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Nuage de pages d'Océane...

  • Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain flamboyant de l'imaginaire

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    Jean-Marie Blas de Roblès

    (Source photographique : http://blasderobles.fr/)

     

    Jean-Marie Blas de Roblès est un écrivain, philosophe et archéologue français.

    Né en 1954 à Sidi Bel Abbès, en Algérie, et rapatrié en France avec ses parents après l'accession à l'indépendance de l'Algérie, il passe son adolescence dans le Var.

    Il étudie la philosophie à la Sorbonne et l'histoire au Collège de France. Diplômé, il part au Brésil enseigner la littérature française, en 1981-1982. Il est nommé à la direction de la Maison de la Culture Française à Fortaleza, la capitale de l'État du Cearà, au Brésil.

    Il part en Chine Populaire, en 1983-1984, et enseigne à l'Université de Tianjin, où il donne les premiers cours sur l'écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) et sur l'écrivain et critique français Roland Barthes (1915-1980). Il enseigne également à Taïwan.

    Il se rend en Italie où il enseigne à Palerme.

    À partir de 1986, il devient membre de la Mission Archéologique Française en Libye et participe, chaque été, aux fouilles sous-marines d'Apollonia de Cyrénaïque (Apollonie de Cyrène), de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine (Libye).

     

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    Apollonia de Cyrénaïque en Libye. Rempart du côté est de l'acropole.

    (Source photographique : Wikimedia Commons. Auteur : David Stanley, from Nanaimo, Canada)

     

    Le Courrier de l'UNESCO, n° 1, en 2009, présente ainsi un texte de Jean-Marie Blas de Roblès, "Le syndrome du scaphandrier" :

    "Aux antipodes de la chasse aux trésors, un chasseur de rêves nous fait part de l'émotion qui l'envahit lorsqu'il "ramène des profondeurs de l'oubli des fragments de beauté nue". [...] l'écrivain français Jean-Marie Blas de Roblès a participé à des fouilles sous-marines au large de la côte libyenne, explorant ainsi cette "part invisible de nous-mêmes" qui doit être protégée avec soin et respect." (Extrait)

     

    En 1985, Claude Sintes, Directeur du Musée de l'Arles antique, propose à Jean-Marie Blas de Roblès de participer à une campagne d'archéologie sous-marine dans le port d'Apollonia, en Libye, pendant l'été 1986.

    "D'un seul coup d'un seul j'avais été transporté dans un monde où Jules Verne le disputait à H. G. Wells ; Vingt mille lieues sous les mers et La Machine à explorer le temps confondus en une même jouissance : la sensation aiguë, la certitude de survoler une Atlantide désertée !" [...] Partout, avec chaque pierre, chaque structure plus ou moins discernable sous sa fourrure d'algues, il y avait, visibles, saisissables sur un simple mouvement du bras, des dizaines, des centaines d'objets qui auraient mérité de se trouver dans les musées [...]

    Il m’est arrivé de trouver un solidus d’or rarissime, mais l’émotion qui m’a coupé le souffle en cet instant ne devait rien à la valeur monétaire de l’objet. Elle tenait à l’éclat de ce petit soleil virevoltant dans le bleu comme un miroir, à l’indicible joie d’avoir ramené des profondeurs de l’oubli un fragment de beauté nue. Un processus très proche, finalement, de ce qui est à l’œuvre dans l’écriture et dont Le Syndrome du scaphandrier, du romancier français Serge Brussolo, constitue à mes yeux l’une des plus justes métaphores : un chasseur de rêves s’enfonce jour après jour dans les ténèbres du sommeil ; de cet univers parallèle, il remonte des sortes d’ectoplasmes, d’étranges fictions qui s’incrustent dans le réel et parviennent à y exister." (Jean-Marie Blas de Roblès) (Extrait)

    (Site : http://unesdoc.unesco.org/) 

     

    Depuis 1996, Jean-Marie Blas de Roblès se consacre exclusivement à l'écriture.

     

    Sources biographiques :

    . Site officiel de Jean-Marie Blas de Roblès http://blasderobles.fr/

    . Wikipédia. 

     

     

    Bibliographie :

     

    1982. La Mémoire de riz et autres contes. Nouvelles (Seuil). Prix de la Nouvelle de l'Académie française, 1982.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    1983. D'un Almageste les fragments : Périhélie. Poésie. Dans ouvrage collectif : L'Alphée, n° 10

    1983. Le repos précieux des monstres désirables. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Obsidiane, n° 23

    1984. Del Baño. Nouvelle. Dans ouvrage collectif Europe, juin-juillet 1984 : Mémoires imaginaires

    1985. Alluvions. Poésie. Dans ouvrage collectif : Mots de passe 1945-1985. Petit abécédaire des modes de vie, sous la direction de Pascal Ory (Autrement)

    1986. D'un Almageste les fragments : Sur des ruines. Poésie. Le Chat bleu, cahier n° 3

    1987. L'Impudeur des choses. Roman (Seuil)

    1989. Le Rituel des dunes. Roman (Seuil)

    1990. Et puis l'énigme sur nos paumes... Poésie. Dans ouvrage collectif : Poésies aujourd'hui par Bruno Grégoire (Seghers)

    1991. Une certaine façon de se taire. Hybride. Dans ouvrage collectif : Quai Voltaire, n° 3

    1998. What is means to be in the forest. Hybride. Dans ouvrage collectif : Zingmagazine, volume 2, New York

    1999 et 2005. Libye grecque, romaine et byzantine. Essai (Édisud, collection Archéologie)

    2003. Sites et monuments antiques de l'Algérie en collaboration avec Claude Sintes. Essai (Édisud, collection Archéologie) 

    2004. Vestiges archéologiques du Liban en collaboration avec Dominique Pieri et Jean-Baptiste Yon. Essai (Édisud, collection Archéologie - Librairie Antoine)

    2006. Alerte et Catacombes. Poésie. Dans ouvrage collectif : Le Mâche-Laurier, n° 24 (Obsidiane)

    2008 et 2016. Là où les tigres sont chez eux. Roman (Zulma). Prix Médicis 2008. Prix du Roman FNAC 2008. Prix du Jury Jean Giono 2008.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    2008. Méduse en son miroir et autres textes. Nouvelles (Mare Nostrum)

    2009. La loi Cioran. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Décapage, n° 38 (La Table Ronde)

    2009. Le Secutor de Glanum. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : 100 Monuments, 100 Écrivains (Éditions du Patrimoine)

    2009. Guérilla. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Décapage, n° 4 (Table Ronde)

    2009. Athanase Kircher. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 30

    2009. Métaphysique de l'infime. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 31

    2009. Posture du vide. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Tigre, n° 32

    2009. Une Minute vingt secondes de silence. Hybride. Dans ouvrage collectif : Revue Giono, n° 3 

    2010. La Montagne de minuit. Roman (Zulma). Grand Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres 2010.jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain

    2010. Quatre nouvelles : Contrôle d'identité. Comme on se voue. Bandits manchot. Un petit 38. Dans ouvrage collectif : Revue Inculte, n° 19

    2010. Lady be good. Théâtre. Dans ouvrage collectif : La Revue Littéraire, n° 47 (Léo Scheer) 

    2010. L'Idéalisme brûlé. Entretien avec Pierre Michon et Anne-Marie garrat. Dans ouvrage collectif : Pour Lowry (MEET)

    2010. Qu'est-ce qu'un Romain ? Hybride. Dans ouvrage collectif : Je est un autre (Gallimard)

    2011. La Mémoire de riz. Nouvelles (Zulma)

    2011. Sicile antique, en collaboration avec Bernard Birrer et Hervé Danesi. Préface par Juliette de La Genière. Essai (Édisud, collection Archéologie)

    2011. Ignorer le ciel. Hybride. Dans ouvrage collectif : Le Ciel vu de la Terre (Inculte)

    2011. Rempart du rouge. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : L'Éloge des cent papiers (Association Verbes) 

    2011. Quéquette bicot. Nouvelle. Dans ouvrage collectif : Villa Europa n° 2 (Villa Europa n° 2, Sarrebruck)

    2012. Les Greniers de Babel. Nouvelle (Invenit)

    2013. La Secte des badasses. Nouvelle. Dans ouvrage collectif Brèves, n° 102 : Le Rêve sans fin

    2014. L'Île du point Némo. Roman (Zulma)

    2015. Hautes Lassitudes. Poésie (Dumerchez)

     

    Source bibliographique :

    Site officiel de Jean-Marie Blas de Roblès : http://blasderobles.fr/

     

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographieLa Mémoire de riz par Jean-Marie Blas de Roblès. Nouvelles (Éditions Zulma, 2011)

    "On a envie de dire : Entrez, entrez vite dans la baraque enchantée du conteur ! Machineries diaboliques, pantins articulés, leurres et aberrations piègent chaque récit, et le lecteur, littéralement sous le charme, découvre tour à tour de fabuleux paysages marins, des personnages éternels, des univers hantés. Depuis les grands mythes affolants de l'humanité jusqu'à la plus brûlante actualité qui secoue Maghreb et Machreck, maintes époques sont brassées, maintes civilisations, avec une prédilection pour l'Orient des Mille et Une Nuits.

    Forgées par une science quasi picturale de la description et conduites tambour battant par le bonheur de raconter, ces vingt-deux fictions - autant que d'arcanes majeurs dans le tarot - sont un moment de grande littérature, sur le versant flamboyant de l'imaginaire. Elles ont valu à son auteur le Prix de la nouvelle de l'Académie française." (Deuxième de couverture)

    "Rompu aux jongleries savantes de l'imaginaire, Jean-Marie Blas de Roblès nous entraîne, par la grâce de son écriture, dans les mondes gigognes de l'esprit aux prises avec les mystères ultimes, sans perdre jamais le fil du labyrinthe charnel du désir et de la folie de vivre." (Extrait troisième de couverture)

     

    "L'Échiquier de Saint-Louis

    Une grosse flambée de bois sec ronflait dans la vieille cheminée du manoir, et les lueurs d'incendie qu'elle projetait sur les murs - multipliées à l'infini par les surfaces lustrées des miroirs, des cadres dorés et de ce globe de verre sous lequel un petit lutin, sculpté dans la cire, narguait les flammes qui jouaient sur son vêtement de perles - donnaient à la pièce où je me trouvais la chaleur, l'intimité vacillante et mystérieuse d'une église baroque. La mer, au loin, s'enfournait avec fracas dans les grottes à vif de la côte rocheuse ; ogresse du Nord, elle mangeait les falaises d'Yport en laissant sur le silex écorché les traces de ses dents. Sa respiration de fauve se confondait avec le grognement opiniâtre du brasier.

    - Tu ne veux toujours pas apprendre à jouer ? Il fait un temps à pousser du bois toute la nuit, si seulement tu voulais te donner la peine...

    Mon ami Roetgen, chez qui je vivais déjà depuis quelques jours, venait de rompre le silence avec ce ton gentiment acerbe qui lui était particulier. Je connaissais sa folle passion pour le jeu d'échecs, mais j'avais toujours refusé d'apprendre à "pousser du bois", pour employer son expression. Au début de mes rencontres avec lui, je n'avais pourtant guère de raison pour expliquer mon refus des échecs et, d'ailleurs, de tout jeu en général. Les heures que Roetgen passait devant son échiquier, l'extrême jouissance qu'il semblait en tirer, son insistance, enfin, à vouloir m'inoculer son vice, avaient fini cependant par asseoir mon aversion." (Extrait)

     

    Ibn ruh Al Jahim, "roi de la montagne et prince des Bédouins", offre à Saint Louis un échiquier "rutilant, scintillant de mille feux, un merveilleux échiquier de cristal, de nacre et d'argent. Le tout, comme Joinville l'écrivit par la suite, le tout fait à belles fleurettes d'ambre, liées à belles vignettes de fin or. Un parfum exquis, où le jasmin jouait sa note fraîche et entêtante, commençait à envahir la pièce."

    Les deux souverains s'apprêtent à se mesurer aux échecs. Les personnages ornant le pourtour de l'échiquier représentent des scènes d'un réalisme tel - "l'armée chrétienne avec des chevaliers en armure [...] et son cortège de fantassins déguenillés" - que Saint Louis vit à nouveau les années de guerre en Égypte, "sa capture, l'humiliation et les tortures de l'exil..." et joue presque machinalement. L'enjeu est pourtant très grave...

     

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    Le Joueur d'échecs par Honoré Daumier (1863)

     

    Franchi le cap, ô combien délicat ! de la première des nouvelles intitulée L'Illusionniste, le lecteur, peut-être doté d'une âme sensible, s'étant répété : "Fiction, ce n'est que fiction...", maintenant avide de plonger avec témérité dans les profondeurs abyssales de ce recueil, poursuit avec curiosité, et parfois avec crainte, son voyage imaginaire au fil des récits de Jean-Marie Blas de Roblès.

    Ce lecteur découvre, ou redécouvre, un écrivain passionnant dont l'immense érudition va l'entraîner toujours plus loin.

     

    Mais revenons vers L'Illusionniste : le lecteur pénètre dans un effrayant espace de manipulation où règne Eléazard, "cet esprit d'encyclopédie, d'investigation débridée qui reste la plus grande gloire de la Renaissance", expert en "genèses, cosmogonies", le "mécréant irrémédiable", expert en "religions de tous ordres". Le lecteur se trouve confronté à la réalité : sa propre destinée est l'œuvre qu'il a lui-même conçue...

     

    Et vingt autres nouvelles étranges, surprenantes, fascinantes...   

     

     

    jean-marie blas de roblès,j.-m. blas de roblès écrivain français contemporain,j.-m. blas de roblès bibliographie,la mémoire de riz par j.-m. blas de roblèsLà où les tigres sont chez eux par Jean-Marie Blas de Roblès. Roman (Éditions Zulma, 2008). Prix Médicis 2008. Prix du Roman FNAC 2008. Prix du Jury Jean Giono 2008.

    "Eléazard von Wogau, héros inquiet de cette incroyable forêt d'histoires, est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui adresse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d'un célèbre jésuite de l'époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n'est pas sans incidence sur sa vie privée.

    Comme si l'extraordinaire plongée dans l'univers d'Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d'autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle du Mato Grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambú qui hume le plomb fondu de la vengeance.

    Nous sommes au Brésil, dans le pays des démesures. Nous sommes aussi dans la terra incognita d'un roman monstre, dont chaque partie s'ouvre sur un chapitre de la biographie de Kircher, "le maître des cent arts", ancêtre de l'égyptologie et de la volcanologie, inventeur du microscope ou de la lanterne magique.

    On songe au réalisme magique des Borges et Cortazar, à Italo Calvino ou Umberto Eco, ou encore à Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires." (Deuxième de couverture)

     

    "Lui-même globe-trotter et polyglotte, spécialiste de l'archéologie sous-marine, habitué des déserts africains, Jean-Marie-Blas de Roblès nous offre, autour de la révélation du génie baroque d'Athanase Kircher, une Kyrielle extravagante de portraits contemporains en lice pour la conquête du sens dans un monde forcené et pathétique.

    Là où les tigres sont chez eux est le fruit de dix ans de travail, roman somme qui interroge le genre avec une formidable érudition mise au service d'un merveilleux sens de la narration." (Troisième de couverture)

     

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    Athanasius Kircher (1602-1680)

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    "... Eléazard laissa errer son regard à travers la grande fenêtre qui lui faisait face. Elle s'ouvrait directement sur la jungle, ou plus exactement sur la mata, cette luxuriance de grands arbres, de lianes torses et de feuillages qui avait repris possession de la ville sans que nul n'y trouve à redire. De son premier étage, Eléazard avait le sentiment de plonger au cœur même de l'organique, un peu comme un chirurgien surplombe un ventre offert à sa seule curiosité. Lorsqu'il s'était décidé à quitter São Luís pour acheter une maison à Alcântara, il n'avait eu que l'embarras du choix. Cette ancienne ville baroque, le fleuron de l'architecture du XVIIIe siècle au Brésil, tombait en ruine. Abandonnée par l'histoire depuis la chute du marquis de Pombal, phagocytée par la forêt, les insectes et l'humidité, elle n'était plus habitée que par une infime population de pêcheurs, trop pauvres pour vivre ailleurs que dans des cabanes de tôles, d'argile et de bidons, ou des taudis à moitié écroulés. On y voyait paraître de temps à autre quelque cultivateur, hagard d'avoir si brusquement quitté l'obscurité de la grande forêt pour vendre sa production de mangues ou de papayes aux courtiers faisant la navette avec São Luís." (Extrait)   

     

    Dans chacun des chapitres du roman Là où les tigres sont chez eux se déroule une partie de la biographie d'Athanase Kircher, célèbre jésuite de l'époque baroque, tout d'abord étudiant en philosophie, poursuivant des études personnelles de physique, de langues et de mathématiques, puis pratiquant l'astronomie à laquelle il ajoute la physiologie et l'alchimie tout en approfondissant sa connaissance des langues. "À l'âge de vingt-trois ans, Kircher éclipsait sans peine ses collègues, lesquels s'accordaient à lui reconnaître d'incroyables dons de mémoire en sus d'un génie inventif  & d'une habileté mécanique hors du commun." 

    En parallèle, le lecteur fait la connaissance des nombreux personnages qui gravitent autour d'Eléazard von Wogau, correspondant de presse chargé "de l'établissement du texte" de la biographie d'Athanase Kircher, "et de son commentaire". Parmi ces héros, voici Soledade, la jeune domestique d'Eléazard, métissée de Noir et d'Indien, Elaine, professora von Wogau, géologue et ex-femme d'Eléazard, Moéma, fille d'Eléazard et d'Elaine, étudiante, et son amie Thaïs, toutes deux consommatrices de coke. Et bien d'autres...

    Dans ce roman aux étranges et passionnantes sinuosités, passant sans heurt de l'époque baroque du XVIIe siècle à l'époque contemporaine, croisant les destins de personnages si différents, aux recherches et intérêts extrêmement éloignés, d'un continent à l'autre, par-delà les pays, par-delà les siècles, Jean-Marie Blas de Roblès dévoile, à chaque page, un savoir encyclopédique, une érudition éblouissante.

     

    Critiques littéraires :

    "Ce roman encyclopédique et mystificateur, truffé d'élucubrations picaresques, réjouit et fascine. [...] Umberto Eco revu par Indiana Jones chez Malcolm Lowry, avec un zest d'African Queen et de Lévy-Strauss chez les Nambikwara. [...] Une merveilleuse, une vertigineuse galaxie de cette rentrée romanesque." (Patrick Grainville. Le Figaro littéraire)

    "Jean-Marie Blas de Roblès joue avec les illustres références, malmène le réalisme magique, pour un livre en forme d'irrévérence. Là où les tigres sont chez eux est un chahut érudit, d'une grande ambition, un palimpseste qui s'amuse." (Clara Dupont-Monod. Marianne) 

    (Source : http://www.zulma.fr/)

     

     

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    L'Île du Point Némo par Jean-Marie Blas de Roblès. Roman (Éditions Zulma, 2014) 

    "Incroyable machinerie de l'imaginaire, l'Île du Point Némo est un roman d'aventures total, conquérant, tourbillonnaire. Un fabuleux diamant vient d'être dérobé à Lady MacRae. Nous voilà donc embarqués à la poursuite de l'insaisissable Enjambeur Nô. Avec Martial Canterel, richissime dandy opiomane, son vieil ami Holmes (John Shylock), mais aussi Grimod de La Reynière en majordome ou la très inventive Miss Sherrington.

    Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s'inscrire dans les aléas d'une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture à voix haute. Bientôt reconvertie en usine de liseuses électroniques par Monsieur Wang, voyeur high-tech et directeur de B@bil Books...

    Avec une ironie abrasive, Jean-Marie Blas de Roblès ouvre d'extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi une critique radicale des idéologies et des gouvernances anonymes, tentaculaires, doublée d'une piquante réflexion sur l'art littéraire." (Deuxième de couverture)

     

    "En baroque inventif, Jean-Marie Blas de Roblès fait feu de tout bois dans ce roman des romans : Vingt Mille Lieues sous les mers, l'Île mystérieuse et toute la littérature populaire du siècle romantique alimentent un brasier d'histoires dont la structure d'ensemble relève de factures ultra-contemporaines héritées diversement des Joyce, Bradbury, ou Philip K. Dick. À cet égard comme à tant d'autres, l'Île du Point Némo est un chef-d'œuvre." (Extrait de la troisième de couverture)

     

    "Les Immortels ont beau ressusciter, ils ne se renouvellent pas assez vite pour étaler la vague macédonienne. Et soudain, voici qu'ils se débandent, le centre perse est enfoncé, Darius fuit. C'est au moment où Alexandre voit son char bariolé disparaître dans la poussière qu'un messager réussit à l'atteindre : sur l'aile gauche, Parménion et ses cavaliers thessaliens faiblissent devant les Perses ; sans renfort ils ne tiendront plus longtemps.

    Ce fut l'instant choisi par Miss Sherrington pour secouer l'épaule du maître de maison :

    - Monsieur, s'il vous plaît, Monsieur Canterel...

    Martial Canterel était allongé sur un lit importé à grands frais d'une fumerie de Hong Kong. Le champ de bataille s'étendait au sol, occupant presque toute la surface du parquet ; vingt-cinq mille soldats de plomb qu'il avait passé plusieurs jours à positionner pour reproduire ce moment crucial: Alexandre devait-il rattraper Darious ou secourir Parménion ?" (Extrait)

     

    (À suivre)

  • Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://smallthings.fr/lespetitslivres/

     

    Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni), né à Casablanca, au Maroc, en 1944, est un écrivain français. Professeur de lettres, il connaît le succès avec une série de romans rocambolesques et ses livres pour la jeunesse.

     

    Daniel Pennac est le dernier enfant d'une fratrie de quatre garçons. Son père est militaire et toute sa famille l'accompagne dans ses déplacements en Afrique, en Asie et en Europe. 

    Daniel Pennac effectue une partie de sa scolarité dans un internat, où l'on ne permet pas aux élèves de lire d'autres ouvrages que leurs livres de classe.

    Professeur de lettres de 1969 à 1995, il enseigne à Soissons et à Paris. En 1973, après son service militaire, il écrit son premier livre, Le Service militaire, au service de qui ?, un pamphlet s'attaquant aux principes du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il choisit comme nom d'écrivain Daniel Pennac afin de ne pas faire de tort à son père.

    En 1979, Daniel Pennac part au Brésil où il reste deux années. Deux décennies plus tard, il publie un roman prenant sa source au Brésil, Le Dictateur et le hamac. 

    Entre-temps, Daniel Pennac écrit la saga de l'attachante et... surprenante famille Malaussène*, puis une tétralogie pour les enfants où, préoccupé par l'école et l'amitié, il met en scène des héros proches de l'univers enfantin : Kamo.

    En 1995, il met fin à son métier d'enseignant pour se consacrer à la littérature, cependant il va régulièrement à la rencontre des élèves dans leurs classes.

    Du 4 au 6 novembre 2016, Daniel Pennac présidera la 35ème édition de la Foire du livre de Brive.

    (Source : http://www.lefigaro.fr/).

     

    * Voir l'article : Daniel Pennac (1) La famille Malaussène.     

     

    Prix et distinctions :

    La Fée Carabine (roman, Gallimard, 1987) : Prix Mystère de la critique 1988.

    La Petite marchande de prose (roman, Gallimard, 1989) : Prix du Livre Inter 1990.

    Chagrin d'école (récit autobiographique, Gallimard, 2007) : Prix Renaudot 2007.

    Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, 2012. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent) : nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    Le Prix Ulysse a été décerné à Daniel Pennac, en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand Prix Metropolis bleu en 2008.

    (Source biographique : http://www.gallimard)

     

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : http://www.babelio.com/auteur/Daniel-Pennac)

     

     

    Bibliographie :

    1973. Le Service militaire au service de qui ? (essai. Seuil)

    1978. Les Enfants de Yalta, en collaboration avec Eliad Tudor (roman. Grasset)

    1979. Père Noël, en collaboration avec Eliad Tudor (biographie romancée. Grasset)

    1980. Le Grand Rex (livre illustré. Centurion-Jeunesse)          

    1982. Cabot-Caboche (livre Jeunesse. Nathan ; Pocket Jeunesse)

    1984. L'Œil du loup (livre Jeunesse. Nathan). Court-métrage d'animation L'Œil  du loup (1998) de Hoël Caouissin, sur un scénario de René Laloux, d'après le livre de Daniel Pennac.

    1985. Au Bonheur des ogres (roman. Gallimard). Au Bonheur des ogres (2013) de Nicolas Bary, scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary d'après le roman Au Bonheur des ogres.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1987. La Fée Carabine (roman. Gallimard) Prix Mystère de la critique 1988

    1988. La Fée Carabine (scénario, épisode de la série télévisée Série noire d'Yves Boisset, d'après le roman La Fée Carabine de Daniel Pennac)

    1989. La Petite marchande de prose (roman. Gallimard) Prix du Livre Inter 1990

    1991. Le Sens de la houppelande, illustrations de Jacques Tardi (roman graphique. Futuropolis ; Gallimard)

    1991. Les Grandes Vacances, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke)

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    1992. Comme un roman (essai. Gallimard)

    1992. Kamo. L'agence Babel, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse). Lu par Daniel Pennac (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1992. L'Évasion de Kamo, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 1997)

    1992. Kamo et moi, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2007)

    1993. Kamo. L'idée du siècle, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1994. Le Tour du ciel (Peintures de Miro. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux) 

    1995. Monsieur Malaussène (roman. Gallimard). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. daniel pennac,daniel pennac écrivain français 

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (roman. Gallimard)

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (pièce de théâtre. Gallimard) 

    1997. Messieurs les enfants (roman. Gallimard)

    1997. Messieurs les enfants (scénario coécrit avec Pierre Boutron, d'après le roman de Daniel Pennac, Messieurs les enfants, avec une apparition de Daniel Pennac jouant l'homme dans la voiture).

    1997. Qu'est-ce que tu attends, Marie ? (peintures de Monet. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux)

    1999. Des Chrétiens et des Maures (roman. Gallimard)

    1999. Aux Fruits de la passion (roman. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1999. Sahara, illustrations d'Antonin Louchard (album pour enfants. Thierry Magnier Eds)

    1999. Vercors d'en haut : la Réserve naturelle des hauts-plateaux (livre illustré. Milan)

    2000. Gardiens et Passeurs (essai. Fondation Banques CIC pour le livre)

    2000. La Débauche, dessins de Tardi (bande dessinée. Futuropolis ; Gallimard)

    2000. Bartleby le scribe de Herman Melville dans la traduction de Pierre Leyris (CD audio, collection À voix haute. Gallimard)  

    2001. Bon Bain les bambins, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2001. Le Crocodile à roulettes, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard) 

    2001. Le Serpent électrique, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2003. Le Dictateur et le hamac (roman. Gallimard)

    2004. Merci (roman. Gallimard). Grazie, téléfilm italien (2004) d'après le roman Merci.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2004. Merci, lu par Claude Piéplu, illustrations de Quentin Blake (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard)

    2004. Merci, mise en scène et réalisation de Jean-Michel Ribes. Musique "Jeux pour deux", 1975, de François Vercken (DVD, conception graphique d'Étienne Théry. Gallimard)

    2006. Merci suivi de Mes Italiennes (chronique d'une aventure théâtrale et de Merci, adaptation théâtrale. Gallimard)

    2006. La Lunga Notte del dottor Galvan (téléfilm italien) 

    2006. Némo (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007. Écrire (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007.  La Vie de famille, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke) 

    2007. Chagrin d'école (récit autobiographique. Gallimard) Prix Renaudot 2007daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2009. Histoires comme ça (série télévisée d'animation de Jean-Jacques Prunès, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Bartleby le scribe (téléfilm de Jérémie Carboni, adaptation de la nouvelle Bartleby d'Herman Melville, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Lucky Luke contre Pinkerton en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Cavalier seul en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Le Roman d'Ernest et Célestine (roman pour la Jeunesse. Casterman - Gallimard Jeunesse)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2012. Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent). Nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    2012. Le 6e Continent (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)

    2012. L'Œil du loup, lu par Daniel Pennac, illustrations de Catherine Reisser. Mis en musique par Karol Beffa. Avec l'Orchestre de chambre de Paris. (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard Jeunesse)

    2012. Ancien Malade des hôpitaux de Paris (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)  

    2012. Journal d'un corps (roman. Gallimard). Prix des lecteurs de l'Express 2012. daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennac

    2012. Les Dix Droits du lecteur, animé par Gérard Lo Monaco (livre pop-up. Gallimard Jeunesse)

    2013. Journal d'un corps (album illustré, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis)

    2015. Un Amour exemplaire, dessins de Florence Cestac (bande dessinée. Dargaud)

    2015. Eux, c'est nous. Livre collectif : L'instinct, le cœur et la raison par Daniel Pennac, suivi de Réfugiés en 8 lettres par Jessie Magana et Carole Saturno, illustrations de Serge Bloch (livre jeunesse. Gallimard Jeunesse. Publication par 40 éditeurs jeunesse)

    (Source bibliographique : Wikipédia)

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Messieurs les enfants par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1997).

     

     

    "- L'imagination, ce n'est pas le mensonge.

    Crastaing hurlait ça sans élever la voix.

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !

    Son cartable vomissait nos copies sur son bureau.

    - Vous le faites exprès ?

    Personne ne le faisait exprès. Il aurait fallu être cinglé pour le faire exprès.

    - Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ?

    Trente ans plus tard, il le répétait encore :

    - L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" (Extrait)

     

    M. Crastaing est le type du professeur inoxydable, sans âge. Il transforme ses élèves en "statues de sel" avant même son entrée dans la classe. Depuis trente années, il clame de sa voix de craie : "L'imagination, ce n'est pas le mensonge !" 

    Mais quel est ce dessin que tentent de s'arracher trois lascars : Igor Laforgue, Joseph Pritsky et Nourdine Kader ? D'innombrables petits bonshommes, certains lourdement armés, pourchassent un individu, qui est probablement leur professeur car une immense banderole portant une formule vengeresse et outrageuse se déploie, bien en évidence, sur la feuille. Les trois garnements revendiquant cette œuvre géniale, la même sanction leur est attribuée, une rédaction.

    "Sujet :

    Vous vous réveillez un matin et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants.

    Racontez la suite."

    Qui sont ces adultes dont les enfants vont devoir prendre l'âge, la taille et les responsabilités ?

    Le père d'Igor Laforgue est mort à trente-huit ans, après avoir franchi "à peu près sain les portes d'un hôpital" et en être ressorti "contaminé jusqu'à l'os par ceux-là mêmes qui devaient se contenter de lui ôter les amygdales". Devenu fantôme grâce à l'insistance d'Igor qui s'obstine à s'entretenir avec lui au cimetière du Père-Lachaise, il est le narrateur de ce récit.

    Tatiana Laforgue, la mère d'Igor, conseillère conjugale pour magazines féminins, "maigrichonne et fébrile qui clope comme un cendrier et regarde, avec une tristesse d'outre-tombe, son enfant jouer les grands", tente vainement de trouver le digne remplaçant de son défunt mari.

    Le père de Joseph, Pope Pritsky, "le sourire plein d'épingles", tient une boutique de tailleur pour "Personnalités vraiment exceptionnelles".

    Derrière le comptoir de la boutique, se trouve la femme de Pope, la jolie Moune Pritsky, à la "voix délicieuse et stratège" ainsi qu'aux charmes physiques très convaincants.

    Le père de Nourdine, Ismaël Kader, ancien chauffeur de taxi, dont la femme s'est enfuie avec un postier, peint dans son garage. "C'est beaucoup plus que la prière, la peinture d'Ismaël. Ça ne demande rien à Dieu ni à personne. [...] Six mois qu'Ismaël a vendu le taxi pour s'enterrer dans le garage, avec ses pinceaux, sous le niveau des hommes, et il n'y a pas d'endroit où la lumière soit plus paisible qu'entre les murs peints du garage d'Ismaël ; la soie de ses pinceaux met le soleil au mur..."

