carrassat).

"Arnold Böcklin reste un des noms les plus connus de l'académie de Dusseldorf. Bien qu'appartenant déjà à une génération ultérieure sur le plan de l'art, il vivait encore fortement dans la tradition romantique qui lui inspira des toiles remarquables parmi une œuvre fort diversifiée." (Horst Koch)

Arnold Böcklin passe les dernières années de sa vie dans sa maison de campagne de San Domenico de Fiesole transformée en refuge empli de symboles.

 

Les toiles d'Arnold Böcklin sont empreintes de romantisme et utilisent le concept du sublime. Ses paysages mélancoliques, ses sombres allégories et les qualités poétiques de son symbolisme influencent les peintres allemands de la fin du XIXe siècle et ouvrent la voie aux surréalistes.

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme

Autoportrait avec la Mort jouant du violon par Arnold Böcklin (1872)

(Source photographique : Wikimedia Commons) 

 

Bibliographie :

L'Univers surréaliste de José Pierre (Éditions Aimery Somogy, 1983).

De Chirico. Ouvrage collectif. Responsable de la rédaction : J.-L. Chalumeau (Éditions Cercle d'Art, 1995).

Les Mouvements dans la peinture de Patricia Fride-Carrassat et Isabelle Marcadé (Éditions Larousse, 2005).

Autres sources :

Encyclopædia Universalis.

Larousse/Encyclopédie.

La Peinture Romantique par Horst Koch (texte français : Pierre Crèvecœur. Éditions Berghaus Verlag, Allemagne, 1985).

 

 ligne_separation_peinture_2.gif

 

Dans mes Albums d'Arts :

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme,symbolisme allemand,allégorie,autoportrait avec la mort jouant du violon,angela pascucci,l'île des morts d'arnold böcklin,charon,le styx,la chapelle par arnold böcklin,villa au bord de la mer par arnold böcklin

Château en ruine par Arnold Böcklin (1847)

 

Cette œuvre de jeunesse d'Arnold Böcklin (il a vingt ans en 1847), cette toile envoûtante, exprime déjà le pessimisme, la part d'ombre du peintre et sa lutte contre ses propres tourments tout en dévoilant son romantisme.

Un mur en ruine se détache sur le ciel sombre, où la végétation foisonnante, à l'horizon, se confond avec des nuages oppressants. Le pan de mur laisse jaillir par ses anciennes fenêtres des clartés ocre provenant d'une mystérieuse incandescence qui se reflète dans le lac.

Les roches rouges qui attirent tant Arnold Böcklin, et qu'il peint dans plusieurs de ses tableaux nocturnes et de ses paysages diurnes, envahissent le premier plan, se mêlant aux arbres et aux bouquets de plantes.

 

ligne_separation_peinture_2.gif

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme,symbolisme allemand,allégorie,autoportrait avec la mort jouant du violon,angela pascucci,l'île des morts d'arnold böcklin,charon,le styx,la chapelle par arnold böcklin, villa au bord de la mer par arnold böcklin

Villa au bord de la mer par Arnold Böcklin (1878)

 

Ce tableau Villa au bord de la mer est l'une des cinq versions d'une série réalisée par Arnold Böcklin.

 

Debout, appuyée contre un mur, une femme vêtue d'un vêtement blanc, un long voile sombre sur les cheveux, une main soutenant son visage, paraît plongée dans une profonde mélancolie. Elle semble revoir en pensée le malheur, le drame, qui provoqua cette peine qui la submerge. Son regard se perd dans la contemplation des flots heurtant les rochers au pied d'une villa dont la colonnade se profile sur un ciel diurne lumineux. La femme évite la vision de ce ciel radieux en se blottissant entre deux pans de murs. Les arbres immenses qui entourent la villa amplifient la sensation de solitude et probablement de mal-être de cette fin du XIX siècle. 

  

ligne_separation_peinture_2.gif

 

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme,symbolisme allemand,allégorie,autoportrait avec la mort jouant du violon,angela pascucci

 L'Île des morts par Arnold Böcklin (1883)

 

Arnold Böcklin réalise plusieurs séries sur le thème de la mort, l'au-delà et son mystère. Il éprouve un attrait indéfinissable nuancé de peur envers un monde inquiétant. Le peintre exécute cinq versions de L'Île des morts.

Cette toile présente, au premier plan, un nautonier, peut-être Charon, le nocher des Enfers de la mythologie grecque, sombre personnage dont l'embarcation glisse sur une eau calme, conduisant une femme vêtue d'une tunique blanche - représentant peut-être la jeune veuve qui commanda cette œuvre au peintre - debout devant un cercueil, vers une île troublante par son aspect grandiose, ses falaises impressionnantes, ses hauts cyprès imposants et sévères.