    Joseph, Nourdine puis Igor s'attellent à leur rédaction punitive... et le lecteur savoure un roman philosophique de fiction !

     

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    Chagrin d'école par Daniel Pennac. Récit autobiographique (Éditions Gallimard, 2007). Prix Renaudot 2007. 

     

    "Commençons par l'épilogue : Maman, quasi centenaire, regardant un film sur un auteur qu'elle connaît bien. On voit l'auteur chez lui, à Paris, entouré de ses livres, dans sa bibliothèque qui est aussi son bureau. La fenêtre ouvre sur une cour d'école. Raffut de récré. On apprend que pendant un quart de siècle l'auteur exerça le métier de professeur et que s'il a choisi cet appartement donnant sur deux cours de récréation, c'est à la façon d'un cheminot qui prendrait sa retraite au-dessus d'une gare de triage. Puis on voit l'auteur en Espagne, en Italie, discutant avec ses traducteurs, blaguant avec ses amis vénitiens, et sur le plateau du Vercors, marchant, solitaire, dans la brume des altitudes, parlant métier, langue, style, structure romanesque, personnages..." (Extrait)

     

    "Chagrin d’école [...] aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur". (Gallimard)

     

    À la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Daniel Pennac, reçu par Olivier Barrot dans l'émission "Un Livre, un jour", en décembre 2007, se souvient de sa scolarité d'ancien cancre et évoque le cas d'enfants submergés par les problèmes familiaux.

    (Source : http://www.ina.fr/video)

     

    "J'étais un cancre gai. C'est ce qui m'a sauvé." (Daniel Pennac)

    "Daniel Pennac fend l'armure. Chagrin d'école est un superbe texte autobiographique dans lequel l'auteur des Malaussène dévoile pour la première fois son passé de cancre." (François Busnel - L'Express)

    Lors d'un entretien, le 1er octobre 2007, pour L'Express :

    François Busnel : "Pourquoi ce livre sur les cancres alors que la figure du cancre, loin de faire honte, devient au contraire un statut ou une frime ?" 

    Daniel Pennac : "Oui, c'est devenu une façon de se mettre en valeur, surtout chez les gens qui ont réussi. En société, on avoue sa cancrerie pour la vanter. On se flatte d'avoir été un enfant rétif au système scolaire. Mais je n'y crois pas trop. En vérité, ce type d'aveu trahit souvent un écho de la douleur passée. C'est un martyre de ne rien comprendre à rien dès le début de l'apprentissage de l'alphabet. On peut compenser par le chahut, par l'opposition systématique à l'adulte ou à l'institution. Mais le fond demeure. Je ne crois guère les gens qui posent la cancrerie comme une décoration."

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/) 

     

    J'ai tout d'abord pensé que Chagrin d'école était destiné aux enseignants et aux parents dont les enfants éprouvaient des difficultés scolaires. Puis, de très belles pages ont retenu mon attention : elles s'adressaient à tous, à moi aussi, elles contenaient de profondes réflexions, et tant de vérités, tant d'enseignement !

    "Une constatation préalable : adultes et enfants, on le sait, n'ont pas la même perception du temps. Dix ans ne sont rien aux yeux de l'adulte qui calcule par décennies la durée de son existence. C'est si vite passé, dix ans, quand on en a cinquante ! Sensation de rapidité qui, d'ailleurs, aiguise l'inquiétude des mères pour l'avenir de leur fils. Le bac dans cinq ans, déjà, mais c'est tout de suite ! Comment le petit peut-il changer si radicalement en si peu de temps ? Or, pour le petit, chacune de ces années-là vaut un millénaire ; à ses yeux, son futur tient tout entier dans les quelques jours qui viennent. Lui parler de l'avenir c'est lui demander de mesurer l'infini avec un décimètre. Si le verbe "devenir" le paralyse, c'est surtout parce qu'il exprime l'inquiétude ou la réprobation des adultes. L'avenir, c'est moi en pire, voilà en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m'affirmaient que je ne deviendrais rien." (Extrait)

     

    Combien j'ai aimé lire que la "mémoire était une bibliothèque à enrichir" plus qu'un "muscle à entraîner" !

    "On laisserait s'envoler des pages pareilles comme des feuilles mortes, parce que ce n'est plus de saison ? Ne pas retenir de telles rencontres, est-ce envisageable ? Si ces textes étaient des êtres, si ces pages exceptionnelles avaient des visages, des mensurations, une voix, un sourire, un parfum, ne passerions-nous pas le reste de notre vie à nous mordre le poing de les avoir laissé filer ? Pourquoi se condamner à n'en conserver qu'une trace qui s'estompera jusqu'à n'être plus que le souvenir d'une trace...[...] Au nom de quel principe, ce gâchis ? " (Extrait) 

     

     

     

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    Comme un Roman par Daniel Pennac. Essai (Éditions Gallimard, 1992)

     

    "Les droits imprescriptibles du lecteur

    1. Le droit de ne pas lire.

    2. Le droit de sauter des pages.

    3. Le droit de ne pas finir un livre.

    4. Le droit de relire.

    5. Le droit de lire n'importe quoi.

    6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

    7. Le droit de lire n'importe où.

    8. Le droit de grappiller.

    9. Le droit de lire à haute voix.

    10. Le droit de nous taire." 

    (Quatrième de couverture)

     

    Critique littéraire :

    "Le plus admirable, c'est que Daniel Pennac, lui l'écrivain, le professeur de lettres, le lecteur insatiable de romans, n'en veut aucunement à cette jeunesse fâchée avec le livre. Inquiet de voir la désaffection à l'égard des grands écrivains se généraliser, il ne cède pas pour autant au pessimisme. Bien au contraire ! Pour en avoir fait, comme le poète Georges Perros, l'expérience, il sait qu'il suffirait de mettre en place une pédagogie fondée sur la contagion de l'enthousiasme. En un mot, de tout reprendre dès le début. Fichez-leur la paix avec vos fiches infernales ! Faites-leur la lecture à voix haute, comme autrefois !" (L'Express - extrait)

    (Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/1992)

     

    "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres : le verbe "aimer"... le verbe "rêver"...

    On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : "Aime-moi !" "Rêve !" "Lis !" "Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t'ordonne de lire !"

    - Monte dans ta chambre et lis !

    Résultat ?

    Néant.

    Il s'est endormi sur son livre. La fenêtre, tout à coup, lui a paru immensément ouverte sur quelque chose d'enviable. C'est par là qu'il s'est envolé. Pour échapper au livre. Mais c'est un sommeil vigilant : le livre reste ouvert devant lui." (Daniel Pennac. Extrait de Comme un Roman)

     

    Le narrateur pourrait être l'un des parents de l'enfant qui, sachant depuis peu aligner les mots, se trouve désormais dans l'obligation de lire tout en rêvant de refermer son livre, de s'envoler par la fenêtre. Mais comment avouer son aversion pour la lecture à ses parents, comment éviter cette déception à ceux qui, voilà peu de temps, ravis par son éclosion au langage, étaient devenus ces merveilleux conteurs ? "C'était une aptitude que nous ne nous connaissions pas. Son plaisir nous inspirait. Son bonheur nous donnait du souffle. Pour lui, nous avons multiplié les personnages, enchaîné les épisodes..."

    L'enfant éprouvait un véritable chagrin de ne pouvoir donner satisfaction à ses parents. Il ne jouait pas la comédie, sa souffrance était bien réelle. Les inévitables questions sont alors posées : "Était-il sourd ? Dyslexique, peut-être [...] ? Paresseux ? [...] 

    Non, il allait à son rythme, voilà tout, et qui n'est pas nécessairement celui d'un autre, et qui n'est pas nécessairement le rythme uniforme d'une vie, son rythme d'apprenti lecteur, qui connaît ses accélérations et ses brusques régressions, ses périodes de boulimie et ses longues siestes digestives, sa soif de progresser et sa peur de décevoir..."

     

    Comme un Roman est un hymne à la lecture, et plus précisément un hymne à la liberté de lire, lire uniquement selon ses désirs, ses goûts, en ne se laissant jamais imposer le conformisme édicté par la société. Mais, avant tout, cet essai de Daniel Pennac, dont les généreux conseils pédagogiques sont si précieux et convaincants, enseigne comment offrir à l'enfant l'enthousiasme contagieux de l'amour de la lecture...

     

     

    daniel pennac,écrivain français,romans,essais,pièces de théâtre,messieurs les enfants par daniel pennac,chagrin d'école par daniel pennac,comme un roman par daniel pennacJournal d'un corps par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 2012). Prix des lecteurs de l'Express 2012.

     

    "13 ans, 1 mois, 8 jours       Mercredi 18 novembre 1936

    Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.

    30 ans et 3 mois       Jeudi 10 janvier 1974

    Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe.

    86 ans, 9 mois, 16 jours       Lundi 26 juillet 2010

    Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.

     

    De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire."

    (Quatrième de couverture)

     

    "64 ans, 2 mois, 18 jours       Lundi 28 décembre 1987

    Une blague stupide faite par Grégoire et son copain Philippe à la petite Fanny m'a rappelé la scène originelle de ce journal, la trame qui l'a fait naître.

    Mona, qui aime faire le vide, a ordonné un grand feu de vieilleries dont la plupart dataient du temps de Manès : chaises bancales, sommiers moisis, une charrette vermoulue, des pneus hors d'usage, autant dire un autodafé gigantesque et pestilentiel. (Ce qui, à tout prendre, est moins sinistre qu'un vide-greniers.) Elle en a chargé les garçons qui ont décidé de rejouer le procès de Jeanne d'Arc. J'ai été tiré de mon travail par les hurlements de la petite Fanny, recrutée pour tenir le rôle de la sainte. Pendant toute la journée, Grégoire et Philippe lui ont vanté les mérites de Jeanne dont Fanny, du haut de ses six ans, n'avait jamais entendu parler. Ils lui ont tant fait miroiter les avantages du paradis qu'elle battait des mains en sautant de joie à l'approche du sacrifice. Mais quand elle a vu le brasier dans lequel on se proposait de la jeter toute vivante, elle s'est précipitée chez moi en hurlant. (Mona, Lison et Marguerite étaient en ville.) Ses petites mains m'ont agrippé avec une terreur de serres. Grand-père ! Grand-père ! J'ai tenté de la consoler avec des "là, là", des "c'est fini", des "ce n'est rien" (ce n'était pas rien, c'était même assez grave, mais je n'étais pas au courant de ce projet de canonisation). Je l'ai prise sur mes genoux et j'ai senti qu'elle était humide. Plus que cela, même, elle avait fait dans sa culotte, elle s'était souillée de terreur. Son cœur battait à un rythme effrayant, elle respirait à coups minuscules. Ses mâchoires étaient à ce point soudées que j'ai craint une crise de tétanie. Je l'ai plongée dans un bain chaud. C'est là qu'elle m'a raconté, par bribes, entre deux restes de sanglot, le destin que ces deux abrutis lui avaient réservé.

    Et me voilà renvoyé à la création de ce journal." (Extrait)

     

    Daniel Pennac, par l'intermédiaire d'un narrateur dont le corps est le véritable "héros" de ce livre, narrateur qui lègue à sa fille Lison une pile de cahiers décrivant, de ses douze ans jusqu'à ses quatre-vingt-sept ans, les transformations de son corps, ses maux, ses peurs et ses victoires, compose un journal original, étrange, dont les premières pages naissent sous la plume d'un enfant qui met en œuvre son mental et son corps pour ressembler à l'écorché du dictionnaire Larousse. Il y parvient.

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    L'Écorché par Léonard de Vinci

     

    Maquisard, le narrateur constate la suprématie de l'esprit sur le corps : "Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades." (Extrait)

     

    Le narrateur qui n'a jamais parlé de sa prime jeunesse à sa progéniture décide de lever le voile sur les débuts de son existence : "Vois-tu, je suis né d'une agonie. Mon père était un de ces innombrables morts vivants rendus par la Grande Guerre à la vie civile. L'esprit saturé d'horreurs, les poumons détruits par les gaz allemands, il tenta vainement de survivre. Ses dernières années (1919-1933) furent le combat le plus héroïque de sa vie. Je suis né de cette tentative de résurrection. Ma mère avait entrepris de sauver son mari en me concevant. Un enfant lui ferait le plus grand bien, un enfant c'est la vie ! J'imagine qu'il n'eut d'abord ni force ni appétit pour ce projet, mais ma mère le requinqua suffisamment pour que je fasse mon apparition le 10 octobre 1923. En pure perte ; le lendemain de ma naissance mon père retombait en agonie. Ma mère ne nous pardonna pas cet échec, ni à lui ni à moi. (Extrait)

     

    Critiques littéraires :

    "L'auteur nous plonge dans le journal intime d'un homme dont le corps a connu mille morts et autant de résurrections.

    Ce journal d'un corps n'est pas autobiographique puisque son auteur est né en 1923 et meurt en 2010 ! Mais ce détour par l'imaginaire est fécond, il nous évite ces journaux qui prétendent à l'authenticité en sacrifiant la littérature. Or c'est elle qui atteint la vérité profonde. Les fantasmes en disent plus long sur nous-mêmes que la recension du vrai factuel dont on rebat les oreilles. Le récit commence avec une histoire de peur, d'enfant ligoté dans une forêt par ses petits camarades au cours d'un jeu guerrier. Une colonie de fourmis menace de le dévorer. L'angoisse originelle par excellence, celle de l'ogre. Et des peurs, ces pages en regorgent." (Patrick Granville - Le Figaro, 15 février 2012.) (Extrait)

    Site : http://www.lefigaro.fr/livres/

     

    Journal d'un corps, de Daniel Pennac (Prix des lecteurs de L'Express), est une réelle performance littéraire.

    "Daniel Pennac prouve encore avec son [...] roman qu'il fait partie des meilleurs écrivains français - et inutile d'ajouter "de sa génération" -. L'écriture est travaillée, belle et efficace. [...] 

    On pourrait y voir [...] un texte "exhibitionniste". Mais, pas de doute, l'objectif de Daniel Pennac est de toucher le lecteur dans ce qu'il a de plus intime [...]. Cette intimité narrée fait écho chez soi, on la penserait unique, privée, impossible à partager, et la voilà étalée dans un roman !" (Amélie Grossmann-Etoh, 23 avril 2012 - L'Express)  (Extrait)

    Site : http://www.lexpress.fr/culture/livre/

     

    Daniel Pennac au Théâtre du Rond-Point à Paris.

    "[...] le "Journal d'un corps" de Daniel Pennac a touché le cœur de la metteuse en scène Clara Bauer. Elle a choisi l'auteur lui-même pour vivre les mots de son roman en clôture de la saison du Théâtre du Rond-Point à Paris. Une belle aventure partagée avec les spectateurs."

    Seul sur scène, Daniel Pennac lit, pendant une heure et demie, Journal d'un corps. "Le plaisir des mots se trouve ici décuplé par l'interprétation candide de Daniel Pennac."  (Odile Morain, franceinfo, 8 juillet 2014) . (Extrait)

    Site : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/theatre/

      

    À voir aussi : https://www.youtube.com/watch 

     

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    Chers Lectrices et Lecteurs, si vous le souhaitez, nous rencontrerons prochainement un écrivain et philosophe français contemporain.

     

  • Daniel Pennac (1) La famille Malaussène

     

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    Daniel Pennac  

     

    Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni), né à Casablanca, au Maroc, en 1944, est un écrivain français. Professeur de lettres, il connaît le succès avec une série de romans rocambolesques et ses livres pour la jeunesse.

     

    Daniel Pennac est le dernier enfant d'une fratrie de quatre garçons. Son père est militaire et toute sa famille l'accompagne dans ses déplacements en Afrique, en Asie et en Europe. Daniel Pennac évoque ainsi son père qu'il assimile au plaisir de la lecture :

    "Pour moi, le plaisir de la lecture est lié au rideau de fumée dont mon père s'entourait pour lire ses livres. Et il n'attendait qu'une chose, c'est qu'on vienne autour de lui, qu'on s'installe et qu'on lise avec lui, et c'est ce que nous faisions."

    Daniel Pennac effectue une partie de sa scolarité dans un internat, où l'on ne permet pas aux élèves de lire d'autres ouvrages que leurs livres de classe :

    "En sorte que lire était un acte subversif. À la découverte du roman s'ajoutait l'excitation de la désobéissance..." (Daniel Pennac)

    Professeur de lettres de 1969 à 1995, il enseigne à Soissons et à Paris. En 1973, après son service militaire, il écrit son premier livre, Le Service militaire, au service de qui ?, un pamphlet s'attaquant aux principes du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il choisit comme nom d'écrivain Daniel Pennac afin de ne pas faire de tort à son père.

    En 1979, Daniel Pennac part au Brésil où il reste deux années. Deux décennies plus tard, il publie un roman prenant sa source au Brésil, Le Dictateur et le hamac. 

    Entre-temps, Daniel Pennac écrit la saga de l'attachante et... surprenante famille Malaussène, puis une tétralogie pour les enfants où, préoccupé par l'école et l'amitié, il met en scène des héros proches de l'univers enfantin : Kamo.

    "Kamo, c'est l'école métamorphosée en rêve d'école, ou en école de rêve, au choix." (Daniel Pennac) 

    En 1995, il met fin à son métier d'enseignant pour se consacrer à la littérature, cependant il va régulièrement à la rencontre des élèves dans leurs classes.

    Du 4 au 6 novembre 2016, Daniel Pennac présidera la 35ème édition de la Foire du livre de Brive.

    (Source : http://www.lefigaro.fr/).

     

    "L'homme se construit des maisons parce qu'il sait qu'il est vivant, mais il écrit des livres parce qu'il sait qu'il est mortel. Il habite en bande parce qu'il est grégaire, mais il lit parce qu'il est seul. Cette lecture est pour lui une compagnie qui ne prend la place d'aucune autre, mais qu'aucune autre compagnie ne saurait remplacer. Elle ne lui offre aucune explication définitive sur son destin mais tisse un réseau de connivences entre la vie et lui. Infimes et secrètes connivences qui disent le paradoxal bonheur de vivre alors même qu'elles éclairent l'absurdité tragique de la vie. En sorte que nos raisons de lire sont aussi étranges que nos raisons de vivre. Et nul n'est mandaté pour nous réclamer des comptes sur cette intimité-là." (Daniel Pennac. Extrait de Comme un Roman).      

     

    Prix et distinctions :

    La Fée Carabine (roman, Gallimard, 1987) : Prix Mystère de la critique 1988.

    La Petite marchande de prose (roman, Gallimard, 1989) : Prix du Livre Inter 1990.

    Chagrin d'école (récit autobiographique, Gallimard, 2007) : Prix Renaudot 2007.

    Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, 2012. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent) : nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    Le Prix Ulysse a été décerné à Daniel Pennac, en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que le Grand Prix Metropolis bleu en 2008.

    (Source biographique : http://www.gallimard)

     

    Voir l'article : Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques

     

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    Daniel Pennac

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

     

    Bibliographie :

    1973. Le Service militaire au service de qui ? (essai. Seuil)

    1978. Les Enfants de Yalta, en collaboration avec Eliad Tudor (roman. Grasset)

    1979. Père Noël, en collaboration avec Eliad Tudor (biographie romancée. Grasset)

    1980. Le Grand Rex (livre illustré. Centurion-Jeunesse)          

    1982. Cabot-Caboche (livre Jeunesse. Nathan ; Pocket Jeunesse)

    1984. L'Œil du loup (livre Jeunesse. Nathan). Court-métrage d'animation L'Œil  du loup (1998) de Hoël Caouissin, sur un scénario de René Laloux, d'après le livre de Daniel Pennac.

    1985. Au Bonheur des ogres (roman. Gallimard). Au Bonheur des ogres (2013) de Nicolas Bary, scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary d'après le roman Au Bonheur des ogres.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1987. La Fée Carabine (roman. Gallimard) Prix Mystère de la critique 1988

    1988. La Fée Carabine (scénario, épisode de la série télévisée Série noire d'Yves Boisset, d'après le roman La Fée Carabine de Daniel Pennac)

    1989. La Petite marchande de prose (roman. Gallimard) Prix du Livre Inter 1990

    1991. Le Sens de la houppelande, illustrations de Jacques Tardi (roman graphique. Futuropolis ; Gallimard)

    1991. Les Grandes Vacances, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke)

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    1992. Comme un roman (essai. Gallimard)

    1992. Kamo. L'agence Babel, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse). Lu par Daniel Pennac (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1992. L'Évasion de Kamo, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Lecture Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 1997)

    1992. Kamo et moi, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2007)

    1993. Kamo. L'idée du siècle, illustrations de Jean-Philippe Chabot (collection Folio Junior, Gallimard Jeunesse ; collection Écoutez Lire, Gallimard, CD, 2007)

    1994. Le Tour du ciel (Peintures de Miro. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux) 

    1995. Monsieur Malaussène (roman. Gallimard). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. daniel pennac,daniel pennac écrivain français 

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (roman. Gallimard)

    1996. Monsieur Malaussène au théâtre (pièce de théâtre. Gallimard) 

    1997. Messieurs les enfants (roman. Gallimard)

    1997. Messieurs les enfants (scénario coécrit avec Pierre Boutron, d'après le roman de Daniel Pennac, Messieurs les enfants, avec une apparition de Daniel Pennac jouant l'homme dans la voiture).

    1997. Qu'est-ce que tu attends, Marie ? (peintures de Monet. Album pour enfants. Calmann-Lévy et Réunion des Musées Nationaux)

    1999. Des Chrétiens et des Maures (roman. Gallimard)

    1999. Aux Fruits de la passion (roman. Gallimard)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    1999. Sahara, illustrations d'Antonin Louchard (album pour enfants. Thierry Magnier Eds)

    1999. Vercors d'en haut : la Réserve naturelle des hauts-plateaux (livre illustré. Milan)

    2000. Gardiens et Passeurs (essai. Fondation Banques CIC pour le livre)

    2000. La Débauche, dessins de Tardi (bande dessinée. Futuropolis ; Gallimard)

    2000. Bartleby le scribe de Herman Melville dans la traduction de Pierre Leyris (CD audio, collection À voix haute. Gallimard)  

    2001. Bon Bain les bambins, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2001. Le Crocodile à roulettes, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard) 

    2001. Le Serpent électrique, illustrations de Ciccolini (collection Gaffobobo. Gallimard)

    2003. Le Dictateur et le hamac (roman. Gallimard)

    2004. Merci (roman. Gallimard). Grazie, téléfilm italien (2004) d'après le roman Merci.daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2004. Merci, lu par Claude Piéplu, illustrations de Quentin Blake (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard)

    2004. Merci, mise en scène et réalisation de Jean-Michel Ribes. Musique "Jeux pour deux", 1975, de François Vercken (DVD, conception graphique d'Étienne Théry. Gallimard)

    2006. Merci suivi de Mes Italiennes (chronique d'une aventure théâtrale et de Merci, adaptation théâtrale. Gallimard)

    2006. La Lunga Notte del dottor Galvan (téléfilm italien) 

    2006. Némo (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007. Écrire (livre illustré.  Hoëbecke)

    2007.  La Vie de famille, en collaboration avec Robert Doisneau (Hoëbeke) 

    2007. Chagrin d'école (récit autobiographique. Gallimard) Prix Renaudot 2007daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2009. Histoires comme ça (série télévisée d'animation de Jean-Jacques Prunès, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Bartleby le scribe (téléfilm de Jérémie Carboni, adaptation de la nouvelle Bartleby d'Herman Melville, narrateur : Daniel Pennac)

    2010. Lucky Luke contre Pinkerton en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Cavalier seul en collaboration avec Tonino Benacquista, dessins de Achdé (bande dessinée. Lucky Comics)

    2012. Le Roman d'Ernest et Célestine (roman pour la Jeunesse. Casterman - Gallimard Jeunesse)daniel pennac,daniel pennac écrivain français

    2012. Ernest et Célestine (film d'animation de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar. Scénario d'après la série d'albums jeunesse Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent). Nommé aux Annie Awards en 2014 dans la catégorie "Meilleur scénario pour un long métrage d'animation".

    2012. Le 6e Continent (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)

    2012. L'Œil du loup, lu par Daniel Pennac, illustrations de Catherine Reisser. Mis en musique par Karol Beffa. Avec l'Orchestre de chambre de Paris. (CD audio, collection Écoutez Lire. Gallimard Jeunesse)

    2012. Ancien Malade des hôpitaux de Paris (pièce de théâtre. Gallimard, Collection Blanche)  

    2012. Journal d'un corps (roman. Gallimard)

    2012. Les Dix Droits du lecteur, animé par Gérard Lo Monaco (livre pop-up. Gallimard Jeunesse)

    2013. Journal d'un corps (album illustré, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis)

    2015. Un Amour exemplaire, dessins de Florence Cestac (bande dessinée. Dargaud)

    2015. Eux, c'est nous. Livre collectif : L'instinct, le cœur et la raison par Daniel Pennac, suivi de Réfugiés en 8 lettres par Jessie Magana et Carole Saturno, illustrations de Serge Bloch (livre jeunesse. Gallimard Jeunesse. Publication par 40 éditeurs jeunesse)

    (Source bibliographique : Wikipédia)

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Au Bonheur des ogres par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1985).

     

    "Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les  mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.

    Côté cœur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).

    Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.

    Pourquoi moi ?

    Je dois avoir un don..."

    (Quatrième de couverture)

     

    "La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.

    - Monsieur Malaussène est demandé au bureau des Réclamations.

    Une voix de brume, tout à fait comme si les photos de Hamilton se mettaient à parler. Pourtant, je perçois un léger sourire derrière le brouillard de Miss Hamilton. Pas tendre du tout, le sourire. Bon, j'y vais. J'arriverai peut-être la semaine prochaine. Nous sommes un 24 décembre, il est seize heures quinze, le Magasin est bourré. Une foule épaisse de clients écrasés de cadeaux obstrue les allées. Un glacier qui s'écoule imperceptiblement, dans une sombre nervosité. Sourires crispés, sueur luisante, injures sourdes, regards haineux, hurlements terrifiés des enfants happés par des pères Noël hydrophiles." (Extrait)

     

    Le Bonheur des ogres est le premier roman de la saga Malaussène. Benjamin Malaussène doit remplir l'ingrate fonction de "bouc émissaire du Magasin" : dans la cage en verre des Réclamations, avec la complicité de son collègue Lehmann, il s'accuse de toutes les incompétences du monde et assume la responsabilité de la totalité des défaillances des appareils électro-ménagers vendus à une clientèle mécontente, hargneuse, colérique.

    Les rôles du duo, Lehmann le venimeux, Malaussène le lamentable, fonctionnent à merveille. Le client devenu éponge de compassion, repart avec un nouveau bon de commande sans déposer la plainte promise à son arrivée afin de ne pas avoir le suicide du pitoyable Malaussène sur la conscience.

    Outre cette fonction de bouc émissaire, Benjamin, le grand "frère de famille", veille sur tous ses demi-frères et sœurs semés par une mère volage et insouciante.

    Voici le Petit qui dessine des ogres Noël anthropophages, Jérémy qui ne surveille pas toujours son langage mais a la capacité "de retrouver le sourire de ses cinq ans, en cas d'urgence", la douce Clara à la voix de "velours bien vert", passionnée de photographie, Thérèse l'astrologue au "regard fixe de nonne anorexique", et Louna en instance de maternité, peut-être de... célibat.

     

    Soudain, une explosion... la première bombe déposée dans le Magasin, bien d'autres suivront, toujours lors de la présence de Benjamin... 

    "Un amas de corps hérissés de bras et de jambes obstrue l'escalier roulant. Les clients remontent quatre à quatre l'escalier qui descend, mais refluent sous la poussée d'une vague venue d'en haut. Le temps de s'expliquer, tout le monde arrive au pied de l'escalator et bascule sur le bouchon humain. Ça grouille et ça hurle."

     

    Ce premier livre de la saga Malaussène est, lui, annonciateur d'explosions de joie et de rires à la découverte de toujours plus de trouvailles "pennaciennes" désopilantes !

     

    Le film Au Bonheur des ogres, réalisé par Nicolas Bary, d'après le roman de Daniel Pennac, est sorti en 2013 (scénario de Jérôme Fansten, Serge Frydman et Nicolas Bary).

    À voir aussi le site : http://www.ina.fr/video avec une présentation d'Olivier Barrot. 

     

     

      

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    La Petite Marchande de prose par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1989). Prix du Livre Inter 1990.

    " - L'amour, Malaussène, je vous propose l'amour !

    L'amour ? J'ai Julie, j'ai Louna, j'ai Thérèse, j'ai Clara, Verdun, le Petit et Jérémy. J'ai Julius et j'ai Belleville...

    - Entendons-nous bien, mon petit, je ne vous propose pas la botte ; c'est l'amour avec un grand A que je vous offre : tout l'amour du monde ! 

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai accepté. J'ai eu tort."

    Transformé en objet d'adoration universelle par la reine Zabo, éditeur de génie, Benjamin Malaussène va payer au prix fort toutes les passions déchaînées par la parution d'un best-seller dont il est censé être l'auteur.

    Vol de manuscrit, vengeance, passion de l'écriture, frénésie des lecteurs, ébullition éditoriale, délires publicitaires, La petite marchande de prose est un feu d'artifice tiré à la gloire du roman. De tous les romans." (Quatrième de couverture)

     

    "C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : "La mort est un processus rectiligne." Le genre de déclaration à l'emporte-pièce qu'on s'attend plutôt à trouver en anglais : "Death is a straight on process"... quelque chose comme ça.

    J'étais en train de me demander où j'avais lu ça quand le géant a fait irruption dans mon bureau. La porte n'avait pas encore claqué derrière lui qu'il était déjà penché sur moi :

    - C'est vous, Malaussène ?

    Un squelette immense avec une forme approximative autour. Des os comme des massues et le taillis des cheveux planté au ras du pif.

    - Benjamin Malaussène, c'est vous ?

    Courbé comme un arc par-dessus ma table de travail, il me maintenait prisonnier dans mon fauteuil, ses mains énormes étranglant les accoudoirs. La préhistoire en personne. J'étais plaqué à mon dossier, ma tête s'enlisait dans mes épaules et j'étais incapable de dire si j'étais moi. [...]"

    C'est alors qu'il a décidé de nous mettre à niveau : d'un  coup de reins, il nous a arrachés au sol, mon fauteuil et moi, pour nous poser en face de lui, sur le bureau. Même dans cette position, il continuait à dominer la situation d'une bonne tête. [...]" (Extrait)

     

    Benjamin Malaussène occupe la fonction de "bouc émissaire" aux Éditions du Talion, dirigées par la reine Zabo. Son rôle consiste à se déclarer responsable de tous les refus de manuscrits, de la mise au chômage des imprimeurs livrant les ouvrages avec une semaine de retard, de recevoir tous les insatisfaits, les briseurs de mobilier, sous l'œil de Julius le Chien, impassible, "gueule tordue et langue pendante," qui regarde "passer la Seine, ses péniches, ses cageots, ses godasses, ses amours..."

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    "la Seine, ses péniches..."

    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     

    Lassé, Malaussène rend son tablier de bouc. Mais le véritable motif de sa démission est le futur mariage de sa sœur Clara. Benjamin Malaussène a toujours veillé sur ses frères et sœurs, tous de pères différents, mis au monde par une mère plus soucieuse de ses aventures amoureuses que de ses enfants.

    Parmi les enfants Malaussène, outre Benjamin, "le frère de famille", qui a élevé tous ses frères et sœurs, voici : 

    Louna, infirmière, mariée à un médecin, Laurent. Louna est la seule à ne plus vivre sous l'aile de Benjamin.

    Thérèse, "susceptible comme un fil dénudé", qui "même fringuée de paillettes à la proue d'une école de samba, garderait cette raideur inoxydable que lui confère l'intimité des astres".

    Clara "et son inséparable appareil photo", Clara, le "duvet d'âme", qui s'interpose toujours entre les querelleurs "à l'heure de l'engueulade quotidienne". 

    Jérémy, très inventif et turbulent, c'est lui qui imagine les noms ou surnoms des membres de la tribu.

    le Petit, qui n'a peur de rien sauf de ses cauchemars, qui ne peuvent être calmés qu'en lui posant ses lunettes rouges sur le nez.

    Verdun, née furieuse, "avec ses six mois d'existence et de colère, Verdun et ses petits poings serrés face au monde", est toujours prête à exploser.

    Dans La Petite Marchande de prose, naît C'est Un Ange, fils de Clara Malaussène et de Clarence de Saint-Hiver. C'est Un Ange, neveu de Benjamin Malaussène, ne connaîtra pas son père. 

    Partie intégrante de la famille, Julius le Chien, à l'odeur épouvantable, dont les crises d'épilepsie annoncent immanquablement un drame.

     

    Autour de la tribu Malaussène gravitent d'étonnants personnages :

    Julie Corrençon, fille d'un gouverneur colonial opiomane, belle et indépendante journaliste d'investigation, le grand amour de Benjamin.

    Loussa de Casamance, "ami en édition", ex-tirailleur sénégalais, qui rêve de traduire le Code civil en chinois.

    Hadouch Ben Tayeb, petit truand, ami d'enfance de Benjamin.

    Amar, le père de Hadouch Ben Tayeb, un restaurateur de Belleville.

    Yasmina, la femme d'Amar, leur "maman à tous".

    Mo le Mossi et Simon le Kabyle, lieutenants de Hadouch.

    Thian, inspecteur de police franco-vietnamien, le porteur attitré de la petite Verdun.

    Stojilkovicz, un Yougoslave qui traduit, en prison, Virgile en serbo-croate, après avoir lâché dans les rues de Belleville de vieilles dames armées jusqu'aux dents grâce à "un vieux stock de pétoires" afin qu'elles puissent se défendre.  

    Cissou la Neige, amateur de cocaïne, serrurier pour un huissier. Il remplace avant la saisie les meubles en bon état par du mobilier à jeter afin que les personnes en difficulté puissent conserver leurs biens.

    Et bien d'autres personnages ahurissants...

     

    L'éditrice, la reine Zabo, propose à Benjamin d'endosser le personnage d'un écrivain à succès, mais anonyme, J.L.B. (J.L. Babel), la "machine à best-sellers, la poule aux encriers d'or". De péripéties rocambolesques en situations macabres toujours pimentées d'humour, le lecteur se mêle, sans jamais se lasser, à la tribu Malaussène et aux rebondissements incessants nés de l'imagination fertile de Daniel Pennac...

     

     

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    Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1995). Téléfilm italien (2001) de Roberto Capanna d'après le roman Monsieur Malaussène par Daniel Pennac. 

    "- La suite ! réclamaient les enfants. La suite ! La suite !

    Ma suite à moi c'est l'autre petit moi-même qui prépare ma relève dans le giron de Julie. Comme une femme est belle en ces premiers mois où elle vous fait l'honneur d'être deux ! Mais, Julie, crois-tu que ce soit raisonnable ? Julie, le crois-tu ? Franchement... hein ? Et toi, petit con, penses-tu que ce soit le monde, la famille, l'époque où te poser ? Pas encore là et déjà de mauvaises fréquentations !

    - La suite ! La suite !

    Ils y tenaient tellement à leur suite que moi, Benjamin Malaussène, frère de famille hautement responsable, bouc ressuscité, père potentiel, j'ai fini par me retrouver en prison, accusé de vingt et un meurtres.

    Tout ça pour un sombre trafic d'images en ce siècle Lumière.

    Alors, vous tenez vraiment à ce que je vous la raconte, la suite ? " (Quatrième de couverture)

     

    "Et ta future grand-mère apparut sur le seuil. Celle-là aussi, il faut que je te la présente. Elle a le cœur immédiat et l'entraille généreuse, ta future grand-mère. Benjamin-moi-même, Louna, Thérèse, Clara, Jérémy, le Petit, Verdun, nous autres de la tribu Malaussène, sommes tous les fruits de ses entrailles. Même Julius le Chien a pour elle des regards de puîné.

    Qu'est-ce que tu dis de ça, toi qui es le produit d'une longue interrogation procréatoire : "Faut-il faire des enfants dans le monde où nous sommes ? Le Divin Parano mérite-t-il qu'on ajoute à son œuvre ? Ai-je le droit d'enclencher un destin ? Ne sais-je point que mettre une vie en marche c'est lancer la mort à ses trousses ? [...] Tu crois qu'elle s'est posé ce genre de question, ta grand-mère ? Rien du tout ! Un enfant par coup de cœur, telle est sa loi. L'essai chaque fois transformé et le souvenir du papa aussitôt évacué. [...] Mais tu ne peux pas juger, toi, dans ton petit habitacle opalin... Il paraît que vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez, là-dedans, et que tout y baigne dans une lueur bleutée. Veinard... La seule chose que je t'envierai jamais : un bail de neuf mois dans le ventre de Julie." (Extraits pp. 27-28)

     

    Critique littéraire :

    "Sauver le Zèbre, le dernier cinéma de Belleville, que pouvait-il [...] arriver de pire [à Benjamin Malaussène] ? Monsieur Malaussène, bouquet final de la série, est un véritable feu d'artifice. Malaussène est impliqué simultanément dans deux affaires criminelles : l'assassinat en série de putes repenties qui ont la particularité d'avoir l'épiderme tatoué de tableaux de maîtres, et la quête sanglante d'un film extraordinaire qui doit être l'événement du Centenaire du cinéma. Dans le même temps, il se bat toujours contre les promoteurs qui font main basse sur Belleville et se débat dans les angoisses de la paternité. La grossesse de Julie, le combat pour sauver le Zèbre [...], l'héritage cinématographique du vieux Job et de Liesl (la nièce de Karl Craus), la maison piégée dans le Vercors, la grossesse de Gervaise, nonne, vierge et inspecteur de police, tout cela paraît sans rapport et finit pourtant par constituer un canevas presque logique." (Gérard Meudal, Libération, 1995. "L'Évangile selon Pennac : Monsieur Malaussène").

     

    Monsieur Malaussène et quelques nouveaux personnages :

    Maître La Herse, huissier de Belleville.  

    Clément Clément, Graine d'Huissier, étudiant stagiaire de La Herse.

    Nourdine et Leila, enfants amis de la tribu Malaussène.

    Suzanne O' Zyeux bleus (ainsi baptisée par Jérémy), la tenancière du cinéma le Zèbre.

    Gervaise, la fille du vieux Thian, vierge enceinte et inspecteur de police.

    Titus et Silistri, inspecteurs de police au grand banditisme détachés à la protection de Gervaise, accusés d'avoir engrossé Gervaise, la protectrice virginale de prostituées artistiquement tatouées.

    Pescatore, "barbeau toscan tatoué aux armes de saint Michel", veille aussi, avec ses anges noirs, "maquereaux repentis", sur Gervaise. Pescatore et ses anges noirs sont eux aussi soupçonnés d'avoir violé Gervaise. 

    Théo, "qui n'a jamais aimé que les blonds".

    Berthold, chirurgien, le "génie de la plomberie humaine".

    Marty, le médecin de la famille, "qui les avait tous sauvés deux ou trois fois d'une mort certaine".

    Matthias Fraenkhel, le gynécologue de Julie, "l'accoucheur des stars et des monarques".

    Barnabé Fraenkhel, fils de Matthias. Il éprouve une hostilité de sauvage envers la photographie ; il est la négation absolue du cinématographe.  

    Job Fraenkhel et sa femme Liesl, les parents de Matthias, tournent en secret depuis soixante-quinze ans le "Film Unique" qu'ils lèguent à Julie. Liesl, quatre-vingt-quatorze ans, refuse la morphine afin d'enregistrer sur son magnéto sa lente agonie 

    et... Maman. "C'était maman et ce n'était pas maman. C'était maman sans son intérieur. D'habitude maman n'arrive jamais seule. Elle arrive précédée de son ventre, d'habitude... annoncée par l'ambassade de son imminente maternité. Là, point de ventre. [...] No future." 

    Enfin, Monsieur Malaussène Malaussène (prénom : Monsieur Malaussène), dont je ne puis rien dire de plus afin de ne pas déflorer ce roman.

     

    Et toujours Benjamin Malaussène, "frère de famille hautement responsable", Cissou la Neige, "le sésame de la saisie, le rossignol de l'expulsion, le passe-partout favori du cabinet La Herse", Yasmina, la reine Zabo, éditrice du Talion, et la propre tribu de Benjamin : Clara, Thérèse, Louna, Jérémy, le Petit, Verdun, C'Est Un Ange, "Julie ma Julie" et "Julius mon chien". "Sans oublier la smala Ben Tayeb au grand complet", et d'autres encore...

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    Mais... n'est-ce pas Julius le Chien ?

    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     

    Soudain, se profile la destruction du dernier cinéma de Belleville, le Zèbre, transformé provisoirement en théâtre... et en dortoir, avec l'assentiment de Suzanne O' Zyeux bleus, par le bouillonnant Jérémy -la reine Zabo a décidé qu'il serait un grand écrivain- et les enfants Malaussène, à l'exception de Benjamin qui loge toujours dans une ancienne quincaillerie :

    "Le plus impressionnant, c'était le silence. Même Jérémy se taisait. Rayure après rayure, le zèbre avait bel et bien disparu. Jusqu'à laisser un trou gris ciel dans le fronton du cinéma.

    Tout Belleville avait vu l'animal se dissoudre dans l'espace.

    Mais, après tout, le zèbre n'était qu'une effigie de bois, un dessin sans épaisseur. Quand ils s'attaqueraient à la pierre, ce serait autre chose. Ils ne pourraient tout de même pas faire disparaître un cinéma ! Un cinéma, c'est un immeuble ! Ce n'est pas seulement une façade, c'est un ventre, avec un hall, un balcon, une scène, des sièges, les meubles de Belleville dans ses coulisses... la tripaille des câbles et des tuyauteries, le volume de toute chose... Ça ne s'efface pas comme ça ! [...]

    Le silence de la foule s'alourdit.

    Voilà que le bleu du fronton commençait à pâlir ! La couleur se diluait ! [...] Tout fut emporté. [...] Le vide rongeait les affiches collées sur la façade du Zèbre, à présent. Le vide éteignait les affiches une à une et dissolvait les murs. Le vide rampait silencieusement le long du trottoir, effaçant chaque pierre, et il ne resta bientôt plus qu'une grille de fer noir dressée au pied de la façade disparue. [...] Il ne restait plus que le cadenas doré, flottant seul dans l'espace. [...]

    Quelque chose d'inattendu était en train de se produire. Jérémy le comprit au regard furieux que le brigadier échangea avec le flic son voisin. Quelqu'un avait forcé le barrage. [...] Thérèse traversait le no man's land qui les séparait du cinéma, à grands pas, droite comme la justice, raide comme les matraques qui auraient dû l'en empêcher, seule au monde. Sa démarche avait l'autorité de celles qui ouvrent en deux la muraille des murs. Elle se dirigeait droit vers le cadenas flottant. [...]

    Là-bas, debout devant le vide, Thérèse sortit une clef de sa poche et ouvrit le cadenas. Puis on vit nettement l'effort de ses bras et chacun put entendre le grincement familier d'une grille invisible.

    Thérèse fit un pas en avant et disparut à son tour.

    Avalée par le néant."

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    Salle de spectacles Le Zèbre, quartier de Belleville, Paris

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Julie est à l'hôpital, "le ventre vide". Benjamin, fou de douleur, se lance dans une course insensée dont la description est un morceau d'anthologie !

    "J'ai avalé des couloirs et dévalé des escaliers, quelques flics se sont aplatis contre les murs, des dossiers se sont envolés, des têtes ont jailli, leurs portes ne s'étaient pas encore refermées que je sautais déjà par-dessus la Seine. Prenez un Malaussène, faites-lui mal, il court. Il pourrait réquisitionner un taxi, plonger dans le métro, s'accrocher à la queue d'un avion, non, il court ! Il met le trottoir en branle, engloutit l'asphalte, fait défiler les balcons au-dessus de sa tête. Les passants qui se retournent l'ont déjà perdu de vue, les marronniers n'ont pas le temps de se compter... il court, Malaussène, il court le plus droit possible et saute le plus haut qu'il peut, les chiens le sentent passer au-dessus de leurs truffes et les flics ne le voient pas traverser les carrefours, il développe sa foulée parmi les coups de gueule et de klaxon, le hurlement de la gomme et la stridulation des sifflets, l'envolée des pigeons et le coulé des chats au dos creux, il court, Malaussène, et on ne voit pas trop qui pourrait courir plus vite, faire ainsi tourner le monde sous ses pieds, si ce n'est un autre Malaussène peut-être, un autre malheur en mouvement, et tout compte fait ils doivent être nombreux ces coureurs affligés, si on en juge par la rotation de la terre, car elle tourne sous les pieds de l'homme qui court, la terre [...] "

     

     

     

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    Aux Fruits de la passion par Daniel Pennac. Roman (Éditions Gallimard, 1999).

     

    "La tribu Malaussène et ses proches ont le regret de vous annoncer le mariage de Thérèse Malaussène avec le comte Marie-Colbert de Roberval, conseiller référendaire de première classe.

    Cet avis tient lieu d'invitation."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "On devrait vivre a posteriori. On décide tout trop tôt. Je n'aurais jamais dû inviter ce type à dîner. Une reddition hâtive, aux conséquences désastreuses. Il faut dire que la pression était énorme. Toute la tribu s'était acharnée à me convaincre, chacun dans son registre, une puissance de feu terrible :

    - Comment, gueulait Jérémy, Thérèse est amoureuse et tu ne veux pas voir son mec ?

    - Je n'ai jamais dit ça.

    Louna a pris le relais :

    - Thérèse trouve un monsieur qui s'intéresse à elle, un phénomène aussi improbable qu'une tulipe sur la planète Mars, et tu t'en fiches ?

    - Je n'ai pas dit que je m'en fichais.

    - Même pas un chouia de curiosité, Benjamin ?

    Ça, c'était Clara, sa voix de velours...

    - Tu sais ce qu'il fait au moins, dans la vie, l'ami de Thérèse ? a demandé le Petit, derrière ses lunettes roses.

    - Des contes !

    - Des contes ?

    - C'est ce qu'a dit Thérèse : il fait des contes !

    Interdire notre quincaillerie à un conteur, c'était anéantir le système de valeurs du Petit. De ma propre personne à Loussa de Casamance, en passant par l'ami Théo, le vieux Risson, Clément Clément, Thian, Yasmina ou Cissou la Neige, le Petit n'avait rien fréquenté d'autre depuis sa naissance.

    - C'est vrai, ai-je demandé un peu plus tard à Julie, ce thérèsophile est un conteur ?

    - Conteur ou garagiste, a répondu Julie, il faudra que tu y passes, autant céder tout de suite. Organise un dîner." (Extrait pp. 15-16)

     

    Dès les premières pages, le lecteur est remis en présence de certaines de ses anciennes connaissances appartenant à la tribu Malaussène et à ses satellites. Et voici Thérèse Malaussène amoureuse ! "Thérèse à la roideur si fragile !" Thérèse, la "spirite en verre de Murano. Tellement cassante..." . Voyant cette roseur soudaine sur les joues de Thérèse, Benjamin avait espéré une innocente tuberculose et placé tout son espoir dans le bacille de Koch. "On peut attraper la tuberculose par romantisme, Thérèse n'en manquait pas. Six mois d'antibiotiques et il n'y paraîtrait plus."

     

    Les nouveaux personnages : 

    Marie-Colbert de Roberval (MC2), conseiller à la Cour des comptes, époux de Thérèse.

    Charles-Henri de Roberval (CH2), frère de Marie-Colbert. Il s'est pendu.

    Le vieux Semelle, "dans l'emploi du grand-père-artisan-retraité-méritant [...] avec son couscous merguez, son costard-serpillière..."

    Rachida, la fille de Kader, le taxi.

    Mondine, une des protégées de Gervaise.

    Hervé, "l'amour momentané de la vie de Théo"

    Et... Maracuja Malaussène...

     

    Daniel Pennac, lors d'un entretien avec les Éditions Gallimard, évoque les contraintes d'écriture qu'il s'impose : "Il faut qu'il y ait une mort compensée par une naissance, une crise d'épilepsie de Julius le Chien, un cauchemar du Petit ou quelque chose d'équivalent. Et une conversion de stéréotypes. Ici, c'est ce procès bourgeois d'un mariage jugé inconvenant par une famille elle-même très inconvenante ! " 

    Source : http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/

    Benjamin consulte ses amis qui lui conseillent unanimement de laisser agir Thérèse. Il se rend à la crèche de Gervaise baptisée Aux fruits de la passion. Elle y emploie Clara qui arrive tous les matins avec Verdun, C'Est Un Ange et Monsieur Malaussène qui sont tous, eux aussi, des fruits de la passion.

    Voilà arrivé le soir de la présentation de Marie-Colbert de Roberval à la famille Malaussène. Ce n'était pas un conteur, mais un conseiller à la Cour des comptes. "Le Petit était encore à l'âge où on place ses espoirs dans l'homonymie ; il entendait ce qu'il voulait entendre."  Thérèse avait rencontré son futur époux à son travail : elle disait la bonne aventure dans une minuscule caravane tchèque posée sur quatre parpaings, boulevard de Ménilmontant, sous les murailles du Père-Lachaise, et MC2 était venu la consulter...

     

    Une version plus courte de ce roman a été publiée en feuilleton dans Le Nouvel Observateur, du 8 juillet au 27 août 1998, sous le titre La Passion selon Thérèse.

     

     

    Trois autres romans de Daniel Pennac complètent la saga Malaussène :

    . Au Bonheur des ogres (Gallimard, 1985)

    . La Fée Carabine (Gallimard, 1987)

    . Des Chrétiens et des Maures (Gallimard, 1999).

    Peut-être, un jour, poursuivrai-je cet article s'il a le bonheur de vous intéresser...

    Est-ce utile de préciser que j'ai beaucoup aimé cette famille fantasque, originale, dont chacun des membres est prêt aux actes les plus héroïques pour le sauvetage de l'un d'entre eux ?  

    Merci, Monsieur Daniel Pennac !

     

    Voir aussi, si vous le souhaitez, l'article : Daniel Pennac (2) Romans philosophiques et/ou rocambolesques.

     

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  • Carl Larsson, peintre suédois farouche et indépendant

     

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    Autoportrait par Carl Larsson (1895)

     

    Carl Larsson est un peintre suédois, aquarelliste, fresquiste et dessinateur. Il naît en 1853 à Stockholm et décède en 1919 à Sundborn en Suède.

     

    Meurtri par son enfance malheureuse dans le quartier le plus pauvre de Stockholm, il se décrit comme "un vilain petit prolétaire chétif, mal aimé, sans cesse houspillé...". Il fréquente une école pour les enfants des familles démunies où un professeur décèle son talent pour le dessin et la peinture. Ce professeur lui conseille de s'inscrire à la principskola de l'Académie royale des Arts de Suède fondée en 1773 par le roi Gustave III de Suède. Carl Larsson s'engage avec succès dans cette voie.

    Il reçoit la Médaille Royale, la plus haute distinction habituellement assortie d'une bourse d'études à l'étranger, mais l'Académie suédoise des Beaux-Arts lui refuse la bourse de voyage. Il se rend à Paris en 1876-1877 et passe plusieurs mois avec l'école de Barbizon.

    Afin d'échapper à la misère, il illustre des contes et travaille comme retoucheur-photographe, mais il est dépressif et ce triste état, qui ne l'a pas quitté depuis Stockholm, le poursuit à Paris. Le peintre est tenté de mettre fin à son existence.

    Le Salon de 1881 lui refuse une toile intitulée La Fille de la Sorcière.

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    La Fille de la Sorcière par Carl Larsson (1881)

     

    Carl Larsson découvre à Grez-sur-Loing, près de Fontainebleau, une communauté d'artistes scandinaves. Parmi eux se trouve Karin Bergöö, dont le père est un homme d'affaires suédois. Carl Larsson épouse Karin en 1883, qui lui inspire une aquarelle intitulée La Jeune Mariée.

    Georg Nordensvan, le biographe de Carl Larsson, trace en 1884 une étonnante description de l'artiste : "un volcan en ébullition au cratère ouvert à tous vents, un esprit inquiet oscillant d'un extrême à l'autre, s'essayant à tout, parfois désespéré au point de jeter sa palette contre les murs, parfois d'humeur exubérante, sourire jusqu'aux oreilles et regard fripon, agitant son bonnet de Pierrot, ou encore sombre et solitaire, convaincu que la paix de l'âme ne s'obtient que par une soumission absolue à la fatalité."

     

    Les Salons de 1883 et 1884 acceptent enfin des toiles de Carl Larsson.

    Ses aquarelles sont exécutées avec une grande finesse de trait, des nuances chaudes ou encore des teintes parfois translucides et vaporeuses. Il peint les joies simples de la campagne, des scènes tendres et touchantes de sa vie familiale -Karin et Carl Larsson ont huit enfants-, le charme de sa maison.

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    A Studio Idyll par Carl Larsson (1885)

    (Karin Larsson et sa fille Suzanne à Paris)

     

    Les jeunes artistes suédois souhaitent créer le "Salon des Opposants" à Stockholm, en 1885. Carl Larsson se charge d'organiser l'exposition qui obtient un vif succès.

    En 1886, Carl Larsson est nommé directeur de l'École du Musée d'Art de Göteborg, où il est également professeur.

     

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    Intérieur de la galerie Fürstenberg à Göteborg par Carl Larsson (1885)

     

    En 1889, le père de Karin offre au jeune couple la maison de Sundborn, un bien de famille, dans la région de Dalécarlie, province historique du centre de la Suède.

    Carl Larsson se voit attribuer les fresques monumentales du grand escalier du Musée national de Stockholm. Il conçoit six fresques à l'huile qui deviennent la cause de graves soucis car, au cours de leur réalisation, il contracte une maladie des yeux qui empire au fil des ans.

    Il peint les aquarelles destinées à l'album Notre Maison (1894-1896), série où il reproduit des intérieurs appartenant à des familles bourgeoises, friandes de ces élégants albums qui connaissent une importante diffusion. Les jeunes couples sur le point de fonder un foyer trouvent l'inspiration du décor de leur futur logis dans l'univers coloré de Carl Larsson. Ses aquarelles influencent toujours, au XXIe siècle, la décoration intérieure en Suède.

    En 1908 et 1909, il peint les aquarelles de l'album Du Côté du Soleil, éclatantes d'un bonheur peut-être factice, d'une félicité surfaite.

     

    Le peintre, farouche et indépendant, est loin de suivre le conformisme de la peinture suédoise. Cependant, ses œuvres plaisent à la bourgeoisie qui apprécie leur originalité et leur cachet pittoresque. Au-delà des influences françaises, il reste fidèle à l'art ancien des écoles du Nord et conserve l'amour du détail, du dessin précis aux contours sombres qui lui permet d'user avec bonheur de couleurs claires.

    Il écrit ses mémoires : Moi, puis il décède à Sundborn, en 1919, à la suite d'une hémorragie cérébrale.

     

    "Larsson invente un style où la ligne élégante contient la couleur vive. Cette solution esthétique, consensuelle, entre tradition classique (qui rappelle la manière du peintre français Ingres) et modernité impressionniste, plaît dans son pays comme à l'étranger." 

    (Source : https://www.connaissancedesarts.com/)

    En 2014, une exposition, intitulée "Carl Larsson, l'imagier de la Suède" et présentant cent vingt œuvres : aquarelles, peintures, estampes et meubles, s'est tenue au Petit Palais, à Paris.

    (Source : http://www.petitpalais.paris.fr)

    Voir aussi la sélection de visuels de l'exposition "Carl Larsson, l'imagier de la Suède" :

    http://www.spectacles-selection.com/ 

     

    L'écrivain français Philippe Delerm, sur France Inter, en 2014, s'exprime au sujet de l'exposition d'œuvres de Carl Larsson, "Rester du Côté du Soleil" : "La peinture de Larsson peut paraître semblable à des images d'Épinal, un rien mièvre, et trop sage. En fait, Larsson est un grand technicien de l'aquarelle, et derrière les images sages se cache beaucoup de mélancolie."

     

    Sources bibliographiques et biographiques :

    . Carl Larsson. Aquarelles par Bo Lindwall. Traduit du suédois par Anna Gibson (Édition Bibliothèque de l'image, 1994). 

    . Wikipédia.

     

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    Dans mes Albums d'Arts :

    L'Étang de Grez-sur-Loing (1883)

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    L'Étang de Grez-sur-Loing par Carl Larsson (1883)

     

    Des bâtiments gris et des arbres aux branches dénudées se reflètent dans l'étang ocré par les nuages glissant posément devant un soleil boudeur. Au premier plan, dans la partie de droite, Carl Larsson a usé des teintes vaporeuses et floues dont il aime tant la présence dans ses aquarelles pour peindre la rive, le chemin, les arbustes, un pot de terre renversé...

    Ces nuances vaporeuses se retrouvent dans l'étang et sur son autre rive. Du linge sèche au-dessus d'un champ, apportant une note d'intimité campagnarde. Devant le porche du bâtiment, des blocs disjoints servent de passerelle pour traverser l'étang.

    Une douce paix enveloppe ce paysage si calme dans sa simplicité...

     

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    Fleurs de pommier (1894) 

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    Fleurs de pommier par Carl Larsson (1894)

    Cette aquarelle dont le titre pétille d'humour, car la fillette, Brita, une des filles de Karin et Carl Larsson, qui enlace gracieusement un pommier en fleur tandis qu'elle esquisse de sa main libre soulevant le bord de sa robe une  ravissante révérence, pourrait, elle aussi, être qualifiée de fleurs de pommier tant ses joues couleur pomme d'api et son joli bonnet rose en dessinent une image d'enfant "craquante".

    Le pommier s'appuie sur un tuteur et se hâte de dépasser le toit de la maison familiale. Les couleurs du chemin qui mène à la maison aux chauds murs rouges située à l'arrière-plan, les végétations qui l'accompagnent, sont vaporeuses et transparentes.

    Carl Larsson a peint, avec la toile Fleurs de pommier, une charmante scène bucolique.

     

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    La Maison (1894-1896)

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    La Maison par Carl Larsson (1894-1896)

     

    Cette aquarelle, extraite de l'album "Notre Maison", me charme par la finesse de ses traits, par le rappel du procédé de la gravure avec ses contours sombres laissant éclater les joyeuses et chaudes couleurs de la maison familiale et les diverses nuances de la végétation foisonnante.

    Au premier plan, voici les vaporeuses arabesques des fleurs et des herbes. Approchons-nous de la maison pour voir cet arbre en fleur s'amusant à la dépasser afin de caresser le ciel. Une minuscule barrière verte se confond avec la végétation et semble dire au visiteur : "Le peintre m'a déposée là, tel un clin d'œil plein d'humour, car regardez bien tous les accès tracés par les arbustes !"

    Cette maison idyllique semble protéger, par le mystère de ses vitres sombres, le secret d'un paisible bonheur.

     

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    La Pêche aux écrevisses (1894-1896) 

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    La Pêche aux écrevisses par Carl Larsson (1894-1896)

     

    Cette aquarelle est également extraite de l'album "Notre Maison". Elle met en valeur les visages et les attitudes des deux jeunes femmes et des enfants qui occupent la moitié de la toile avec la table déjà préparée, l'abondante pêche d'écrevisses, le feu de bois et la barque.

    Deux hommes et un enfant, vus de dos, poursuivent leur fructueuse pêche dans une eau d'une grande pureté.

    Des arbres, peints avec une extrême finesse complètent la sensation de fraîcheur et l'atmosphère de paix régnant sur ce tableau qui dut subir de multiples reproductions, tant sur les passeports que sur des boîtes de produits de consommation...

     

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    Brita et moi (1895)

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     Brita et moi par Carl Larsson (1895)

     

    L'autoportrait de Carl Larsson est exécuté "surmonté" de sa fille Brita, rieuse et ravie de la situation malgré sa position instable sur les épaules de son père.

    À l'arrière-plan, on aperçoit la décoration conçue par Karin Larsson, cette dernière ayant mis fin à sa carrière artistique pour se consacrer à ses nombreux enfants et à son intérieur.

     

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    La Cuisine (1898)

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    La Cuisine par Carl Larsson (1898)

     

    La Cuisine est aussi une aquarelle extraite de l'album "Notre Maison" que les jeunes couples suédois consultent encore pour s'inspirer des décorations imaginées par Karin et Carl Larsson. La félicité règne dans ce tableau représentant une tranche de vie familiale empreinte de bonheur domestique.

    Au centre, Carl Larsson a peint deux de ses filles. La plus grande prépare du beurre à l'aide d'une baratte. La cadette suit attentivement les gestes de sa sœur. Au premier plan, à gauche, le peintre a placé une chaise d'une chaude couleur rouge, couleur qui égaye souvent les aquarelles de Carl Larsson dans l'album "Notre Maison". À droite, un chaton blanc se tient à côté d'une cuisinière en fonte et semble très intéressé par ce qu'il est seul à voir.

    À l'arrière-plan, à gauche, un tonneau vert, destiné sans doute à recevoir l'eau nécessaire à la cuisine, est posé sur le sol. Un petit récipient blanc, près du tonneau, contient probablement de l'eau pour le chaton. Un rideau au-dessus de la fenêtre entrouverte semble s'envoler au gré d'une fraîche brise...

     

    À lire aussi : une excellente description de La Cuisine dans le site http://pharouest.ac-rennes.fr

     

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    Une Fée (1899)

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    Une Fée par Carl Larsson (1899)

     

    J'avance avec une vive curiosité dans cette forêt enchanteresse, ce lieu sauvage paradisiaque où la végétation croît dans un merveilleux désordre et une débauche de couleurs tendres. Arbres, arbustes et fleurs aux nuances transparentes, vaporeuses encore dans cette aquarelle, me conduisent vers la Fée.

    Je découvre avec surprise une petite fille aux joues rouges et rebondies, une poupée qui détient ce lourd rôle de fée et serre contre elle un bouquet de fleurs qu'elle imprègne de sa tendresse avant, peut-être, de l'offrir aux humains qu'elle rencontrera dans cette forêt aux mille sortilèges... 

     

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  • Hommage aux héros

     

    HOMMAGE AUX HÉROS !

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    (source photographique : fr.123rf.com)

     

    Je voudrais rendre hommage à tous les héros qui, prêts à donner leur vie sans hésiter pour mettre fin aux massacres perpétrés par des terroristes, font preuve d'un courage exceptionnel.

     

    Que ces héros restent anonymes ou bien qu'ils soient médiatisés, qu'ils reçoivent ou non la Légion d'Honneur ou la Médaille d'une nation reconnaissante, ces hommes valeureux, ces belles âmes invincibles, méritent respect et hommages...

  • John William Waterhouse, peintre préraphaélite dans son univers mythologique

    john william waterhouse,peintre britannique,peintre des 19e et 20e siècles,préraphaélisme

    John William Waterhouse (vers 1886)

     

    John William Watherhouse (1849-1917), peintre britannique néoclassique et préraphaélite, naquit en Italie, à Rome. Ses parents, Isabela et William Waterhouse étaient peintres. Lorsque John William Waterhouse eut cinq ans, sa famille s'établit en Grande-Bretagne, à Londres.

    Le père de John William Waterhouse lui enseigna son art jusqu'à son admission à la Royal Academy, en 1870. Ses premières œuvres furent de facture très classique. En 1872, il exposa à la Société des Artistes britanniques. En 1874, à vingt-cinq ans, il présenta l'allégorie classique Sleep and his half-brother Death (Le Sommeil et son demi-frère la Mort) à l'exposition d'été de la Royal Academy où ce tableau fut très admiré. Presque tous les ans, jusqu'à sa mort, il poursuivit sa participation à l'exposition de la Royal Academy.