À l'arrière-plan, un ciel tourmenté semble vouloir engloutir dans le mystère d'énormes nuages blêmes la barque qui s'apprête à pénétrer dans L'Île des morts.

Arnold Böcklin se sert de puissants contrastes afin de créer une atmosphère lugubre. Il inscrit l'île dans de fortes lignes verticales, les cyprès et les rochers, qui vont s'opposer aux douces lignes horizontales des flots paisibles de la rivière.

 

"Le tableau [...] présente un style épuré et une facture précise. La barque glisse sur le Styx et emporte dans son dernier voyage une âme fantomatique qu'accompagne le corps rangé dans un cercueil." (Patricia Fride-Carrassat).

 

L'Île des morts, sombre thème allégorique, inspira, entre autres, un poème symphonique, en 1909, au compositeur et pianiste russe Serguei Rachmaninov (1873-1943).

 

ligne_separation_peinture_2.gif

 

arnold böcklin,peintre suisse,peintre symboliste,symbolisme,symbolisme allemand,allégorie,autoportrait avec la mort jouant du violon,angela pascucci,l'île des morts d'arnold böcklin,charon,le styx, la chapelle par arnold böcklin

La Chapelle par Arnold Böcklin (1898)

  

Des pans de murs, dont la partie haute reflète l'écume des flots heurtant violemment les ruines en s'engouffrant dans une chapelle, dernier refuge d'oiseaux immaculés, résistent pour l'éternité, semble-t-il, à la fureur des vagues qui illuminent cette vision mystique. À droite, des débris de pierres rouges paraissent éclairés par les lueurs ocre qui tentent de percer la nuit.

À l'arrière-plan, fondus dans le ciel nocturne, des cyprès monumentaux oscillent entre la symbolisation de la vie et celle de la mort, tandis que les vagues déferlent sur les ruines, ramenant paradoxalement la chapelle à la vie...

 

 eugène boudin,peintre,précurseur impressionnisme,roi des ciels,peintre paysagiste de plein air,ports bretons,ports normands,ports méditerranéens,ports néerlandais,marie-anne guédès,le port de camaret,macchiaioli,le port d'antibes,étude de ciel sur le bassin du commerce au havre,venise le soir,entrée des jetées du havre par gros temps,marée montante à deauville,concert au casino de deauville

 

 

Commentaires

  • La citation de José Pierre, qui a rejoint le Groupe surréaliste d'André Breton de 1952 à 1969, m’a interpellé « Il faut bien convenir que ce Courbet du symbolisme était encore moins bien fait que l'autre pour séduire les Français (...) ».
    Juste avant, vous écriviez : « Arnold Böcklin est à peu près inconnu en France. » En Belgique aussi d’ailleurs, et votre Nuage m’a permis de le découvrir !

    Je partage votre choix de la troisième version de cette Ile des Morts : je la préfère aux autres car le ciel nocturne laisse ici place à un ciel blême et tourmenté certes, mais plus lumineux ; en outre, les contours de l'île, plus précis, et les aménagements de l'homme, plus visibles, me plaisent davantage.
    Surtout, je suis très sensible à l'ambiance mystérieuse, étrange, énigmatique qui se dégage de ce tableau avec ce rameur emportant silencieusement un cercueil et une silhouette fantomatique solitaire et d’apparence sereine, dans un lieu aux confins du réel et de l’imaginaire...

    J’admire tout autant cette autre œuvre présentée de cette chapelle en ruines attaquée de toutes parts par les flots tumultueux. En l’observant longuement, j’en suis venu à imaginer qu’une catastrophe naturelle venait de la détruire... Un ouragan ? Les fenêtre se fissurent, les murs s’effondrent pierre par pierre...
    Qui est cette ombre féminine se déplaçant lentement dans une arcade ? Est-elle emprisonnée dans cette chapelle à cause du déchaînement des éléments naturels ? Contre toute attente pourtant, par cette mystérieuse silhouette et ces cyprès monumentaux, la vie résiste en ce lieu dévasté ...

    Merci, Océane, pour votre passionnant Album d’Art : il m’incite à continuer à découvrir plus encore cet exceptionnel artiste !

  • Merci, Jean-Claude, pour votre commentaire si intéressant. Par chacun d'entre eux, j'acquiers de nouvelles connaissances.

    En effet, l'un de mes buts est de participer à faire découvrir, ou redécouvrir, des peintres, des écrivains, dont le talent mérite d'être toujours plus reconnu.

    Bien des questions restent en souffrance auxquelles seul, je crois, Arnold Böcklin aurait pu apporter des éclaircissements. Ainsi, nous nous laissons envahir par l'atmosphère si mystérieuse de ses toiles, atmosphère où se mêlent souvent si étroitement la mort et la vie...

Écrire un commentaire

Optionnel