     

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    Sleep and his half-brother Death (Le Sommeil et son demi-frère la Mort)

    par John William Waterhouse (1874)

     

    Il voyageait régulièrement à l'étranger, surtout en Italie, de 1877 à 1880. Il épousa la fille d'un professeur d'art, Esther Kenworthy, en 1883. Le couple n'eut pas d'enfant.

    En 1895, John William Waterhouse fut élu membre de la Royal Academy of Arts. Le financier Alexandre Henderson (1850-1934) lui apporta son soutien et lui acheta de nombreux tableaux entre 1903 et 1917.

    Très admiré pour son imagination, John William Waterhouse fut l'un des peintres britanniques les plus appréciés du XIXe siècle. Il connut la célébrité grâce à ses tableaux de femmes inspirés des thèmes de la littérature anglaise et de la mythologie grecque. Il éprouvait une grande passion pour les mythes d'Homère et d'Ovide, tels qu'ils ont été interprétés par William Shakespeare, Alfred Tennyson et John Keats. J. W. Waterhouse créa un type distinctif de beauté féminine intemporelle qui domina sa peinture. Fasciné par les mythes d'enchanteresses, il consacra une partie de son œuvre à la représentation de femmes fatales au charme vénéneux.

     

    "Très connu de son vivant, John William Waterhouse disparaît ensuite rapidement dans le flot des peintres victoriens actifs à la fin du XIXe siècle. [...] Son éclectisme et son imagerie surannée expliquent en partie l'oubli dans lequel il tombe après sa mort. [...] On note cependant un regain d'intérêt pour sa peinture depuis les années 2000 : ses œuvres figurent désormais  dans plusieurs expositions monographiques ou collectives.

    Sans révolutionner l'art de son temps, Waterhouse modernise l'esthétique préraphaélite par une approche moins réaliste et plus poétique de la peinture. La liberté de traitement et la spontanéité d'exécution dont il fait preuve à partir des années 1880 [...] le placent en marge des dizaines d'artistes anglais qui, au tournant du siècle, peignent toujours les mêmes thèmes dans le même style." (Delphine Gervais de Lafond)

     

    "Il se révèle comme un "préraphaélite moderne", imprégné qu'il était de l'émotivité colorée de Rossetti, Millais et Holman Hunt, mais aussi entièrement pénétré par les innovations techniques captivantes qui surviennent en France à la fin du XIXe siècle." (Elizabeth Prettejohn)

     

    Bibliographie :

    . John William Waterhouse, le préraphaélite moderne par Delphine Gervais de Lafond (Éditions 50 Minutes, 2015).  

    . J. W. Waterhouse (1849-1917) : Le préraphélite moderne par Elizabeth Prettejohn (BAI, 2009).

     

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    Dans mes Albums d'Arts :

     

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    The Lady of Shalott (1888) par John William Waterhouse

     

    Le plus grand poète de l'ère victorienne, lord Alfred Tennyson (1809-1892) écrivit le célèbre poème romantique The Lady of Shalott, dont voici des extraits :

     

                    "La Dame de Shalott

    De chaque côté de la rivière s'étendent

    De longs champs d'orge et de seigle,

    Qui couvrent les plateaux et rejoignent le ciel ;

    Et à travers les champs la route mène

    Au très imposant Camelot ;

    Et les gens vont et viennent,

    Regardant où poussent les lys

    Autour d'une île là en bas,

    L'île de Shalott.

    [...]

    Quatre murs gris et quatre tours grises

    S'ouvrent sur un espace de fleurs,

    Et l'île silencieuse garde dans sa chaumière

    La Dame de Shalott.

    [...]

    Là, elle tisse de nuit et de jour

    Un tissu magique aux couleurs éclatantes,

    Elle a entendu une rumeur dire

    Qu'une malédiction s'abattrait sur elle si elle restait

    À regarder en bas vers Camelot.

    [...]

     Et parfois à travers le miroir bleu

    Les chevaliers vont à cheval deux par deux

    Elle n'a pas de loyal et fidèle chevalier,

    La Dame de Shalott.

    Mais dans son tissu elle se réjouit quand même

    De tisser les spectacles magiques de son miroir,

    Car souvent durant les nuits silencieuses

    Des funérailles avec parades, lumières,

    Et musique, allaient à Camelot ;

    [...] 

    Un bref salut des bords de sa chaumière,

    Il chevaucha entre les gerbes d'orge,

    Le soleil vint éclaboussant à travers les feuilles,

    Et s'enflamma sur les guêtres cuivrées

    Du brave Messire Lancelot.

    [...]

    Elle descendit et trouva une barque

    Laissée à l'eau au-dessous du saule,

    Et à l'angle de la proue elle écrivit

    La Dame de Shalott.

    [...]

    Et à la fin du jour

    Elle desserra la chaîne et s'allongea ;

    Le courant l'emporta au loin

    La Dame de Shalott. [...]"

    (Sir Alfred Tennyson)

     

    La Dame de Shalott, victime de la méchanceté d'une fée maléfique, reçut l'interdiction de regarder directement les spectacles et autres péripéties du monde extérieur. Condamnée à voir ce monde si vivant uniquement dans le reflet de son miroir, elle entreprit de tisser jour et nuit ce qu'elle apercevait, confiant à sa tapisserie les joies et chagrins éprouvés par des êtres humains dont elle ne pouvait qu'envier une existence dont elle était si cruellement éloignée.

    Par une journée ensoleillée, la Dame de Shalott aperçut Lancelot dans son miroir. Refusant de ne voir que le reflet du chevalier, elle abandonna son miroir pour véritablement l'observer et déclencha ainsi la malédiction annoncée par la fée. Sous la tempête qui se produisit alors, la Dame de Shalott s'enfuit de sa demeure, prit une barque, en recouvrit l'un des bords avec la longue tapisserie tissée durant toute sa captivité et inscrivit sur la proue de l'embarcation : "La Dame de Shalott". Elle navigua en chantant une complainte vers Camelot où se trouvait Messire Lancelot. Son sang se gela peu à peu et son corps fut trouvé par Lancelot, les dames et les chevaliers de Camelot qui prièrent pour le repos de son âme.

     

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    The Lady of Shalott (1888)

    par J. W. Waterhouse

     

    La Dame de Shalott, vêtue d'une robe blanche ornée d'une ceinture noire et de broderies ocre s'harmonisant avec la large tapisserie étendue sur la partie tribord de l'embarcation, tient la chaîne qui l'attache encore à la vie. Sa longue chevelure rousse semble parée pour affronter la tempête qui éteindra la dernière des trois chandelles, près de la proue, symbolisant la vie.

    La Dame de Shalott, qui tente d'échapper à un destin imposé dès sa naissance, est la seule touche de clarté du tableau. La barque, l'eau, la végétation automnale et, à l'arrière-plan, les arbres immenses créent un environnement sombre, étouffant, présage d'un drame inéluctable...

     

    Lien indiqué dans son commentaire par Jean-Claude que je remercie infiniment :

    https://www.youtube.com/  (The Lady of Shalott by Loreena McKennit with Lyrics)

      

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    Ulysse et les Sirènes (1891) par John William Waterhouse

     

    Ulysse, héros grec, roi légendaire d'Ithaque, fils de Laërte, époux de Pénélope et père de Télémaque, a ordonné à ses rameurs de se protéger de la musique et des voix des sirènes, réputées comme les plus belles du monde, mais aussi extrêmement dangereuses, car les marins, envoûtés par leurs chants, ne songent plus à diriger leur embarcation qui se fracasse contre les falaises. Les sirènes peuvent ainsi dévorer les cadavres. Ces génies funèbres et sanguinaires ont une tête et un buste de femme sur un corps d'oiseau. Les marins portent un bonnet emprisonnant leurs oreilles, J. W. Waterhouse ayant remplacé, pour une raison de visibilité, par des bonnets de diverses couleurs la cire d'abeille conseillée par la magicienne Circé.

    Ulysse, poussé par une intense curiosité, veut entendre les voix et les chants des sirènes. Il s'est fait attacher au mât et six sirènes convergent vers lui. Une septième tente d'envoûter un rameur.

    Le bateau semble être enfermé entre d'immenses falaises sombres et abruptes et son équipage livré à la perversité des sirènes au visage et à la somptueuse chevelure des femmes préraphaélites qu'aime peindre J. W. Waterhouse.

    Ulysse fixe intensément son regard sur deux yeux peints au creux de la poupe afin de ne pas succomber aux mélopées suggestives et fascinantes des sirènes. Conscients du péril qu'ils encourent, les marins rament vigoureusement pour éloigner le navire des hallucinantes musiciennes.

    Source : http://artifexinopere.com/?p=1136

     

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    Windflowers (1903) par John William Waterhouse

     

    John William Waterhouse a peint une série de tableaux de femmes luttant contre le vent dans des paysages bucoliques.

    Dans la toile Windflowers, une jeune femme vue de profil, le visage aux traits fins, de longs cheveux auburn, vêtue d'une tunique blanche aux bordures couleur des fleurs de l'impatiente (ou balsamine) assorties à sa robe dont on aperçoit les manches et le bas, avance pieds nus, résistant au vent qui la pousse. Elle maintient sa chevelure d'une main et, de l'autre, tente de protéger  dans un pan retroussé de sa tunique un bouquet de fleurs qu'elle vient de cueillir.

    La végétation ployant sous le vent, les innombrables fleurs des champs entourant la jeune femme, le ruisseau qui traverse le paysage, les arbres en fleur contribuent à la charmante poésie de ce tableau. À l'arrière-plan, les montagnes mauves que l'on aperçoit entre les arbres verdoyants prolongent cette harmonie de douces nuances.

     

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    Boréas (1903) par John William Waterhouse

     

    Avec la toile Boréas John William Waterhouse peint une jeune femme brune, vue de profil, aux traits fins, drapée dans un voile indigo qui l'enserre gracieusement. Un de ses bras est dénudé et maintient en un geste charmant le voile sur sa tête alors que le tissu, gonflé par le souffle puissant du vent du nord, dont la personnification est Borée dans la mythologie grecque, se transforme en une corolle semblant vouloir protéger le visage de la jeune femme. Une fleur blanche est posée sur son oreille. Sa robe d'un bleu profond, également en voile, est ornée de fleurs.

    Parmi la végétation sombre, quelques fleurs blanches apportent des notes claires, tandis qu'à l'arrière-plan d'énormes nuages floconneux, d'une blancheur de neige, sont, comme la jeune femme qui résiste, poussés par le vent du nord.

     

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    Ophelia (1910) par John William Waterhouse

     

    John William Waterhouse a peint trois versions de la mort d'Ophélie, mais aucune d'entre elles ne montre l'héroïne shakespearienne se noyant, contrairement aux toiles conçues par John Everett Millais, peintre britannique (Ophélie, 1851 - 1852), et par les peintres français Eugène Delacroix (La Mort d'Ophélie, 1853, entre autres tableaux d'une série représentant la mort d'Ophélie) et par Alexandre Cabanel (Ophélie, 1883).

     

    Ophélie, ou Ophelia, a inspiré de nombreux peintres du XIXe siècle. Personnage de la tragédie Hamlet (ou La Tragique Histoire d'Hamlet, prince de Danemark, 1603) de William Shakespeare, Ophélie est la fille de Polonius, chambellan et conseiller du roi du Danemark. Bouleversée par le gâtisme de son père, la jalousie de son frère et l'attitude incompréhensible de Hamlet qui feint de ne pas l'aimer, elle devient folle et se noie.

    "C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts." (Extrait des Œuvres complètes de William Shakespeare, tome 1, 1859, Paris, Pagnerre - cité par Delphine Gervais de Lafond).

     

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    Ophélie (1851-1852) par John Everett Millais

     

    Le poète français, génie précoce, Arthur Rimbaud (1854-1891), fut aussi inspiré par la triste Ophélie :

     

                                      "Ophélie

                                              I

    Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles

    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

    Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...

    - On entend dans les bois lointains des hallalis.

     

    Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

    Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;

    Voici plus de mille ans que sa douce folie

    Murmure sa romance à la brise du soir.

     

    Le vent baise ses seins et déploie en corolle

    Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

    Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

    Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

     

    Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;

    Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

    Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :

    - Un chant mystérieux tombe des astres d'or."

     

                                          II

    Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !

    Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

    - C'est que les vents tombants des grands monts de Norwège

    T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

     

    C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,

    À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;

    Que ton cœur écoutait le chant de la Nature

    Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

     

    C'est que la voix des mers folles, immense râle,

    Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;

    C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,

    Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

     

    Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !

    Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

    Tes grandes visions étranglaient ta parole

    - Et l'Infini terrible effara ton œil bleu ! 

     

                                       III

    Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles

    Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,

    Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,

    La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys."

    (Arthur Rimbaud)

     

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    Ophelia (1910) par J. W. Waterhouse

     

    John William Waterhouse a peint ici une jeune femme au masque tragique, l'air égaré. Ses longs cheveux, d'une couleur proche de celle de l'arbre auquel elle s'appuie un instant, le corps penché en avant, peut-être dans sa course folle à la rencontre de la Mort, sont parsemés de fleurs sauvages.

    Elle tient dans un pan de sa robe deux bouquets de fleurs. À l'arrière-plan, sur un pont en bois, deux femmes la regardent, tandis qu'Ophelia leur tourne le dos. Derrière elle, des nénuphars, sur l'eau, semblent attendre l'imminente fin tragique de la pauvre désespérée.  

     

    Bibliographie : Sir John Everett Millais et l'obsession du détail par Delphine Gervais de Lafond (Éditions 50 Minutes). 

     

    Autres liens indiqués dans son commentaire par Jean-Claude (grand merci à ce Lecteur) :

    http://likeamelody.fr/ (Vintage : Nick Cave et Kylie Minogue - Where the Wild Roses Grow)

    . http://www.universalmusic.fr/2434-alain-bashung (Alain Bashung : Fantaisie Militaire) 

    . http://disc-cover (P J Harvey et Ophelia).

     

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    Prochainement, nous irons, si vous le souhaitez, chers Lectrices et Lecteurs, à la rencontre d'un écrivain français contemporain.

     

  • Afin de ne jamais oublier...

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    Fraternité des peuples

     

    attentats de paris et de bruxelles

    C'était le 22 mars 2016... (dessin de Plantu)

    attentats de paris et de bruxelles

    (dessin de @BIDUDessinateur)

     

    attentats de paris et de bruxelles

     

    ASSEZ !

    (Dessin du 12 juin 2016)

     

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    (Dessin par @ChaunuSpectacle)

     

  • Yann Queffélec, l'écrivain d'un sombre univers

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    Yann Queffélec (en 2013)

    (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Yann Queffélec (né à Paris en 1949), fils de l'écrivain breton Henri Queffélec (Brest, 1910 - Maisons-Laffitte, 1992), est un écrivain français, auteur de nombreux romans et essais ainsi que d'un recueil de poèmes. Il a écrit les textes des chansons du dixième album de l'auteur-compositeur-interprète français Pierre Bachelet : La Ville ainsi soit-il (1995). 

    Yann Queffélec est diplômé de l'ICART (Institut supérieur des Carrières Artistiques) à Paris. Très attaché à la Bretagne, et plus particulièrement à l'Aber-Ildut dans le Finistère,  fervent amoureux de la mer, il a été moniteur à l'école de voile "Jeunesse et Marine" et a navigué avec Éric Tabarly (1931-1998). Il en a écrit la biographie : Tabarly (Fayard l'Archipel, 2008).

     

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    L'Aber-Ildut

    (source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Les romans de Yann Queffélec s'inspirent d'un univers sombre. Ses héros sont écorchés vifs, souvent victimes de relations familiales d'une extrême dureté, et se débattent au sein de la violence sociale.   

    Yann Queffélec est critique littéraire au Nouvel Observateur. Il a reçu le Prix Goncourt 1985 pour son deuxième roman, Les Noces barbares. Il a obtenu pour La Femme sous l'horizon le Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988, et le Prix Relay 1994 pour Disparue dans la nuit

     

     

    Bibliographie : 

    Romans, essais, biographies, livres pour enfants :yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

     

    1981. Béla Bartók (biographie. Mazarine. 1993, Stock)

    1983. Le Charme noir (roman. Gallimard)

    1985. Les Noces barbares (roman. Gallimard) Prix Goncourt 1985

    1988. La Femme sous l'horizon (roman. Julliard) Prix Vogue Homme, Roman et Cinéma 1988

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    1990. Le Maître des Chimères (roman. Julliard)

    1992. Prends garde au loup (roman. Julliard)

    1994. Disparue dans la nuit (roman. Grasset) Prix Relay 1994

    1994. Le Soleil se lève à l'ouest (photographies de Jean-Marc Durou. Récit. Laffont)

    1994. Le Poisson qui renifle (livre pour enfants. Nathan)

    1994. Le Pingouin mégamélomane (livre pour enfants. Nathan)

    1995. La Menace ou Noir Animal (roman. Christian de Bartillat)

    1996. Et la Force d'aimer (roman. Grasset)

    1996. Horizons (photographies de Philip Plisson. Le Chêne)

    1998. La Boîte à joujoux (avec Hervé Blondon. Conte musical sur la musique de La Boîte à joujoux, ballet pour enfants de Claude Debussy. Livre K7. Nathan)

    1998. Happy Birthday Sara (roman. Grasset)

    1999. Toi, l'Horizon (Cercle d'art)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2000. Osmose (roman. Laffont)

    2002. Boris après l'amour (roman.Fayard) Prix Breizh 2003

    2002. Idoles (peintures de Jeanne Champion. Cercle d'art)

    2002. La Mer (photographies de Philip Plisson. Éditions de la Martinière)

    2002. Tendre est la Mer (photographies de Philip Plisson. Récit. Éditions de la Martinière)

    2003. Vert cruel (roman. Bartillat)

    2004. Moi et Toi (roman. Fayard)

    2004. Les Affamés (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2004. Les Soleils de la nuit (roman. Le Livre de Poche)

    2005. La Dégustation (roman. Fayard)

    2005. Ma Première Femme (roman. Fayard)

    2006. L'Amante (roman. Fayard)

    2006. Mineure (roman. Lafon)

    2007. Le Plus heureux des Hommes (roman. Fayard)

    2007. L'Amour est fou (roman. Fayard)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

    2008. Passions criminelles (écrit avec Mireille Dumas. Témoignages romancés. Fayard)

    2008. Barbaque (roman. Fayard)

    2008. Tabarly (biographie. Fayard - L'Archipel)

    2009. Adieu Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher)

    2009. La Puissance des corps (roman. Fayard)

    2009. Le Piano de ma mère (récit. L'Archipel)

    2009. Bretagne horizons. Carnet de bord d'un pêcheur d'images (Photographies de Philip Plisson. Éditions du Chêne)

    2010. Les Oubliés du vent (nouvelles. Éditions du Rocher)yann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,osmose de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de bachelet paroles de queffélec,prends garde au loup de yann queffélec,moi et toi de yann queffélec,disparue dans la nuit

    2010. Les Sables du Jubaland (roman. Plon)

    2011. Beau Parleur (roman. L'Archipel)

    2012. The Savage Wedding (roman. Traduit de l'anglais par Linda Coverdale. Capuchin Classics) 

    2013. Dictionnaire amoureux de la Bretagne ("dictionnaire-roman". Plon)

    2013. La Traversée du Petit Poucet (Recueil de chroniques littéraires. Éditions du Rocher)

    2014. Chaque jour est une finyann queffélec,écrivain français,tabarly par yann queffélec,les noces barbares de yann queffélec,la ville ainsi soit-il de pierre bachelet paroles de yann queffé

    2014. Désirable (Roman. Cherche-Midi)

    2014. On l'appelait Bugaled Breizh (document-fiction. Éditions du Rocher - L'Archipel)

    2014. Ma Nuit d'Armor (autobiographie. Seuil)

    2015. L'Homme de ma vie (récit. Guérin  - Paulsen) Prix des Hussards 2016

    2016. L'Ennemie dans la peau (roman. Archipel)

     

    Plusieurs livres de Yann Queffélec ont été réédités par les Éditions Le Livre de Poche.

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture : 

     

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    Les Noces barbares de Yann Queffélec. Roman. Éditions Gallimard. 1985. Prix Goncourt 1985.

     

    "La fatalité d'un mal-aimé par Yann Queffélec

    Le roman donne à l'écrivain tous les pouvoirs. Inventer ses contraires, brosser les situations les plus inouïes comme s'il en avait forcément l'expérience, annexer des lieux où il n'a jamais mis les pieds, tuer ses congénères, déployer à sa convenance un réalisme si dur soit-il, pourvu qu'il soit tonifié par l'écriture, innocenté, détourner le lecteur de ses goûts et préjugés le temps d'une histoire si bien mise en scène qu'il ne peut s'en arracher. [...] 

    L'imagination, dans mon cas, naît la plume à la main. C'est une électricité qu'engendre avec plus ou moins d'intensité le contact de la feuille et du stylo. Autrement dit, j'ai commencé Les Noces barbares avec un minimum d'intentions, de préméditation, et c'est à force de gratter des pages que j'ai fini par rencontrer mes personnages et mon sujet. Il s'agirait d'un enfant rejeté par son milieu familial, et notamment par sa mère, pour des mobiles dont je n'avais pas encore le détail. La solitude et le dénuement affectif le rendraient sinon fou, du moins bizarre, inapte aux comportements dits normaux. Et ce serait la conscience tranquille, avec le prétexte en or de la débilité, que sa mère le ferait un jour enfermer dans un institut spécialisé. Le lecteur - et même l'auteur - devrait à la fin se poser au moins deux questions : Ludovic était-il ou non faible d'esprit ? Être un enfant mal aimé peut-il réduire quiconque à la folie ? [...]" (Yann Queffélec)

     

    Critiques littéraires :

    "Un livre très beau

    Sur un sujet terrible, Yann Queffélec a écrit un roman poignant et sombre qui tirerait des larmes à une montagne de glace. Son style, plus sobre, plus lisse que dans Le Charme noir, peint à merveille l'innocence et la démence de Ludo. Les dialogues sonnent aussi juste dans le cancan du boulanger, la méchanceté de l'infirmière, ou les chagrins du mécano, que dans les répliques adorables du pauvre Ludo. [...]" (Dominique Bona, Le Quotidien de Paris, extrait)

     

    "Une écriture efficace

    Avec son deuxième roman, Les Noces barbares, Yann Queffélec joue les premiers de la classe. Son livre possède la force, le souffle poétique sans lequel tout récit s'encalmine misérablement, une écriture efficace dans tous les registres des personnages de chair et d'os, de ceux qui peuplent la mémoire. (...) Queffélec est un "hyperréaliste" de l'écriture. À traquer le vrai dans le vrai, il transgresse les limites du regard et passe de l'autre côté. Univers sans ombre, éclairé au scialytique, insoutenable. (...) On s'en veut de résumer si mal un livre qui, de toutes parts, déchire, exalte, enfièvre le lecteur. Il vaut mieux qu'un prix littéraire et poser des lauriers là-dessus serait dérisoire. Mais puisque ce dérisoire-là est le moyen de vivre des écrivains, il serait inconvenant de ne pas le faire..." (Jean David, V.S.D.) 

     

    "Bourré de talent

    On défie quiconque de ne pas être bouleversé à chaque page. Queffélec est un romancier, au pur sens du terme, qui sait raconter une histoire et se mettre à la place de tous les protagonistes et nous faire partager la détresse de Ludovic. On avait un peu perdu l'habitude de rencontrer une telle puissance, une pareille invention. Bourré de talent, il réussit à se tirer de toutes les situations. Il a choisi l'économie des moyens. On chercherait en vain un reproche à lui adresser. Il y a des jours où la critique devient quelque chose d'assez dérisoire, des jours où l'on a envie de prononcer ce seul mot : lisez !" (Éric Neuhoff, Madame Figaro)

     

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    (Source photographique : http://fr.123rf.com/)

     "Une réussite entière

    Enfin un roman, un vrai ! (...) La réussite est entière parce que l'auteur allie deux dons rares : celui des petits faits vrais et celui des grandes perspectives.

    Les destins des personnages sont cernés avec un sens aigu de l'observation ; leurs propos, notamment, annoncent un grand dialoguiste de l'âpreté à la Pialat. Queffélec se tire parfaitement de la difficulté majeure qu'il y a à faire parler naturellement des êtres frustes et frustrés, des enfants, des malades. Les reparties et les monologues intérieurs de Ludo suggèrent tout à fait le non-sens des phrases apprises, aussi longtemps qu'un manque affectif empêche l'enfant de s'approprier la parole. Avec ce réalisme mordant coexiste un talent descriptif qui n'exclut pas l'image de poète et qui se déploie particulièrement dans la dernière partie, aux accents de légende." (Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde

      

    "Un roman fascinant

    Les Noces barbares est un roman fascinant et fasciné. Yann Queffélec se promène dans ce monde de chimères avec une présicion, une sûreté rares. Certaines séquences - celle du viol de Nicole, le passage chez les dingues - sont époustouflantes. (...) Le roman de Queffélec est un livre superbement accompli, dans sa violence et sa poésie. Mais ce qu'il y a de plus beau et surtout de plus émouvant en fin de compte dans ce texte, c'est ce qui touche le plus au cœur de l'auteur : la mer." (Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur

     

    "Un vrai grand livre

    Un vrai grand livre. À propos de ces Noces barbares de Yann Queffélec, que le Prix Goncourt vient de couronner, on serait même tenté d'écrire : un chef-d'œuvre, si le mot n'était aussi galvaudé. En tout cas, un roman magnifiquement conduit qui est, à coup sûr, le plus poignant de tous ceux de cette abondante rentrée. (...) Mais ce qui  rend ce roman tellement unique, c'est l'art, l'émotion, la mesure, le lyrisme maîtrisé avec lesquels Yann Queffélec (trente-six ans) reconstruit de l'intérieur cette lente agonie d'une âme - et son dérisoire combat pour survivre." (Jacques Prezelin, France-Soir Magazine

     

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    Voilà quelques mois, j'ouvris Les Noces barbares et, terrifiée, immergée dans une sensation d'horreur indescriptible, ressentant la souffrance de cette fillette de treize ans, Nicole, imaginant l'atrocité du drame qui la détruisait à tout jamais, je fus incapable, dans un premier temps, de poursuivre ma lecture. Puis, je décidai, ce difficile cap franchi, de plonger toujours plus profondément dans la découverte d'une vie meurtrie si cruellement dès l'adolescence.

    Stupéfaite,  bouleversée, je vis que Nicole était bien loin d'être le personnage principal de ce livre. Ludovic, l'enfant de l'injustice, l'enfant émouvant, le gamin étrange, assoiffé de l'amour de sa mère, le garçonnet que la privation de soins et d'affection risquait de transformer en enfant débile, Ludovic était le véritable héros des Noces barbares.

     

    "Des pas et des voix résonnaient au loin. L'enfant prêta l'oreille et reposa la tête de poisson qu'il finissait de polir avec l'ongle du pouce, le seul qu'il ne rongeât pas. Il se mit aux aguets. De sa cabane aérienne, on pouvait surveiller l'entrée du grenier par les judas ménagés dans la toile à sac. La clé tourna. Nicole apparut la première, devançant Nanette qui pendit au perroquet sa pèlerine mouillée.

    "C'est pas de la pluie, c'est de la soupe !... Alors, où c'est qu'il a bien pu se fourrer encore ?

    - Là-haut, comme d'habitude, soupira Nicole d'un ton blasé.

    - C'est un vrai singe, s'émerveilla Nanette à voix basse. Tout comme Brieuc. Fallait toujours jouer à le retrouver."

    Puis à la cantonade et la tête levée : "C'est trop dur pour son âge de grimper. Faut déjà être agile, et drôlement costaud."

    Ludo laissa tomber par une fente une tête de mulet raclée jusqu'à l'os. Il en avait une dizaine ainsi qu'il conservait dans son mirador, jouant à se mordre les doigts avec les minuscules dents acérées.

    "Tiens ! une gueule de poisson, lança Nanette en la ramassant. Voilà qu'il pleut du poisson maintenant. Mais moi, c'est Ludo que je viens voir. À moins qu'une vilaine sorcière ait changé mon Ludovic en mulet. On ne sait...

    - ... À quoi ça sert, trancha Nicole aigrement. Tu sais très bien qu'il est là."

    Et prenant un balai contre l'armoire, elle vint aiguillonner la toile où se découpait l'ombre d'un corps tapi. [...]

     

    Il ne se souvenait pas d'avoir habité d'abord l'étage au-dessous, d'avoir eu mal entre sa mère et sa grand-mère qui lui faisait avaler des biberons trop chauds ou trop froids - s'il en crevait ce serait parfait. Ni d'avoir été battu, trimballé, bâillonné dans son berceau - "comme ça on a la paix". Ni d'avoir entendu cauchemarder Nicole au souvenir du viol, voulant la mettre au feu, cette plaie ! Ni cette nuit-là d'avoir frôlé la mort au fournil : il avait fallu que Monsieur Blanchard ceinturât sa fille et lui arrachât l'enfant, pour l'empêcher d'ouvrir le four où lui-même avait incinéré toutes ses poupées, tous ses baigneurs en apprenant sa grossesse - "ah catin ! tu vas pouvoir y jouer, maintenant ! et pour de bon, à la maman !" (Extrait)

     

    Je n'ai jamais regretté d'avoir enfin dévoré ce livre jusqu'à l'ultime page. Un livre que l'on ne peut oublier...


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    Disparue dans la Nuit de Yann Queffélec. Roman. Grasset, 1994. Prix Relay 1994.

     

     "Dans la nuit, deux adolescents roulent à tombeau ouvert. Un cargo les attend au port. Momo, quatorze ans, l'enfant des cités Nord de Marseille, conduit la voiture volée. À son côté, Léna, la lycéenne blonde et fugueuse qu'il veut emmener au Maroc.

    "Tu te rends compte que tu couches avec la fille d'un flic, toi qui n'as pas de papelards, pas de boulot, rien qu'une petite gueule d'Arabe en fuite ? Et en plus, je suis mineure. Mineure et foutue."

    À quoi Momo veut-il échapper ? Est-ce Léna qui l'obsède ou la vengeance de Karim, son frère aîné, le puissant dealer qu'il a dénoncé à la police ? Est-ce par amour qu'il se sacrifie, ou par peur ?

    Quant à Léna, c'est bien l'amour qui la mène où qu'elle aille. L'amour sans espoir des interdits et des libertés volées. Elle a épuisé tous les chantages pour décider son père à revivre sous le toit familial, et à l'aimer. Trahie, rejetée, fautive, elle erre dans la nuit, elle hante la zone, à corps perdu pour sauver son âme." (Quatrième de couverture)

     

    "Il a dit d'avancer alors elle avance. Il y a si longtemps qu'elle n'a pas marché dehors. Elle reconnaît la nuit qui vient par vagues, l'ombre, les étoiles, le vent, le silence, et par vagues aussi la rumeur de l'autoroute au bas des collines. La mer et la nuit se mélangent comme une chanson. Elle suit Momo qui se retourne sans cesse et crie : "Magne-toi, Léna. Qu'est-ce que tu fous ?" Ses baskets lui font mal. Elle a coupé les bouts, supprimé les lacets. Il dit qu'il lui paiera des baskets neuves et des fringues. Ils ont vendu ses boucles d'oreilles et mis l'argent de côté. Il dit qu'il la protégera. On verra bien. Il dit qu'il n'est pas méchant. Si les gens savaient, il n'aurait plus qu'à leur donner ses yeux pour pleurer. [...]" (Extrait)

     

    Momo drogue Léna depuis un an et la séquestre. Sans elle, il est perdu. Sans les comprimés de pâte à mâcher euphorisante qu'il lui fournit, elle est perdue. Il porte le blouson de cuir volé à son frère Karim contenant de l'héroïne pure, des pilules d'Ecstasy, du chanvre indien et trois cent mille nouveaux francs répartis sous la doublure. Il veut aller au Maroc pour devenir berger et garagiste, mais pas sans Léna. "Elle pourrait vraiment lui faire avaler la lune. Elle aime quand il souffre et quand il a peur. Chaque fois elle trouve un nouveau truc pour le foutre en l'air et ne l'en aimer que plus. L'intox du dealer qui s'envoie la fille d'un flic, c'est un vrai tube, elle en chialerait d'attendrissement. On dirait qu'il est déjà sur la chaise électrique."

    David, le père de Léna est policier, "pas un flic de terrain. Il enseigne. C'est beau le devoir civique." Il ne peut oublier un amour d'enfance, Muriel, mais il épouse Fabienne. Délaissant sa femme et sa fille, il s'accorde souvent des congés intempestifs. Léna lui glisse des mots dans ses poches : "Je t'en supplie, papa, ne pars plus."

    Provocations, tenues vestimentaires extravagantes, insolences, innombrables messages, errances dans les quartiers "où la police ne s'aventure pas" et fugues, Léna tente douloureusement d'attirer le regard de son père, de le contraindre à s'évader de son égoïsme... 

      

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    Osmose de Yann Queffélec. Roman. Éditions Robert Laffont, 2000.

    "Sur une plage au crépuscule, des adolescents écoutent l'un d'entre eux raconter une histoire. Belle histoire ? Un crime.

    Désertas est un îlot pénitentiaire, nul ne sait où. Pierre vient d'arriver. Soumis à la loi des jeunes criminels, il doit avouer.

    Il raconte les riches heures où ses parents s'aimaient, où son père, un embobineur, croyait tirer les ficelles et répartir les rôles, où les secrets restaient secrets. Jusqu'au soir où sa mère disparaît. J'allais avoir six ans, les Delfonics tournaient, le vent secouait les rideaux, la nuit menaçait de tout emporter, je me réveillais dans un livre habité par des bûcherons réduits à manger leurs enfants, un rêve où mon père se profile à la manière d'un voleur, arrivant chez lui débraillé, pâle, sa veste noire parsemée de flocons : il referme à clé, il va boire à l'évier avec le bruit d'un animal en train de mourir, pendant que moi je vois ses mocassins enneigés et son pantalon trempé. De nous deux lequel est le plus effrayé quand nos regards se croisent ?

    À dire ce qu'il n'a jamais dit, à revivre ce que la veille encore il voulait oublier, Pierre entre pour la première fois en lui-même, il ose affronter son père et se résout à lui ressembler."

    (Quatrième de couverture)

     

    "Le cargo Désertas se traînait vers l'horizon. Pierre somnolait à l'avant, assis sur le treuil. Il aurait bien voulu s'allonger, mais la tôle était brûlante. Elle tiédissait dans la soirée, elle était gelée la nuit. Dès qu'il bougeait, les menottes tintaient. Il avait une main libre, l'autre reliée par un bracelet d'inox à la chaîne d'ancre. Elle vibrait, le bracelet vibrait, c'était douloureux. Pourvu qu'ils ne jettent pas l'ancre."

    (Extrait)

     

    Marc roulait vite pour retrouver, dans un "minable bled" où il ne se passait jamais rien, Nelly qu'il aimait d'un "amour à vif, étranglé". Il voulait lui faire payer, ce soir, cet amour qu'elle humiliait depuis des mois, "aux crochets duquel ils vivaient grassement, elle et son horrible gosse. Deux sangsues". Marc, qui ne connaît pas l'identité du père biologique de Pierre, lui a donné son nom.

    Le repas préparé par Nelly n'était qu'un piège. Sans un mot, elle enfourcha sa vieille moto et s'enfuit. Marc, ivre, la suivit en voiture, revivant "chaque dispute où la jalousie l'avait fauché". Elle revint à sa rencontre, tenta encore de l'éviter...

    "Elle est où maman ?" [...]

    "Mais tant qu'il eut des anniversaires elle ne fut pas là ; le feu aurait pu s'éteindre sur toutes les bougies du monde et de tous les âges sans qu'elle revienne."

    Des années de mensonges, de voyages à Paris pour rencontrer une improbable mère. L'osmose entre la mère et l'enfant s'était effondrée, comme celle entre Nelly et Marc auparavant. Le père s'est attaché à Pierre et, devenus inséparables, ils vivent en parfaite osmose dans un monde étouffant de mensonges quotidiens, de non-dit qui les oppressent.

     

       

     

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    Moi et Toi de Yann Queffélec (roman. Éditions Fayard, 2004).

     

    "Il est amoureux mais incapable d'aimer.

    Elle fait monter la pression atmosphérique, elle rend l'air suffocant.

    Ils connaissent tous les trucs du jeu mortel qui consiste, pour les époux, à se faire aussi mal qu'ils se font bien l'amour, jusqu'à ce que l'un des deux, touché, soit coulé.

    Il revient de loin, ce couple modèle, et qui sait par quel aveuglement il se croit né sous le signe du grand amour."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "Dominant les pointus provençaux, une vedette en bois bleue se dandine entre ses amarres. Elle est là depuis toujours, au-dessus d'un herbier. La peinture est fendillée, la flottaison tapissée d'une mousse verdâtre et les carreaux crasseux ; les vernis du rouf ont perdu leur brillant. Sur les joues de pitchpin vissées à l'étrave on peut lire un nom gravé :

    SUDOUNOR

    Selon la rumeur, les derniers à l'avoir fait sortir en mer sont les doryphores de la Kriegsmarine, en vue d'un déminage où elle aurait dû sauter. Après la guerre un Anglais l'a rachetée aux Domaines et voulait la rebaptiser YOU AND ME. Il est mort à Brisbane entre-temps."

    (Extrait)

     

    Michel, un Parisien chargé de mission à la mairie du XXe arrondissement, décide d'offrir, pour la fête des Mères, à sa femme Julia, juge d'application des peines, une vedette en bois avec moteur diesel d'origine, amarrée à Toulon. Leur fille Madeline (Mado ou Madi) sera heureuse de naviguer avec ses parents.

     

    "Il dit qu'il va bientôt reprendre la mer et, de sa vieille hélice bipale en laiton forgée à La Spezia, se mettre à voir du pays, des îles. Ah ! les îles...

    Les mécanos sont d'un autre avis. L'affaire est entendue, ce doux baratineur est amoureux d'une épave. Ils attendent le moment où le bateau va rendre l'âme au port et se gaver en mourant de glouglous voluptueux. Chaque matin, se rendant au boulot, ils regardent où en est la flottaison. Ça tient, ouais, ça flotte. Il y en aurait pour cher de récupe, à bord, entre le matériel culinaire et les bois tropicaux."

     

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    (Source image : http://fr.123rf.com/images

     

    Michel est immature, rêveur, égoïste, distribue tout haut des mots caressants, tout bas des blasphèmes et des promesses de meurtre. Il a collectionné "les jolies mamans qu'il négligeait d'aimer, ou d'aimer sans partage". Julia, jalouse, râleuse, étouffante, destructrice, a "un physique rayonnant, mais l'air un tantinet accablé". Ils croient s'aimer... Madeline, leur fille, entend les cris et les coups échangés par ses parents. "Amour égale Violence égale Haine. Cela, un enfant ne le comprenait pas."

     

     

     

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    Prends garde au loup de Yann Queffélec (roman. Éditions Julliard, 1992)

    "Toni est un enfant dont le seul désir semble être l'amour qu'il porte à sa cousine Maï. Ils vivent aux Angéliques, une maison située dans les marais des Sphaignes et comme oubliée des temps.

    Maï est assez froide et secrète pour le hanter à chaque instant, assez orgueilleuse pour faire de lui, au fil des années, un être solitaire, écorché vif, jaloux, dissimulé.

    Il finit par inspirer la méfiance à tous. À son ami l'Antillais Julius, un manipulateur de charme. À ses parents. À Maï qu'il veut à lui sans partage. Est-ce l'amour frustré qui tue chez Toni l'innocence et la fantaisie ? Est-ce le clan familial replié sur des maux inavouables et qui craint de voir Toni lui échapper ? Si Maï l'aimait, Toni pourrait s'accepter lui-même, accepter les mystères et la honte. Comment savoir avec elle ? Et si jamais elle préférait Julius ?

    Drame de la solitude, de la jalousie qui rend fou, Prends garde au loup met en scène les jeux périlleux de l'amour et du désir. 

    (Deuxième de couverture)

     

    Critiques littéraires :

    "Queffélec use des mots et des rythmes avec une sorte de fureur sacrée. En France, la pulsion lyrique est en général fatale au romanesque. Je plains les cuistres et pisse-froid de tout acabit qui ne recevraient pas d'un cœur ému le souffle visionnaire de cette écriture. Un roman à l'état pur." (Jean David, V.S.D.)

    (Quatrième de couverture)

     

    Pierre Maury écrit dans Le Soir du 22 avril 1992 :

    "Si Prends garde au loup touche au ventre, là où ça fait mal, c'est parce que tout y est poussé jusqu'aux extrêmes. L'amour est trop fort, la haine est trop brutale, la déception est trop vive, le temps est trop long. Et, curieusement, jamais le roman ne verse dans l'invraisemblance ou dans l'incohérence. Tout y est tenu par la poigne d'un écrivain capable d'aborder, d'affronter faudrait-il dire, ce qu'il y a de plus difficile à vivre et à raconter. Oui, difficile à raconter alors que cela se résume en trois lignes. Il ne suffit pas de rendre la trame du récit, il faut aller jusqu'au plus intime des pensées de Toni, dans ces profondeurs sombres où il choisira de s'enfoncer [...]"

    (http://archives.lesoir.be/yann-queffelec)

     

    "Encore une île et Toni saurait. Encore une île et Clochy rendait son âme aux diables. Encore une île et Mamina guérissait, les salamoks retournaient en enfer : fini les esprits méchants qui tourmentent les vieillards et mordent au cou les enfants endormis.

    Toni ramait au crépuscule à travers les marais déserts et la rame grinçait. Pas une âme en vue. Le brouillard calfeutrait l'horizon, le chaland filait sur les joncs noyés. Jambes nues à l'arrière du bateau, les larmes aux yeux, il suppliait : s'il vous plaît, sauvez-la, s'il vous plaît. Lanciné par l'angoisse il voyait sa grand-mère à l'hôpital, le visage épuisé, les salamoks à l'affût près du lit, sauvez-la, sauvez-la."  (Extrait)

     

    Toni, un enfant des marais du pays de Sphaignes près de Niort, qui se nourrit de croyances ancestrales, luttant contre ses terreurs, contre l'esprit du mal jusqu'à la cruauté, enfant à l'imagination délirante, est obsédé par sa jolie cousine, Maï. Il est certain de l'épouser un jour dans "son" île perdue dans les marais, sous les ronces.

     

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    (Source image : http://fr.123rf.com)

     

    "Un ciel houleux se hâtait vers l'est, rasant la lande assombrie des Sphaignes, alternant à l'horizon les grains obliques et des traînées d'aube effilochées. Il aimait respirer sur les marais cette odeur d'océan, de chanvre et de miel, de vagues épuisées, cette odeur de crabes et de fleurs broyées, d'algues à la grève, et qui peut-être ignorait la mer, la mer était si loin des Sphaignes, un jour ils se marieraient là-bas." 

     

    Toni, l'enfant obsédé, Toni, l'adolescent trahi, Toni, l'homme fou...

    Une vidéo de l'INA : http://www.ina.fr/video/LXD09006073 

     

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    Prochainement, nous irons, si vous le voulez bien, chers Lectrices et Lecteurs, à la rencontre d'un peintre britannique des XIXe et XXe siècles. Je vous remercie infiniment pour votre fidélité. 

  • Caspar David Friedrich, peintre solitaire face aux forces de la Nature

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    Portrait de Caspar David Friedrich (vers 1810-1820)

    par Gerhard von Kügelgen

    (Source : Wikimedia Commons) 

     

    Caspar David Friedrich (Greifswald, près de Stralsund, en Poméranie (Allemagne), 1774 - Dresde, Allemagne, 1840) est un peintre paysagiste. Son père était fondeur de savon et de cire.

    À quatorze ans, l'existence de Caspar David Friedrich fut à jamais bouleversée par la mort de son frère. Lors d'une partie de patinage, la glace se rompit. Son frère le sauva de la noyade mais perdit lui-même la vie.

    C. D. Friedrich suivit pendant plusieurs années, à Greifswald, des cours chez le maître dessinateur et ingénieur civil Johann Gottfried Quistorp, où il reçut un enseignement préparatoire à l'exercice d'une profession. Il dessinait aussi des objets artisanaux en les enrichissant de son art.   

    Caspar David Friedrich acquit, pendant une formation de quatre ans à l'Académie royale des Beaux-Arts du Danemark, à Copenhague, de solides connaissances techniques en dessin qui lui assurèrent une base sérieuse et stable pour le développement de ses activités artistiques ultérieures. Un de ses professeurs, Nicolai Abraham Abildgaard (1743-1809), peintre paysagiste, dessinateur et architecte danois, l'influença par son goût pour la mythologie nordique.  

    En 1798, Friedrich s'établit en tant qu'artiste peintre à Dresde, en Allemagne. Sous son impulsion et celle du peintre, dessinateur, écrivain et théoricien de l'art allemand Philipp Otto Runge (1777-1810), la peinture romantique primitive naquit à Dresde vers 1802. "Les problèmes historiques et culturels constituaient leur base de travail, car, à leurs yeux, l'art devait participer à l'évolution positive de l'histoire de l'humanité. Ces deux artistes étaient des individualistes géniaux [...]". (Horst Koch)

    Johann Christian Dahl était lié à Friedrich par une solide amitié. Les toiles de la période de Dresde de Dahl furent peintes en contact étroit avec Friedrich, chacun des deux amis prouvant qu'il était attentif à l'expérience de l'autre.  

    Caspar David Friedrich entretint une correspondance abondante avec l'écrivain allemand Goethe (1749-1832) qui l'inspira grâce à son ouvrage La Théorie des couleurs, publié en 1810.

    Carl Gustav Carus (1789-1869), biologiste goethéen, médecin et peintre allemand, fut un des amis intimes de Friedrich et édita de nombreuses notes et conversations qui permirent de mieux le connaître.

    En 1818, Caspar David Friedrich épouse Christiane Caroline Bommer. 

     

    "Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui." (Caspar David Friedrich)

     

    De l'œuvre terminée Caspar David Friedrich attendait la perfection tout comme l'attendaient les peintres du Classicisme. En revanche, la voie suivie pour arriver à cette image parfaite lui était incontestablement plus importante. Friedrich prenait la Nature terrestre, l'emplissait de forces spirituelles et mystiques, en créait des images, des portraits, des paysages. Il reliait entre eux des thèmes de différents sites et époques, transposant ruines, montagnes et paysages, révélant la Nature telle qu'il la voyait, telle qu'il la ressentait en lui. 

    Il concevait des paysages romantiques empreints de spiritualité, sans référence à l'art antique ou à l'art italien. Contrairement à beaucoup de peintres du XIXe siècle, il ne se rendit pas à Rome car il craignait que les sites méditerranéens ne détruisissent son esthétisme qui se complaisait dans la peinture des paysages nordiques. 

    "L'art se présente comme médiateur entre la nature et l'homme. Le modèle primitif est trop grand, trop sublime pour pouvoir être saisi." (Caspar David Friedrich) 

    Il vécut sans exercer aucune influence sur ces contemporains et n'eut pas le bonheur de transmettre valablement ses connaissances à des élèves. Sa conception symbolique de l'art ne pouvait s'accorder avec le prosaïsme de l'époque Biedermeier, nom donné au style de la peinture et des arts décoratifs des années 1815-1848, s'adressant aux classes moyennes, en Allemagne et en Autriche.

    "Les possibilités d'un tel dialogue spirituel avec les gens intéressés par les œuvres d'art étaient extrêmement réduites, du moins dans la première moitié du XIXe siècle, avec comme conséquence des conditions économiques de base foncièrement négatives pour les artistes romantiques. C'est ainsi par exemple que C.D. Friedrich a passé sa vie dans la misère tandis que pas mal de ses collègues se voyaient acculés à d'autres activités entravant leur progression artistique... mais qu'ils devaient accepter pour tout simplement survivre. Au-delà de la misère économique, l'exemple de Friedrich prouve également que l'absence d'un public accentuait chez les artistes un sentiment d'abandon, de ne travailler que dans le vide." (Horst Koch)

    Des périodes de plus en plus fréquentes de mélancolie et de timidité en public l'isolèrent progressivement. Il semblait subir les affres d'une inapaisable nostalgie et tomba malade à cinquante ans. En 1826, il commença à souffrir d'un délire de persécution. En 1835, une paralysie due à une congestion cérébrale assombrit encore ses dernières années au point qu'il mourut, à Dresde, quasi oublié. Il fallut attendre le XXe siècle pour qu'il soit reconnu.

    "Esprit tourmenté, Caspar David Friedrich s'astreint à la solitude jusqu'à la mélancolie afin d'imprimer l'angoisse dans ses paysages de ruines gothiques, de cimetières et de contrées glacées." (Patricia Fride-Carrassat)

     

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    Caspar David Friedrich dans son atelier (1819)

    par Georg Friedrich Kersting

     

    Bibliographie :

    . La Peinture Romantique par Horst Koch (Texte français : Pierre Crévecœur. Éditions Berghaus Verlag, Allemagne, 1985).

    . Les Mouvements dans la Peinture par Patricia Fride-Carrassat et Isabelle Marcadé (Éditions Larousse, 2005).

     

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    Dans mes Albums d'Arts :

     

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    L'Abbaye dans une forêt de chênes (1809)

    par Caspar David Friedrich

     

    L'Abbaye dans une forêt de chênes représente une procession de moines accompagnant un cercueil et se dirigeant vers une abbaye en ruine. Le premier plan est envahi par les ténèbres tandis que le soleil couchant éclaire d'une lueur blafarde la partie haute de l'abbaye et des arbres.

    Parfois, Caspar David Friedrich introduisait des symboles du christianisme dans la nature. Pour ce tableau, il s'inspira de ses études des ruines de l'Abbaye d'Eldena, dans le Land de Meeklembourg-Poméranie antérieure (Allemagne). L'Abbaye dans une forêt de chênes symbolise la mélancolie, la tristesse, la détresse, avec ses arbres aux branches dénudées s'étirant dramatiquement vers le ciel dans une prière désespérée. L'abbaye, réduite à deux pans de mur et un portail en fer forgé, reste l'élément central de cette vision de désolation et de mysticisme.

    "La parfaite concordance des états internes de l'être humain et de la nature externe [...] constitue la quintessence  de l'œuvre de C. D. Friedrich. Il lui semblait aller de soi d'insérer dans des paysages soigneusement composés des motifs méditatifs et visionnaires. "Le sentiment de l'artiste est sa loi", écrivait-il, "la perception pure ne peut pas s'opposer à la nature [...]". Les toiles de Friedrich contiennent tout un univers ; la nature et l'homme, le temporel et le spirituel sont des éléments d'importance égale dans sa peinture. [...] le moine est symbole de ces forces spirituelles entre-temps perdues par l'humanité." (Horst Koch)  

     

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    Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages (1818)

    par Caspar David Friedrich

     

    Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages représente un homme vu de dos, vêtu d'une tenue de ville et tenant une canne, debout sur une crête montagneuse, dans un paysage s'inspirant du massif Elbsandsteinbirge, sur les rives de l'Elbe, en Suisse saxonne (Allemagne).

    L'homme solitaire contemple les massifs rocheux émergeant, dans un paysage brumeux, d'une multitude de nuages. L'horizon se confond avec les montagnes, avec la nappe nuageuse et le ciel aux nuances pâles s'opposant aux couleurs sombres des vêtements de l'homme et de la crête montagneuse où il s'est réfugié.

    Caspar David Friedrich a une quarantaine d'années lorsqu'il peint Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages ; peut-être entrevoit-il sa future solitude, ou bien, dans sa recherche mystique perpétuelle, veut-il se rapprocher d'un monde idéal de pureté et d'infini ? Peut-être encore, est-ce une sorte d'autoportrait...

      

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    Falaises de craie sur l'île de Rügen (1818)

    par Caspar David Friedrich

     

    Le tableau Falaises de craie sur l'île de Rügen représente une vue depuis les falaises de Rügen, grande île allemande au large de la côte du land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, dans la mer Baltique.

    Le premier plan est délimité par deux arbres semblant ouvrir une fenêtre sur la mer ; leurs feuillages occupent un tiers de la partie haute de la toile. Trois personnages, une femme et deux hommes, contemplent le paysage. La femme, vêtue d'une robe rouge, couleur représentant l'amour, est probablement Christiane Caroline, l'épouse du peintre. Assise près d'un arbre, d'une main elle désigne l'abîme, symbole de la mort. Un homme, accroupi sur le sol, son chapeau posé à terre, se penche vers l'abîme, tandis que le second homme, debout, bras croisés, appuyé contre une souche, autre symbole de la mort, regarde les voiliers au loin sur la mer, telles des âmes en partance vers l'éternité.

      

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    La Mer de glace (1824) par Caspar David Friedrich

     

    Le mysticisme de Caspar David Friedrich se révèle en partie dans La Mer de glace, composition dramatique de couleurs et de formes. Les blocs de glace brisés se dressent vers le ciel, probablement dans la recherche divine chère à ce peintre romantique, tandis que le bateau déchiqueté symbolise la fragilité de l'homme et de ce qu'il produit face aux éléments naturels.

    La rencontre entre le réalisme, l'imagination et la poésie semble violemment participer à l'éclatement du sujet lui-même. 

    Un navire qui fit naufrage lors d'une expédition dans l'Arctique (1819-1820) inspira le peintre. Observant en Allemagne l'Elbe gelé, Caspar David Friedrich dessina des croquis de blocs de glace isolés qu'il juxtaposa afin de parvenir à l'exécution de ce paysage dramatique que le sculpteur et graveur français Pierre-Jean David d'Angers (1788-1856) définit par l'expression : "la tragédie du paysage". 

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  • Arnold Böcklin, peintre des ténèbres

     

     

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    Arnold Böcklin

    (Source photographique : Wikimedia Commons)

     

    Arnold Böcklin, peintre suisse symboliste (Bâle, Suisse, 1827 - San Domenico di Fiesole, Italie, 1901) a la révélation de sa vocation à Rome, à l'âge de vingt-trois ans.

    Il étudie la peinture à Bâle, puis à l'Académie de Düsseldorf, en Allemagne, où, de 1845 à 1847, il est l'élève du peintre paysagiste allemand Johann Wilhelm Schirmer (1807-1863), dont l'influence imprègne les paysages idéalisés qu'Arnold Böcklin peint dans sa jeunesse. En 1847, il effectue de courts séjours à Genève et à Zurich, en Suisse, puis à Bruxelles et Anvers, en Belgique, les peintres belges jouissant alors d'un grand renom en Allemagne. Il termine le périple de sa formation artistique à Paris, en 1848, où il admire particulièrement Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) et Thomas Couture (1815-1879). Il revient à Bâle où il reste deux ans.

    De 1850 à 1857, il vit à Rome et il épouse une native de la capitale italienne, Angela Pascussi. À Munich, il est professeur de 1860 à 1862 à l'École des Beaux-Arts de Weimar. Il part à nouveau pour Rome où il reste quatre ans. L'Italie l'inspire et il choisit d'y vivre une partie de son existence. À Florence, où il reste de "1875 à 1885, ses compositions atteignent une plénitude sereine". Lors de ses retours en Allemagne, il réside surtout à Munich, ville qui a vu ses premiers succès, où un cercle d'artistes se forme autour de lui. Un mécène le sauve d'une situation financière dramatique due à ses nombreux achats d'œuvres d'art.  

    Arnold Böcklin, considéré comme l'un des représentants du symbolisme allemand, conçoit ses visions mythologiques à l'aide d'une facture robuste, sensuelle, parfois naïve. Il s'interroge avec une profonde inquiétude sur les rapports de l'Homme et de la Nature. À ses paysages se mêlent une dimension profonde et méditative, un immense recueillement mystique et une atmosphère mystérieuse. Certaines de ses œuvres offrent des visions d'apocalypse comme si le peintre livrait un combat farouche à ses propres tourments. Son imagination crée des figures fantastiques à l'aspect monumental, au coloris puissant. Giorgio De Chirico (1888-1978), peintre italien, admire Böcklin et vante la puissance "d'apparition" de ses toiles.

    Arnold Böcklin est à peu près inconnu en France. José Pierre, dans L'Univers surréaliste, écrit : 

    "Il faut bien convenir que ce Courbet du symbolisme était encore moins bien fait que l'autre pour séduire les Français, aux yeux desquels il cumulait la sensualité passablement lourde du maître d'Ornans à l'ambition de faire servir les apparences quotidiennes à des fins allégoriques ! " (José Pierre).

    "Dans un temps où les impressionnistes innovent en ouvrant la peinture à la lumière, Böcklin figure l'obscurité. L'Italie, où il s'installe définitivement en 1874, alimente une mythologie personnelle et lugubre." (Patricia Fride-Carrassat).

    "Arnold Böcklin reste un des noms les plus connus de l'académie de Dusseldorf. Bien qu'appartenant déjà à une génération ultérieure sur le plan de l'art, il vivait encore fortement dans la tradition romantique qui lui inspira des toiles remarquables parmi une œuvre fort diversifiée." (Horst Koch)

    Arnold Böcklin passe les dernières années de sa vie dans sa maison de campagne de San Domenico de Fiesole transformée en refuge empli de symboles.

     

    Les toiles d'Arnold Böcklin sont empreintes de romantisme et utilisent le concept du sublime. Ses paysages mélancoliques, ses sombres allégories et les qualités poétiques de son symbolisme influencent les peintres allemands de la fin du XIXe siècle et ouvrent la voie aux surréalistes.

     

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    Autoportrait avec la Mort jouant du violon par Arnold Böcklin (1872)

    (Source photographique : Wikimedia Commons) 

     

    Bibliographie :

    L'Univers surréaliste de José Pierre (Éditions Aimery Somogy, 1983).

    Les Mouvements dans la peinture de Patricia Fride-Carrassat et Isabelle Marcadé (Éditions Larousse, 2005).

    Autres sources :

    Encyclopædia Universalis.

    Larousse/Encyclopédie.

    La Peinture Romantique par Horst Koch (texte français : Pierre Crèvecœur. Éditions Berghaus Verlag, Allemagne, 1985).

     

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    Dans mes Albums d'Arts :

     

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    Château en ruine par Arnold Böcklin (1847)

     

    Cette œuvre de jeunesse d'Arnold Böcklin (il a vingt ans en 1847), cette toile envoûtante, exprime déjà le pessimisme, la part d'ombre du peintre et sa lutte contre ses propres tourments tout en dévoilant son romantisme.

    Un mur en ruine se détache sur le ciel sombre, où la végétation foisonnante, à l'horizon, se confond avec des nuages oppressants. Le pan de mur laisse jaillir par ses anciennes fenêtres des clartés ocre provenant d'une mystérieuse incandescence qui se reflète dans le lac.

    Les roches rouges qui attirent tant Arnold Böcklin, et qu'il peint dans plusieurs de ses tableaux nocturnes et de ses paysages diurnes, envahissent le premier plan, se mêlant aux arbres et aux bouquets de plantes.

     

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    Villa au bord de la mer par Arnold Böcklin (1878)

     

    Ce tableau Villa au bord de la mer est l'une des cinq versions d'une série réalisée par Arnold Böcklin.

     

    Debout, appuyée contre un mur, une femme vêtue d'un vêtement blanc, un long voile sombre sur les cheveux, une main soutenant son visage, paraît plongée dans une profonde mélancolie. Elle semble revoir en pensée le malheur, le drame, qui provoqua cette peine qui la submerge. Son regard se perd dans la contemplation des flots heurtant les rochers au pied d'une villa dont la colonnade se profile sur un ciel diurne lumineux. La femme évite la vision de ce ciel radieux en se blottissant entre deux pans de murs. Les arbres immenses qui entourent la villa amplifient la sensation de solitude et probablement de mal-être de cette fin du XIX siècle. 

      

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     L'Île des morts par Arnold Böcklin (1883)

     

    Arnold Böcklin réalise plusieurs séries sur le thème de la mort, l'au-delà et son mystère. Il éprouve un attrait indéfinissable nuancé de peur envers un monde inquiétant. Le peintre exécute cinq versions de L'Île des morts.

    Cette toile présente, au premier plan, un nautonier, peut-être Charon, le nocher des Enfers de la mythologie grecque, sombre personnage dont l'embarcation glisse sur une eau calme, conduisant une femme vêtue d'une tunique blanche - représentant peut-être la jeune veuve qui commanda cette œuvre au peintre - debout devant un cercueil, vers une île troublante par son aspect grandiose, ses falaises impressionnantes, ses hauts cyprès imposants et sévères.

    À l'arrière-plan, un ciel tourmenté semble vouloir engloutir dans le mystère d'énormes nuages blêmes la barque qui s'apprête à pénétrer dans L'Île des morts.

    Arnold Böcklin se sert de puissants contrastes afin de créer une atmosphère lugubre. Il inscrit l'île dans de fortes lignes verticales, les cyprès et les rochers, qui vont s'opposer aux douces lignes horizontales des flots paisibles de la rivière.

     

    "Le tableau [...] présente un style épuré et une facture précise. La barque glisse sur le Styx et emporte dans son dernier voyage une âme fantomatique qu'accompagne le corps rangé dans un cercueil." (Patricia Fride-Carrassat).

     

    L'Île des morts, sombre thème allégorique, inspira, entre autres, un poème symphonique, en 1909, au compositeur et pianiste russe Serguei Rachmaninov (1873-1943).

     

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    La Chapelle par Arnold Böcklin (1898)

      

    Des pans de murs, dont la partie haute reflète l'écume des flots heurtant violemment les ruines en s'engouffrant dans une chapelle, dernier refuge d'oiseaux immaculés, résistent pour l'éternité, semble-t-il, à la fureur des vagues qui illuminent cette vision mystique. À droite, des débris de pierres rouges paraissent éclairés par les lueurs ocre qui tentent de percer la nuit.

    À l'arrière-plan, fondus dans le ciel nocturne, des cyprès monumentaux oscillent entre la symbolisation de la vie et celle de la mort, tandis que les vagues déferlent sur les ruines, ramenant paradoxalement la chapelle à la vie...

     

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  • Pearl Buck, infatigable romancière de la Chine

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    Pearl Buck (en 1932)

     

    Pearl Buck voit le jour aux États-Unis, à Hillsboro (Virginie) en 1892. Ses parents, Carie et Absalom Sydenstricker, missionnaires, partent en Chine avec leur enfant de trois mois. Ils vivent à Zhenjiang, dans la province du Jiangsu, au sud du fleuve Yangzi Jiang, où ils côtoient quotidiennement la population la plus humble de la Chine. Pearl apprend le chinois avant sa langue maternelle.

    Une société secrète chinoise, dont les membres sont les Boxers, anime à partir de 1895 un mouvement xénophobe qui culmine en 1900, contraignant toute la famille à retourner temporairement aux États-Unis. En 1909, Pearl commence des études littéraires au Randolph Macon Women's College de Lynchburg en Virginie. Ses études universitaires terminées et diplômée en 1914, Pearl retourne en Chine.

     

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    Le Yangzi Jiang (Chine)

     

    En 1917, elle épouse le missionnaire américain John Lossing Buck, ingénieur agronome, et part avec lui pour la Chine du Nord, où ils vivent pendant trois années dans l'une des plus pauvres bourgades, Nanhsuchou, dans la province d'Anhwei. Cette période de sa vie lui offrira un important enseignement pour ses romans sur la vie des paysans chinois. Pearl Buck et son mari vivent ensuite dans la province d'Anhéleux. Elle enseigne l'anglais à l'Université de Nankin.

    En 1921, Pearl et John Buck ont une fille qui naît avec une maladie mentale, inspirant à Pearl Buck un roman : L'Enfant qui ne devait jamais grandir (1950). Le couple adopte une petite fille en 1925.

    En mars 1927, lors des incidents de Nankin provoqués par les nationalistes de Tchang Kaï-chek, les communistes et plusieurs seigneurs de guerre locaux, des Occidentaux sont tués. Pearl et John Buck s'enfuient avec leurs enfants et sont secourus par un navire de guerre américain. Ils restent jusqu'à la fin de l'année au Japon, puis retournent à Nankin.

    En 1934, Pearl Buck quitte la Chine et revient aux États-Unis afin d'offrir de meilleures conditions de vie à sa fille handicapée. Elle ne retournera jamais en Chine.

    "L'amical pays de Chine, terre de mon enfance et de ma jeunesse, m'est désormais un pays proscrit. Je refuse de l'appeler un pays ennemi. Mes souvenirs de son peuple sont trop doux, et ceux de sa terre trop beaux."

    Un divorce met fin à son mariage en 1935. Pearl Buck épouse son éditeur, Richard Walsh, directeur des éditions John Day. Ils s'installent dans une vieille ferme, Green Hills Farm, en Pennsylvanie, et adoptent six enfants.

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    Green Hills Farm en Pennsylvanie

     

    En 1923, Pearl Buck commence à écrire des nouvelles qu'elle envoie à des revues américaines. Elle relate la vie quotidienne des paysans chinois, mêlant à ses récits des scènes de sa propre existence.

    En 1929 paraît son premier roman inspiré par la Chine : Vent d'Est, Vent d'Ouest. Le Prix Pulitzer (1932) couronne un autre de ses ouvrages, La Terre chinoise (1931), et la Médaille de l'Académie des arts et des lettres lui est décernée la même année. La Terre chinoise est le premier livre d'une trilogie complétée par Les Fils de Wang Lung (1932) et La Famille dispersée (1935).

    Pearl Buck est lauréate du Prix Nobel de Littérature en 1938 pour ses "descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d'œuvre biographiques".

    De 1934 à 1946, dans le magazine Asia, édité par Richard Walsh, figurent de nombreuses contributions de Pearl Buck, experte renommée en matière d'affaires de l'Extrême-Orient.

     

    Elle crée en Pennsylvanie une fondation pour l'adoption d'enfants eurasiens abandonnés, la Pearl S. Buck Foundation, à laquelle elle consacre une grande part de son temps et des revenus provenant de ses ouvrages tout en continuant son œuvre littéraire. Grande voyageuse, elle publie notamment, après la Seconde Guerre mondiale, Les Mondes que j'ai connus, La Lettre de Pékin, Terre coréenne...

    Bien que fille de missionnaires, Pearl Buck garde ses distances avec la religion. En 1939 elle écrit : 

    "Je ne ressens aucun besoin d'avoir foi en quoi que ce soit d'autre que les êtres humains. Tout comme Confucius jadis, je suis bien trop occupée à observer les beautés de la nature et la vie sur terre pour avoir le temps de penser au Paradis et aux anges... S'il n'y a pas d'autre vie après la mort, [...] celle-ci aura au moins eu le mérite de me permettre de naître en tant qu'être humain." 

     

    Elle milite pour les droits civiques et pour les droits des femmes. Avec son mari, Richard Walsh, elle fonde, en 1942, l'Association Est-Ouest pour les échanges culturels entre l'Asie et l'Occident. En 1949, elle crée la première institution internationale interraciale pour l'adoption, The Welcome House Adoption Agency.

    Pearl Buck est l'auteur de plus de quatre-vingts ouvrages rédigés dans un style d'écriture agréable, aisé, toujours passionné avec des descriptions magiques, enchanteresses : romans, récits historiques, pièces de théâtre, scénarios, recueils de poésie, biographies, autobiographie, livres pour enfants... Elle signe quelques-uns de ses livres d'un pseudonyme : "John Sedges", principalement de 1947 à 1959 ; ils sont traduits en français entre 1951 et 1962.

    Cette militante de l'égalité des races, humaniste infatigable, meurt en 1973 à Danby (Vermont), aux États-Unis, à l'âge de quatre-vingts ans.

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    Pearl Buck (en 1972)

     Sources : Éditions Stock

                       http://www.aufeminin.com/

                       http://www.fichesdelecture.com

                       L'Express

     

     

    Bibliographie :

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    1931. La Terre chinoise (roman, titre original : The Good Earth. Traduction de l'anglais par Théo Varlet, Payot). Prix Pulitzer, 1932. Médaille de l'Académie des arts et des lettres, 1932. Film : Visages d'Orient ou La Terre chinoise (The Good Earth en 1937)

    1932. Les Fils de Wang Lung (roman, titre original : Sons. Traduction par Théo Varlet, Payot) 

    1935. La Famille dispersée (roman, titre original : A House Divided. Traduction par Suzanne Campaux, Payot).

     

    Romans, récits historiques, recueils de nouvelles, biographies, autobiographie, littérature enfance et jeunesse, essais, scénarios :

    1929. Vent d'Est, Vent d'Ouest (roman, titre original : East Wind, West Wind. Traduction par Germaine Delamain. Préface de Marc Chadourne, Stock)

    1934. La Mère (roman, The Mother. Traduction par Germaine Delamain, Stock)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1935. La Première Femme de Yann (recueil de nouvelles, The First Wife and Other Stories. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1937. L'Exilée (récit biographique, The Exile. Traduction par Germaine Delamain, Delamain et Boutelleau)

    1937. L'Ange combattant (récit biographique, Fighting Angel. Traduction par Jeanne Fournier-Pargoire, Delamain et Boutelleau)

    1938. Un Cœur fier (roman, This Proud Heart. Traduction par Germaine Delamain, Stock) 

    1938. Le Patriote (roman, The Patriot. Traduction par Germaine Delamain, éditions Delamain et Boutelleau)

    1943. Fils de dragon (roman, Dragon Seed. Traduction par Jane Filion, Jeheber). Film : Les Fils du dragon (Dragon Seed en 1944)

    1944. China Sky (Ciel de Chine, nouvelle et scénario) 

    1945. Promesse (roman, The Promise. Traduction par Jane Filion, Jeheber)

    1947. Histoire d'un mariage (roman, Portrait of a Marriage. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1947. Pavillon de femmes (roman, Pavilion of Women. Traduction par Germaine Delamain, Stock). Film : Pavilion of Women en 2001)

    1948. Pivoine (roman, Peony. Walsh, 1975. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

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    1949. Les Nouveaux Dieux (roman, Other Gods. Traduction par Mme Pierre Jeanneret, Delamain et Boutelleau)

    1950. Liens de sang (roman, Kinfolk. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1950. L'Enfant qui ne devait jamais grandir (roman, The Child who never grew. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1951. Un Long Amour (roman signé John Sedges, A Long Love. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1951. D'ici et d'ailleurs (recueil de nouvelles, Far and Near. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1952. Le Pain des Hommes (roman, God's Men. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1953. La Fleur cachée (roman, The Hidden Flower. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)

    1953. La Belle Procession (roman signé John Sedges, Bright Procession. Traduction par Denise Niard, Delamain et Boutelleau)

    1954. Viens, mon bien-aimé (roman, Come, My Beloved. Traduction Lola Tranec, Delamain et Boutelleau)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1954. Le Dragon magique et autres contes (recueil de nouvelles, The Dragon Fish. Traduction par Léo Lack, Stock)

    1955. Les Mondes que j'ai connus (autobiographie, My Several Words. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1956. Impératrice de Chine (récit historique romancé, biographie, Imperial Woman. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1956. Les Voix dans la maison (roman signé John Sedges, Voices in the House. Traduction par Germaine Delamain, Stock)

    1958. La Lettre de Pékin (roman, Letter from Peking. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1959. La Grande Aventure (roman signé John Sedges, The Townsman. Traduction par Colette-Marie Huet, Stock)

    1960. Es-tu le Maître de l'aube ? (roman, Command the Morning. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1961. Le Vieux Hêtre suivi du Fantôme de Noël et de La Nuit merveilleuse (littérature jeunesse, The Beech Tree. Traduction par Marcelle Vérité, Casterman)

    1961. La Grande Vague (The Big Wave, roman et scénario. L'histoire de ce film est relatée dans l'ouvrage Je n'oublierai jamais, 1963)

    1962. Une Histoire de Chine (roman, Satan never sleeps. Traduction par Lola Tranec, Stock). Film : Une Histoire de Chine (Satan never sleeps en 1962)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1962. L'Épouse en colère (roman signé John Sedges, The Angry Wife. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1963. Une Certaine Étoile (recueil de nouvelles, Fourteen Stories. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1963. Je n'oublierai jamais (autobiographie, A Bridge for Passing. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1964. Terre coréenne (roman, The Living Reed. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1965. Le Roi fantôme (roman, Death in the Castle. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1965. The Guide (scénario de Pearl Buck et Tad Danielewski d'après une nouvelle de R. K. Narayan)

    1966. Contes d'Orient (recueil de nouvelles, Fairy Tales of the Orient. Traduction par Élisabeth Gille, Stock)

    1966. Les Enfants abandonnés (essai, Children for Adoption. Traduction par Lola Tranec, Stock) 

    1967. La Vie n'attend pas (roman, The Time is Noon. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1967. Les Grands Amis (littérature jeunesse, Matthew, Mark, Luke and John and The Big Fight. Traduction par Lola Tranec, Stock)pearl buck,écrivain,romancière américaine,chine,impératrice de chine,pearl sydenstricker,révolte des boxers,john buck,richard walsh,green hills farm,pearl s. buck foundation,association est-ouest,the welcome house adoption agency,bibliographie de pearl buck,john sedges

    1967. Le Peuple du Japon (essai, The People of Japon. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1968. Pour un Ciel plus bleu (autobiographie, For Spacious Skies. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. L'Histoire de Kim Christopher (roman, The New Year. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. Le Sari vert (recueil de nouvelles, The Good Deed and Other Stories. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1969. À mes Filles (essai, To my Daughters with Love. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1970. Les Trois Filles de Madame Liang (roman, The Three Daughters of Madame Liang. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1970. Les Femmes Kennedy (récit historique, The Kennedy Women. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1971. Mandala (roman, Mandala, a Novel of India. Traduction par Lola Tranec, Stock)

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    1971. La Chine comme je la vois (essai, Chine as I see it. Traduction Lola Tranec, Stock)

    1972. L'Amour demeure (roman, The Goddess Abides. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1972. La Bible racontée (essai, The Story Bible. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1973. Sous le même Ciel (recueil de nouvelles, All Under Heaven. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1973. Hommes et Femmes (essai, Of Men and Women. Traduction par Lola Tranec, Stock)

    1974. Noëls (littérature jeunesse, Once upon a Christmas. Traduction par Lola Tranec, Stock) 

    1975. L'Arc-en-ciel (roman, The Rainbow. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

    1976. La Coupe dorée (recueil de nouvelles, East and West Stories. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock) 

    1977. Les Secrets du Cœur (recueil de nouvelles, Secrets of the Heart. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

    1978. Les Amoureux (recueil de nouvelles, The Lover, and Other Stories. Traduction par Lola Tranec-Dubled, Stock)

     

    De nombreux livres de Pearl Buck sont réédités en collection "Livre de Poche".

     

    Sources bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pearl_Buck

                                                 Éditions Stock

     

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

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    Pivoine (roman. 1948, Peony. 1975, Walsh. Traduit de l'anglais par Germaine Delamain, Stock)

     

    "Pivoine, la petite esclave chinoise, est au centre de ce roman qui évoque avec un talent admirable la vie quotidienne d'une famille dans la Chine d'avant Mao. Pivoine possède toutes les qualité des grands livres de Pearl Buck et surtout cette chaleur humaine, cet amour de la vie, ce désir d'un monde meilleur qui ont fait l'immense succès de la grande romancière américaine."

    (Quatrième de couverture) 

     

    "Dans les cours de la maison d'Ezra ben Israël, des branches avaient été coupées plusieurs jours à l'avance, ce qui permettait aux boutons de fleurir pour la fête. Chaque printemps, Pivoine, la petite esclave chinoise, tapissait de ces rameaux fleuris les murs du grand hall. Et, chaque année, Ezra, son maître, et Mme Ezra, sa maîtresse, ne manquaient pas de prêter attention à ce qu'elle avait fait. Ce jour-là, songeant au printemps si froid et aux vents poussiéreux du nord qui avaient soufflé sur la ville, ils félicitèrent tout spécialement la jeune fille."

     

    Pivoine, "une année de famine, lorsque le fleuve Jaune avait rompu ses digues et inondé les terres basses", a été achetée pour être esclave dans une "bonne maison juive" et tenir compagnie à David, fils unique d'Ezra ben Israël. Pivoine, qui veille au bien-être de tous, est traitée affectueusement et bénéficie du même enseignement que David.

     

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    Le fleuve Jaune (Chine)

    (source photographique : André Holdrinet de en.wikipedia.org)

     

    Les ancêtres d'Ezra ainsi que ceux de sa femme ont traversé la Perse et l'Inde, par terre et par mer. Ils ont "émigré, chargés de cotonnades, véritable trésor pour les Chinois qui ne connaissaient que la fabrication de la soie." Si Mme Ezra souhaite mourir en Palestine, son mari, dont la mère était la concubine chinoise d'un Juif, ne veut pas quitter la Chine.

      

    "Mme Ezra, [...], veillait à ce que chaque rite du sabbat et des jours de fête fut observé. Lorsque David se trouvait avec le rabbin, elle venait s'informer si tout se passait selon les prescriptions de la Torah, car, disait-elle, après tant d'années, tant de générations passées dans ce pays païen, elle-même devenait ignorante. C'est ainsi que les rites de la pâque et du Pourim se mêlaient au Festival chinois du printemps ; la fête des Premiers Fruits se confondait avec celle de la Lune d'Été, et les six jours sacrés de la Pénitence avant Yom Kippur concordaient souvent avec la fête de l'Année de la Nouvelle Lune, si bien que David allait trop aisément de la pénitence au plaisir."

     

    Pivoine, passionnée, exclusive, dévouée, prompte à prendre les décisions les plus difficiles, devient celle sur qui tous s'appuient... 

     

     


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    de Chine 
    : récit historique romancé, biographie. Titre original : Imperial Woman. Traduit de l'anglais par Lola Tranec (Éditions Stock, 1956. Livre de Poche, 1984).

     

    "De 1875 au début de notre siècle [XXe siècle], l'Empire chinois connaît une histoire agitée : rivalité avec le Japon, menées coloniales des pays occidentaux, révolte des Boxers.

    Durant tout ce temps, il est dirigé par une femme : Tzu-Hsi, régente à la mort de son mari Hsien Feng, puis impératrice douairière avant de céder la place à Pu Yi, le dernier empereur.

    En 1852 elle n'était pourtant qu'une jeune fille parmi soixante, proposées comme épouses au jeune monarque. Seule serait impératrice celle qui lui donnerait un fils. Tzu-Hsi [...] (Yehonala), a dû déployer des trésors de ruse et de séduction pour être celle-là...

    C'est cette vie exceptionnelle que raconte [Pearl Buck], prix Nobel de littérature 1938, dans ce roman biographique où revit toute une civilisation à son déclin.

    (Quatrième de couverture d'Impératrice de Chine)

     

    "Au mois d'avril 1852, soixante jeunes filles appartenant aux meilleures familles mandchoues sont convoquées au palais de l'empereur de Chine, Hsien Feng [...]. Mais il ne suffit pas d'être élue, encore faut-il ne pas se laisser oublier...

    Yehonala ne l'ignore pas. Elle a rusé pour se faire distinguer par l'empereur, mais se souviendra-t-il encore d'elle demain ? Ambitieuse et intelligente, elle prépare avec soin les voies de son succès [...](Le Livre de Poche, extrait).

     

    "C'était au mois d'avril, à Pékin, le quatrième mois de l'année solaire 1852, soit le troisième mois de l'année lunaire de la deux cent-huitième année de la dynastie mandchoue, la grande dynastie des Ch'ing. Le printemps se faisait attendre et les vents du nord, chargés de l'impalpable sable jaune du désert de Gobi, soufflaient sur les maisons comme en hiver. Le sable s'engouffrait dans les rues, s'envolait en tourbillons et s'infiltrait sous les portes et les fenêtres. Il s'accumulait dans les coins, s'amoncelait sur les tables et les chaises, ainsi que dans les plis des vêtements. Il séchait sur les joues des enfants en larmes et s'incrustait dans les rides des vieilles gens.

    Allée des Étains, dans la demeure du porte-étendard mandchou Muyanga, le sable se faisait plus importun qu'ailleurs, car les fenêtres joignaient mal et les portes jouaient sur leurs gonds de bois."

     

    Nous pénétrons, avec ces lignes aux termes imagés chers à Pearl Buck, dans l'humble demeure où vit Orchidée, "une bien jolie fille", qui doit être présentée à l'empereur de Chine sous le nom de Yehonala afin de devenir, si l'impératrice douairière la choisit, l'une des concubines de l'empereur Hsien Feng. Orchidée est pratiquement fiancée depuis l'enfance à son cousin au troisième degré, Jung Lu, garde aux portes de la "Ville interdite". Jung Lu a déjà parlé de mariage à Orchidée "le jour de la fête chinoise du Début du Printemps".

     

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    Portrait officiel de Hsien Feng (Xianfeng), empereur de Chine

     

    Choisie pour être l'une des concubines de l'empereur, Yehonala attend, au Palais, qu'il la fasse appeler, certaine de son destin d'impératrice.

     

    "Ici, dans la bibliothèque, elle passait chaque jour cinq heures à étudier avec son précepteur, cet eunuque qui possédait les titres universitaires les plus élevés. Autrefois, quand il était encore un homme, il était connu pour ses essais en vers octosyllabiques et ses poésies dans le style T'ang. À cause de sa célébrité, il avait reçu l'ordre de se faire eunuque pour devenir le précepteur du jeune prince, maintenant empereur, et s'occuper de la formation intellectuelle de ses concubines."

     

    Yehonala met au monde "l'héritier". Désormais, elle s'appelle Tzu-Hsi et sa nouvelle ambition est de "préserver l'Empire du démembrement pour son fils". Chaque matin, dès le petit jour, dans la salle des audiences, cachée par un écran en bois sculpté placé derrière le "trône du Dragon", elle assiste à l'audience impériale. Ce jour-là, Yeh, le vice-roi de la province Kwang, se tient debout devant l'empereur. Sa requête concerne ses démêlés avec l'Anglais John Bowring, attaché commercial à Canton.

     

    "Ce qu'il veut, ce sont des troubles qui lui fournissent une excuse pour livrer une autre guerre et dévorer encore un peu plus notre pays et nos trésors. Cet Anglais envenime toutes les querelles. Ainsi, bien qu'il soit contraire à la loi d'introduire de l'opium des Indes, il encourage cette contrebande, prétextant que du moment que les commerçants chinois la pratiquent, les Anglais, les Indiens et même les Américains peuvent également vendre à notre peuple cette drogue néfaste qui le démoralise et l'affaiblit. Mieux encore : la contrebande procure également des armes aux rebelles chinois du Sud ; et enfin, lorsque les Blancs du Portugal ont enlevé des Chinois pour les vendre comme coolies, Bowring a soutenu les Portugais. [...] Très-Haut, ces Anglais ne prétendent-ils pas que nous leur ouvrirons les portes mêmes de Canton, afin qu'eux et leur famille puissent déambuler dans nos rues et se mêler à notre peuple ? On verrait alors les hommes blancs regarder nos femmes, et les femmes blanches, qui n'ont pas de pudeur, aller et venir aussi librement que les hommes. Et naturellement, si l'on accorde des avantages à une tribu blanche, les autres exigeront les mêmes, comme par le passé. Cela ne risque-t-il pas de détruire nos traditions et de corrompre notre peuple ?"   

      

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    Portrait officiel de l'impératrice douairière Tzu-Hsi (Cixi)

     

     

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  • David Lodge, écrivain caustique et drôle

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    David Lodge, à Birmingham (2011)

    Photographie : Eric Garault/Pasco, Le Monde

     

    David Lodge est né à Londres (Grande-Bretagne) en 1935. Après des études à l'University College, il enseigne la littérature anglaise jusqu'en 1987 à l'Université de Birmingham (Midlands, Angleterre) et donne des conférences dans le monde entier, notamment à Berkeley (Californie, États-Unis).

    David Lodge se consacre à l'écriture à partir de 1987. Il est l'auteur de nombreux ouvrages : essais (histoire de la littérature, théorie de la littérature), romans, biographies romancées, nouvelles, pièces de théâtre, autobiographie, mémoires.

    Il reçoit plusieurs distinctions :

    . 1975 : Prix Hawthornden.david lodge,écrivain britannique

    . 1980 : lauréat du Whitbread Book of the Year avec How far can you go ? (Jeux de maux, 1993).

    . 1984 et 1988 : ses romans Small World, 1984 (Un tout petit monde, 1991) et Nice Work, 1988 (Jeu de société, 1990) ont été retenus pour la sélection du Booker Prize.

    . 1997 : Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en France.

    . 1998 : Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.

    Doté d'une immense culture littéraire, David Lodge est membre de la Société Royale de Littérature.

     

    À la question : "Le professeur de littérature peut-il nous présenter le romancier?", David Lodge répond :

    "Je suis un romancier "littéraire", à l'instar de Julian Barnes, Salman Rushdie ou Martin Amis*. Comme eux, je considère le roman comme une forme d'art mais aussi de divertissement. Le vrai test pour un livre : aurez-vous envie de le relire ? Si oui, c'est un bon roman [...]"

     

    Plusieurs des ouvrages de ce "brillant théoricien du roman", du "très pince-sans-rire David Lodge", décrivent avec dérision, dans un style d'écriture limpide et pétri d'humour, les milieux universitaires et littéraires, la société anglaise, ainsi que la sexualité dans le milieu catholique dont il est lui-même issu. Observateur et caustique, David Lodge, qui fait siennes ces paroles de l'écrivain irlandais James Joyce (1882-1941) : "J'ai déjà les mots. Ce que je cherche, c'est l'ordre parfait de la phrase", promène un regard extrêmement pertinent et drôle sur la société contemporaine.

    Avec un humour très britanniqueil dépeint à merveille les névroses des intellectuels du milieu universitaire.

    Il vit à Birmingham, en Angleterre.

     

    * Julian Barnes (né en 1946) est un romancier anglais qui publie également sous le pseudonyme de Dan Kavanagh.

    * Salman Rushdie (né en 1947) est un écrivain britannique d'origine indienne.

    * Martin Amis (né en 1949) est un romancier britannique.

     

    david lodge

    David Lodge

    Source photographique : https://thehypertextual.com

     Sources :

    Éditions Rivage

    Le Monde

    France Inter

    http://www.pleinevie.fr/article/

     david lodge,écrivain britannique

     

    Livres publiés traduits en français :

     david lodge,écrivain britannique

    . Changement de décor (roman. Titre original: Changing Places), Rivages, 1990.

    . Jeu de société (roman. Nice Work), Rivages, 1990. Booker Prize.

    . La Chute du British Museum (roman. The British Museum is falling down), Rivages, 1991.

    . Un tout petit monde (roman. Small World), Rivages, 1991. Booker Prize.

    . Jeux de maux (roman. How far can you go ?), Rivages, 1993. Whitbread Book of the Year.

    . Hors de l'Abri (roman. Out of the Shelter), Rivages, 1994.

    . Nouvelles du Paradis (roman. Paradise New), Rivages, 1994.

    . Thérapie (roman. Therapy), Payot et Rivages, 1996.

    . L'Homme qui ne voulait plus se lever et autres nouvelles (nouvelles. The Man who wouldn't get up and other stories), Payot et Rivages, 1997.david lodge,écrivain britannique

    . Les Quatre Vérités (roman. Home Truths), Payot et Rivages, 1999.

    . Pensées secrètes (roman. Thinks...), Payot et Rivages, 2001.

    . Trilogie de Rummidge (roman), Payot et Rivages, 2002.

    Cette trilogie est composée de : Changement de décor, Un tout petit monde, Jeu de société.

    À la Réflexion (essai, théorie de la littérature. Consciousness and the Novel), Payot et Rivages, 2003.

    . L'Auteur ! L'Auteur ! (biographie romancée. Author, Author, novel) Rivages, 2005.

    . La Vérité toute nue (pièce de théâtre. The Death of Diana), Payot et Rivages, 2006.

    . Dans les Coulisses du Roman (essai, théorie de la littérature. The Year of Henry James), Payot et Rivages, 2007.

    . La Vie en sourdine (roman. Deaf Sentence), Payot et Rivages, 2008.

    . L'Atelier d'écriture, suivi de Play-back (pièce de théâtre. The Writing Game), Payot et Rivages, 2008.

    . L'Art de la fiction (essai, théorie de la littérature. The Art of Fiction), Payot et Rivages, 2008.

    . Un Homme de tempérament (biographie romancée. A man of Parts), Payot et Rivages, 2012.

    . Des Vies à écrire (essai, histoire de la littérature. Lives in Writing), Payot et Rivages, 2014.

    . Né au bon moment (autobiographie, mémoires. Quite a Good Time to be born), Payot et Rivages, 2016.

     

    Plusieurs ouvrages de David Lodge sont édités en Livre de Poche.

     

    Source bibliographique : Wikipédia

    david lodge,écrivain britannique

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

    david lodge,écrivain britanniqueThérapie de David Lodge. Roman (traduction de l'anglais par Suzanne V. Mayoux), Payot et Rivages, 1996. (Titre original : Therapy, Martin Secker et Warburg Ltd, 1995). 

     

    "Lawrence Passmore a mal au genou. Mais son problème est beaucoup plus vaste. Il se livre en vain à toutes les thérapies possibles. Plus il se sent malheureux, plus les difficultés conjugales et professionnelles semblent s'accumuler. Ses tentatives d'aventures sexuelles sont loin de lui apporter la compensation souhaitée. Jusqu'à la trouvaille finale...

    David Lodge nous fait ressentir avec une drôlerie inimitable l'accablement croissant de son narrateur. Au passage, il dresse un portrait caustique du monde de la télévision... et des thérapeutes. C'est une vérité profonde de notre univers quotidien qui passe à travers le divertissement."

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Lawrence Passmore, le narrateur de cette comédie dramatique, héros dépressif et hypocondriaque, est aux prises avec une douleur récidivante à l'intérieur du genou droit : "Cela provoquait mon hurlement au beau milieu de la nuit, de sorte que Sally croyait que je faisais un cauchemar. En réalité, les cauchemars sont à peu près la seule chose qui me soit épargnée, dans le genre. Je souffre d'accès de dépression, d'anxiété, de panique, de suées nocturnes, d'insomnies, mais je n'ai pas de cauchemars. Je n'ai jamais beaucoup rêvé. Ce qui signifie simplement, ai-je cru comprendre, que je ne me souviens pas de mes rêves, car nous passons tout notre sommeil à rêver, paraît-il. On dirait qu'il y a dans ma tête une télé qui clignote toute la nuit sans personne pour la regarder. Canal Rêve. Si seulement je pouvais l'enregistrer au magnétoscope. Cela me fournirait peut-être la clé de ce qui ne va pas chez moi. Je ne parle pas de mon genou. Je parle de ma tête. Mon esprit. Mon âme.

    Je trouvais ça un peu rude d'être affligé d'une douleur mystérieuse dans le genou en plus de tous mes autres soucis. D'accord, il peut vous en arriver de pires, [...]. Et n'oublions pas la guerre, la peste et la famine. C'est drôle que le fait d'avoir conscience de tout ça ne vous aide pas le moins du monde à supporter d'avoir mal au genou.

    Cela tient peut-être à ce qu'on appelle "l'effet d'usure de la compassion", l'idée que les médias nous jettent chaque jour à la figure une telle masse de souffrance humaine que notre sensibilité s'est émoussée, nous avons épuisé toutes nos réserves de pitié, de colère, d'indignation, et ne songeons plus qu'à la douleur qui nous travaille le genou."

     

    Lawrence Passmore tente de soigner sa dépression et son impuissance par l'aromathérapie. Le thérapeute le masse avec de l'huile essentielle de rose. Le succès est au rendez-vous... sauf pour la dépression : "Je me suis réveillé à trois heures cinq avec un cerveau qui broyait du noir comme une bétonneuse, des tourments semblables à des cailloux acérés qui tournoyaient dans une bouillasse d'angoisse, et j'ai passé les heures suivantes aux prises avec une vague somnolence où je glissais pour en sortir presque aussitôt, avec la sensation d'avoir fait un cauchemar dont j'étais incapable de me souvenir."

    Lawrence Passmore est maintenant assez désespéré pour poursuivre sa lecture d'un ouvrage du penseur et théologien danois Søren Kierkegaard (1813-1855) : Ou bien... Ou bien.

    "L'être malheureux, explique Kierkegaard, n'est pas présent en lui-même parce qu'il est dans le passé ou l'avenir. Il vit dans l'espoir ou le souvenir. Soit il pense que c'était mieux avant, soit il espère que ça ira mieux après, mais ça va toujours mal dans le moment présent."

    Continuant sa lecture, Lawrence Passmore découvre que l'être le plus malheureux l'est à la fois par le souvenir et par l'espoir. Il s'exclame : "Pas à tortiller, ce type-là, c'est moi. Le plus malheureux. Qu'est-ce que j'ai donc à faire une tête épanouie en lisant ces lignes ?"

    Jusqu'à la trouvaille finale...

     

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    Statue de Kierkegaard à Copenhague

    (Source photographique : Wikipédia) 

     

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    Un tout petit monde de David Lodge. Préface d'Umberto Eco (titre original: Small World. Traduit de l'anglais par Maurice et Yvonne Couturier. David Lodge, 1984. Éditions Rivages, 1991. Éditions Rivages pour l'édition de poche, 1992.)

     

    "Où sont les campus d'antan où des professeurs de lettres besogneux erraient comme des âmes en peine entre les salles de cours, la bibliothèque et la salle des professeurs, l'intelligence en jachère, le cœur en sommeil ? Le jumbo-jet, les médias ont changé tout cela, arrachant les universitaires d'aujourd'hui à leur solitude, les amenant à communiquer avec de lointains collègues à l'autre bout du monde. L'ère du campus global est arrivée et ses liturgies favorites sont les congrès. Celui de Rummidge, par exemple [...].

    Les innombrables professeurs de littérature anglaise qui peuplent ce roman ne cherchent pas tant à satisfaire leur soif de savoir qu'à assouvir leur immense besoin d'amour. Sous la baguette de David Lodge, la littérature est le prétexte de rencontres hilarantes, et la planète se rétrécit comme par magie pour devenir une sorte de grand livre, peut-être cette anthologie de tous les livres dont rêvait Borges dans "La Bibliothèque de Babel". (Extrait. Rivages). 

     

    "Un petit monde très moderne. 

    Bien qu'il n'ait été publié qu'en 1984, ce livre est un livre culte [...]. Le fait est que, [...] savants, chercheurs et professeurs de toutes les universités du monde lisent Small World (Un tout petit monde). Ils le lisent parce qu'il dit la vérité sur leur petit milieu international. Et comme c'est un livre d'un comique irrésistible, il dit les choses comme les disent les livres des grands comiques, c'est-à-dire en portant leur vérité jusqu'aux limites du paradoxe et du délire. C'est donc un livre "réaliste" sur l'univers des savants qui errent de congrès en congrès. Il met en scène, dans la pénombre de ces lieux retirés que sont les campus universitaires, des coups de théâtre, des reconnaissances, des entrecroisements de destins, des péripéties, auxquels seuls les feuilletons les plus éhontés nous avaient habitués. [...] 

    Si vous ignorez à quel point peut être romanesque l'univers des congrès universitaires, lisez Lodge. Vous aurez conquis un monde et vous vous serez amusés comme cela ne vous était jamais arrivé.

    [...] Mais, outre qu'il amuse, Lodge est méchant. Je crois que c'est l'un des hommes les plus méchants qui existent. En fin de compte, il dit du mal (mais avec quel délice) du monde dans lequel il vit. Mais, au fond, il s'agit bien là de la mission du Grand Narrateur. [...]"

    (Extrait de la préface d'Umberto Eco, traduit de l'italien par Antoine Ottavi).

     

    Critique :

    "Irrésistible de drôlerie, réaliste jusqu'à la crudité, le livre de David Lodge est surtout délicieusement mais parfaitement méchant comme savent l'être les œuvres des grands moralistes..."  (Patrick Raynal. Le Monde).

     

    Au congrès de Rummidge, une conférence, suivie d'une discussion sur le structuralisme, se termine. Un des congressistes, Persse, dont c'est le premier congrès, a "séché" la conférence mais tient absolument à savoir de quel courant de pensée il s'agit. Le professeur Robin Dempsey, arrivant avec un verre de sherry, brûle "d'envie de faire de l'épate". Des explications surréalistes s'ensuivent :

    - "Ça remonte à la linguistique de Saussure. L'arbitraire du signifiant. La langue comme système de différences sans termes positifs.

    - Donnez-moi un exemple, dit Persse. Je suis incapable de suivre une discussion si on ne me donne pas des exemples.

    - Eh bien, prenez les mots dog et cat. Il n'y a aucune raison objective pour que les phonèmes d-o-g signifient un quadrupède qui fait woof woof plutôt qu'un autre qui fait miaou. C'est une relation purement arbitraire, et on pourrait très bien décider demain que d-o-g signifie cat et c-a-t, dog.

    - Peut-être que ça sèmerait la confusion chez les animaux ? dit Persse.

    - Les animaux s'y feraient avec le temps, comme tout le monde, dit Dempsey. On sait cela parce que le même animal est représenté par des images acoustiques différentes dans les différentes langues naturelles. Par exemple dog se dit chien en français, Hund en allemand, cane en italien, et ainsi de suite. Cat se dit chat, Katze, gatto, selon la partie du Marché Commun où vous habitez. Et s'il faut en croire la langue plutôt que nos oreilles, les chiens anglais disent woof woof, les chiens français ouah ouah, les chiens allemands wau wau et les chiens italiens baau baau." 

     

    Voilà la notion de structuralisme parfaitement éclaircie !

     

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    David Lodge

    (Source photographique : http://www.bbc.com/news/entertainment-arts-13025696)

     

     

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  • Dahl, Maître des fjords et des forêts nordiques

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    Johan Christian Clausen Dahl

    (Portrait par Christian Albrecht Jensen)

     

    Johan Christian Clausen Dahl (Bergen, Norvège 1788 - Dresde, Allemagne 1857) est un peintre paysagiste norvégien.

    Fils d'un pêcheur, il apprend à Bergen, sa ville natale, le métier de peintre décorateur. De 1803 à 1809, il étudie avec le peintre J. G. Müller. Il peint des décors de théâtre, des portraits, des vues de Bergen et de ses environs. Il manifeste rapidement un tel talent que des mécènes lui facilitent l'accès à l'Académie de Copenhague, au Danemark. Animé d'un esprit nouveau, il répond pleinement à sa vocation d'artiste peintre et devient le premier peintre de son pays, dont il exalte les paysages, et le père de l'École norvégienne.

    En 1815, le prince du Danemark, Christian Frederik, qui fut brièvement roi de Norvège en 1814, et futur roi du Danemark sous le nom de Christian VIII de 1839 à 1848, devenu l'ami et le mécène de Dahl, veille à ce que ses œuvres soient achetées pour la collection royale.  

    Johan Christian Dahl trouve à la fois l'idéal et l'objet de sa formation dans le paysage en observant les œuvres des Néerlandais du XVIIe siècle qu'il apprend à connaître à Copenhague. Il les copie avidement. En 1818, il se rend à Dresde, en Allemagne, et se lie d'amitié avec Caspar David Friedrich, un peintre allemand qui a parcouru le pays. Dahl s'installe chez Friedrich. Au cours des années suivantes, nombreuses sont les occasions données aux deux amis d'échanger leurs connaissances, leurs expériences. "Friedrich emprunte à Dahl la fluidité de sa matière picturale", tandis que les premiers paysages romantiques de Friedrich provoquent une intense impression sur Dahl.

     

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    Dents de Troll (1823) par Johan Christian Clausen Dahl

     

    Johan Christian Clausen Dahl devient professeur à l'Académie de Dresde et membre des Académies de Copenhague (Danemark), Stockholm (Suède) et Berlin (Allemagne).

    En 1820, le prince Christian Frederik l'invite à le rejoindre sur le Golfe de Naples où le peintre séjourne dix mois. Dahl effectue plusieurs voyages d'études en Italie. Il rencontre Bertel Thorvaldsen (1770-1844), un sculpteur danois, dont l'essentiel de la carrière se déroule à Rome où il est un maître du néoclassicisme. Thorvaldsen met en contact Dahl et Joseph Anton Koch (1768-1839), un peintre autrichien qui traversa à pied les Alpes pour se rendre en Italie. Dahl rencontre également Achille Etna Michallon (1796-1822), un peintre français élève de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819). 

    En 1820, Dahl épouse Emilie von Bloch. Elle meurt sept ans plus tard, à la naissance de leur quatrième enfant. En 1830, il épouse son élève Amalie von Bassewitz, mais elle meurt la même année en mettant leur enfant au monde.

    Dahl retourne souvent dans sa Scandinavie natale où il conçoit maintes esquisses. Des scènes de tempêtes dramatiques et une éruption de volcan se retrouvent parmi ses thèmes italiens tandis qu'il puise pour ses toiles nordiques dans la nature sombre, les forêts de la côte et les fjords fouettés par les eaux déchaînées sous les cieux roulant des nuages d'encre. Il peint avec passion "la nature norvégienne, fraîche, inviolée, dans son état primitif et sauvage". Peu de personnes avaient contemplé jusque-là des sites semblables. Dans son journal, J. C. C. Dahl écrit qu'il veut s'attacher "aux grandes masses et étudier le ton et les effets, les éclairages et les clairs de lune".

    Dans les cercles artistiques de Dresde, il est rapidement honoré du titre de "Maître" de ce Nord noyé dans ses légendes et si riche en drames de la nature.

     

    Artaud de Montor, dans son Encyclopédie des gens du monde (éditée en 1836), écrit :

    "[...] toute cette nature si imposante et si poétique dans sa sévérité est reproduite avec une véritable piété filiale par ce vaste et profond génie du septentrion."

     

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    Manoir Frogerne, Oslo (1842) par Johan Christian Clausen Dahl

     

    Klaus H. Carl, dans son livre La Peinture allemande écrit :

    "Trois artistes majeurs sont liés à l'École d'Eckersberg*, [ils] travaillent principalement à Dresde : le peintre paysagiste norvégien Johan Christian Clausen Dahl [...], Caspar David Friedrich, et le chef du département de peinture de la manufacture de porcelaine de Meissen (Saxe, Allemagne) Georg Friedrich Kersting (1785-1847).

    Le Norvégien Christian Clausen Dahl a une prédilection pour les grands espaces montagneux septentrionaux de son pays d'origine dans tout ce qu'ils ont de dramatique. Avec ses peintures réalistes et animées, il a un effet très positif sur un grand cercle d'étudiants. Ses études détaillées des processus atmosphériques sont exemplaires."

    * Christofler Wilhelm Eckersberg (1783-1853) est un peintre danois dont le style clair et élégant est caractéristique de l'"âge d'or" de la peinture danoise. Il effectue un séjour de trois ans à Paris avec David pour maître, puis un voyage à Rome où il réside de 1813 à 1816.

     

    Jouissant d'un grand renom, Dahl meurt, seul, à Dresde en 1857 après une brève maladie. Ses œuvres, dont l'admirable richesse du détail et les bouleversants effets dramatiques séduisent profondément le public, se trouvent principalement dans les Musées d'Oslo (Norvège), de Copenhague (Danemark), Berlin et Hambourg (Allemagne), etc.

     

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    Johan Christian Clausen Dahl (1834)

     

    Sources : 

    Bibliographie :

    Encyclopédie des gens du monde par Artaud de Montor (Treuttel et Würtz, 1836)

    Les Maîtres de la peinture par Patricia Fride-Carrassat (Larousse, 2010)

    La Peinture allemande par Klaus H. Carl (Parkstone International, 2015)

    La Peinture Romantique par Horst Koch (texte français : Pierre Crèvecœur. Éditions Berghaus Verlag, Allemagne, 1985).

    Autres sources :

    http://dealer-and-art-collector.com/2015/04/12/dahl-johan-christian-clausen/

    http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Dahl/151798

    http://arkivet.thorvaldsensmuseum.dk/depuis-les-elemens-de-p-h-de-valenciennes-jusqua-j-c-dahl

     

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    Dans mes Albums d'Arts :

     

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    Matin après une nuit de tempête (1819) par Johan Christian Clausen Dahl  

     

    Matin après une nuit de tempête (1819) est un cri de détresse exprimé au travers de la Peinture romantique.

    Un homme désespéré, presque seul... un chien, face à lui, le regarde pleurer. L'homme, assis, la tête appuyée sur ses bras, jambes repliées, ne peut supporter la vision d'un bateau qui sombre. Quelques vagues, derniers soubresauts d'une tempête dramatique maintenant apaisée, se brisent sur des rochers gigantesques qui ne parviennent pas à cacher les nuages dont les diverses nuances de gris sont, par endroits traversées de lueurs orangées. C'est le matin et son soleil levant.

    L'écume déferlant sur les rochers se confond avec les masses floconneuses des sombres nuages transpercés par le reflet d'un horizon rougissant. La violence des éléments, la beauté des rocs titanesques rendent encore plus tragique le désespoir de l'homme solitaire, créature minuscule perdue au sein d'un spectacle gigantesque, écrasant, et dont il me semble entendre les gémissements...

     

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    Grotte au clair de lune près de la baie de Naples (1821) par Johan Christian Clausen Dahl

     

    Dahl, qui a découvert l'Italie, la baie de Naples et le volcan du Vésuve en compagnie du prince Christian Frederik du Danemark, s'éprend des merveilleux sites de ce pays où il retourne lors de divers voyages d'études. Le Vésuve, qui borde la baie de Naples, à l'est de la ville, est souvent présent dans les œuvres du peintre.

    La Grotte au clair de lune près de la baie de Naples, peinte lors de son voyage en compagnie du futur Christian VIII, est éclairée par la lueur de la lune et les feux lointains et rougeoyants du volcan. Au premier plan, la partie droite d'une grotte majestueuse reflète une éruption du Vésuve, tandis qu'un homme, à l'entrée de la grotte, pêche sereinement, en habituel spectateur de cette vue grandiose et pourtant inquiétante. À l'arrière-plan, nimbé de nuages, le volcan crachant sa lave, admirable centre de cet étrange site, semble se livrer à la démonstration de son énergie afin de mettre en valeur la sublime beauté de la grotte.

     

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    Nuage et paysage au clair de lune, étude (1822) par Johan Christian Clausen Dahl

     

    Un ciel nocturne, envahi de brouillard et de nuages transpercés par les rayonnements de la lune, étale sa sombre magie sur les arbres peints avec la finesse du détail propre à Johan Christian Clausen Dahl.

    Des nuages aux étranges festons semblent vouloir encercler la lune non pour l'engloutir mais afin de rechercher le privilège de se baigner dans la luminosité de ses rayons. Aucune sensation d'oppression face à cette toile où les éléments célestes trouvent avec sérénité leur place dans la beauté d'une nuit scandinave...

     

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    Éruption du Vésuve (1824) par Johan Christian Clausen Dahl

     

    Pendant l'un de ses séjours à Naples, Dahl assiste à une éruption du Vésuve. Il tient à faire l'ascension du volcan de jour et de nuit pour l'observer, au plus près, en action. Il peut ainsi peindre avec une extrême finesse du trait les panaches s'élevant du cratère tels d'étouffants nuages cotonneux embrasés à leur naissance par les laves en colère, les fumées noirâtres et moutonneuses et les coulées brûlantes se gravant sur les roches calcinées. À l'arrière-plan, la baie de Naples pâlit sous un ciel qui cède la place au volcan en fureur.

    Johan Christian Clausen Dahl peint plusieurs toiles du Vésuve, principalement en 1824 et 1826.

     

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  • Eugène Boudin, le peintre "roi des ciels"

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    Portrait d'Eugène Boudin

     

    Eugène Boudin (Honfleur 1824 - Deauville 1898) est un peintre français, précurseur de l'impressionnisme, école picturale qui prend son essor en 1874 en poursuivant les recherches d'Eugène Boudin, d'Eugène Delacroix, de John Constable, de William Turner, de Charles François Daubigny et de Johan Barthold Jongkind. Les paysages, qu'ils soient de tradition française ou britannique, libres de tout sujet historique, vont s'affirmer avec les œuvres de ces peintres annonçant l'impressionnisme. 

    Jean-Baptiste Camille Corot dit à Eugène Boudin : "Vous êtes le roi des ciels !" Bel hommage d'un peintre paysagiste lyrique, aux œuvres romantiques et poétiques, à un autre peintre paysagiste de plein air, d'une intense sensibilité aux variations lumineuses et atmosphériques, sensibilité qui transcende ses marines principalement de l'estuaire de la Seine et de la Bretagne. E. Boudin œuvre toute sa vie afin d'atteindre la perfection de la voûte céleste.

     

    "Deux tiers de ciel, un tiers de mer, telle est la vision qui s'impose de suite lorsqu'on prononce le nom d'Eugène Boudin. [...] Boudin regarde toujours la nature avec la tendre attention d'un amoureux de la lumière", écrit le critique et historien Raymond Coignat.

    Charles Baudelaire, qui est aussi un critique d'art passionné, déclare : "En regardant un tableau de Boudin, on peut deviner la saison, l'heure et le vent...". Dans son compte-rendu pour le Salon de 1859, Baudelaire écrit : "Tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses [...], ces fournaises béantes, ces firmaments de satin noir ou violet, fripé, roulé ou déchiré, ces horizons en deuil ou ruisselants de métal fondu, toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse ou comme l'éloquence de l'opium."

    E. Boudin lui-même, en 1887, commente ainsi son art : "On pourra retrouver dans ma peinture sinon du grand art, du moins une reproduction assez sincère du monde de notre époque. Peut-être aussi trouvera-t-on dans mes études du ciel un côté de la grande nature céleste qui n'a jamais été ni plus, ni mieux explorée par mes prédécesseurs..."

     

    E. Boudin échange ses vues sur la lumière avec Gustave Courbet, le Maître d'Ornans et chef de l'école réaliste. Courbet, admiratif, lui dit : "Vous êtes un séraphin !"

    En 1855, E. Boudin se rend pour la première fois en Bretagne. À partir de 1863, après son mariage avec une Bretonne, Marie-Anne Guédès, il installe son chevalet, chaque été, pendant une dizaine d'années, à Camaret, dont il peint le port et les plages.  

    Eugène Boudin est le premier maître de Claude Monet. La rencontre des deux artistes a lieu en 1858. C'est la naissance de la vocation de Monet, le futur représentant le plus typique de l'impressionnisme. E. Boudin, Johan Barthold Jongkind, peintre et graveur néerlandais, et Corot initient Monet à la peinture de plein air. Monet fait un séjour au Havre avec Boudin et Jongkind. Les trois peintres se retrouvent à Honfleur en 1864. À la fin de sa vie, Monet rend hommage à son premier maître : "Je dois tout à Boudin. [...] J'en étais arrivé à être fasciné par ses pochades, filles de ce que l'on appelle l'instantanéité."

    Eugène Boudin voyage beaucoup. Il visite la Hollande, la Belgique, l'île de Guernesey, entre autres. Outre les ports normands et bretons, il peint aussi, toujours avec une extrême minutie, les ports méditerranéens et néerlandais. Qu'il visite Venise, Anvers ou Bordeaux, il saisit toujours avec intensité l'atmosphère de chacun des lieux où il pose son chevalet pour peindre des paysages en mouvement dans une superbe harmonie de bleus et de gris colorés. Il affectionne les éléments changeants tels que la lumière et ses ombres, les nuages, les vagues qu'il peint par touches vibrantes et transparentes. Il observe longuement les œuvres des peintres néerlandais du XVIIe siècle, tels que Jan Van Goyen, l'un des meilleurs paysagistes de son pays, renommé pour ses vues fluviales aux miroitements argentés ou dorés.

     

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    Eugène Boudin à Deauville (1896)

     

    Suivant la voie tracée par  E. Boudin et J. B. Jongkind dans les années 1850-1860, de jeunes peintres, les futurs impressionnistes, créent, vers 1862,  leurs tableaux en plein air et tentent de saisir les variations fugitives de l'atmosphère. 

    Entre 1860 et la fin du XIXe siècle, des peintres florentins, les macchiaioli  ("tachistes"), peignent la vie contemporaine, la campagne, les paysages d'après nature. Eugène Boudin, au bord de la mer, peint des scènes comparables à celles de ces peintres italiens mais se distinguant par des tons clairs.

    En 1887, il écrit dans son carnet : "La lumière surtout ! Chercher son rayonnement, la fulguration, la condenser, la poursuivre dans sa chaleur." Toute sa vie, il respectera sa propre recommandation.

    Sa femme décède en 1889, E. Boudin est très affecté et sa santé commence à se dégrader. Sur les conseils de son médecin, trois ans plus tard il se rend dans le Midi de la France.  

    E. Boudin expose au Salon de Paris pendant de nombreuses années. Il obtient, en 1889, une médaille d'or. En 1892, la Légion d'honneur est décernée à ce grand artiste, qui sait si bien regarder et écouter la Nature, qui peint les ciels, les lumières et les saisons avec une minutie digne des maîtres hollandais.

    E. Boudin expose pour la dernière fois, en 1897, au Salon de la Société nationale des beaux-arts.


    À l'âge de soixante-quatorze ans, Eugène Boudin s'éteint à Deauville "face à la mer", ainsi qu'il le souhaitait. Après la mort du peintre, une exposition rétrospective organisée à l'École des beaux-arts, en 1899, présente 17 aquarelles, 72 pastels et 337 peintures. Lors de la vente de son atelier, la même année, on compte encore 57 pastels et dessins, 99 aquarelles et 125 tableaux. 

    Le Musée Eugène Boudin de Honfleur et le Musée d'Art moderne André Malraux du Havre possèdent les plus grands fonds d'œuvres d'E. Boudin en France.

     

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     Eugène Boudin

    (Source : http://www.vanderkrogt.net/statues/object.php?webpage=ST&record=frbn005)

     

    Bibliographie :

    . Les Maîtres de la peinture de Patricia Fride-Carrassat (Larousse, 2010).

    . Les Mouvements dans la peinture de Patricia Fride-Carrassat et Isabelle Marcadé (Larousse, 2013).

    Autres sources :

    Musée Jacquemart-André

    Musée Eugène Boudin

    Musée d'art moderne André Malraux

      

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    Dans mes Albums d'Arts :

     

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    Concert au Casino de Deauville (1865) par Eugène Boudin

    (Source photographique : L'Express)

     

    La station balnéaire de Deauville connaît un bel essor grâce au Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III. Dès 1860 sont inaugurés l'établissement des bains, le champ de course et le casino. Les élégantes se pressent dans cette station à la mode et déploient leurs gracieux atours : robes et crinolines, voiles, chapeaux, rubans.

    Pour la toile Concert au Casino de Deauville, Eugène Boudin, virtuose des coloris harmonieux, peint avec bonheur la grâce aérienne des robes, les ciselures des colonnes du casino, la beauté du ciel et de ses nuages diaphanes en parfait accord avec l'évènement musical qui se déroule à Deauville. Il est l'un des premiers peintres à représenter ses "petites dames sur la plage" aux concerts, dans les stations balnéaires à la mode, visages non identifiables, et personnages souvent vus de dos.

     

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    Le Port de Camaret (1872) par Eugène Boudin

     

    Le Port de Camaret (1872) est un exemple de minutie, de maîtrise dans l'art de peindre les clartés et les ombres célestes, leurs reflets sur l'eau. Les ciels, très sombres, chargés de lourds nuages oppressants, laissent apercevoir de rares espaces bleus qui éclairent les eaux, les transformant en miroirs aux nuances chatoyantes et irisées. Les équipages des bateaux se préparent à quitter le port de Camaret n'ignorant rien des dangers que leur réserve ce ciel tourmenté.

    Eugène Boudin laisse volontairement dans l'ombre les premiers plans afin de créer de savants dosages de lumière grâce aux seconds plans, les ciels toujours très importants et présents, qu'il peint par touches non définies, organisant ainsi de superbes jeux de reflets sur l'eau.

     

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    Le Port d'Antibes (1893) par Eugène Boudin

     

    Profitant de la lumière de fin d'après-midi, Eugène Boudin plante son chevalet du côté de l'anse qui fait face aux remparts d'Antibes. Des remparts édifiés par Vauban, il fait jaillir une luminosité éclatante contrastant avec le ciel provençal d'un bleu conçu avec avec sa maîtrise coutumière. Ses touches deviennent plus claires et plus transparentes. Les tons ocre du premier plan s'harmonisent avec ceux de la partie des fortifications se trouvant dans l'ombre, ceux des toits d'Antibes et les tons des roches d'un îlot. Cette toile est empreinte d'une rare sérénité.

    Grâce à la lumière qui se reflète sur les pierres de la citadelle, l'heure et la position du soleil rasant les remparts pourraient être précisément indiquées. Au XVIIe siècle, le peintre paysagiste néerlandais Jacob Van Ruysdael concevait ses toiles de cette manière.

    Eugène Boudin écrit : "Nager en plein ciel. Arriver aux délicatesses du nuage. Suspendre ces masses au fond, bien lointaines dans la brume grise, faire éclater l'azur."

     

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    Étude de ciel sur le Bassin du Commerce au Havre (1888-1895) par Eugène Boudin

     

    Cette Étude de ciel sur le Bassin du Commerce au Havre est un superbe exemple de la manière dont Eugène Boudin traite par touches non définies, larges, rapides, discontinues, le ciel et ses reflets dans l'eau. À côté de ses toiles représentant des "plages à crinolines", plus mondaines avec leurs belles élégantes qu'il appelle "mes petites dames sur la plage", découvrons ou redécouvrons les études de ciels auxquelles il réserve une extrême attention. Il les réalise tout au long de sa carrière artistique, souvent secrètement, et les garde modestement dans son atelier, les montrant peu, conscient de leur aspect original. Baudelaire les voit lors d'un séjour à Honfleur et dit : "S'ils avaient vu comme j'ai vu récemment chez M. Boudin [...] plusieurs centaines d'études au pastel improvisées en face de la mer et du ciel, ils comprendraient [...] la différence qui sépare une étude d'un tableau."

    Dans l'Étude de ciel sur le Bassin du Commerce au Havre, les bateaux semblent voguer entre ciel et eau, accompagnés de leurs reflets. On perçoit bien les mâts mais les formes s'effacent pour laisser place à la lumière du soir. Cette étude n'est pas une préparation à un tableau défini, mais la projection sur une toile des effets atmosphériques et lumineux qui passionnent l'artiste.

    Eugène Boudin emploie le mot "étude" pour désigner ses recherches quotidiennes sur la lumière des ciels de l'estuaire et ses reflets sur l'eau dans cette ville du Havre qu'il connaît si bien. Il aime la solitude, le silence et il préfère concevoir ses études de ciel sur le paisible Bassin du Commerce au Havre plutôt qu'entouré du fouillis bruyant et animé des quais.

    Source : paril.crdp.ac-caen

     

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    Marée montante à Deauville (1894) par Eugène Boudin

    (Photographie : Toni Hafkenscheid)

     

    L'attrait d'Eugène Boudin pour l'étude de la lumière, sa passion pour la luminosité atmosphérique des ciels, leur majesté et leur fugacité, le conduisent très tôt à mettre en œuvre le principe des "séries" qui lui permettent, dans chaque lieu où il pose son chevalet, de peindre des déclinaisons variant selon les heures de la journée, de la soirée, les saisons et les marées.

    Il affectionne les paysages marins et leur poésie, les brumes nacrées, les nuages évanescents, les flots perlés, les gracieuses embarcations qu'il peint souvent en arrière-plan. Sur les plages, il saisit ses personnages sur le vif. 

     

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    Entrée des jetées du Havre par gros temps (1895) par Eugène Boudin 

     

    Avec l'Entrée des jetées du Havre par gros temps, Eugène Boudin représente les éléments déchaînés, harmonise les gris d'un ciel sombre, percé de touches d'azur, occupant les deux tiers de la toile. Le rivage, tout aussi sombre, en parfait accord avec le ciel, n'occupe qu'une petite partie de l'œuvre, laissant place à la violence des vagues. Les nuances vertes de l'eau se fondent en une vision à la fois oppressante et magique créée par la froide blancheur de l'écume des flots, du phare et d'un nuage.

     

    Source : http://paril.crdp.ac-caen.fr

     

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                                                          Venise, le soir (1895) par Eugène Boudin

                                                        (Photographie : C. Devleeschauwer. Source L'Express)

     

    Eugène Boudin se rend à Venise en 1895 et parle d'une "inoubliable volupté de l'œil". Les œuvres qu'il conçoit dans la capitale de la Vénétie démontrent aux yeux de tous qu'il est un coloriste raffiné aux tons précieux et délicats, clairs et lumineux, choisissant avec subtilité ses couleurs, mêlant parfois en une seule immensité la mer et le ciel.

    Il peint l'eau grâce à une succession de fins traits horizontaux dont la transparence reflète les ombres verticales des embarcations. Il possède une parfaite maîtrise du traitement des harmonies en demi-teintes et s'imprègne de la légèreté de l'air ; une osmose parfaite s'établit entre le peintre, le sujet traité et l'atmosphère.

    Le peintre écrit : "Le voyage à  Venise aura été mon chant du cygne".

    Avec Venise, le soir, et ce voyage qu'Eugène Boudin, peintre passionné, travailleur acharné et humble, devine être son chant du cygne, je termine cette publication en souhaitant vivement qu'elle trouve grâce à vos yeux.   

    Source : Musée d'art moderne André Malraux

     

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  • Henri Gougaud, écrivain aux multiples talents

    "L'importance d'une parole se mesure à la place

    qu'elle prend durablement en chacun de nous,

    à ce qu'elle fait bouger en nous, à la terre intime

    qu'elle remue et fertilise." (Henri Gougaud)

     

    Quelques phrases seulement, lues dans le premier livre que je découvris d'Henri Gougaud, suffirent à m'insuffler le sentiment qu'à partir de ce moment-là mes réflexions prendraient un chemin qui m'était inconnu, une voie insoupçonnée hier encore.

     

    Henri Gougaud (né en 1936 à Carcassonne, dans l'Aude, en France) est un écrivain, poète et conteur. Il est l'auteur de romans, récits, contes, nouvelles, essais divers et recueils. Il dirige les collections La mémoire des sources et Contes des sages aux Éditions du Seuil. 

    Il crée des spectacles et anime des ateliers autour du conte. 

     

    À Paris, à la fin des années 1950, Henri Gougaud découvre la Rive gauche et les cabarets situés sur la rive sud de la Seine. Léo Noël, chanteur et musicien, cofondateur et animateur du Cabaret L'Écluse, alors en vogue au Quartier latin, cabaret qui se trouvait 15, quai des Grands Augustins dans le Ve arrondissement, l'engage.

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                                                                          Henri Gougaud

                                                              (http://www.henrigougaud.info/)

     

    Auteur de chansons, interprète, Henri Gougaud se dit "homme qui chante" plutôt que chanteur. Il partage la scène du Cabaret de L'Écluse avec Barbara, Gribouille (Marie-France Gaite) et le duo de chanteurs Marc et André (Marc Chevalier et André Schlesser). Serge Reggiani choisit une chanson d'Henri Gougaud afin de l'interpréter lui-même : Paris ma rose. À leur tour, Juliette Gréco, Jean Ferrat,  Marc Ogeret, et bien d'autres artistes, chantent ses textes. Il décide d'arrêter de se produire sur scène pour se consacrer à l'écriture.

     

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    Cabaret L'Écluse à Paris

    (Source : France Musique)

     

    Il crée avec des amis les Éditions Bélibaste en 1969. 

    Il traduit de l'ancien occitan de nombreux poèmes, les adapte et les met en chansons, dont entre autres :

    Chante les troubadours - Chants d'amour et de colère occitans (1972). 

    Il chante aussi en occitan : 

    Lo Pastre de paraules  (Le Berger des mots) (1974).

     

    En 1974, sur la station de radio France Inter, avec le journaliste, homme de radio, de télévision et écrivain Claude Villers, il présente une chronique de science-fiction : "Pas de panique". Puis il conte des histoires dans les émissions : "Marche ou rêve", "Le grand parler", "Ici l'ombre", "Contes des origines", etc.

     

    La Chambre des Théâtres pour l'Enfance et la Jeunesse, à Bruxelles, association rassemblant quatre-vingt-dix compagnies professionnelles de Théâtre/Danse jeune public, qui a pour objectif principal de favoriser le développement et la reconnaissance du Théâtre jeune public de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en Belgique et dans divers pays, référence les livres d'Henri Gougaud dans : Les Carnets de la CTEJ 3 : écrire pour le théâtre jeune public (II)  (rubrique : Quelques ouvrages sur le conte), aux Éditions Lansman (1996).

     

    "Le conte est plus un art de la relation qu'un art du spectacle. [...] Les contes font partie de ces arts premiers comme patrimoine de l'humanité. [...] Le conte fait toujours appel à quelque chose d'autre que nos mécanismes intimes. Il est cohérent sans jamais épuiser le mystère. C'est une porte ouverte sur l'infini qui permet de respirer." (Henri Gougaud, entretien avec François Devinat, Libération, 1999).

     

    Sources : http://www.henrigougaud.info/ 

                    http://www.franceinter.fr/personne-henri-gougaud

                    https://www.youtube.com/watch?v=HIR_IHDOxJ8  

     

     

    Les romans, légendes et contes d'Henri Gougaud capturent les rythmes et les parfums du monde entier. Son style d'écriture, à la musicalité profonde, recèle des saveurs pétillantes et perlées d'humour, mais aussi une immense sagesse ancestrale.

     

    Bibliographie :  

    1968. Contes du vieux moulin (Casterman)

    1969. Chansons pour les enfants, avec Georges Brassens, illustrations de Philippe Lorin (R.S.T.)

    1969. Montségur, photographies de Guy Caujolle, reportage (Bélibaste)

    1969. Poèmes politiques des troubadours, traduction (Bélibaste)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1971. Nous voulons vivre en communauté (Bélibaste)

    1973. Les Animaux magiques de notre univers, essai (Solar)

    1973. Contes de la Huchette (Casterman) 

    1973. Voir le Maroc, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités)

    1974. Démons et merveilles de la science-fiction, essai (Julliard)

    1976. Voir l'Égypte, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités)

    1976. Voir la France, reportage avec Colette Gouvion (Hachette Réalités) 

    1977. Départements et territoires d'outre-mort, recueil de nouvelles fantastiques (Julliard). Prix Goncourt de la Nouvelle.

    1977. Souvenirs invivables, poèmes, chansons, textes en prose (Ipomée)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1978. Le Grand Partir, roman (Seuil). Grand Prix de l'humour noir.

    1979. L'Arbre à soleils, légendes du monde entier (Seuil)

    1980. Le Trouveur de feu, roman (Seuil). Prix Jouvenel 1981 de l'Académie française.

    1982. Bélibaste, roman (Seuil)

    1984. L'Inquisiteur, roman (Seuil)

    1986. Le Fils de l'ogre, roman (Seuil)

    1987. L'Arbre aux trésors, légendes du monde entier (Seuil) 

    1989. L'Homme à la vie inexplicable, roman (Seuil). Prix Relay des voyageurs.

    1989. La Chanson de la croisade albigeoise, traduction (Livre de Poche)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1991. L'Expédition, roman (Seuil)

    1991. Nouvelle édition : Départements et territoires d'outre-mort, recueil de nouvelles fantastiques (Seuil)

    1991. Apprenez à rêver en 10 leçons faciles (Syros-Alternatives)

    1992. L'Arbre d'amour et de sagesse, contes du monde entier (Seuil)

    1992. Vivre le pays cathare, photographies de Gérard Siöen (Mengès)

    1993. La Bible du hibou, contes fantastiques (Seuil) 

    1995. Les Sept Plumes de l'aigle, récit (Seuil). (Existe lu par Henri Gougaud en format CD et CD MP3, éditions Livraphone)

    1996. Le Livre des amours, contes de l'envie d'elle et du désir de lui (Seuil)

    1997. Les Cathares et l'éternité, essai (Bartillat)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    1997. Les Dits de Maître Shonglang (Seuil)

    1997. Paroles de chamans, citations (Albin Michel)

    1998. Paramour, roman (Seuil)

    1999. Contes d'Afrique, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2000. Le Rire de l'ange, roman (Seuil)

    2000. La Conférence des oiseaux, adaptation du texte de Farid-ud-Din Attar, d'après la traduction du persan par Manijek Nouri-Ortega (Seuil)

    2000. Le Secret de l'aigle, en collaboration avec Luis Ansa (Albin Michel)

    2000. Contes du Pacifique, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2001. Contes d'Asie, recueil de contes illustrés (Seuil)

    2002. Le Murmure des Contes, entretiens avec Bruno de la Salle et Isabelle Sauvage (Desclée de Brouwer)

    2003. L'Amour foudre, contes de la folie d'aimer (Seuil)

    2005. Le Voyage d'Anna, roman (Seuil). Prix Jackie Bouquin. (Existe lu par Henri Gougaud en CD MP3, Livraphone)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    2005. Contes des sages soufis, contes (Seuil)

    2006. L'Almanach (Panama) 

    2007. Jusqu'à Tombouctou. Desert Blues, en collaboration avec Michel Jaffrenou, contes, dessins, photographies (Éditions !)

    2008. Nouvelle édition : Le Secret de l'aigle (Albin Michel, collection Espaces libres)

    2008. L'Homme qui voulait voir Mahona, roman (Albin Michel)

    2008. Le Rire de la grenouille. Renaître par les contes, petit traité de philosophie artisanale (Carnets Nord)

    2009. Le Livre des chemins. Contes de bon conseil pour questions secrètes, contes (Albin Michel)

    2009. Poésie des troubadours, anthologie (Seuil)henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai

    2010. L'Abécédaire amoureux, abécédaire coquin (Albin Michel)

    2011. L'Enfant de la neige, roman (Albin Michel) 

    2012. Au Bon Bec, bréviaire du bien vivre et du bien manger (Albin Michel)

    2012. Je n'éteins jamais la lumière, chansons 1960-1975 (Silène) 

    2013. Petits Contes de sagesse pour temps turbulents, contes (Albin Michel)

    2013. Devine ! Énigmes, rébus et devinettes pour tous les âges de la vie (Silène)

    2014. Le Roman de Louise, roman (Albin Michel). Grand Prix de l'héroïne Madame Figaro.

    2015. Les Voyageurs de l'aube, roman (Albin Michel)

    2015. Nouvelle édition : Renaître par les contes, avec un CD de contes dits par Henri Gougaud (Éditions du Relié)

     

     

     CD : 

    "La voix d'Henri Gougaud a la chaleur des vins de son Languedoc natal, mais aussi la profonde résonance des mystères cathares." (Audiolib).

     

    1992. Le Langage obscur (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    1995. Le Grand Parler (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    1999. Beau Désir (L'Autre Label. Distribution Mélodie)

    2003. Les Sept Plumes de l'aigle, récit lu par Henri Gougaud (Livraphone)

    2005. Le Voyage d'Anna, roman lu par Henri Gougaud (Livraphone)

    2011. Contes de bon conseil, CD de contes issus du Livre des chemins, lus par Henri Gougaud (Audiolib)

    2013. Le Livre des amours. Contes de l'envie d'elle et du désir de lui, lus par Henri Gougaud (Frémeaux & Associés)

    2015. Renaître par les contes, avec un CD de contes dits par Henri Gougaud  (Nouvelle édition du Rire de la Grenouille) (Éditions du Relié) 

     

    DVD :

    2005. Coffret de quatre DVD :

                . Beau Désir

                . Le Grand Parler

                . Contes des origines

                . Bonus : L'Abécédaire

    (Production Les Films ingénus et Astérios production)

     

    K7 :

    Les Plus anciennes Légendes de l'humanité (Éditeur : Radio France. Durée : 1 h)

    (Source : Bibliothèques de Cergy-Pontoise)

     

    Film :

    1997. Parfums de sens, film de Jean-Jacques Roudière (Production : Antenne offerte à la conscience)

    (http://www.filmsdocumentaires.com/films/859-henri-gougaud)

     

     

    Dans mes Carnets de Lecture :

     

    L'Arbre aux trésors. Légendes du monde entier (Éditions du Seuil, 1987)

     

    henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai"Les mythes, les contes, les légendes du monde sont au fond de nous comme les trésors d'une caverne prodigieuse. Il serait déraisonnable de prendre à la légère ces divertissements apparemment sans poids. Certains sages d'Orient pensent que l'histoire, juste dite au bon moment à la personne qu'il faut, est capable d'illuminer qui l'entend, c'est-à-dire de lui apprendre (lui faire goûter) ce qu'aucune explication, aussi intelligente soit-elle, ne saurait dire.

    Il est de fait que dans les contes et les légendes est un savoir inexplicable et pourtant nourrissant, un savoir que je ne peux comparer  qu'à la saveur du fruit en bouche. Les contes et les légendes sont exactement comme des fruits, tout aussi innocents, tout aussi nécessaires. En voici une nouvelle récolte. Ils viennent de toutes les terres du monde. Ils ont été choisis non pas au hasard mais pour leur poids de sagesse, leur parfum de miracle, le plaisir simple ou la peur délicieuse que parfois ils m'ont inspiré. Ils m'ont nourri et ils m'ont fait du bien. [...] (Henri Gougaud)

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    "En tant qu'écrivain, je peux tout me permettre, sauf de désespérer les gens ; un artiste qui ne nourrit pas la vie est un traître." (Henri Gougaud)  

     

    L'Arbre aux trésors est composé de soixante-dix-neuf contes et légendes d'Afrique Noire, du Monde Arabe, du Turkestan, de l'Inde, du Tibet, de Chine, du Vietnam, du Cambodge, de Thaïlande, du Japon, de Polynésie, du Far West, d'Amérique du Nord, d'Amérique Centrale, de Grèce, du Luxembourg, de France, du Pays de Galles, d'Écosse, de Scandinavie, d'Europe Centrale et du Caucase.

     

    Délicieusement submergée par ces souffles, ces respirations de la Terre, des mers, des océans et des astres, j'avance lentement dans les légendes et les mythes revisités par Henri Gougaud. Me voici en Grèce où Prométhée, solitaire, erre "tristement sur la terre défaite, cherchant des créatures semblables à lui", et défiant Zeus...

     

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    Le Châtiment de Prométhée (1640) par Jacob Jordaens

     

    Je prolonge avec Déméter et Perséphone mon voyage en Grèce où "Aux premiers âges du monde, les dieux vivaient, forts et charnus, parmi les hommes."  Je me promène avec Déméter, la déesse des cultures, "la mère aux hanches fortes, aux seins gonflés de lait",  identifiée avec la Cérès romaine, et "sa fille adolescente, fragile mais belle, vive, joyeuse, inépuisablement assoiffée de vie", la future reine des enfers, Perséphone, ou Proserpine chez les Romains...

     

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    Cérès et les quatre Éléments (1604) par Jan Ier Bruegel de Velours

     

    Un besoin irrépressible de musique me saisit et je m'envole vers le Luxembourg à la recherche du Violoneux, "si grand qu'il paraissait fragile et sans cesse menacé de se briser au moindre vent [...], sa figure était belle [...] et illuminée par un regard d'une infinie douceur." J'écoute avec passion "une cascade de musique grêle, mais allègre, entraînante, pareille aux scintillements d'un ruisseau"... 

     

    En Afrique Noire, émerveillée, j'écoute Mamourou et le djinn, "une histoire de bons voisins", où Mamourou apprend qu'une famille pauvre et digne de djinns, vivant principalement du lait d'une chèvre, habite dans son baobab...

     

    En Amérique Centrale, accompagnant Celle qui ne meurt pas, je parviens chez "les Esprits de l'air, de l'eau et du feu que l'on nomme Wayantekob." Avec eux, je pose "sur une fleur d'orchidée" l'âme d'un homme qui "a décidé de mourir"... 

     

    Parmi les critiques qui ont accueilli L'Arbre aux trésors, voici, respectivement, celles de L'Événement du Jeudi et du Figaro

    "Des brassées de légendes du monde entier... Ce sont des dizaines de contes du Cambodge, de Polynésie, du Far West, de Scandinavie, d'Afrique Noire qui déferlent au rythme des baobabs, des araignées, des vizirs, des fileuses d'orties, des tâches blanches du soleil. Un régal oral de mythes illuminants et d'anecdotes insolites." (L'Événement du Jeudi). 

     

    "Au Tibet, on raconte que le roi du Haut-Pays gagna un improbable pari : celui de faire mentir Ring Paï, "le garçon qui ne pouvait pas mentir". En Scandinavie, on prétend que Luonnotar, la "géante laiteuse" dont le corps creusa l'océan, présida à la naissance du monde. Mythes et légendes des quatre coins de la planète ont inspiré ce recueil précieux, tout serti de miracles et de rêves lumineux. [...] (Le Figaro).

      

     

    Les Sept Plumes de l'aigle, récit (Éditions du Seuil, 1995)

     


    henri gougaud,écrivain,poète,conteur,roman,récit,conte,nouvelle,léo noël,cabaret l'écluse,bélibaste,occitan,recueil,essai"Luis A. n'est pas un personnage de roman mais un homme bien vivant, même s'il tient à rester anonyme. Ce livre raconte son histoire, de sa lointaine enfance argentine aux événements qui l'ont conduit aux portes de la France, où il demeure aujourd'hui. Il a quitté très tôt la maison de son père, à Córdoba, au pied de la Sierra Grande. Sa mère venait de mourir, loin de lui, une nuit d'orage. C'était une Indienne Quechua, et le seul être aimé de sa jeune existence. Il a refusé l'insupportable. Il a préféré imaginer qu'elle avait fui la ville, qu'elle était allée rejoindre son peuple, dans la montagne. Il est donc parti à sa recherche. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé sur le chemin de l'impossible, le seul qui vaille aux yeux des fous de vie. 

    Il a connu, bien sûr, l'omniprésente misère des enfants perdus. [...] Son errance fut longue, étrange, tourmentée. [...] Itinéraire où chaque rencontre, où chaque événement, même le plus trivial, fut un pas de plus vers l'"épice", vers "ce qui fait que la vie ne passe pas pour rien."

    J'ai écrit ce qu'il m'a confié de son aventureuse existence et de ses apprentissages.   À la fin, il m'a dit : "Maintenant, que le vent emporte nos paroles, comme il emporte tout, pollen, poussière, feuilles mortes. Si elles ne sont que poussière, qu'elles retournent à la poussière. Si elles sont vivantes, qu'elles nourrissent la vie." Et il est parti d'un grand rire.

    La route continue." (Henri Gougaud)

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Pendant son parcours initiatique, Luis A., qui a décidé de se consacrer à la peinture, rencontre en Bolivie El Chura, "l'homme au plumage de renard". C'est un Indien sans âge, un chaman gardien des ruines de Tiahuanaco, dont Luis découvre, à plus de quatre mille mètres au-dessus de la mer, "la terrible et pourtant émouvante beauté"

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                                              Ruines de Tiahuanaco (civilisation précolombienne)                          

                                                               (Source photographie : Wikipédia)

                                             

    Un matin, il se trouve en présence de l'homme de cuivre. "Et dans cette apparence d'homme qu'il m'était donné d'approcher, j'ai vu en un instant des siècles de vie, des tourbillons de nuits austères, de jours glorieux, d'oasis, de déserts, de guerres, de voyages. Ce ne fut que le temps d'un éclair silencieux."

    "Il [El Chura] l'a instruit, puis il l'a poussé vers d'autres lieux, à la poursuite des pierres vivantes et des sept plumes de l'aigle où sont les sept secrets de la vie. [...] D'autres maîtres l'ont recueilli et l'on guidé, don Benito, le vieux Chipès, le père Sebastián, des femmes aussi." (Henri Gougaud).

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Au Pérou, Luis, à dos de mulet, contemple avec effroi le sentier grimpant à flanc de falaise vers le Machu Picchu. Je ne me lasse pas du morceau d'anthologie décrivant cette périlleuse ascension : "Par malheur ce n'était pas un mulet que je montais, c'était le bâtard d'un démon et d'une acrobate de cirque. Ce pervers n'avait de goût que pour l'extrême bord de l'à-pic où il s'obstinait avec une vaillance telle que chaque coup de sabot décrochait des paquets de pierres aussitôt emportés, dans des cascades de ricanement diaboliques, vers des profondeurs de plus en plus lointaines. Les genoux tremblotants enfoncés dans sa panse, agrippé à la bride [...]".

     

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    Machu Picchu et ses environs

    (Source photographie : Wikipédia)

      

     Les Sept Plumes de l'aigle, livre de référence :

     

    . Dans l'ouvrage La Résistance culturelle (De Boeck Supérieur, 2002), Pierre Dupriez et Solange Simons citent ces lignes extraites des Sept Plumes de l'aigle d'Henri Gougaud :

    "Les Indiens distinguent deux sortes de souvenirs : les froids et les chauds qu'ils appellent mémoires. Les souvenirs froids sont faits d'informations. Ils disent ce qu'ils savent, rien de plus. Qui dit que deux et deux font quatre ? Un souvenir froid. Les civilisés ont la religion de ces sortes de souvenirs. Ils les cultivent. Ils les accumulent. Ils savent faire d'eux des outils redoutables. Les primitifs les utilisent volontiers, mais ne les estiment pas plus que des traces mortes. Ils préfèrent les mémoires chaudes, les instants survivants du passé qu'il nous arrive d'évoquer et qui viennent à nous comme ils sont, avec leur poids de douleurs ou leurs frémissements d'allégresse, avec leurs larmes, leurs parfums. La tête se souvient, les sens ont des mémoires." (Henri Gougaud). 

     

    Pierre Dupriez et Solange Simons écrivent : "Évoquées dans un ouvrage consacré au management interculturel, ces quelques lignes vont au-delà de la sagesse quechua qu'elles révèlent. Elles indiquent des voies possibles pour explorer la diversité culturelle et rappellent à quel point la réalité d'une personne peut être appréhendée de différentes manières : celles qui mesurent et calculent et celles qui tentent d'aller au cœur de la vie." 

     

    . Sylviane Cannio, dans son livre Communiquer avec authenticité et rester vrai (Éditions Eyrolles, 2011), écrit dans le chapitre "L'activation des cinq sens" :

    "Cette recherche de cessez-le-feu et d'écoute des besoins réels de la terre constitue justement la quête du chaman. Dans son merveilleux ouvrage Les Sept Plumes de l'aigle, Henri Gougaud décrit l'apprentissage de Luis [...]".

     

    Plusieurs fois, El Chura pose à Luis cette étrange question : "As-tu fait l'amour avec la nuit ?" Déconcerté, Luis répond toujours : "Non". Puis, une nuit...

    "Je suis resté les yeux fermés, j'ai respiré tranquillement. Pour la première fois de ma vie, j'ai goûté l'air. J'ai senti une force vivifiante pénétrer dans mon corps. C'était comme un baptême. Le baptême de la nuit. Et tandis que je respirais cet air froid, m'est venu un immense sentiment de reconnaissance. J'inspirais, l'air vivifiait mon corps. J'expirais, des millions de petits "moi", dans mon souffle, sortaient émerveillés. C'était comme une danse. Le monde venait à moi dans sa grandeur, et moi, tout ébloui, j'allais à sa rencontre. [...] puis j'ai ouvert les yeux et j'ai regardé la nuit. C'était un corps. Un corps prodigieux, scintillant. Je me suis levé, et je suis parti." (Henri Gougaud).

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    Paysage de nuit avec des chasseurs près d'un feu par Carl Ludwig Scheins

    (Source : Wikipédia)

      

     . Le Vivant comme modèle de Gauthier Chapelle et Michèle Decoust (Albin Michel, 2015) débute par un extrait des Sept Plumes de l'aigle :

    "Je connais des gens qui prennent la Vie en horreur sous l'étrange prétexte que le Monde leur déplaît. Comme si le Monde et la Vie étaient sortis jumeaux du même ventre ! Le Monde n'est que le lieu où la Vie s'aventure. Il est rarement accueillant. Il est même, parfois, abominable. Mais la Vie ! L'enfant qui apprend à marcher, c'est elle qui le tient debout. La femme qui apprend les gestes de l'amour, c'est elle qui l'inspire. Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l'inconnaissable, affamé d'apprendre encore, c'est elle qui tient ses yeux ouverts. Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans du cœur, nos poussées de sève, notre désir d'être et de créer, sans souci de l'impossible. "Impossible est impossible !" Voilà ce que dit la Vie. Avez-vous déjà vu une touffe d'herbe s'étonner de sortir d'une fente dans le bitume ?" (Henri Gougaud. Les Sept Plumes de l'aigle).

      

     

    Le Livre des amours, contes de l'envie d'elle et du désir de lui (Éditions du Seuil, 1996)

     

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    " À fréquenter les contes et les mythes des peuples primitifs, il apparaît que les mille jeux du sexe furent partout célébrés à l'égal des manifestations les plus sacrées du bonheur d'être. Notre Occident, aujourd'hui, ne les estime plus inspirés par le diable, mais il n'ose point encore penser qu'ils peuvent, ou ont pu un jour, plaire à Dieu. Pour nos ancêtres simples, il va de soi que la force d'aimer prend sa source dans le Maître de la Création, et qu'il n'est pas de plus joyeux devoirs que de célébrer ces outils qui nous furent donnés pour la servir.

    Les contes qui peuplent ce livre sont tous, évidemment de tradition orale. Quel que soit le pays de leur naissance ils disent le même étonnement de se voir au soleil après l'ombre insondable, le même émerveillement devant l'amour.

    Il m'a plu de servir ces œuvres qui ont tant à nous apprendre sur un bonheur à réinventer." (Henri Gougaud)

    (Quatrième de couverture du Livre des amours)

     

    Ce livre, composé de soixante et onze contes, est un véritable carrousel de paroles vagabondes et de contes facétieux recueillis en Afrique Noire, dans le Monde Arabe, en Turquie, en Inde, au Tibet, en Chine, au Japon, en Corée, Océanie, Amazonie, Amérique du Nord, Grèce, France, Allemagne, Russie et dans le Grand Nord.

     

    En lisant le conte d'Afrique Noire intitulé Le Sel, tout d'abord je n'en crus pas mes yeux. Comment pouvait-on parler à la fois si poétiquement et si crûment de choses... hum ! on ne peut plus anatomiques ? Puis, le rire m'envahit. En réalité, les héros de ce conte, un couple de "bons amis", bravement, œuvraient pour l'humanité !

     

    En Chine, Nuki "vendait de l'alcool sur le marché de Tchen. [...] Mais bien que désirable et attentive à tous, elle intimidait les hommes. Il leur suffisait de rencontrer la lumière vive et sans cesse amusée de son regard pour savoir qu'elle n'était pas femme à tolérer une main sale sur sa hanche." Un jour, un Immortel lui laissa un livre. "L'art des jouissances amoureuses y était abondamment commenté. Elle ignorait qu'on pût écrire sur de pareils sujets. Une sorte de honte émerveillée échauffa bientôt ses joues [...]. Lorsque l'Immortel revint, Nuki avait subi une étrange transformation physique... 

     

    En Grèce, voici Le Cordonnier au couvent. "C'était un cordonnier si joyeux et si naïf qu'il ignorait le mal. Il buvait sans vergogne" et jouissait de la vie sans trop se poser de questions. "Son grand-oncle curé en perdait le sommeil, le boire et le manger." Il entendit son neveu à confesse et, atterré, ne voulut pas l'absoudre. Il lui infligea une bien étrange pénitence : "Retire-toi trois ans au fin fond du désert. Prie. Ne consomme plus ni pain, ni vin, ni viande. Oublie surtout les femmes, et si l'on veut, Là-Haut, avoir pitié de toi, tu seras pardonné [...]. Le cordonnier trouva que Dieu dramatisait, mais puisqu'il le fallait il s'en alla planter sa tente dans le sable [...]" Un jour, il aperçut au loin un couvent. Il y parvint à la nuit. Une "jeune, belle et pourtant mère abbesse" l'accueillit. Trois cent cinquante-neuf autres nonnes y vivaient pieusement. Où naïveté et paillardise vont coquinement de pair... mais peut-être l'atmosphère du couvent environne-t-elle de musique divine des propos un brin salaces ?

     

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    Triptyque des ermites (1505) par Jérôme Bosch

          

    Critique du Magazine littéraire, dans la rubrique Le favori (1998) :

    "Moissonneur de légendes universel, Henri Gougaud les réinvente, les écrit et les publie en recueils."

     

    Contes de l'envie d'elle et du désir de lui (L'Aire Libre).

    3 CD + 1 livret (Frémeaux & Associés, 2013)

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    Source photographie : Frémeaux & Associés

     

    "Où vous seront servis, en cuisine nouvelle, aventures torrides de Dieu dans le Grand Nord, amours tendres et vertigineuses de maître Li, lettré chinois, paillardises, folies, caresses, œil du diable au trou de serrure, Princesse, rose bleue, amant, jeux extravagants d'une abbesse, de ses trois cent soixante nonnes et d'un pénitent cordonnier qui, cherchant Dieu, trouva leur lit.

    Pour vous tous, gourmets populaires, amoureux fous, dévergondés, et chercheurs de sens sous les couettes, beau plaisir et alléluia !" (Henri Gougaud)

      

     

    Le Rire de l'ange (Éditions du Seuil, 2000)

     

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    "C'était pourtant un ange, indiscutablement, bien que dépourvu de ces ailes démesurées qui encombrent, on ne sait pourquoi, les murailles des cathédrales. On ne lui voyait pas d'habit, et pourtant il n'était pas nu. Au regard aiguisé de Prude il parut plus garçon que fille, ce qui l'émut beaucoup, car si sa vie était à l'âge austère, les élans de son cœur ignoraient tout des rides et du blanc des sourcils. [...] Cet être-là qu'elle observait était à l'évidence plus gracieux que les feuilles virevoltantes dans l'air nuageux, mais ses épaules et sa taille semblaient d'une prometteuse vigueur, sa figure était d'un écuyer de bonne famille et son visage avait l'air heureusement surpris malgré l'embarras de son corps. Bref, quoique transparent, il était si beau que la vieille laissa aller entre ses lèvres fanées un doux gémissement d'action de grâces qui se perdit en sifflement émoustillé. L'ange n'entendit rien de cet appel timide. Il se dressa, rendit à son errance la guenille qui s'obstinait à flotter autour de sa jambe, observa un instant le ciel, parut chercher la trappe par laquelle il était tombé, puis il s'agenouilla, colla l'oreille au toit comme font les chasseurs sauvages et s'enfonça, au travers des ardoises moussues, dans l'obscur logis de Pico, le menuisier lettré." (Henri Gougaud)

    "Pico et Chaumet, deux gaillards fraternels, s'en vont sur les routes à la rencontre de leur destin. Maintes aventures et d'étranges personnages les attendent. Un ange les accompagne et, autant qu'il le peut, les protège. Figure inoubliable que cet ange, plein d'indulgence pour les faiblesses des hommes. Entre conte et roman, Henri Gougaud fait rêver, fait réfléchir et enchante." (Éditions du Seuil) 

    (Quatrième de couverture du Rire de l'ange)

     

    "Deux hardis gaillards, Pico le menuisier lettré et le pauvre Chaumet, dont la maison vient de brûler, s'en vont sur les routes avec leurs femmes. Dans un Moyen Âge peuplé de brigands, de vagabonds et de sorcières, nos héros affrontent d'innombrables embuscades. Un ange, arrivé par hasard au village, les accompagne, les protège et les mènera à la rencontre de leur destin." (Henri Gougaud)

     

    Le Rire de l'ange et son héros amoureux, sensuel, tendre, facétieux, doté d'une puissante empathie, enfin un ange séduit par les joies de la vie terrestre qu'il célèbre de façon jubilatoire, m'ont permis de découvrir Henri Gougaud et ses immenses talents de romancier et de conteur. J'ai plongé avidement dans chacune de ses phrases. Une cascade de perles pétillantes, rafraîchissantes, a dévalé sur moi du flanc d'un hameau de basse montagne appelé Ramonicheux-le-Bas. Tout au long de ce livre l'amour et l'humour sont des complices aussi inséparables que nos pèlerins et l'ange qui les accompagne.

     

    L'ange, se croyant visible aux yeux de tous, tente d'expliquer sa venue en ce monde : " [Il] leva timidement un doigt désincarné à hauteur de son œil joyeux comme un soleil [...]. 

    - Je me baignais, dit-il, dans le courant du vent.

    Il mima un instant une nage vivace puis il poursuivit, jubilant :

    - Plus que tout j'aime ressentir le ruissellement de l'air frais. C'est une volupté à laquelle vos âmes, à ce qu'il m'a semblé, sont elles aussi sensibles. Parfois, lorsque je les traverse, je les sens qui s'épanouissent et prennent ce même plaisir. D'ordinaire je vais, je plonge jusqu'à vous, je joue avec vos ombres, vos éclats de lumière, et je m'en retourne à ma rive. Cette fois, je ne sais comment un tourbillon m'a emporté, et me voilà tombé dans l'épaisseur des choses. 

    Il ouvrit largement les bras, partit d'un rire insouciant."

     

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    L'Ange devant le soleil (1846) par William Turner

     

    Critique de Paris Normandie :

    "Ce livre est un vrai bonheur. Une histoire merveilleuse, contée dans une langue merveilleuse et dont la lecture rend tout simplement heureux. Naturellement, encore faut-il croire aux anges. Henri Gougaud, lui, en est un assurément." (Paris Normandie)

     

     

    Le Livre des chemins. Contes de bon conseil pour questions secrètes (Éditions Albin Michel, 2009)

     

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    "Il est dit qu'un bon conteur doit être capable de répondre à n'importe quelle question par un conte. Je parle, bien sûr, de vraies questions, de celles qui s'obstinent, qui pèsent, et pour lesquelles on espère des réponses pareilles à des fenêtres ouvertes sur un air respirable, sur une lumière nouvelle. Car les contes, malgré les apparences et les idées reçues, ne se soucient pas d'enfantillages. Leur berceau ? La nuit des temps. Ils ont franchi les siècles, parfois les millénaires, infiniment fragiles, et pourtant aussi intrépides que des enfants errants.

    Combien de pestes, de révolutions, de guerres, de montagnes et de mers ont-ils traversé avant de nous parvenir ? Celui que tu vas lire, par exemple, livre ouvert au hasard, je l'ai écrit, certes, mais je ne l'ai pas inventé. Je ne suis que son dernier messager. En vérité, la voix qui te parvient est celle d'une source dont le chant, miraculeusement, après un chemin si long, si tourmenté, si hasardeux, ne s'est pas perdu [...]." (Henri Gougaud)

     (Extrait de la préface du Livre des chemins)

     

    Je suis sous le charme de ces cent vingt-trois contes. Trois aphorismes, maximes ou dictons, suivent chacun d'entre eux. Un conte, choisi au hasard, semble toujours répondre à l'un des questionnements du lecteur, à l'une de ses préoccupations actuelles, ou bien apporter un conseil d'une extrême sagesse à mille et un de ses soucis quotidiens, qu'ils soient détails infimes ou lourdes charges.

    L'univers des contes, "êtres vivants", recèle les connaissances ancestrales, collectives, du monde entier. Dans le Livre des chemins défile une farandole de sultans, de rois, de princes, de sorcières, d'anges, de démons, de dragons, d'oiseaux et de voleurs.

     

    Voici les trois casseurs de cailloux et un enseignement rare de vaillance et d'un certain regard, très personnel, illuminant les pénibles tâches à accomplir. "Un pèlerin, un soir d'été, parvint sur un chantier de ville peuplé d'ouvriers poussiéreux occupés à mille besognes de bois lourd, de forges sonnantes, de meules et de pierres taillées [...]". Un des casseurs de cailloux était un prodigieux visionnaire...

     

    Dans l'essentiel, un jeune roi apprit, auprès de grands savants et d'érudits, "que partout, dans le vaste monde, des gens, depuis la nuit des temps, pensaient, réfléchissaient, exploraient des mystères [...]. Il en fut si ému qu'il proclama ceci :

    - Qu'une armée pacifique à travers mers et terres aille recueillir ces savoirs. Je veux que vienne ici tout ce que l'homme sait."...

     

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    Un Philosophe lisant (vers 1769) par Jean Honoré Fragonard

     

    "Henri Gougaud invente ici le concept du livre de contes divinatoires." (Le Choix des libraires)

     

    À l'Opéra de Lyon, en 2013, des jeunes comédiens de l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) ont lu des contes du Livre des chemins lors du Prélude littéraire.

     

    Aussi : https://www.youtube.com/watch?v=8zhs2dEbXtQ

     

    À voir : Henri Gougaud, Le Livre des chemins : Corbeau

                    Site : Là où mes mines me mènent...

     

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    Henri Gougaud

    (Photographie : Valérie Menard/Albin Michel)

     

     

     

     

    Petits Contes de sagesse pour temps turbulents (Éditions Albin Michel, 2013)

     

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    "Ce livre n'est pas fait pour être lu mais pour être fréquenté comme un ami proche, secret. Vous pouvez lui demander de vous nourrir, il vous nourrira, de vous éclairer, il vous éclairera, de jouer, il jouera avec vous le jeu le plus mystérieux du monde, celui du hasard qui n'existe pas.

    Ouvrez-le simplement par curiosité. Quelqu'un est là qui vous parle. [...] Il répond à une question que vous n'avez même pas formulée à voix haute. Il y répond à sa manière, qui peut être déconcertante. [...] les contes sont des vieillards immémoriaux et bienveillants. Ils savent tout de la musique du cœur du monde. [...] Ils répondent toujours à nos questions pour peu qu'ils soient interrogés avec cette lumière simple dont ils sont eux-mêmes pétris, et que l'on appelle l'innocence." (Henri Gougaud).

    (Extrait de la quatrième de couverture)

     

    Composé de cent douze contes courts et de conseils intemporels d'une infinie sagesse, ce livre se savoure. Intriguée, j'ai souhaité l'interroger, mais il m'a devancée, voulant auparavant mieux ressentir lui-même quelle était ma quête, ma recherche, ce que j'étais prête à lire, à entendre, enfin à écouter profondément. Il ne m'a pas déçue. Sur le même diapason, pénétrant timidement dans la luminosité de ses contes, je me suis laissée bercer, envahir par la musicalité des mots. L'innocence de l'enfance peut-être retrouvée, j'ai étudié avec passion l'enseignement de ces "vieillards immémoriaux et bienveillants".

     

    Du Conteur, qui ouvre ce recueil, en passant par L'étoile, Le bonze du fond du jardin, L'Indien et le loup, Le maître serviteur, L'aiguille et le chameau, La femme au bord du torrent, Un grillon à New York, La fille du désert, et bien d'autres, jusqu'à Raconter, tous ces contes sont pur enchantement. Ils parlent à tous les sens du lecteur, puis se prélassent, confiants, dans sa mémoire.   

     

    Extrait du CD d'entretien avec Henri Gougaud par Marc de Smedt :

    https://www.youtube.com/watch?v=A5bxCJ03mDo

                                               

    Source photographie couverture livre : Editions Albin Michel

     

     

     

    Et, pour terminer cet article, voici en provenance des Archives de l'INA, sur le site des Bibliothèques et Médiathèques de Grasse, l'entretien d'Henri Gougaud avec Jacques Chancel au cours de l'émission Radioscopie, diffusée le 14 octobre 1980 (durée : 55 min. 32 s.) :

    Radioscopie  

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